EMPREINTES DES DENTS D’ANIMAUX
Les empreintes de dents d’animaux sur les os sont ducs surtout à des carnassiers. Pourtant il en est qu’il faut attribuer à des rongeurs.
Les rongeurs ont à chaque mâchoire deux puissantes incisives, très rapprochées, se touchant presque, taillées en biseau ou lame de ciseau. Ce sont les instruments avec lesquels ils travaillent. Aussi le produit de leur travail est-
il facile à reconnaître. Les traces qu’ils laissent sur les corps qu’ils rongent sont toujours formées de deux sillons parallèles séparés par une légère arête. Les sillons sont produits parles tranchants des dents et l’arêle résulte du léger vide existant entre les deux incisives.
Les rongeurs, du moins certains rongeurs, sans être carnivores, aiment beaucoup ronger les os, soit pour manger le résidu, soit tout simplement pour s’aiguiser les dents. Dans les dolmens des causses ou plateaux calcaires de l’Aveyron, j’ai trouvé des os d’homme et de renard percés et diversement entamés par de petits rongeurs de la famille des arvicolas. La grotte de Télamone, en Toscane, a fourni de nombreux ossements humains et quelques os de cheval profondément rongés par le porc-épic. Dans les habitations lacustres on recueille fréquemment des bois de cerf couverts d’empreintes de dents de petits rongeurs, souris, rats ou écureuils. Les proportions des sillons peuvent servir à déterminer l’espèce de rongeur qui les a produits.
Comme habitations lacustres, le castor a souvent fait
Fig. 1. — Bois rongé parle castor. Lac de Saint-Andéol (Lozère). Collection de la Société d'anthropologie de Paris. ï/3 gr.
concurrence à l’homme. Parfois on a été embarrassé pour savoir quel .était le véritable constructeur, comme cela est arrivé pour le lac de Saint-Andéol dans la Lozère. Mais les
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empreintes laissées sur le bois ont permis de trancher la question d'une manière certaine. Deux larges sillons parallèles séparés par une simple arête sont venus trahir 1 intervention des fortes canines du castor.
Les empreintes de dents de carnassiers sur les os se comprennent beaucoup mieux. Et pourtant, parmi les carnassiers terrestres, il n’est guère que deux familles qui laissent habituellement des empreintes sur les os : ce sont les hyènes et les chiens. Les autres carnassiers terrestres mangent les chairs et attaquent peu les os. Les empreintes de leurs dents ne sont qu’accidentelles et du reste sont intermédiaires entre les deux types dont je vais parler.
Les hyènes, armées de dents solides, très massives, très fortes, par goût rongent et triturent les os. Elles s attaquent aux os les plus gros, comme ceux de rhinocéros et d’élépluint ; aux plus durs, comme les os longs de bœuf et de cheval, même aux bois de cervidés. Leurs dents laissent des empreintes longitudinales, distribuées irrégulièrement, larges, nombreuses, souvent répétées. Lorsqu’on a examiné une fois ces empreintes avec soin, on les reconnaît facilement. Elles sont très fréquentes sur les ossements des cavernes et deviennent si caractéristiques, que leur présence dans un gisement suflit pour faire admettre d’une manière certaine l’existence de l’hyène, quand bien même on n’v aurait trouvé aucun débris de cet animal.
Les chiens ont aussi de bonnes dents ; mais, moins grosses et moins fortes, elles laissent des empreintes beaucoup moins importantes. En outre, le chien et 1 hyène jouent des dents d’une manière touLe différente. L hyène saisit l'os qu’elle ronge entre ses deux mâchoires, comme dans un étau ; appuyant ses dents d’une manière continue, elle produit des empreintes franches, nettes, profondes, suivies. Le chien, au contraire, est obligé d’agir à plusieurs reprises, il mordille; aussi les empreintes qu’il laisse sont-elles mul-
tipliées et courtes, c’est comme un pointillage irrégulier.
Pour me résumer, en rongeant les os, les hyènes produisent des espèces de rainures irrégulières, les chiens un véritable màchillement.
Dans les dépôts marins on trouve aussi fréquemment des empreintes de dents sur les os. M. Delfortrie, en 1869, a attiré l’attention des paléontologues et paléoethnologues sur ce sujet. Il a signalé dans les faluns de Léognan (Gironde) de nombreux ossements d’animaux marins présentant des stries et entailles; et il a établi que ces empreintes avaient été produites par des carnassiers marins. Il a même montré que certaines de ces empreintes étaient incontestablement dues à une dent pcctinée, probablement à celle du Sargus serratus , dont on retrouve d’abondants échantillons fossiles au milieu des os rayés et striés de Léognan.
Dans nos mers actuelles il existe de grands carnassiers, comme les requins et les squales, armés de nombreuses dents pointues et coupantes, qui produisent de fortes entailles et de profondes incisions sur les ossements des animaux qu’ils dévorent. Tous les terrains tertiaires marins contiennent en grand nombre des dents de squaloïdes plus grandes et tout aussi tranchantes, qui certainement ont dû produire sur les os des animaux de leur époque des empreintes semblables et plus fortes encore que celles produites par les dents des squaloïdes de nos jours.
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