ALLUVIONS
C° Les cailloux des alluvions sont arrondis et généralement réguliers, sans traces de cassures successives.
7° Les cailloux ne sont jamais striés.
8° Les argiles et limons d’alluvions reposent sur des roches qui ne présentent pas de stries.
On voit que les boues glaciaires, avec leur mélangechaotique de cailloux irréguliers et striés, sont très faciles à reconnaître. Eh bien, on les retrouve dans toute la région des blocs erratiques, non seulement dans le fond des vallées, mais encore sur les points les plus élevés. C’est ainsi par exemple que, dans le bassin de Chambéry, j’ai signalé des boues glaciaires à cailloux striés de calcaire noir alpin aux Déserts, derrière le mont Nivolet, à environ 1 000 mètres d’altitude.
§ a. Moraines. — Les blocs et débris qui tombent sur îa surface d’un glacier, après avoir cheminé plus ou moins longtemps sur son dos, sont en partie abandonnés sur scs bords, de sorte qu’il s’y forme un bourrelet longitudinal <lc fragments de roches diverses. Le reste est charrié jusqu’à l’extrémité du glacier et s’y amoncelle, constituant de petits monticules composés de matériaux variés, déposés dans le plus grand désordre.
C’est ce qu’on appelle les moraines. Elles prennent le «mm de moraines latérales , quand elles bordent le glacier, et de moraines frontales ou terminales , quand elles entourent son extrémité. Eli bien, l’aire de distribution des blocs erratiques est presque toujours limitée soit par des moraines latérales, soit par des moraines frontales.
Les moraines frontales sont plus complexes que les moraines latérales. Les éléments charriés à la surface du gla-
cier s’y mêlent avec ceux provenant du fond. Les blocs erratiques anguleux d’en haut y sont associés à des blocs erratiques arrondis et fortement striés d en bas. On y rencontre en certaine abondance la boue glaciaire et les cailloux striés, qui sont exceptionnels dans les moraines latérales.
Le front des glaciers s’étalant suivant une section de cône surbaissé, les moraines qui 1 entourent décrivent généralement un arc de cercle dont 1 intérieur est tourné en amont. C’est ce qu’on nomme 1 amphithéâtre g lacicm e . Les moraines latérales suivent les sinuosités des parois encaissantes de la vallée, à un niveau constant s inclinant régulièrement dans le sens de la pente.
La région des blocs erratiques, contenant aussi des cailloux irréguliers et striés, des roches polies, sillonnées et moutonnées, des boues glaciaires, et étant bordée par des moraines, a été certainement occupée par d anciens glaciers ; les glaciers seuls peuvent produire cet ensemble de phénomènes.
§ 6. Creusement des lacs. — Si les phénomènes que nous venons d’examiner ont laissé des traces plus ou moins faciles à reconnaître dans l’ancienne région glaciaire, il en est un autre qui, à la simple inspection d une carte, peut nous donner une idée approximative de celte région : c est la distribution des lacs. En effet, les lacs des Alpes sont tous dans la région glaciaire, et les grands lacs, en général, à l’extrémité de cette région. Tels sont les lacs de Genève, Neuchâtel et Constance, en Suisse; les lacs d Animer, Wurm et Chiem, en Bavière ; les lacs d Atter et de 1 raun, dans la Haute-Autriche ; le lac de Werther, en Garinthie, et les lacs de Garde, Iseo, Corne et Majeur, en Italie. Les petits lacs vosgiens indiquent l’existence des anciens glaciers des Vosges. En Angleterre, ce qu’on appelle la région des lacs correspond à un grand développement glaciaire quater-
HOMME QUATERNAIRE
naire. Enfin, en Norvège, en Suède et surtout en Finlande, le domaine des anciens glaciers est littéralement marqueté de lacs. Il en est de même dans le nord de l’Amérique, jusqu’aux limites du Canada et des Etats-Unis, oii se trouvent justement les grands lacs.
Il y a donc une relation certaine entre les lacs et les glaciers. Il y a plus, les lacs sont un produit des glaciers. En effet, autour d’eux on observe des alluvions anciennes inférieures et, par conséquent, antérieures au terrain erratique et aux boues glaciaires. Ces alluvions sont régulières. Les couches qui se trouvent à l’extrémité du lac contiennent des cailloux ou roches du haut de la vallée. Ces roches ont été roulées tout le long du bassin du lac, qui dès lors ne devait pas exister, parce qu’au lieu de parvenir à son extrémité elles seraient restées au fond.
Les lacs existent, de nos jours, avec des profondeurs qui atteignent 290 mètres au lac de Garde, 298 au lac d’Iseo, 387 au lac de Côme, et même 797 mètres au lac Majeur.
Ces profonds bassins ont été creusés entre le dépôt des alluvions anciennes et les temps actuels. Seule, l’extension des glaciers s’interpose entre deux ; c’est donc à elle qu’il faut attribuer le creusement des lacs, qui sont, comme je l'ai déjà constaté, tous dans la région glaciaire.
Ce n’est pas seulement par suite de barrages produits par les moraines frontales, que les lacs se sont formés, puisque leurs bassins descendent bien au-dessous de la base des moraines ; c’est par une action de creusement. Les glaciers, affouillant profondément les sols meubles, ont déblayé les grands bassins remplis d’alluvions anciennes, et, après la fonte des glaces, ces bassins sont restés occupés par l’eau.
Les glaciers, comme nous l’avons vu, exercent une action des plus violentes sur les terrains sous-jacents. Us rongent et moutonnent les roches les plus dures, granités,
quartz, quartzites, porphyres. On peut juger par là de ce qu’ils doivent produire sur les éléments meubles des allumions. Nous avons constaté qu’ils entraînent ces matières meubles dans le sens de leur marche, comme le prouvent le polissage et le cannelage des roches en place, le striage et l’arrondissement successif, après de nombreuses fractures, des cailloux contenus dans les boues.
Les lacs se trouvent aux points du maximum de puissance et par conséquent d’action des anciens glaciers. D après l’altitude des moraines latérales, on peut calculer
G. Glacier ;
S. Sol primitif;
E. Excavation du sol, bassin .acustre ;
M. Moraine terminale en partie composé par lo terrain excavé;
V, R, H. Représentation de l'action dynamique;