V. Action verticale du poids
H. Action horizontale de la poussée;
R. Résultante agissant obliquement et labourant le ol S.
qu’en ces points la hauteur de la glace, au-dessus du niveau actuel de l’eau, variait de 300 à 800 mètres. Chaque mètre carré de surface supportait donc un poids d’environ 300 à 800000 kilogrammes. Cette pression verticale, combinée avec une force de poussée encore plus grande, dans e sens de la vallée, c’est-à-dire à peu près horizontale, a dû forcément, d’après les lois de la dynamique, donner une résultante agissant obliquement . C est celle résultante
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(jui a usé et moutonné los roches dures, et affouillé profondément les dépôts meubles d’alluvions.
L’alTouillement glaciaire, tant ancien qu’actuel, est démontré de la manière la plus certaine par l’existence de houe avec cailloux striés, formation de fond, dans les moraines frontales, à des niveaux bien supérieurs à celui du fond de la vallée. Ces boucs avec cailloux striés ont forcément été refoulées et relevées par l’action des glaciers.
Bien plus, l’observation directe des glaciers actuels fournit des exemples frappants d’affouillcments. Il y a une cinquantaine d’années, le glacier des Bossons, à Chamounix, était en voie d’accroissement. En avançant au sein d’un bois de sapins, il a affouillé profondément le sol, l’a soulevé et a porté, jusque sur le dos de ses moraines, arbres et terrain. De Billy, rendant compte de l’avancement du glacier de Groner, vallée de Zermatt (Suisse), en 1852, dit que les glaces « soulevaient devant elles le sol, comme un gigantesque soc de charrue» (I). L'observation directe des faits vient donc, tout comme les lois mathématiques, confirmer l’idée que j’ai émise en 1859 du creusement des lacs des régions montagneuses par l’affouillcment des glaciers.
M. J. Clifton Ward a démontré que les cuvettes de plusieurs lacs du Cumberland, région glaciaire, sont le produit d’actions d’excavation : lacs Denventwatcr, Basscritwaite, Buttcrmere, Crum mocket Lowesvvater. Ces cuvettes ne se trouvent pas sur des failles et ne sont pas dues à des endiguements morainiques. Quel a pu être l’agent excavateur, si ce n’est le glacier lui-même ?
§ 7. F.xJension «les glaciers. — Grâce aux lacs, aux roches polies, cannelées et moutonnées, aux boues glaciai-
(1) De Billy, Bail. Son. géol. du France } séance du 3 décembre 1 SGG, p. 103.
res avec leurs cailloux striés, aux blocs erratiques et aux moraines, on peut tracer assez exactement la carte de l’ancienne extension des glaciers.
Les petits centres glaciaires, disséminés actuellement sur les points les plus élevés des Alpes, formaient une vaste région glaciaire, au centre de l’Europe, dont les grands lacs qui entourent la chaîne fixent à peu près les limites. La Suisse était entièrement couverte, à part quelques îlots à l’intérieur et un petit espace à l’extrême nord-ouest, du côté de Bâle. Les glaces, passant par-dessus le Jura, déversaient même un peu sur la France. Au-delà du lac de Constance, elles empiétaient un peu sur Bade et le Wurtemberg. En Bavière, elles descendaient jusque vers Munich. En Autriche, elles occupaient tout le Tyrol, le Salzbourg, et atteignaient presque Linz. Le Sœmmering avait aussi ses glaces. Toute laGarinthie en était remplie, jusque vers Klagenfurth. Toutes les vallées alpines du versant italien étaient également remplies, et l’on voyait le glacier du Tagliamento s’étaler dans la plaine jusque vers Udine ; ceux de la Piave et de la Brenta réunis couvrir le plateau des Sette Communi ; celui de l’Adige, après avoir occupé le lac de Garde, étendre ses moraines frontales jusqu’à Lonato, Castiglione, Yolta, Sommacampagna ; celui de l’Oglio s'étendre, au-delà du lac d Iseo, jusqu à Adro et Rovato ; celui de TAdda, après avoir traversé les lacs de Gôme et de Lecco, couvrir laBrianze; celui du Tessin passer le lac Majeur, se jeter vers l’est et occuper toute la région du lac Varese et des petits lacs ; celui de la Doire d’Ivrée former, au-delà de cette ville, un vaste hémicycle, qui se terminait à peu de distance de Chivasso ; enfin le glacier de la Doire de Suse,sur la moraine frontale duquel est bâti Rivoli, arrivait non loin de Turin. Dans les Alpes Maritimes, les anciens glaciers seraient descendus jusque vers le confluent de la Tinée et du Yar. Le glacier du Drac a
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dépassé Sisteron et s’est étendu jusqu’à Châleau-Arnoux. Plus de la moitié des départements des Hautes-Alpes et de l’Isère, ainsi que toute la Savoie et la Haute-Savoie, étaient sous les glaces. Les glaciers du Rhône, de l’Arc et de l’Isère, réunis, envahissaient le nord du Dauphiné et le sud du département de l’Ain, et venaient largement s’étaler jusqu’à Lyon.
On a aussi signalé quelques petits glaciers locaux du Jura et des massifs du Pilât, où il n’en existe plus.
Les Vosges avaient un massif glaciaire bien caractérisé, d’où partaient divers grands glaciers : Giromagny et Folleringen, en Alsace; Remonchamp, le Bresse et Gerardmer, dans le département des Vosges.
En traversant le Rhin, les montagnes de la forêt Noire présentent un autre massif glaciaire.
Dans le centre de la France, les massifs du Mont-d’Or et du Cantal ont eu leurs anciens glaciers assez fortement développés. On observe aussi des phénomènes glaciaires à Ruines (Cantal) ; à Nasbinals, sur les limites du Cantal, de l’Aveyron et de la Lozère ; enfin à Castelades, dans la Lozère, sur les confins de l’Ardèche.
Dans les Pyrénées l’extension des glaciers a été moins considérable que dans les Alpes. Elle y a pris pourtant un grand développement. Toutes les vallées intérieures étaient remplies par les glaces, qui parfois sont venues même largement s’étaler à leur débouché, comme on peut le constater en amont de Pamiers (Ariège), à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et surtout dans la vallée d’Argelès (Hautes-Pyrénées), dont l’amphithéâtre morainique dépasse beaucoup Lourdes.
En Espagne, on a signalé d’anciens glaciers dans la prolongation des Pyrénées, du côté des Asturies, et dans la Sierra-Nevada, Andalousie; c’est-à-dire tout à fait au nord et tout à fait au sud de la Péninsule.
En Corse, un petit glacier ancien a été indiqué au sommet du Mon te-Ro ton do, au centre de 1 île.
Bien plus étendus sont les glaciers quaternaires de la Grande-Bretagne. Ils étaient assez développés dans le Pays de Galles. Plus au nord, sur les limites de l’Angleterre et de l’Ecosse, ils occupaient ce qu’on appelle le pays des lacs dans le Westmoreland et surtout le Cumberland. Us prenaient encore plus d’extension en Ecosse, principalement dans le massif des Grampians.
Toute la partie de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, marquetée de lacs, était aussi une terre recoin ei te de glaciers énormes, d’oii partaient les blocs de glace qui ont semé les blocs erratiques sur toutes les côtes de 1 ancienne mer du Nord.
Les Carpathes et surtout le Caucase ont eu à l’époque quaternaire un grand développement glaciaire.
L’extension des glaciers a été aussi signalée en dehors de l’Europe. 11 suffira de citer l’Himalaya et l’Amérique du Nord. Mais nous manquons de documents suffisants pour nous occuper du phénomène glaciaire dans ces contrées.
§ 8. Conditions météorologiques. — L ancienne extension des glaciers a donc été fort considérable. Pour s'en vendre compte il suffit de jeter un coup d’œil sur le glacier du Rhône, qui actuellement n’atteint pas une longueur de 8 kilomètres, et qui avait alors un développement dépassant 400 kilomètres. Il était donc cinquante fois plus grand.
Quelle est la cause qui a produit cette énorme extension des glaciers ?
Les glaciers sont le résultat de la transformation de la neige en glace. Cette transformation nécessite assez de chaleur pour fondre une petite portion de neige qui imprègne d’eau la neige voisine, et assez de froid pour regeler tout
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cet ensemble et le changer en glace. Cela suppose une température plutôt douce que rigoureuse, pourtant pas trop douce, car, neiges et glaces fondant, il n’y aurait plus de glaciers possibles.
En d’autres ternies, la première condition de l'existence du glacier, c’est qu’il fasse assez froid pour qu’il tombe de la neige. La seconde, qu’il y ait une grande humidité afin que la neige soit abondante. La troisième, qu’il fasse suffisamment chaud pour que la neige fondante et imprégnée d’eau puisse se transformer en glace, sans pourtant fondre complètement.
Il en résulte que les données les plus favorables pour la grande extension des glaciers sont :
Froids modérés et très grande humidité de l’air.
En effet, comme nous le verrons plus loin, les glaciers quaternaires se sont retirés pendant l’époque magdalénienne, qui était peut-être plus froide que la moustérienne, mais certainement bien plus sèche.
Actuellement, dans l’Hirnalaya, nous voyons les neiges et les glaces descendre beaucoup plus bas sur les pentes méridionales qui reçoivent les vents buinidcs de la mer, que sur le versant septentrional soumis à l’influence de l’air entièrement sec du Thibet. Les cols et passages de la partie sud, bien moins élevés que ceux de la partie nord, sont bien plus lùL et plus longtemps obstrués par les neiges.
D’autre part, dans l’atmosphère fort humide de la Nouvelle-Zélande, le glacier deWaïau descend jusqu’à212 mètres au-dessus de la mer et celui de François-Joseph, meme jusqu’à 115 mètres, au milieu d’une végétation des plus luxuriantes, parmi laquelle se trouve un palmier, VAreca sapida, et des fougères arborescentes. Ces glaciers se trouvent entre le 43e et le 44e degré, c’est-à-dire à une latitude égale, sinon un peu inférieure à celle qu’altci-
gnaient les anciens glaciers des Alpes-Maritimes et delà Durance.
De nos jours on voit sur les côtes de la Patagonie, au sud de Cliiloé, les glaciers descendre jusqu’à la mer par une latitude qui correspond à celle des lacs de Genève et de Neuchâtel. La grande extension glaciaire de l’Europe ne présente donc rien d’anormal.
Pour la justifier et l'expliquer il suffit d’admeLtre une légère diminution dans la température et une grande augmentation dans l’humidité de 1 air. Quelle a été la cause de ces deux changements météorologiques.
Tout d’abord la grandeur des résultats produits frappant les imaginations, on s’est jeté dans les hypothèses cosmiques. Pendantla période glaciaire, dit-on, notre système planétaire a traversé des espaces plus froids. Plus tard on a supposé que pendant toute cette période des nuages s’étaient interposés entre le soleil et la terre. Pures rêveries qui ne s’appuyaient sur rien et dont on sentit bientôt toute l’inanité. On fit alors intervenir le déplacement de l’axe de la terre et la précession des équinoxes. L'axe de la terre se déplaçant, les pôles se déplaçaient aussi et avec eux le centre glaciaire. On alla jusqu’à calculer le mouvement de ce déplacement et par suite la durée des périodes glaciaires pour chaque partie du globe. 11 n’y a qu’une objection majeure à opposer à tous ces beaux calculs, c’est que l’on n’a rien pu constater de régulier et de périodique dans les phénomènes géologiques, surtout dans les phénomènes glaciaires.
Inutile d’aller chercher si loin, il suffit, pour parfaitement expliquer le grand développement des glaciers, de faire quelques observations autour de soi.
La condition principale pour l’extension des glaciers est une grande humidité. Cette grande humidité a existe au commencement et au milieu de la période quater-
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naire. Elle a laissé de puissants témoins. Ce sont d’abord les alluvions qui remplissent le fond de toutes nos grandes vallées et qui s’élèvent jusqu’à une hauteur de 30 et 40 mètres sur leurs bords, et parfois beaucoup plus haut. Comme nous l’avons établi, pages 130 et 181 , ces vallées se sont d’abord remplies d’alluvions ; puis il s’est opéré un travail de dénudation qui a réexcavé les vallées. Ce double travail a forcément nécessité une abondance d’eau prodigieuse. Le débit de nos cours d'eau était alors beaucoup plus considérable que de nos jours. Ce qui le démontre, c’est que ces cours d’eau ont amené et emporté des graviers et des cailloux qu’ils ne peuvent plus charrier, quand bien même il les trouvent tout arrondis sur leur passage.
Un autre genre de témoins de l’humidité des temps quaternaires, c’est l’existence de nombreuses petites vallées d’écoulement, actuellement sans eaux. Je n’en citerai qu’un exemple que l’on peut facilement vérifier. En allant de Creil à Amiens, en chemin de fer, on traverse un grand plateau de craie blanche coupé par quatre ou cinq petites vallées d’érosion, bien caractérisées par des talus et des terrasses, mais sans le moindre cours d’eau actuel au fond. Après Ailly, on rencontre une fort jolie vallée d’érosion , avec une terrasse, aujourd’hui complètement à sec. Elle est précédée et suivie de simples combes de dénudation. Pour que ces combes et ces petites vallées se soient formées, il faut forcément faire intervenir des eaux bien plus abondantes et bien plus puissantes que celles de nos jours. C’est la meilleure preuve que l’on puisse avoir de la grande humidité de l’atmosphère. Il pleuvait beaucoup dans la plaine, il neigeait proportionnellement sur les hautes montagnes, excellentes conditions pour le développement des glaciers.
D’où provenait cette humidité atmosphérique?
De deux causes.
Nous connaissons déjà la première. C’est le grand développement de la mer du Nord que j’ai décrit page 182. Ce vaste bassin, qui couvrait une bonne partie du nord de l’Europe, devait fournir d’abondantes vapeurs à l’atmosphère.
La seconde cause vient du Midi. Le grand désert de Sahara, qui nous envoie des vents chauds et secs, n’existait pas pendant l’époque glaciaire. Il y avait là une mer qui humectait abondamment l’atmosphère. Les sables du désert ont tout l’aspect d’un dépôt récent de fond de mer. Des coquilles marines quaternaires viennent confirmer cette détermination. En outre, les abords du désert prouvent que toute la région était autrefois bien plus arrosée que de nos jours. De toute part les pentes sont rongées et coupées par des ravins profonds entièrement privés d’eau actuellement. Les plaines au pied des montagnes sont couvertes d’amas de débris et de graviers.
D’après M. Ch. Zittel, il existe même de grands dépôts de tuf. Cet auteur en signale un près de l’oasis de Chargueh, dans le désert Libyque. C’est une énorme nappe travertineuse qui couvre, sur une grande étendue, la surface d’une pente presque taillée à pic, d’une hauteur de 300 mètres. Ce tuf renferme des feuilles de dicotylédones et des tiges de graminées. Il est pourtant dans un lieu actuellement absolument dépourvu d’eau et de végétation.
L’Europe, prise entre les deux nappes d’eau, celle du Nord et celle du Sahara, avait son atmosphère saturée d’humidité.
Quant à la température, d’une part elle était refroidie par les glaces qui venaient échouer sur les côtes de la grande mer du Nord; d’autre part, le Sahara, ce grand calorifère actuel de l’Europe, étant recouvert par la mer, n’envoyait pas ses vents chauds pour la relever. 11 a
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dû en résulter un abaissement notable de température.
C’est plus qu’il n’en faut pour rendre compte du grand développement des glaciers. Est-il même nécessaire de supposer un grand froid ? Non. La faune et la flore actuelles se montrant en grande partie pendant l’époque glaciaire, il faut en conclure que la température de cette époque n’était pas très inférieure à celle de nos jours. Elle devait seulement être plus uniforme; il y avait moins de différence entre la saison chaude et la saison froide. Ce qui s’explique par la présence d’une grande humidité qui tempérait les ardeurs du soleil l’été et empêchait l’irradiation d’hiver. C’est, du reste, ce qu’on observe à la Nouvelle-Zélande. La différence entre la moyenne d’été et celle d’hiver ne dépasse pas 7 degrés, tandis qu’en Europe elle atteint actuellement de IG à 20.
§ 0. Classement «în phénomène. — Il est très important de bien définir ce qu’a été le phénomène glaciaire et à quelle époque il se classe.
Tout d’abord on doit se demander si ce phénomène a été simple ou double. Y a-t-il eu une ou deux périodes glaciaires ?
Une grande époque glaciaire est incontestable, comme nous venons de le'voir.
Mais certains géologues prétendent qu’il y en a eu deux. Ils n’appuient leur manière de voir que sur quelques rares observations exceptionnelles plus ou moins précises, plus ou moins exactes. On a fait grand bruit, par exemple, d’une superposition, dans la gorge de la Drance, près de Thonon (Haute-Savoie), de deux assises de boues glaciaires, à cailloux striés, entre lesquelles existeraient de puissantes couches d’alluvions anciennes. Or, ce n’est là qu’un trompe-l’œil, comme j’ai pu le constater. La gorge de la Drance est ouverte dans des couches calcaires presque verticales. Sur la tranche supérieure de ces couches, rc-
posent directement de puissantes couches d’alluvions, qui supportenl la boue glaciaire. Sur certains points l’alluvion a été attaquée plus largement que le calcaire, alors le sommet des couches dudit calcaire est dénudé et forme une corniche avancée à la base de la tranche d’alluvion. Les boues glaciaires étant très glissantes, coulantes même, par suite du délayage qu’occasionne l’eau des pluies, tombent du sommet et viennent former un petit talus adventif sur la banquette calcaire à la base des alluvions. C’est ce
Fig. 33.
D. Lit de la Drance ;
H. Route ;
T. Couches presque verticales du trias ;
A. Alluvions anciennes horizontales;
G. Boues glaciaires ; G’, Boues glaciaires tombées sur le sommet des couches triasiques à la base des alluvions.
qui a fait croire à une intercalation de boues glaciaires entre le calcaire et l’alluvion : intercalation qui n’existe pas, ainsi que je l’ai constaté directement en faisant faire des fouilles sur place.
On a beaucoup parlé aussi, pour établir les deux périodes glaciaires, des 1 i gn i tes de Dürnten, canton de Zurich, qui seraient intercalés entre deux dépôts à cailloux
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striés. Page 198, nous avons vu à quoi se réduit cette assertion.
Par contre on n’a rien dit d’un fait que j’ai signalé en Italie. En dehors du grand hémicycle des moraines frontales du lac de Garde, qui, partant deSalo à l'ouest, aboutit à Lazise et à Bardolino à l’est, en passant par Lonato, Castiglione, Solférino, Cavriana, Yolta, Yalleggio et Sommacampagna, il y a, le long de la Chièse, des moraines démantelées, sur lesquelles s’élèvent Ponte-San-Marco et Montechiari. Est-ce la preuve d’une ancienne et première époque glaciaire? Non, c’est tout simplement le produit d’oscillations. Les glaciers anciens, tout comme les glaciers actuels, ont été soumis à des alternatives de recul et d’avancement. Mais entre ces alternatives et deux périodes distinctes, il y a une grande différence. Tous les géologues sont maintenant à peu près d’accord sur ce point. Il n’y a eu qu une période glaciaire avec oscillations plus ou moins fortes.
A quelle époque se classe cette période?
Quelques auteurs ont voulu la faire remonter jusqu’au pliocène, sans réfléchir que la température du pliocène, dans nos régions, était plus élevée que la température actuelle.
La même raison de température montre que la grande extension des glaciers n’a pu avoir lieu pendant l’époque cheil éenne. La faune méridionale ne devait pas se trouver associée à un phénomène polaire.
L’observation directe vient du reste confirmer la justesse de ce raisonnement. Les dépôts glaciaires reposent sur des assises, parfois très puissantes, d’alluvions quaternaires, qui ont été désignées sous le nom d 'cilluvions anciennes. Les dépôts glaciaires ne se sont donc pas produits au commencement des temps quaternaires, ils ne sont donc pas chclléens.
Le Chapitre de la distribution géographique des gisements moustériens nous a montré ces gisements entourant la région glaciaire, mais ne pénétrant pas à son intérieur. C’est donc à l’époque moustérienne qu elle était occupée par les glaciers.
Ravinement du chelléen par le moustérien. Chelles (Seine-et-Mnrne).
Echelle 1/150
AA. Terre végétale et magdalénien ou diluvium rouge ;
B. Chelléen ;
D. Moustérien ;
F. Bloc de transport.
Pendant l’époque magdalénienne les glaciers s’étaient déjà grandement retirés, puisque nous trouvons des stations magdaléniennes en pleine région glaciaire. Comme exemple on peut citer le grand glacier du Rhône qui se prolongeait jusqu’à Lyon. Eh bien, on a signalé des stations magdaléniennes, à la Balme (Isère), au Salèvc, près Genève, à Scé, extrémité du lac, près de Villeneuve.
La grande extension des glaciers n’existait pas encore à l’époque chelléenne ; elle n’existait plus à l’époque magdalénienne; elle a donc dû se produire pendant l’époque moustérienne. C’est justement à cette époque, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, que s’est développée
HOMME QUATERNAIRE. 315
la faune froide, succédant à la faune méridionale du chclléen.
§10. Ravinements et terrasses. — La chute abondante de pluies et de neiges qui, dans les régions montagneuses, engendrait les glaciers, produisait dans les plaines de grands et violents cours d’eau. Ce sont ces cours d’eau de l’époque moustérienne qui, combinés avec l’exhaussement du sol, ont peu à peu déblayé les vallées, en entraînant lesalluvions qui s’y étaient accumulées pendant l’époque précédente.
Nous avons des preuves directes de ce ravinement. Le chclléen ne se trouve plus que par lambeaux plaqués à diverses hauteurs le long des vallées, et partout en partie mêlé à du moustérien, qui généralement le recouvre. Ou voit que les alluvions chelléennes sont complètement démantelées et dominées par les alluvions moustériennes. C’est ce qui fait qu'à tous les niveaux on peut rencontrer chelléen et moustérien. La théorie des hauts et bus niveaux de Belgrand,de prime abord si séduisante, doit donc être complètement abandonnée.
Les alluvions les plus anciennes, loin de se trouver sur les hauts niveaux, sont au contraire tout à fait au fond des bas niveaux. C’est là, dans le fond des vallées, qu’on rencontre encore parfois des assises assez puissantes de eliellécn. Le gisement typique de Chelles est de ce genre. Il y a là, à peu près au fond de la vallée de la Marne, un puissant témoin de chelléen, qui forme un large mamelon, appuyé contre la hase d’une des parois de la vallée. C’est une portion des alluvions quaternaires les plus anciennes qui, protégée par sa situation ou par la composition de ses assises, a résisté aux attaques érosives des eaux moustériennes. Ces attaques ont laissé dans la masse de profondes empreintes. Les ballastières de Chelles présentent de grands et vigoureux exemples de ravinements. Figure 34, je
donne la coupe d’un de ces ravinements, que j’ai pu constater en juillet 1880, dans une course que j’ai faite avec les auditeurs de mon cours d’anthropologie préhistorique.
Les amas d’alluvions quaternaires d’Abbeville m’ont fourni de beaux exemples de cette superposition des dépôts des deux époques et du ravinement de l’inférieur par le supérieur. M. d’Ault Dumesnil est arrivé à démontrer cette action et cette superposition de la manière la plus claire et la plus concluante.
La superposition et le ravinement existent aussi d une manière très nette à Levallois. J’ai autrefois, quand le chemin de la Révolte était bordé de sablières, dessiné des coupes qui ne laissent aucun doute à cet égard.
Les preuves directes des soulèvements du sol à l’époque moustérienne existent aussi. Ces soulèvements ont dû être extrêmement lents. Ils auraient pu ne pas laisser de traces. Heureusement il n’en est pas ainsi. Des plissements et des ruptures ont été occasionnés par les mouvements du sol. Les ballastières de Chelles en montrent, dans le chelléen, de très intéressants. Dans le Musée préhistorique , j’ai publié une coupe très curieuse de ces plissements (1).
Quant aux failles ou ruptures des couches, j’en ai, avec M. Ameghino, constaté plusieurs de genres divers, mais toujours dans le dépôt le plus ancien, le dépôt chelléen. Parfois les deux lèvres de la faille se sont écartées, et il existe entre elles un vide assez large, qui s'est comblé de dépôts moustériens (lig. 35). Parfois, au contraire, les deux lèvres de la brisure sont restées juxtaposées, mais il y a eu une dénivellation ; un des côtés est plus élevé que l’autre, dès lors toutes les couches forment gradin (fig. 36).
Le mouvement d’exhaussement du sol, pendant l’époque moustérienne, ne s’est pas fait d’une manière régulière
(1) G. et A. de Mortillet, Musée préhistorique , pl. IX, n° 51.
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a eu des moments d’arrêt. Le sol en profondeur cessait. 11 ne que latéralement. Il se formait ainsi, au , des plaines dans lesquelles les eaux divamouvement d’exhaussement du sol aussi recommençaient leur affouillc-
ct surtout continue. Il y ne montant plus, le ravinement se faisait plus fond des vallées guaient. Puis, quand le reprenait, les eaux
Fig. 35. Fig. 30.
Faille à bord? disjoints. Faille à bords en contact.
R. Magdalénien ou diluvien rouge ;
M. Moustérien, alluvions sableuses ;