GROTTES D ADELSBERG
rapide et tortueux; on traverse le torrent sur un pont, et après être remonté de l'autre côté de la salle, on s'enfonce dans une véritable forêt de stalactites et de stalagmites.
Je ne veux pas décrire en détail les grottes d'Adelsberg, bien connues des touristes. Je dirai seulement que, pendant les deux heures et demie que dure la promenade, c'est une succession non interrompue de merveilles. Vous marchez de surprise en surprise. Ces grottes sont immenses. Sur certains points, la voûte s'élève à perte de vue, et l'œil est impuissant à en mesurer la hauteur. Quelquefois, la grotte se réduit à un étroit couloir ; un peu plus loin, elle forme de vastes salles, dans lesquelles plusieurs milliers de personnes pourraient tenir à l'aise.
Les stalactites, les stalagmites, partout très bien conservées, tapissent toute la grotte et affectent les formes . les plus étranges, les dispositions les plus originales. Une des plus curieuses parties de la grotte est celle à laquelle on a donné le nom de Dôme, La voûte est très élevée ; les stalactites y sont rares, mais les stalagmites s'y montrent à profusion, et l'on dirait une forêt de statues de tailles et de formes diverses, étagée sur un véritable dôme. Quelques-unes de ces stalagmites, grosses comme des tonnes, atteignent jusqu'à vingt mètres d'élévation.
Les concrétions de la grotte d'Adelsberg revêtent les couleurs les plus variées : les unes sont roses, les autres d'une blancheur éclatante, quelques-unes presque noires. Ce phénomène provient, sans doute, de ce que les eaux, chargées de calcaires, qui servent à les former, traversent tantôt des couches ferrugineuses, tantôt des calcaires blancs, et quelquefois des argiles noires. Cette variété de couleur donne lieu à des effets ravissants. Nous avons
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VU des draperies transparentes et rosées bordées de véritables franges plus foncées. Au milieu de stalactites blahches, se dresse une stalactite brune, isolée, qu'on a baptisée du nom de Vierge Noire.
Je remarque, sur un des points de la grotte, des ondulations en forme de vagues, d'abord profondes, et qui vont en s'atténuant jusqu'à ce qu'elles disparaissent tout à fait. Ce même aspect se retrouve, encore mieux développé peut-être, dans les grottes d'Arcy-sur-Gure (Yonne) et dans celles de Gargas (Haute-Garonne). J'ai toujours attribué ces ondulations à l'action des eaux, et dans les grottes d'Adelsberg, elles m'ont paru avoir la même origine.
Les grottes d'Adelsberg, grâce aux travaux considérables pratiqués à l'intérieur, aux remblais, aux ponts jetés sur les précipices, peuvent être parcourues sans fatigue. D'autres galeries, non moins curieuses, vous ramènent à la première salle. Pour ce second trajet, on peut monter sur de petits wagons qui circulent au milieu des stalagmites et s'arrêtent sur les points les plus dignes de fixer l'attention.
Je ne crois pas qu'il existe, en Europe, de grottes plus intéressantes que celles d'Adelsberg. La partie que l'on visite a plus de quatre mille mètres d'étendue, mais les grottes s'enfoncent sous la montagne à des distances pour ainsi dire inconnues, et quelques intrépides explorateurs ont seuls tenté de les parcourir entièrement.
Les grottes d'Adelsberg, comme toutes celles en assez grand nombre qui se trouvent dans la contrée, sont creusées dans un calcaire blanchâtre, caverneux, appartenant à la formation secondaire, probablement au terrain crétacé inférieur. Ce sont ces mêmes calcaires que traverse le chemin de fer avant d'arriver à Adelsberg ; ils couron-
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nent le sommet des collines et donnent au sol un aspect triste et désolé.
L'origine de ces grottes ne me paraît pas douteuse. La disposition des salles et des couloirs, les argiles rougeâtres accumulées sur certains points, la surface de la roche qui se montre toujours usée et polie, lorsqu'elle est dépourvue de stalactites, démontrent surabondamment qu'à une époque excessivement reculée, un puissant cours d'eau, profitant, sans doute, d'une^slocation antérieure et d'excavations déjà existantes, s'est engouffré dans la montagne, comme aujourd'hui la petite rivière de Poika; qu'il a longtemps parcouru ces profondes cavernes, et leur a donné la configuration et la physionomie générales qu'elles présentent aujourd'hui. Les stalactites et les stalagmites sont venues ensuite, et il a fallu bien des années pour en former une aussi considérable accumulation. C'est un travail qui se fait avec une extrême lenteur, aujourd'hui surtout. Tout en examinant une stalagmite et une stalactite, l'une s'élevant du sol, l'autre descendant de la voûte, sur le point de se rejoindre par leur pointe, et séparée par quelques centimètres à peine, je disais à mon guide qu'elles ne tarderaient pas à se réunir. « Voilà trente ans que je les vois, me répondit-il, et elles n'ont pas avancé d'un centimètre. » Mais il est probable que, dans l'origine, les sels calcaires dont se chargeaient les eaux étaient plus abondants, et la progression des stalactites et des stalagmites, plus rapide.
Dans quelques grottes voisines de celles d'Adelsberg, se trouve un reptile aquatique très voisin des salamandres, le Proteus anguineus, qui n'existe que dans les grottes de la Carniole. Il est remarquable par ses petites pattes, sa peau lisse et sa couleur pâle et rosée. M. "Chantre parvint à s'en procurer trois, parfaitement
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