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OS CASSÉS

§ I . Colline île Sansan. — Dans les cavernes et gisements analogues, où se trouvent accumulés des débris de la nourriture humaine, les os sont généralement cassés. Tous ceux qui contenaient de la moelle ou un suc quelconque, comme les mâchoires, sont brisés, réduits en éclats, en esquilles. Cette habitude de briser les os creux pour en extraire la moelle, se retrouve encore chezlcs peuples sauvages. On peut même dire (pi il s’est conserve, chez nous, jusqu’à nos jours. Les paysans, les chasseurs cassent encore les os quand ils mangent en plein air; aussi trouve-t-on des débris d'os intentionnellement cassés dans des dépôts très récents. Ces os, cassés par l’homme, ont un cachet tout particulier, qui permet de les reconnaître quand on en a l’habitude, mais cette détermination est toujours délicate et demande à être faite avec beaucoup de prudence et de critique. C’est pourtant sur elle que se sont

basés certains observateurs pour établir l’existence de l’homme tertiaire.

La communication de M. Laussedat à l’Académie des sciences, sur la mâchoire de rhinocéros de B i 1 1 y , a amené, dans la séance suivante, le 20 avril 1868, l'ouverture d’un pli cacheté déposé le 16 mai 1864, par MM. Garrigou et Filliol fils. Ces messieurs écrivaient à cette date : « Nous avons des pièces suffisantes pour nous permettre de supposer que la contemporanéité de l’homme et des mammifères miocènes est démontrée (1). » Ces pièces sont des ossements cassés de la colline de Sansan (Gers), parmi lesquels on remarque surtout ceux d’un petit cervidé, le Dicrocerus elegans.

La colline de Sansan, d’un niveau géologique un peu supérieur aux calcaires de Beauce, appartient à l'étage mayencien, miocène inférieur. C’est un gisement exceptionnellement riche en ossements fossiles. Il a été habilement et brillamment exploité par Edouard Lartet (2), exploitation qui a commencé la juste réputation de ce maître de la science. Pourtant, Edouard Lartet, qui avait remis lui-même à M. Garrigou les ossements sur lesquels ce dernier a fondé son assertion, ne croyait pas à l’intervention de l’homme. 11 y a, en effet, dans le gisement de Sansan, grand nombre d’ossements cassés; mais ce sont des cassures accidente Iles en partie contemporaines de l’enfouissement, dues surtout à la dessiccation du sol, en partie produites postérieurement par l’action de tassement du terrain .

M. Garrigou (3), ayant de nouveau posé la question défi) Garrigou et Filiiol, Comptes rendus Acad, des sc., 16 mai 1864, p. 819.

(2) Ed. Lartet, Notice sur la colline de Sansan, 1831.

(3) Garrigou, Compte rendu du congrès de Ifologne, 1871, p. 130.

HOMME TERTIAIRE

vanl le congrès international d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques, session de Bologne, en 1871, ne put faire prévaloir sou opinion, qui fut combattue par des observateurs très compétents, parmi lesquels on peut citer Paul Gervais,M. Cartailhac, et surtout M. Steenstrup, qui a fait une étude toute spéciale sur les os cassés et rongés.

^ 2. Gisement de l’ikcrnii. — A quatre heures d'Aihènes, à la hase du mont Penlélique et à peu de distance de la plaine de Marathon, près d’une ferme nommée Pikermi, existe un gisement d’ossements fossiles, aussi riche et même beaucoup plus riche que celui de Sansan. Les os se rencontrent dans une couche de sable, exploitable à ciel ouvert, sur un espace de quatre cents pas de long sur cent de large. Ce gisement, parfaitement exploré et décrit par M. Albert Gaudry, est un peu plus récent que le précédent. Il appartient à l’étage tortonien, miocène supérieur.

A la session de Bruxelles du congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques, en 1872, M. von Düekcr (I), se basant sur les mêmes données que M. Garrigou pour Sansan, a présenté les cassures des ossements fossiles de Pikcrmi comme une preuve de l’existence de l’homme à l’époque miocène. Mais les personnes, assez nombreuses, qui ont fouillé le gisement avec grand soin, parmi lesquelles on peut citer MM. Albert Gaudry et Capellini, n’ont reconnu, sur les os de Pikermi, que des cassures accidentelles. C’est, du reste, ce que tout le monde peut facilement constater, comme je lai lait moi-même, dans les belles collections qui ont été rapportées de Grèce.

(1) Von Ducker, Compte rendu du congrès de Bruxelles . 1872, p. 104.

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