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CHAPITRE XXI

MAGDALÉNIEN. — DISTRIBUTION j

g 1 . Pas-de-Calais et bassin <le !a Seine. — La pointe nord-ouest de la France, dépourvue de rochers, a peu de "isements magdaléniens. On en cite seulement dans le Pas-de-Calais, où se rencontrent des calcaires secondaires antérieurs à la craie. Dans la vallée Heureuse, près de Rinxent, M. Lejeune mentionne des silex taillés, associés à des os de renne cassés. Des silex magdaléniens, parait-il, existent aussi au cap Blanc-Nez, à Sangatte, au-dessous d’une couche de limon argileux. Enfin, on pourrait aussi rapporter au magdalénien quelques belles lames de silex recueillies dans l’argile quaternaire d’Ardres.

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Le bassin de la Seine n’a fourni que quelques rares gisements magdaléniens très disséminés. M. Auguste Baudon vient de découvrir à Mouy (Oise), dans le marais de Goincourt, des silex certainement magdaléniens. M. Aimable Vielle en a recueilli à la Ghapelle-la-Reine (Seineet-Marne), et M. E. Doigneau, dans le même département, sur les plateaux qui bordent la vallée du Loing, a signalé un grand atelier magdalénien, riche en silex.

La grotte de la Baume, à Balot (Côte-d’Or), contenant des os cassés, parmi lesquels il en est de renne, semble bien appartenir au magdalénien.

Beaucoup plus importante est la grotte des Fées, à Arcysur-Cure (Yonne), fouillée principalement par de Vibraye. Elle a donné un mobilier magdalénien très abondant, se composant de silex taillés, de cornes de renne travaillées et d’instruments en os, surtout des poinçons. Ce mobilier était enclavé entre deux assises bien différentes et d’époques tout à fait diverses : l’inférieure contenant des ossements du grand ours, associés à quelques autres espèces, entre autres le tichorhinus et le mammouth, repaire de l’époque moustérienne ; la supérieure, avec des débris de poterie de l’époque robenhausienne, peut-être môme plus récente encore.

§ 2. Bretagne. Bassin de la Loire. — La Bretagne n a encore fourni qu’une indication magdalénienne. C’est la grotte de Roc’h-Toul (Roche-Percée), à Guiclan (Finistère), signalée par Le Ilir. Elle a donné de trois cents à quatre cents lames de silex, roche étrangère au pays, et des lames en grès lustré de la localité. Des lames de silex ont aussi été recueillies dans le fond du vallon de la Pcnzé, à environ 200 mètres de la grotte.

Dans la Loire-Inférieure, M. Pitre de L’Islea découvert deux stations magdaléniennes à l’air libre, avec lames, doubles grattoirs, burins et surtout toutes petites pièces

en silex. L'une, celle de Bégrol, à la Haye-Fouassière, s’étend sur plusieurs hectares, sans mélange d’objets d’autre époque ; l’autre, celle de la Haye-Palais, à Mouzillon, est plus restreinte et moins pure, le même terrain donnant aussi des haches polies.

A Thorigné-en-Charnie (Mayenne), les grottes de la Bigotte, de Rochefort, du Four et le Trou-à-Margot, qui ont déjà donné du moustérien et du solutréen, ont aussi fourni des silex et des ossements taillés magdaléniens.

La Boîte ou Cave-aux-Fées de Châtelperron (Allier) avait, comme l’a constaté M. Bailleau, un mobilier magdalénien en silex d’eau douce local, d un aspect tout pailiculiei, associé à quelques instruments en os. C est un intprmé diaire entre le solutréen et le magdalénien.

A Saint-Marcel (Indre), les travaux du chemin de fer ont obstrué une petite grotte avec ossements et silex, sans

qu’on ait bien étudié le gisement.

L’arrondissement de Montmorillon (Vienne) a fourni deux grottes magdaléniennes : celle des Fadets, à Lussacles-Chàteaux, qui, étant sujette aux inondations, a eu son dépôt archéologique presque entièrement entraîne ; et celle des Cottes, sur les bords de la Gartempe. Cette dernière, signalée par M. Raoul de Rochebrune, renferme du magdalénien avec instruments en os et gravures, superposé à du moustérien.

§ 3. Bassin de 1» Charente. — Le sud du département de la Vienne fait partie du bassin de la Charente. On y trouve trois grottes magdaléniennes : celles de Gantes et de la Roche-Frédoc, à Charroux, fouillées par M. Brouillet. La première a été détruite par une exploitation de pierres, la seconde obstruée par une route. La troisième est celle du Ghaffaud, à Savigné. C’est là où a été recueilli, par Joly-Leferme, le premier os gravé, qui se trouve maintenant au musée de Cluny. Le Chaffaud, depuis, a

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fouillé pftr de Yibraye et M. Gaillard de la Dyonnerie, qui y ont rencontré de nombreux objets d’art.

Toutes les autres stations magdaléniennes du bassin se trouvent dans le département de la Charente. Ce sont : la grotte de Saint-Angeau, fouillée par M. T. de Rochebrune ; à Vilhonneur, la grotte de Rochebertier ou du Placard, fouillée par Bourgeois et MM. Fermond et de Maret, fort riche, et la grotte des Fadets, fort pauvre ; à Youthon, la grotte de La Chaise, avec des os gravés, et à Montbron, la grotte de Monlgodier, explorées par Bourgeois et MM. Delaunay et Fermond ; enfin la grotte de Monthiers, à Blanzac.

§ 4. Bassin de la Dordogne. — Les escarpements qui dominent l'embouchure de la Dordogne présentent déjà un abri qui, probablement, est magdalénien. C’est celui de Marmisson, àGauriac (Gironde). En remontant à Marmande, on rencontre des stations bien mieux caractérisées, découvertes par M. F. Daleau. Ce sont les grottes tics Fées et de Pair-non-Pair, ainsi que l’abri de Jolias, ce dernier fouillé par M. Gassies. 11 y a là association d’instruments en os, même ornés de gravures, avec des silex taillés de formes caractéristiques.

Tout près, toujours dans la Gironde, sont l’abri de Foux-Aban, à Saint-Emilion, et la grotte des Barricades à Saint-Iiippolyte.

A Edon (Charente), M. G. Chauvet signale quatre stations magdaléniennes : les abris de Fond-Froide, de Devant- Fieux et de l'Usine, et la grotte du Ménieu, dite Cave de Gavechon. L’intérieur de cette grotte est plus ancien, mais il existe du magdalénien bien caractérisé vers l’entrée.

En pénétrant dans le département de la Dordogne, les stations se multiplient. On peut citer :

Arrondissement de Nontron, la grotte de Lacaud, aux

Graulges, et celle de Corgnac fouillée par M. Douliot, qui y a rencontré un os gravé.

Arrondissement de Périgucux, station du Petit-Puy- Rousseau, à Périgueux, et la grotte de Raymondon, à Chancelade, indiquées par M. Féaux; abri d’Auberoclie, au Grand-Change, et grotte de Tourtoirac.

Arrondissement de Bergerac, abri rive droite du petit vallon de la Gardonnette, entre Bergerac et Eymet, d après M. Dombrowski.

Arrondissement de Sarlat, de beaucoup le mieux fourni, surtout dans la vallée de la Vezère. A Tayac, il y a quatre stations magdaléniennes, qui sont, dans l'ordre de leur importance, en commençant par la moindre, la grotte de Lacombe, l’abri de Cro-Magnon, qui contenait une sépulture robenhausienne, au-dessus d’une assise magdalénienne des plus anciennes; la grotte des Eyzies, avec ses belles plaques archéologiques soudées par de la stalagmite, appartenant à la transition du solutréen au magdalénien; enfin Laugerie-Basse, en plein magdalénien, la plus riche et la plus abondante de toutes. Ces diverses stations ont été fouillées par Laganne, Edouard Lartct, Christy, de Vibra ye, Massenat et Louis Lartet.

A Tursac, les stations deLivcyrc et surtout de la Madeleine. C'est cette dernière qui, comme type, a donné son nom à l’époque.

A Saint-Léon de Vezère, la grotte de la Rochette et la Tuilière, indiquées par M. Reverdit.

A Monlignac, l’abri de la Balutie a aussi donné des pièces magdaléniennes en silex et en os.

Enfin, à Terrasson, la grotte du Pouzet, décrite par M. Pli. Lalande.

Toutes les stations de la Dordogne se trouvant dans une région calcaire offrent des ossements associés au silex. 11 n’en est plus ainsi quand on passe dans le dépar-

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(ornent Je la Corrèze. Les stations sont au milieu des grès et les silex seuls se sont conservés. C’est ainsi que les grottes des environs de Brive non seulement n’ont pas donné d’os travaillés, mais n’ont pas même fourni des ossements naturels. Tous les os ont été détruits. Ces grottes sont pourtant bien magdaléniennes , comme l’établit d’une manière incontestable la forme des silex travaillés. Ce sont les grottes de Champ, de Coumba-Négra , de Itaysse, des Morts, du Puy-Jarige, sur la commune de Brive, et du Puy-de-Lacan, sur celle de Mallemort. Toutes ces grottes ont été fouillées par MM. Lalande et Massenat. 11 faut ajouter la grotte de Noailles (Corrèze), indiquée par MM. Gay et Soulingeat.

M. Lalande a aussi fait connaître la grotte de l’Hermite à Cieurac, commune de Lanzac (Lot), qui a été vidée pour servir au pittoresque d’un jardin, mais qui contenait plus d’un mètre de dépôt magdalénien.

Cela fait 3o stations magdaléniennes dans le bassin de la Dordogne, dont 17 dans le département de ce nom, 7 aux environs de Brive et 6 près de Marmande, ce qui démontre bien la grande influence des chercheurs actifs et intelligents, au point de vue de l’importance et du nombre des découvertes.

£ n. Bassin «le la Garonne. — Station du Débarcadère a Bassens et grotte de Lavison à Saint-Macaire (Gironde), très probablement magdaléniennes.

L’abri des Forges-Hautes «à Sauveterrc, canton de Fumel (Lot-et-Goronne), exploré par M. Combes, adonné des silex taillés et des instruments en os.

MM. Garrigou et Duportal ont signalé plusieurs gisements magdaléniens le long du Lot, dans le département de ce nom. Tels sont les abris du Tustal, à Vers; la grotte de Cuzoul de Mousset, à Saint-Géry; les surplombs et les grottes de Bouzies; plusieurs grottes et surplombs, à

Cabrerets; la grotte dePélissié, à Saint-Martin Labouval.

A Cras (Lot), dans les rochers de l’oppidum de Mursens, M. Castagné a découvert une grotte avec de beaux silex magdaléniens. On peut citer aussi la grotte de Brengues.

La grotte de Saint-Georges deLusençon (Aveyron).

Dans le Tarn-et-Garonne, Bruniquel a fourni de très importantes stations ; ce sont la grotte de Courbet, exploitée par M. de Lastic, les abris sous roche de Lafaye et de Plantade, fouillés par Brun, et celui de Montastruc, fouilléparM. Peccadeau del’Isle,qui y a recueilli, au milieu d’une quantité immense de tout petits silex, de très belles sculptures. Il faut aussi citer le surplomb ou abri de Martinet, à Saint-Anlonin.

Voici, d’après M. Garrigou, les grottes magdaléniennes de l’Ariège : la grotte de Vernajoul ; celle de la Vache, à Alliât; de Massat Inférieure, à Biert, vers le confin de Massat; du Mas d’Azil ; de Montesquieu, à Monlesquieu- Avantès. L’industrie magdalénienne de la grotte de la Vache a aussi été constatée par M. Félix Régnault ; celle de Massat Inférieure, par Foutan, E. Larlet et M. Cartailhac.

La partie pyrénéenne de la Haute-Garonne a fourni d'intéressants gisements magdaléniens : celui d’Aurignac, dont il sera question un peu plus loin; celui de la métairie du Paillon, à Saint-Martory, oii M. Louis Lartet signale un atelier de la taille du silex ; celui de Saint-Pé d’Ardct, fouillé par M. Cartailhac; enfin la grotte de Monlrejeau ou de Gourdan, qui a fourni de si belles récoltes à M. Pietle. Le dépôt archéologique magdalénien y atteint, en moyenne, 3 mètres de puissance. 11 va même à 6 mètres sur certains points. M. Piette y a constaté deux niveaux : le supérieur, où le renne est extrêmement abondant; l’inférieur, qui contient moins de renne, mais beaucoup plus de débris de chevaux et de grands bovidés.

Il ne me reste plus qu'à citer trois stations du département des Hautes-Pyrénées, qui se trouvent dans le bassin de la Garonne. Ce sont les grottes de Gargas, à Tibiran- Jaunac, fouillée par MM. Garrigou et de Chasteigner, et de Lorlhet. exploitée par M. Pictte. M. Chaplain-Duparc a découvert une seconde grotte dans la même commune, c’est celle del’Avent, également riche en produits magdaléniens.

§ 6. Bassin de l’Adour. — M. Ghaplain-Du parc aaussi fouillé, avec M. Louis Lartet, la grotte Duruty, à Sordes (Landes), qui a présenté une assise magdalénienne assez puissante, surmontée de sépultures robenhausiennes. Dans ce même département, M. A. Détroyat a signalé une station à Saint-Etienne d’Orthe, et M. Dubalen un abri à Brasscmpouy.

En remontant dans les Hautes-Pyrénées, on trouve la grotte d’Aurensan, à Bagnères de Bigorre, exploitée par MM. Frossard, et celle de Lourdes, qui a donné beaucoup de renne, avec des silex taillés et des instruments en os.

Enfin les Basses-Pyrénées ont présenté, dans la partie montagneuse, la grotte d’Espalungue oud'lzeste, à Arudy, fouillée par MM. Garrigou, Pictte et de Nadaillac, contenant des silex, des inlruments en os et des gravures; la grotte de Rébenac, dont les assises ont été remaniées et mélangées par un cours d’eau; celle de Sainte-Colomme, peu riche, explorée par MM. Thoré et de Nadaillac.

La partie basse du département a donné la curieuse station paludéenne deBarthe Clavery, àSaint-Pé de Léren. M. Chaplain-Duparc a découvert là, sous la tourbe des silex incontestablement magdaléniens, associés à des débris de renne. Bayonne et ses environs, grâce à M. Ar. Détroyat, nous ont montré la station de Bellevue, en plein air, sur un plateau; la station analogue, mais plus impor-

tante, de Le Bastat, et l’abri sous roche de Bouheben, à Saint-Pierre-d’Irube.

§ 7. Côte méditerranéenne et bassin du Rhône. — Si

des rives de l’Océan nous passons aux rives de la Méditerranée, nous trouvons les grottes de Bize (Aude), célèbres par les recherches de Tournai, le premier qui a signalé l’homme fossile des cavernes. Elles sont au nombre de deux, généralement connues dans la science sous le nom de Grottes de Bize, bien que situées à 3 kilomètres du village. Dans le pays, on les nomme Grottes des Moulins. Elles contiennent, avec d'abondants débris de rennes, des silex magdaléniens, des instruments en os et des gravures. L’une a servi postérieurement de grotte sépulcrale. Toutes les deux présentent à la partie supérieure de nombreux tessons de poterie.

Il y a aussi, dans l’Aude, la grotte de la Crouzade, à Gruissan, avec un mobilier analogue à celui de Bize, fouillée par MM. Rousseau et Garcin, et la grotte de Sallèles, moins bien étudiée.

Dans l’Hérault, on a signalé les grottes de Caramaou, à Roujan, arrondissement de Béziers ; la grotte des Druides, à Gallargues-le-Petit, arrondissement de Montpellier, qui, par erreur, a parfois été attribuée à Gallargues (Gard) ; enfin, dans le même arrondissement, tout près du Vigan, la grotte de Laroque, fouillée par MM. Boutin, Jeanjcan et Gazalis de Fondouce, et la grotte de la Salpêtrière à Cazilhac-le-Bas, explorée par MM. Boutin et Gazalis. Cette dernière est un repaire d’ours, avec magdalénien seulement dans un point restreint. Ce n’est pas étonnant, cette grotte ayant été exploitée autrefois pour la production du salpêtre, comme l’indique son nom.

Le Gard renferme aussi des grottes magdaléniennes, qui seraient bien plus nombreuses si ces grottes n’avaient été, en grande partie, vidées pour servir de refuge pendant les

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guerres de religion, et plus tard pour la fabrication du salpêtre. Ou peut pourtant encore citer la grotte de la Hoquette, à Conqucyrac; celles de la Chèvre et surtout de Vcsson, à La Cadière, fouillées par M. Jeanjean; toutes dans le Vigan. M. Cazalis de Fondouce a signalé dans l’arrondissement d’Uzès, au pied même du pont du Gard, à Remoulins, une grotte-abri qui a donné des ossements de renne associés à des silex taillés, des instruments en os et même des gravures.

Deux grottes avec silex et os taillés associés à des ossements divers refendus ont été indiquées dans les Bouchesdu-Rhône; l’une aux Beaux; l’autre, la grotte du Colombier, à Saint-Marc. Cette dernière a été fouillée par M. Marion.

Dans les Alpes-Maritimes, à Yillefranchc, en construisant la route de Nice à Monaco, on a découvert la station de Beaulieu, riche en silex taillés, très pauvre en instruments en os. Elle a été étudiée par M. Rivière. On peut la rapprocher de celles des Baoussé-lloussés et la reporter au solutréen.

Si maintenant, quittant les parages de la Méditerranée, nous remontons le bassin du Rhône, nous trouvons dans l’Ardèche la grotte de Douions, à Orgnac, fouillée par M. J. Ollier de Marichard.

Le département de l’Isère dans sa partie nord, région éminemment glaciaire, a fourni deux stations parfaitement caractérisées par l’abondance d’os de renne, de lames de silex et d’instruments en os. Elles ont été fouillées par M. Ernest Chantre. Ce sont la grotte de Bethnas Supérieure, à Crémieu, et la grotte de la Balme.

La Savoie n’a encore donné qu’une indication, et même très probablement doit-on la rapporter à l’époque de transition entre les temps géologiques et les temps actuels. C’est un abri sous un énorme bloc erratique, dans la vallée

de l’Arc, à Villarodin-Bourget, en face de Modane. On y a recueilli de belles lames de silex, près d’un foyer.

Au pied du Salève, dans la Haute-Savoie, commune de Bossey, les éboulis qui dominent le village suisse de Veyrier et qui sont exploités par les habitants de ce village , ont présenté de nombreux et importants débris magdaléniens, ossements de renne, lames de silex, instruments en os et pièces ornées de gravures. Ce gisement a été découvert par Mayer, Delau et Taillefer, en 1835, et exploité depuis par MM. Hippolyte Gosse, Alphonse Favre et Tliioly. Il a fourni des bâtons de commandement gravés et des pointes de harpons barbelées, avec renne et silex taillés. Il est en plein dans la région glaciaire, sous des blocs éboulés qui recouvrent le terrain erratique.

Dans le département de Saône-et-Loire, de Ferry a très bien décrit le curieux gisement de Charbonnières. Sur les argiles tertiaires à silex se trouvent de nombreux instruments chelléens. Cette argile à silex est recouverte d’une couche de lehm rouge qui contient des silex taillés d'un tout autre caractère. Ce sont exclusivement des nucléus et des lames qui en ont été détachés. De Ferry rapporte ces lames au magdalénien. Ne serait-ce pas plutôt l’atelier de Solutré, qui n’est qu’à 13 kilomètres à vol d’oiseau?

La grotte de Germolles ou de la V erpill ière, à Mellecey (Saône-et-Loire), contenait, plutôt à l’extérieur qu’à l’intérieur, du renne abondant, associé à des instruments en os et en silex magdaléniens. Il y avait aussi du mammouth et du rhinocéros avec instruments chelléens et moustériens. Malheureusement l’explorateur, M. Méray, n’a pas suffisamment observé les niveaux.

La grotte de la Mère-Grand, à Rully, tout à fait analogue, a été bien mieux fouillée par Ernest Perrault. Il y a reconnu parfaitement les deux niveaux : l’inférieur, moustérien, avec racloirs et pointes caractéristiques en silex, et

gros éclats d’os, surtout de cheval et de grands bovidés, avec mammouth ; le niveau supérieur, avec renne extrêmement abondant, lames de silex et instruments en os, représentait le magdalénien.

Il ne reste plus à citer dans ce bassin que l’abri deCliâtaillon, près de Voujancourt (Doubs), avec silex magdaléniens, signalé parM. Henri l’Epée.

§ 8. Belgique. — Parmi les nombreuses grottes de l’arrondissement de Dinant, vallées de la Lesse et de la Meuse, fouillées avec tant de succès par M. Edouard Dupont, bon nombre ont offert des dépôts très franchement magdaléniens. Le trou de Chaleux, à Hulsonniaux, entre autres, a fourni plusieurs milliers de silex taillés, surtout en lames, accompagnés d’instruments en os, de coquilles fossiles anciennes et de cristaux de fluorine violette, ayant servi d’ornements; le tout mêlé à des masses d’ossements brisés, parmi lesquels ceux de renne abondaient. Ce dépôt magdalénien était coupé en trois étages par des éboulements successifs du plafond de la grotte.

Dans la caverne de Goyet, à Mozet, le magdalénien, très nettement caractérisé par des objets en os, bâtons de commandement, harpon barbelé, aiguilles, etc., se trouvait intercalé entre des dépôts plus anciens et plus récents. 11 y avait au-dessous, à la base, les restes d’un repaire d’animaux féroces, puis quelques débris moustériens. Au-dessus, le robenliausien s’affirmait par de nombreuses poteries.

Au trou du Frontal, à Furfooz, où se trouvaient des sépultures robenhausiennes, le sol sur lequel reposaient les corps, contenait des silex magdaléniens. Mais c’est surtout à l’entrée de la grotte qu’il en a été rencontré, cette entrée ayant été bouchée avec l’ancien sol magdalénien remanié.

Comme stations magdaléniennes, Furfooz a aussi pré-

seule le trou des Nutons et le trou de Praule. Le trou du Sureau, à Falaën, a donné du magdalénien et du moustérien. Le trou Magrite, à Pont-à-Lcsse, a fourni du magdalénien bien caractérisé par des intruments en os, en partie gravés, entre du moustérien, du solutréen et du robenhausien.

Le magdalénien existait aussi dans la grotte de Balleuxsur-Walzin, à Dréliance.

Dans les grottes d’Engis, entre les pointes moustériennes et les poteries robenbausienncs, des recherches postérieures à celles de Schmerling ont fait reconnaître le magdalénien.

§ 9. Grande-Bretagne. — Plusieurs grottes ont été explorées en Angleterre, et pourtant je n’en puis citer que deux renfermant d’une manière certaine du magdalénien. Est-ce à dire d’une manière absolue que les gisements de cette époque soient plus rares en Angleterre qu’aillcurs? Je ne le crois pas; seulement l’attention des savants et des explorateurs anglais n’a pas été attirée d’une manière assez spéciale sur ce point. Ces explorateurs, comme nos anciens explorateurs français, se préoccupent trop exclusivement de la question paléontologique, de la faune et pas assez de l’industrie.

La caverne de Kent, Kcnt’s Iiolc, près de Torquay, repaire des plus vastes, a fourni pas mal de moustérien et un peu de magdalénien. Comme toujours, ce magdalénien se trouvait cantonné vers l’entrée, dans le vestibule. Il est caractérisé par des lames de silex, parmi lesquelles se trouvent des grattoirs et des instruments en os : harpons barbelés, poinçons et aiguilles.

Dans la grotte de Crcswell, où nous avons déjà constaté le moustérien et des indices de solutréen, le magdalénien existe à la partie supérieure, parfaitement caractérisé. MM. Mello et Boyd Dawkins y ont recueilli un certain

nombre d’instruments en os, associés à des silex taillés en lame et surtout à une gravure de cheval.

$ 10. Allemagne et Pologne. — Le magdalénien s est aussi montré dans diverses grottes d’Allemagne, mais il y a été mal défini. Il serait très utile d’avoir de nouvelles observations plus précises.

Dans la grotte de Wildscheuer, sur la Lahn, M. Scliaaffliausen a recueilli de nombreux couteaux eu pierre, avec des instruments en ivoire et en os, ornés de diverses combinaisons de stries en creux ; un os d’oiseau , entre autres, est élégamment décoré de lignes en zigzag. L association de silex et d’os travaillés se trouve aussi dans la grotte de Lindenthal, près de Géra, en Tburinge. M. Fraas a recueilli du magdalénien dans l’Holilelels (Roche-Creuse), près Blaubeurer (Wurtemberg). Il est représenté dans cette grotte par des silex taillés en lames et des os transformés en outils, associés à d’abondants débris de rennes. Malheureusement M. Fraas n’a pas séparé ce magdalénien des ossements d’ours et de rhinocéros appartenant à un repaire plus ancien, et des tessons de poterie plus récents.

Le même explorateur a signalé un gisement bien autrement intéressant au point de vue de l’indépendance des époques : c’est celui de Schussenried, au nord de Ravensburg (Wurtemberg). Ce gisement, se trouvant sur un point où il se forme et il s’est formé de tout temps des dépôts successifs, est resté parfaitement pur de tout mélange. Aussi il n’y a là ni rhinocéros ni tessons de poteries. Les lames de silex sont associées à des objets en os travaillés, au milieu de débris de rennes. Il y a, entre autres, deux bâtons de commandement percés de larges trous. La station se trouve dans l’intérieur de l’amphithéâtre glaciaire du lac de Constance, vers les moraines terminales. Elle offre, de haut en bas, la coupe suivante :

Tourbe 2^,20

Dépôt tufacé, blanc jaunâtre 1 ,40

Argile bleuâtre, avec magdalénien 1 ,00

Dépôt glaciaire Épaisseur indéterminée.

Le gisement magdalénien du centre de l’Europe le plus oriental est la caverne du Mammouth, dans la Pologne autrichienne. Ce gisement (voir p. 404 et 410.), si bien exploré par M. Zawisza, a présenté une assise avec silex caractéristiques ; débris de rennes, joints à beaucoup de restes de mammouth, mais sans rhinocéros ; ivoire, os et cornes de cervidés, taillés, parmi lesquels il y a un essai de gravure.

§ H. Suisse. — La Suisse, presque entièrement recouverte par les glaciers pendant le moustérien, n'a fourni aucun gisement de celte époque. Mais on y a signalé plusieurs gisements magdaléniens.

Dans la vallée du Rhin, bassin du lac de Constance, qui nous a déjà fourni la station de Scbussenried, des élèves d’une école locale, faisant une excursion de botanique, ont découvert celle de la grotte de Kesser-Loch, à Thayngen, canton de Schaffouse. On y a recueilli des gravures remarquables, qui ont donné lieu à de ridicules imitations. La Société d’histoire naturelle de Schaffouse a fait fouiller une autre grotte, celle de Frauenthal, qui n’a pas donné de gravures, mais qui contenait l’industrie et la faune magdaléniennes.

Dans la vallée de la Byrse, petite rivière qui se jette dans le Rhin à Bâle, les travaux du chemin de fer ont fait reconnaître deux stations magdaléniennes. L’une, au Moulin de Liesberg , entre Délémont et Laufen , est dans une grotte. Des ossements cassés, parmi lesquels il y en avait de renne, étaient associés à de nombreux silex taillés, étrangers au pays. La seconde station , signalée par

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M. Quiquerez comme la précédente, est à la base d’une assise de 2 ou 3 mètres de lehm, entre Soghières et Délémont, cà la station de Bellerive. Les instruments en silex et en jaspe sont très caractéristiques, mais ici le renne est remplacé par le cerf ordinaire. La poterie fait néanmoins complètement défaut, comme au Moulin de Liesberg, à Schussenried, et dans toutes les stations magdaléniennes parfaitement définies.

Passant dans la vallée du Rhône, nous trouvons dans le bassin du lac de Genève, outre la station savoisienne du Salève (voir p. 444), celle de la grotte de Scé, près Villeneuve (Vaud). M. Henri de Saussure y a recueilli des os refendus appartenant en partie au renne et des silex taillés magdaléniens.

§ 12. Espagne, Italie, Syrie. — Le magdalénien, que nous avons vu si développé dans les Pyrénées françaises, se prolonge dans le nord de l’Espagne. Ainsi, près de Santander, M. de Santuola a signalé la grotte d’AItamira, dans l’Ayuntamiento de Camargo. Il y a recueilli des silex taillés et des instruments en os très caractéristiques du magdalénien : pourtant le renne fait tout à fait défaut. Il ne descendait pas si au sud.

Mêmes silex taillés et même absence de renne ont été indiqués par M. Jagor dans la grotte ou Cueva de Dima, provinces Basques.

Enfin , M. Louis Lartet a découvert le magdalénien dans des grottes, près de Torrecilla de Camcros, province de Logrono, bassin de l’Ebre (Vieille-Castille).

C’est tout ce que nous savons concernant l’Espagne.

Nous en savons moins encore concernant l’Italie. C’est étonnant, car l’Italie a été bien plus fouillée et bien plus étudiée que l’Espagne. La grotte de Monte delle Gioie, au confluent de l’Aniene et du Tevere, ouverte dans le travertin, semble contenir une assise magdalénienne; mal-

heureusement elle n’a pas été fouillée avec assez de soin.

Nous sommes mieux renseigné sur la grotte de Natale, Mont Fanio, à Termini Imei’ese (Sicile). M. Ciofalo y a recueilli des silex magdaléniens, associés à de nombreux os brisés, sans débris de poteries.

De la Sicile, il faut passer en Syrie pour retrouver le magdalénien. M. Louis Lartet a rapporté des grottes situées non loin de l’embouchure du Nahr-el-Kelb, environs de Beyrouth, des silex taillés se rattachant à cette époque. M. Moretain en a aussi recueilli en abondance dans les grottes et sous les abris de Bethsaour, près de Bethléem (Palestine). De graves académiciens en ont même conclu et ont admis que ces grottes étaient le tombeau de Josué, et que les silex quaternaires avaient servi à circoncire le peuple juif !

Ce rapide aperçu de la distribution de l’industrie magdalénienne nous montre qu’elle est plus abondamment et plus largement répandue que l’industrie solutréenne ; nous avons pu constater cent cinquante-cinq gisements. Son aire de dispersion est même plus générale que celle du moustérien, car elle pénètre dans la région glaciaire, au pourtour de laquelle le moustérien s’était arrêté.

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