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DÉFINITION ET DIVISION DU QUATERNAIRE

$ 1. Définition du quaternaire. — Pour nous, qui éludions spécialement les origines de l'humanité, le quaternaire est caractérisé par l’apparition et le développement de l’homme. Nous venons de voir que l’homme n’existait pas encore dans les temps tertiaires. Il y avait alors, surtout vers la fin, des êtres beaucoup plus intelligents que les singes anthropoïdes actuels, mais ces êtres n’étaient pas encore, à proprement parler, l’homme. C’étaient des précurseurs de l’homme, des échelons conduisant à l’homme, mais non l’homme tel qu’il est de nos jours. Ce n’est qu’au commencement du quaternaire que l'homme se montre, non tout à fait identique à nous, mais tellement voisin, qu’on ne peut lui refuser, en bonne nomenclature, le nom d’homme.

Cette définition du quaternaire, qui me semble excellente, paraîtra peut-être, à certains naturalistes, un peu trop restreinte. On peut l’étendre en disant :

Le quaternaire est caractérisé par une faune mammalogique terrestre, contenant un mélange d’espèces éteintes et d’espèces encore vivantes.

C’est donc une transition entre l’actuel, avec sa riche faune, et le tertiaire, qui ne contient que des mammifères terrestres d’espèces éteintes.

§ 2. Changement de température. — Si nous examinons la partie encore vivante de la faune quaternaire de nos régions, nous trouvons, d’une part, des animaux propres aux pays chauds, comme l’éléphant d’Afrique et surtout l’hippopotame, qui, stationnant habituellement dans l'eau, ne peut habiter un pays où les lacs et les rivières gèlent.

D’autre part, un grand nombre d’espèces sont propres aux régions ou stations froides, comme le renne, le bœuf musqué, le saïga, le glouton, le chamois, le bouquetin, la marmotte, etc.

Bien plus, parmi les espèces éteintes, on peut faire un dédoublement, dont partie appartient aux régions chaudes et partie aux régions froides.

Ainsi, dans le quaternaire, nous rencontrons deux éléphants : l’ Elephas antiquus, espèce intermédiaire entre l’éléphant d’Afrique et l’éléphant d’Asie, mais plus voisine de ce dernier, organisé pour vivre dans les pays chauds, et Y Elephas primigenius ou mammouth, qui, recouvert d’une laine épaisse, était organisé pour vivre sous les climats les plus froids.

Les rhinocéros donnent lieu à une observation analogue. 11 en a existé deux, en Europe, à l’époque quartenaire. L’un, le Rhinocéros Merkiï, aimait la chaleur, puisqu'il se relie aux types tertiaires vivant dans des températures méridionales. L’autre, le Rhinocéros tichornius , recouveit d’une forte fourrure, était évidemment boréal.

A YUrsui spelæus , grand ours des cavernes, espèce éteinte, qui devait aimer les climats tempérés, ont succédé Y U r sus fevox du pôle et Y (Jrsus arctos de nos montagnes.

Comme gisement, les espèces chaudes se rencontrent

dans des couches ou stations plus anciennes, les espèces froides dans des couches et stations plus récentes.

La faune malacologique vient confirmer les conclusions tirées des mammifères terrestres. Les coquilles quaternaires de la zone médiane de l’Europe, dans leur ensemble, ont les plus grands rapports avec les coquilles actuelles de la même région. Pourtant, dans la partie inférieure du quaternaire, on rencontre quelques espèces qui maintenant n’existent plus que dans des parages plus méridionaux. C’est ainsi qu’en Angleterre et dans l'ouest de la France •on trouve, à la hase du quaternaire, la Cyrena fluminal/s , petit bivalve confiné maintenant en Egypte et en Asie. En Angleterre, le quaternaire contient aussi Y Unio lilhtralis , espèce qui ne vit plus dans le pays, mais qui existe encore en France. A la Gellc-sous-Morct (Seine-et-Marne) et à Canstadt (Wurtemberg), les tufs quaternaires contiennent Y H dix ou Zoniles acieformis du groupe des grands zonites carénés dont les équivalents ne se rencontrent plus vivants que dans le sud-est de l’Europe.

La partie récente du quaternaire, au contraire, ne renferme plus ([ne nos espèces régionales avec les caractères spéciaux qu’elles prennent sous l’influence du froid.

La botanique parle dans le même sens. Tandis que la Celle-sous-Moret présente une flore analogue à celle du midi de la France, Scbussenried, dans le Wurtemberg, fournit des mousses du Groenland.

Nous sommes donc en droit de conclure que, pendant l’époque quaternaire, il y a eu, dans nos contrées au moins, deux périodes bien tranchées, l’une chaude, l’autre froide; la chaude ayant précédé la froide.

3. Mouvements «lu sol. — Pendant l’époque quaternaire, il n’y a pas eu seulement d’importants changements de température, il s’est aussi opéré de grands mouvements du sol.

La faune quaternaire des Iles-Britanniques, identique à celle de la France, nous montre que ces îles étaient rattachées au continent.

Un grand cordon littoral de blocs erratiques en roches du nord de la Scandinavie et de la Finlande, qui traverse toute l’Europe, prouve que la mer glaciale couvrait près de la moitié de la Russie, toute la Prusse, le Hanovre, la majeure partie de la Hollande et une portion de l’Angleterre.

Les bassins de la Seine et de la Somme ont subi, comme en général tout le sol de la France, un mouvement d’affaissement pendant la première partie de l’époque quaternaire et d’exhaussement pendant la seconde partie.

Le mouvement d’affaissement a coïncidé avec une température douce et extrêmement humide.

Aussi, des masses énormes d’alluvions ont rempli tout le fond des vallées qui avaient été creusées pendant l’époque tertiaire. Ces amas se sont élevés jusqu’à 20 et30 mètres au-dessus du niveau actuel du fond de ces vallées.

Quand le mouvement d’exhaussement a commencé, les grands cours d’eau ont tout naturellement produit une action complètement inverse. Au lieu de continuer à déposer des alluvions dans le fond des vallées, ils se sont mis à entamer les dépôts formés précédemment, à les enlever et les entraîner successivement, et à recreuser les anciens lits, laissant sur les hauteurs et contre les parois des témoins plus ou moins importants, plus ou moins considérables de leur premier travail. Cette action dans son ensemble s’est produite d’une manière assez uniforme; pourtant, il y a eu à certains moments ralentissement et calme relatif; c’est ce qui a donné lieu à la formation des terrasses que l'on observe à divers niveaux le long des vallées, et qui généralement sont au nombre de trois systèmes bien distincts.

Tableau des époques quaternaires.

A ces diverses actions géologiques, à ces modifications de climats, à ces variations de flores et de faunes correspondent également des modifications et variations d'industrie.

!< 4. Tableau «les époques quaternaires. — Sur l’ensemble de ces données, j’ai divisé le quaternaire en quatre époques bien distinctes dont le tableau ci-devant, p. 131 , donne la succession et fixe les caractères.

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