ESCURIAL. — BURGOS
d'une grande valeur, mais la série des sculptures, des monuments votifs, des inscriptions, des carreaux émaillés, <^es anciennes armes, etc., mérite toute l'attention du visiteur.
Ce qu'il y a d'intéressant à Tolède, ce ne sont pas seulement ses monuments, c'est la ville elle-même, c'est la physionomie de ses rues, ce sont les vestiges de l'art mauresque ou gothique qu'on rencontre à chaque pas, souvent dans les rues les plus désertes ; ces portes épaisses garnies de clous énormes en fer forgé, de marteaux gothiques, de serrures bizarres, ces sculptures toujours si fines et si délicates, ces fresques qu'on distingue encore sous le badigeon qui les recouvre, ces balcons ouvragés, ces grilles en fer dont quelques-unes sont des chefs-d'œuvre, ces anciens carreaux de faïence émaillée, etc.
Le 9 octobre, je quittai Madrid, me rendant à Burgos* Sur la route, je visitai VEscurial. C'est un monument étrange, colossal, construit de granit grisâtre, triste comme la pierre dont il est bâti, comme la campagne qui l'environne, bien approprié à sa destination, car il devait servir de monastère et de tombeau plutôt que de palais. Placé sous le patronage de Saint Laurent, cet édifice, auquel l'architecte a donné la forme d'un gril, x\e manque pas de grandeur, et quelques parties sont intéressantes à visiter : la galerie des batailles, ornée de peintures à fresques fort anciennes ; les petites chambres ou plutôt les cellules qu'habitait Philippe II, dans lesquelles il s'est éteint lentement, au milieu des meubles vulgaires et grossiers conservés jusqu'à nos jours ; la bibliothèque, décorée avec magnificence, renfermant plus de 35,000 volumes, la plupart avec des reliures de l'époque, et plus de 4,500 manuscrits, dont quelques^
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uns, ornés de riches enluminures, sont d'un très grand prix ; Téglise, fort belle, malgré la sobriété de ses ornements; le panthéon, sépulture des rois d'Espagne, placé sous le chœur de l'église et partout revêtu de jaspe, de porphyre et des marbres les plus rares ; et enfin la partie de TEscurial, actuellement habitée par la famille royale, et dont les salles sont garnies de précieuses tapisseries, presque toutes de la fabrique de Santa Barbara, de Madrid, d'après les cartons de Goya.
A trois heures et demie du matin, j'arrivai à Burgos, Je fus très heureux de trouver à la gare M. Sipière, qui venait de Salamanque. Je passai avec lui la journée entière. M. Sipière était muni d'un appareil photographique; tout en parcourant la ville et les environs, favorisé par un beau soleil, il put emporter le souvenir matériel de tout ce que nous voyions, et plus tard en faire part aimablement à son compagnon de route.
Notre première visite fut pour la cathédrale, qui date du XIII* siècle. La façade principale, avec son portail orné de statues, sa rosace d'une délicatesse incomparable, ses deux flèches élancées et percées à jour, est remarquablement belle; l'intérieurn'est pas moins intéressant. Indépendamment du dôme, construit au-dessus du chœur à la fin du xvi® siècle, s'élevant à une prodigieuse hauteur et formant, au centre de l'édifice, comme une seconde église, d'une richesse d'ornementation inouïe, ce sont partout de merveilleux objets d'art, tels que la porte en bois sculpté ouvrant sur le cloître, les stalles du chœur d'un travail si délicat, les grilles en fer repoussé, et, dans la plupart des chapelles, des tableaux, des statues, des tombeaux d'un grand intérêt.
Dans l'après-midi, nous allâmes en voiture à la Cartu/a (chartreuse) de Mira flores, bâtie à la fin du xv® siècle, en-
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