‹ Le préhistoriqueChapitre 29 sur 78 · CHELLÉEN. — INDUSTRIE · texte numérisé non relu

CHELLÉEN. — INDUSTRIE

La première époque des temps quaternaires, la plus ancienne est l’époque chelléenne.

§ 1. Origine «lu nom. — Cette époque, je l'avais tout d’abord nommée acheuléenne parce qu’elle est assez bien représentée à Saint-Acheul, plateau qui domine Amiens (Somme). Saint-Acheul est une localité très connue, très visitée, qui contient de vastes exploitations, dont les produits se' sont répandus dans presque tous les musées, dans toutes les collections de quelque importance. C’est un des premiers gisements cités par Bouclier de Perthcs. C est la où Bigollot, le premier disciple de Bouclier de Perllies, s’est rendu à l’évidence. C’est là que les géologues anglais Prestwich, Evans, Lyell sont venus corroborer les observations faites à Abbeville. C’est là enfin que M. et Mmo Gaudry ont pratiqué une fouille qui a démontré d une manière certaine la découverte du savant d Abbeville. Pour toutes ces raisons Saint-Acheul paraissait le point désigne pour servir de type à la première époque quaternaire.

Malheureusement Saint-Acheul n est pas une station pure de tout mélange. 11 y a des influences de transi-

HOMME QUATERNAIRE

lion. A r Elephas antiquus s'associe VElephas pnmigenius, en fait d’industrie, au type caractéristique chelléen, très abondant et prédominant, se joignent déjà quelques instruments de types moustéricns. M. Ernest d’Acy, chercheur infatigable, qui a réuni la plus belle collection de cette localité, a mis en relief ces quelques mélanges el s’en est prévalu pour attaquer la distinction de cette époque. J’ai été alors forcé, malgré l’inconvénient qu’il y a à changer un nom déjà généralement admis, de choisir une localité plus pure, plus caractérisée, plus typique. J ai pris celle de Chelles (Seine-et-Marne). L 'Elephas antiquus s’y trouve seul, associé à l’instrument caractéristique des débuts des temps quaternaires.

2. Ifescription «1e l'instrument. — L industrie de cette époque est des plus simples, des plus rudimentaires: elle se compose d’un seul instrument en pierre. C’est un silex, ou fragment d’autre roche, taillé sur les deux faces, et rendu par le martelage plus ou moins amygdaloïde au moyen d’éclats généralement assez forts.

Cet instrument varie beaucoup de forme, de grandeur, de fini dans le travail, de matière ; pourtant, une fois qu’on a fait connaissance avec lui, on le reconnaît toujours facilement. Tous les échantillons, malgré leurs variations individuelles, ont entre eux le plus grand air de famille. C’est commeleschiens.il est impossible de varier davantage ; néanmoins nous distinguons à première vue un chien de tout autre animal.

Dans son ensemble l’instrument chelléen alfecle la forme d’une amande. 11 estélargi et arrondi en bas ; il se rétrécit, généralement à partir du tiers inférieur, en allant vers le sommet, qui se termine eu pointe; les bords du pourtour sont anguleux, et les faces dans le sens de l’épaisseur présentent un certain aplatissement.

C’est là la forme habituelle, la forme typique, mais les

variations dans tous les sens sont nombreuses. Non seulement l’amande devient, suivant les cas, plus ou moins ovale et allongée, plus ou moins arrondie, parfois elle s’élargit au détriment de la longueur de manière à être presque discoïde. D’autres fois, au contraire, l'amande

s’allonge en se rétrécissant jusqu’à en devenir méconnaissable au premier abord et à prendre un faux air de poignard. On voit aussi la base arrondie, passer peu à peu à la ligne droite et finir par rendre ainsi l’instrument tout à fait triangulaire. Tous les degrés existent entre les diverses modifications de formes et l’on peut toujours, par des séries d’intermédiaires, remonter au type primitif, au type franebeamygdaloïde.

Fig. 15. — Instrument chelléen des Les (Jeux faces de 1 insll'Ualluvions quaternaires de Saint-

Acheni. silex. Musée de Saint- ment sont généralement a Germain. 1/2 gr. peu près semblables. 11 ar-

rive pourtant assez fréquemment que l’une d’elles est beaucoup plus bombée.

Le plan qui passe par le pourtour anguleux est presque toujours horizontal, néanmoins parfois il est sensiblement gauche et cela a été recherché intentionnellement. L’instrument alors est comme tordu et il est désigné sous le nom de torse. Ces pièces torses sont assez fréquentes en France, surtout dans le gisement classique de Sainl- Acheul ; M. John Evans en cite plusieurs d Angleterre, et à l’exposition préhistorique de Bologne j’en ai reconnu

HOMME QUATERNAIRE

une sur quatre ou cinq types chelléens des environs de Pérouse.

Le côté étroit ou sommet, dans la majorité des cas, est plutôt une pointe arrondie qu’une pointe aiguë. Pourtant on voit des échantillons qui se terminent par de longues pointes taillées avec soin et dont le rétrécissement part de très bas. Ce rétrécissement n’est même pas toujours lent et progressif. Il arrive qu’il se fait par soubresauts et s’exagère tout à coup, mais c’est une exception.

Les bouts pointus allongés se brisent très facilement, aussi la plupart du temps sont-ils cassés. Mais à côté de ces pièces à pointe cassée accidentellement et par conséquent actuellement terminées par une surface de casse plus ou moins plane, on rencontre d’autres pièces terminées par un bout tranchant horizontal ou diversement incliné jouant le ciseau ou le tranchet.

^ 3. Grandeur et poids. — La grandeur, et par suite le poids des instruments chelléens, varient à peu près autant que les formes.

Page 1