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OS RAYÉS ET IMPRESSIONNÉS

$ 1. Sablières de Saint-Prest. — Les sablières de Saint-Prest se trouvent dans la vallée de l’Eure, sur la rive gauche, en amont de Chartres (Eure-et-Loir). Elles sont ouvertes dans une puissante assise de sables et graviers, atteignant 12 à 15 mètres d’épaisseur et occupant une dépression de la craie. Sables et graviers se montrent entremêlés et se présentent en lits ondulés et en amas alternatifs très irrégulièrement répétés et diversement inclinés. Ce sont là les caractères distinctifs d’un dépôt de transport fluviatile. Pourtant ce dépôt ne peut être, en aucune façon, confondu avec le terrain de transport moderne de la vallée de l’Eure, beaucoup inférieur et plus rapproché de la rivière. Les sables et graviers des carrières sont complètement indépendants et plus élevés de 25 à 30 mètres. En outre, ils renferment de nombreux ossements fossiles appartenant à des espèces aujourd hui éteintes et caractéristiques du tertiaire tout à fait supérieur. Ces fossiles furent signalés pour la première fois, en 1848, par deBoisvillette, alors ingénieur en chef des ponts et chaussées du département. Ils furent déterminés en 1802 par M. Laugel avec le concours d’Edouard Lartet.

La faune de Saint-Prest se compose :

D’un très grand éléphant, Y E lephcis mendionalis , le prédécesseur de l’ E lephcis antiquus et du mammouth, dont on a trouvé plus de vingt individus;

Du Rhinocéros leptorhinus d’après M. Laugel, R. elr usais suivant Falconer;

D’un hippopotame très-voisin de l'actuel, mais de dimensions plus grandes, V Hippopotamus major;

D’un cerf à grand bois, que M. Laugel a nommé Mef/aceros carnutorum, mais qui est bien proche parent de l’élan actuel, s’il n’est pas identique ;

De deux autres espèces de cervidés ;

D’un cheval, VEquus arnensis, qui se rapproche considérablement de certaines variétés de nos chevaux actuels ;

D’un grand bœuf, à formes élancées ;

Enfin d’un très grand rongeur, le Trogontherium Cuvien , auquel M. Laugel avait donné le nom de Conodontes Boisvilletti , de la famille des castors, mais beaucoup plus fort que nos castors vivants.

Cette faune, composée d’espèces et variétés éteintes, riche en éléphants, ne contient point de mastodontes; c’est ce qui tait que dans le tableau des terrains j’en ai fait une coupe spéciale.

Vers le milieu d’avril 1863, M. J. Desnoyers visitait les sablières de Sainl-Prest et y recueillait des ossements fossiles. Observateur habile, M. Desnoyers remarqua sur ces ossements des empreintes qu il a parfaitement décrites. Laissons-lui donc la parole :

« Je tus, dit-il, frappé, en dégageant en partie un tibia de rhinocéros du sable qui le recouvrait, d’y voir apparaître des stries variant de formes, de profondeur et de longueur, qui ne pouvaient être le résultat de cassures ou de dessiccation, qu’on y remarquait aussi, car elles leur étaient évidemment antérieures, coupaient l’os dans le sens de sa largeur et passaient même par-dessus ses arêtes, en en suivant les contours. Ces stries ou traces d incisions? très nettes, quelques-unes très fines et très lisses, les autres plus larges et plus obtuses, et comme si elles avaient été produites par des lames tranchantes ou dentelées de sile.v, étaient accompagnées de petites incisions ou entailles elliptiques, nettement limitées, comme les aurait produites le choc d un instrument aigu. Des dendrites ferrugineuses cl

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le sable recouvraient une grande partie de ces cavités et stries, qui, d’ailleurs, étaient presque toutes un peu usées par suite du frottement et du roulis que la plupart des os et des dents avaient subis, sans doute avant et pendant leur enfouissement (1). »

A la suite de cette première observation, M. Desnoyers visita les diverses collections contenant des ossements fossiles de Saint-Prest, collections de Boisvillette a ( Jiarties, du musée de cette ville, de Luynes a Dampierre, de 1 ha oie des mines et du Muséum à Paris. Dans toutes, il retrouva, sur divers ossements d’éléphant, de rhinocéros, d hippopotame, de différents certs, de mégacéros et de bœuf, des empreintes semblables à celles reconnues sur les os recueillis par lui-même. De phénomène était donc parfaitement constaté et assez général.

L’étude de ces empreintes amena M. Desnoyers à les diviser en deux catégories. Dans la première il plaça les stries d’une très grande finesse, 'd’une grande précision, se prolongeant dans une longueur de plusieurs centimètres, et entre-croisées par d autres stries non moins nettes et non moins régulières. Il attribua ces stries a une action glaciaire.

Quant aux empreintes de la seconde catégorie, les incisions transversales de différentes profondeurs et les entailles elliptiques, M. Desnoyers les considère comme produites par l’homme au moyen d instruments en silex, lances et pointes de flèches.

El, dit-il , « de ces faits il semble possible de conclure, avec une très grande apparence de probabilité, jusqu à ce que d’autres explications plus satisfaisantes viennent mieux éclaircir ce double phénomène, que l’homme a vécu sur le sol de France avant la grande et première période gla-

ti) Desnoyers, Comptes rendus Acad. Sc., S juin 1863, p. 1077.

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ciaire, en même temps que V Elephas meridionalts (1). »

Le professeur de paléontologie de l’Ecole des mines, conférencier ordinaire du cercle catholique des étudiants, répondit à cette importante communication par une mauvaise plaisanterie. Il prétendit que c’était lui qui, avec ses instruments, avait rayé et incisé les os de Saint-Prest en les nettoyant. Le docteur Charles Robert (2) s’empara de ce mot en l’air et le communiqua gravement à l’Institut.

M. Desnoyers se contenta de répondre (3) que les os de Saint-Prest, trouvés au milieu du sable, n'ont pas besoin d’instruments pour être nettoyés, que les stries et les incisions se voient sur des os qui n’ont subi aucun nettoyage ; enfin, que si le professeur de paléontologie de 1 Ecole des mines a été assez maladroit pour endommager des ossements qu on lui a confiés, on ne peut en dire autant des divers collectionneurs, beaucoup plus habiles et plus soigneux, qui en possèdent aussi de striés et incisés.

Des personnes, n’ayant pas vu les ossements, prétendirent que les empreintes étaient produites tout simplement parles pelles et les pioches des ouvriers de la carrière. Cette objection, comme la précédente, tombe devant l'observation faite par M. Desnoyers, que des dendrites ferrugineuses et du sable recouvraient en grande partie les stries et les incisions.

Charles Lyell (4), voyant que la faune de Saint-Prest contient un grand rongeur, le trogonthérium, s’est demandé si ce n’était pas lui qui avait produit, avec ses dents, les empreintes reconnues sur les divers ossements. Celte supposition n est pas admissible, par la bonne raison que les

(1) Desnoyers, Comptes rendus Acad. Sc., S juin 1 863, p. 1082.

, (2; Ch. Robert, Comptes rendus Acad. Sc., 22 juin 1863, p. 1157. (3) Qesnoyers, Comptes rendus Acad. Sc., 29 juin 1863. p. 1199. C) Lyell, Appcndix 1o thethird édition of tlic Antiquity of Man, 1863, p. 4. Antiquité de l'homme , Appendice. 1864, p. 6.

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empreintes n’ont aucunement les caractères des empreintes de dents de rongeur. En outre, elles sont toutes trop faibles, trop légères, pour avoir été faites par des incisives aussi fortes et aussi puissantes que celles du trogonthérium.

Et pourtant la double explication donnée par M. Desnoyers parait devoir être rejetée, et 1 auteur lui-même semble être maintenant de cet avis, au moins pour ce qui concerne les empreintes attribuées à 1 homme.

11 ne peut être question de phénomènes glaciaires, puisque ces phénomènes n’ont pas étendu leur action jusque dans la région. Du reste, M. Desnoyers lui-même, dans ses conclusions, que j’ai citées textuellement, reconnaît que le gisement de Saint-Prest est antérieur à la grande et première période glaciaire.

Quant à l’intervention de l'homme, elle ne peut être admise, les empreintes et stries n’ayant pas les caractères des sciures, entailles, coupures et incisions produites par l’homme. J’ai pu le constater sur les pièces mêmes recueillies par M. Desnoyers. Avec une extrême obligeance, il a bien voulu me communiquer ces pièces. Ce sont des éraillures plutôt que de véritables coupures.

Mais les observations deM. Desnoyers sont si bien laites, si bien décrites, qu’elles vont nous aider à découvrir quelle est la nature des intéressantes empreintes constatées, et quelle est la cause qui les a produites.

Mêlés aux ossements avec stries et empreintes plus ou moins profondes, on trouve aussi dans le gisement de Saint- Prest des silex fortement striés. Ces stries , qui vont jusqu’à la rainure, ne sont certainement pas 1 œuvre de l’homme. C’est l’effet d’un frottement violent ou d’une très forte pression avec glissement. Les sables et graviers de Saint-Prest ne contiennentpas de matières plus dures que le silex. Or, pour que le silex raye le silex, il faut une force

considérable. Du moment où ces stries ont pu se produire sur le silex, on conçoit, tout naturellement, que des empreintes et entailles profondes se montrent sur les os, matière beaucoup moins dure. M. Desnoyers a très bien reconnu que les diverses empreintes des os de Saint-Prest sont l’oeuvre du silex; seulement, le silex qui a fait les impressions, au lieu d’être manié par l’homme, a été mis en mouvement par des forces naturelles, le glissement et le frottement les uns contre les autres, par suite du tassement, des divers éléments composant le dépôt. C’est le produit d une cause lente et persistante, par conséquent assez régulière et pouvant devenir très puissante comme action.

Ce phénomène, du reste, n’est pas spécial cà Saint-Prest. Je 1 ai constaté dans la sablière quaternaire moustérienne du Pecq, où j ai recueilli des silex et des os striés, qui existent au musée des antiquités nationales de Saint-Germain. Ce sont des entailles et rayures analogues qui se trouvent sur les ossements quaternaires découverts dans la forêt de Bondy, sur le passage du canal de l’Oureq, empreintes signalées par Ed. Lartet en 1860. En continuant notre revue, nous allons en rencontrer dans divers autres gisements tertiaires.

L abbé Bourgeois, ayant reconnu que les stries et entailles étaient msuifisantes pour prouver l’existence de 1 homme à Saint-Prest, a recherché avec un soin extrême les silex taillés dans ce gisement. Ses patientes recherches lui ont procuré un petit nombre de silex d'un aspect douteux. Pour lui, ils sont évidemment taillés, il a même fait à ce sujet une communication à l’Académie des sciences (d j ; Pou» beaucoup d autres ces silex, qui sont actuellement déposés dans les collections de l’Ecole d’anthropologie de Pans, ne portent pas des traces concluantes du travail hu-

(1) Bouroeois, Comptes rendus Acad. Se., 7 janvier ISG7, p. 47.

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main. Los glissements et tassements qui ont occasionné des stries sur les faces du silex, ont aussi enlevé aux ai êtes a iv es de nombreux petits éclats qui laissent des empreintes ressemblant beaucoup à des retouches. C’est ce qui aurait trompé Bourgeois. En effet, parmi les silex qu il a recueillis à Saint-Prest, plusieurs ont un faux aspect de. silex taillés. Mais, en les examinant avec soin, on reconnaît que les prétendues retouches sont irrégulières et distribuées dans tous les sens. En outre, ces silex sont justement de ceux qui portent le plus de traces'de roulis, et parmi eux il en est qui sont fortement striés, ce qui montre qu ils ont été puissamment exposés aux diverses causes moditicati iccs naturelles.

2. Gisement ossifère »lu val (l’Arno. — Ea vallée de l’Arno, au-dessous d’Arezzo, contient, au milieu de couches d alluvions plutôt lacustres que fluviatilcs, un très riche dépôt d’ossements fossiles, qui a fourni une splendide série au musée de Florence et de précieux échantillons a bon nombre d’autres musées et grandes collections. M. Desnoyers, ayant examiné des ossements de ce gisement dans la collection de Luynes, découvrit aussi quelques traces de stries et incisions analogues à celles de Saint-Prest, mais plus faibles. C’est tout naturel, l’origine est la même; seulement dans le dépôt italien les graviers sont moins nombreux et moins siliceux, par conséquent moins coupants que. dans le dépôt français. Les couches ossifères du val d Arno contiennent une faune très voisine de celle de Saint-Prest. Un \ rencontre Y Elcphcis inet'idioncilis , le Rhiuocevos eti’usquus, le grand hippopotame, 1 E quiis (imensis ; plus, des mastodontes. Ce gisement est donc un peu plus ancien. 11 doit bien être rapporté au pliocène, mais a la partie tout a tait supérieure de 1 asticn.

s ;j. Couches île San Giovanni. — Dans la séance du 20 septembre lHGo de la réunion extraordinaire de la So-

ciété italienne des sciences naturelles à la Spezzia, le professeur Ramorino (1) présenta des os de cerf et de rhinocéros provenant du pliocène ou astien de San Giovanni, près de Sienne, et portant des incisions faites par l’homme. Ces os nettoyés, on reconnut que les incisions étaient parfaitement blanches, ce qui prouvait qu’elles étaient récentes. Il fut constaté aussi par l’étude de ces incisions qu’elles étaient le résultat du choc des outils employés, sans soin, par les ouvriers, pour effectuer l’extraction des os.

§ 4. Sables et graviers de l’Orléanais. — Le musée d’histoire naturelle d’Orléans possède un fragment très intéressant d’os de rhinocéros portant deux profondes impressions allongées, sans la moindre ablation de matière (2). Cet os a été trouvé par M. Nouël, à Neuville (Loiret), dans la formation d’eau douce dite des sables de l' Orléanais . 11 est donc miocène, les sables de l’Orléanais faisant partie de l’étage mayencien. Quant aux impressions, elles sont tout simplement l’effet d’une forte compression longitudinale produite par des corps arrondis, de petits cailloux, compression indépendante de toute action humaine.

§ 5. Calcaire d’eau douce de Billy. — Le 13 avril 1868, M. A. Laussedat faisait à l’Académie des sciences une communication, qu’il renouvelait sept jours après à la Société géologique de France. « M. Bertrand (de Moulins), a-t-il dit, m’a fait l’honneur de m’adresser, il y a quelque temps, deux fragments d’une mâchoire inférieure de rhinocéros, trouvés dans une carrière des environs de Billy (Allier). Ces deux fragments, dont l’un appartient à la partie droite et 1 autre à la partie gauche de la mâchoire, portent des entailles profondes, qui ne pourraient échapper à l’attention de 1 observateur le moins exercé. Celles du cédé gauche

(1) Ramorino, Att. Soc. Italiana sc. nat .. 20 septembre 1865, vol. VIII, p. 280.

(2) Mortillet, Matériaux hist. homme, avril 1868, p. 145.

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surtout présentent des caractères de la plus grande netteté. Situées à la partie inférieure de 1 os, à 1 opposé des dents, elles sont au nombre de quatre, sensiblement parallèles entre elles et inclinées de -40 degrés environ sur la direction de la longueur de la mâchoire. Leur largeur varie de 1 à 2 centimètres, et la profondeur de la plus grande atteint 6 millimètres. La section transversale de chacun de ces larges sillons est une courbe assez régulière, présentant beaucoup d’analogie avec celle des entailles que 1 on pourrait pratiquer en frappant obliquement sur un morceau de bois dur avec une hache bien affilée. La première idée qui se présente à l’esprit quand on examine ces entailles, c’est quelles onL été faites de la même manière, c’est-à-dire avec un instrument tranchant, sur l’os a l étal frais. Or, si cela était vrai, il en faudrait conclure que l’homme était contemporain d’un animal qui a vécu à une époque géologique très reculée (I). »

En effet, les deux fragments de mâchoire dont il est question ont été trouvés dans une couche de sable calcarifère recouverte d’une épaisseur de 8 mètres environ d’autres couches appartenant à la formation des calcaires d’eau douce, base du mayencieu, étage du miocène intérieur. Ce gisement est, du reste, confirmé par la détermination du fossile. C’est une mâchoire d c Rhinocéros pleuroceros, espèce caractéristique du miocène inférieur.

M. Hébert a demandé si l'on était très sur de 1 authenticité des pièces. Edouard Lartet a répondu, démontrant que les entailles datent bien de l’époque de l’enlouissemcnt. Elles offrent exactement le même aspect, les mômes particularités que les autres parties de l’os. Elles datent donc bien du miocène inférieur. Reste à les expliquer.

(1) A. Laussedat, Comptes vendus Ac.sc., 13 avril 18GS, p. 152, — Bull. Soc. géologique, 20 avril 18G8, p. G14. — Matériaux hist. homme , avril 18G8, p. 141.

On peut écarter tout d’abord l’action des dents d’animaux carnassiers, non seulement parce que la faune de ceLtc époque ne nous en a point fait connaître d assez forte taille, mais encore et surtout parce que les entailles n’ont en aucune façon l’apparence bien connue des empreintes de dents (1).

Les entailles de la mâchoire de rhinocéros de Billy ontelles été produites par l’homme?

Je ne le crois pas.

Les empreintes laissées par la scie étant parfaitement caractérisées et faciles à reconnaître, on peut dire nettement qu’il n’y a pas trace de sciage sur cette mâchoire.

Les entailles existantes sont trop larges, trop profondes et trop nettes, sur un os trop dur, pour qu’on puisse un seul instant supposer qu elles ont été produites par une coupure opérée au moyen d’un couteau en pierre.

Il ne reste donc que l’action d’un instrument tranchant et frappant, l’action d’une hache, et, de fait, c’est â cette action seule que M. Laussedat a fait allusion. Le coup de hache, surtout la hache de pierre, laisse toujours une empreinte arquée ou conchoïde. Les empreintes de Billy sont tout à fait rectilignes transversalement ; elles ne peuvent donc pas être le résultat de coups de hache.

En outre, comme nous l’avons dit précédemment, le coup de hache se distingue par une surface nette et franche dans la partie suivie par le tranchant, abrupte et rugueuse du côté du départ de l’esquille. Eh bien, dans les empreintes delà mâchoire de Billy, ce second caractère fait tout aussi bien défaut que le premier. Ces empreintes présentent une large section très oblique, terminée par une partie beaucoup plus étroite, presque verticale, qui est aussi lisse, aussi polie que l’autre, et, de plus, qui se trouve réguliè-

(1) Moutillet. Matériaux hist. homme, avril 1SGS, p. t 'i 3 .

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renient arrondie. Comme on le voit, cette partie n’a aucun rapport avec le côté abrupt et rugueux du coup de hache.

Enfin, d’une manière générale, par suite des ébréchures, les instruments en pierre laissent de petites stries dans le sens longitudinal des entailles qu'ils produisent, tandis que dans les entailles miocènes de Bill y les stries sont dans le sens transversal. Ces entailles ont donc été faites par une action qui agissait dans ce sens, et ne sont pas le produit d’un instrument manié par l’homme.

Que sont-elles donc?

Ce sont de simples impressions géologiques. Tous les géologues savent qu’il existe dans plusieurs terrains, mais surtout dans le miocène, des cailloux qui sont profondément impressionnés. La cause de ce phénomène n’est pas encore bien connue ; mais le fait, maintes et maintes fois constaté, est incontestable. Eh bien, la plus grande ressemblance existe entre l'impression de certains cailloux cl les entailles de la mâchoire de Billy. J’ai recueilli, à Tavel (Gard), et donné au musée de Saint-Germain un caillou de quartzite, roche des plus dures, avec des impressions tout à fait analogues à celles des os présentés par M. Laussedat.

Du reste, en examinant avec soin le plus longdc ces os, on remarque à l’une des extrémités une petite impression produite par écrasement. Sur ce point il n’y a pas eu enlèvement de matière, mais simplement compression. Cette impression, qui a le même aspect que les autres, leur est contemporaine et sert à les expliquer. C’est une impression analogue à celles de l’os de rhinocéros du musée d ( irléans.

Quant aux entailles avec ablation de matière, elles sont dues très probablement au frottement lent et puissant de corps durs, qui ont glissé obliquement sur l’os en l'entamant, le polissant et y traçant de petils^sillons.

^ 0, Formation d’eau douce de Gannat. — Le musée d’histoire naturelle de Clermont-Ferrand possède un fémur de Rhinocéros paradoxus avec stries et impressions (1). Il a été trouvé à Gannat dans une carrière de calcaire lacustre à Anthracotherium magnum du miocène inférieur, mayencien. Les impressions occupent une partie de la face interne au-dessus fdes condyles. Ce sont des rayures parallèles très irrégulières, transversales à l’axe de l’os.

M. Pomel a présenté cette pièce intéressante à la section d’anthropologie de l’Association française, réunion de 1876, à Clermont. «Il ne me reste aucun doute, a-t-il dit, sur la non-attribution à l’homme de ces rayures.» Il pense que ce pourrait bien être le produit de dents d’animaux, et il serait porté à les attribuer à des carnassiers du groupe des mustélins et des viverrins, qui étaient nombreux et variés à cette époque. Pour moi, ces rayures, au lieu d’être le fait d’une action organique due à un animal, sont tout bonnement le résultat d’une action mécanique produite par un simple phénomène physique. Ces entailles n’ont pas été faites par un rongeur dont les incisives accouplées laissent toujours deux sillons parallèles plus ou moins marqués. Elles ne sont pas dues non plus à un carnassier, qui produit toujours des empreintes irrégulières et mâchées. Les rayures du fémur de rhinocéros de Gannat seraient tout simplement 1 œuvre de frottements lents et continus, subis dans le sein de la terre après l’enfouissement; aussi sont-elles polies et striées dans le sens de leur plus grande longueur. Nous sommes là en présence d'un phénomène tout à fait analogue à celui que présente la mâchoire de Lilly, également de rhinocéros, et du même niveau géologique.

(1) Pomel et Mortillet, Association française pour l'avancement des sciences, 5e session. 1876, p. G39.

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