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MAGDALÉNIEN. — GROTTES

§ I . Nomenclature. — L’époque de la Madeleine est parfois appelée époque des cavernes. Ce nom s étend môme non seulement au magdalénien, mais encore au solutréen complet, etàune bonne partie du moustérien tout ce qui se trouve en dehors des alluvions. Le terme est très impropre, parce que, d'une part, 1 homme à toutes les époques s’est plus ou moins réfugié dans les cavernes et les grottes, et que, d’autre part, pendant le magdalénien, il a plus fréquenté les grottes que les cavernes, les simples

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abris que les grottes. Enfin, il n’a jamais habité exclusivement les cavernes, grottes et abris. Nous verrons plus loin qu’il existe des stations magdaléniennes tout a fait en plein air, en rase campagne, comme celles de la vallée du Loing, bassin de la Seine, et de Bégrol, bassin de la Loire. 11 en existe même dans des marais à Mouy, bassin de la Seine ; à Saint-Pé-de-Léren, bassin de 1 Adour, et àScliussenried, bassin du Rhin, W urtemberg.

Le nom d 'époque des cavernes ne pouvant s appliquer à l’époque de la Madeleine, les hommes de cette époque ne doivent pas être traités de troglodytes , comme on le fait trop généralement. Cette épithète convient infiniment mieux aux habitants qui, au moyen âge, peuplaient et qui même de nos jours peuplent encore en partie les crcutes du département de l’Aisne si bien étudiées par M. Fleury; ou les villages creusés dans le grès des environs de Brive (Corrèze) illustrés par MM. Lalande et Rupin. Ce sont là des grottes artificielles.

Les grottes naturelles se subdivisent en :

Cavernes , succession de salles ou chambres communiquant entre elles par des couloirs. Le tout très sombre.

Grottes , salles s’ouvrant à l’extérieur, plus ou moins bien éclairées.

Surplomb, parois de rochers dont les couches supérieures avancent plus que les inférieures. Ce sont les véritables abris sous roche. On donne aussi simplement le nom iVabris à des parois sans surplomb, qui protègent contre lèvent et concentrent la chaleur.

Ce sont les termes les plus employés, qu’il était important de bien définir.

S O Origine tics cavernes, grottes, etc. — Nous avons

vu précédemment que dans les mouvements du sol, lorsque la tension devient plus forLe que la cohésion, il se produit des brisures. C’est ce qui occasionne les tremblements de

terre. Ces brisures s’appellent des failles. Quand les failles se produisent sous l’influence de fortes pressions latérales, il n’y a pas d’interruption de continuité. Mais si la faille se manifeste dans des conditions telles que les deux lèvres puissent se disjoindre, il se forme une fente plus ou moins large et plus ou moins étendue, qui, si elle reste vide, peut servir de refuge aux animaux ou à l'homme. La grotte de Laroque (Hérault) est une fente de ce genre. Dans la vallée de la Moselle, près de Toul, les trous de Sainte-Reine sont des modèles de ce genre. Il se forme très fréquemment des brèches osseuses dans les fentes. Telle était la fameuse brèche du Château, à Nice (Alpes-Maritimes) ; telle est la brèche de Gibraltar.

Parfois, dans les failles, les deux lèvres ou plans de fracture, bien que poussés avec force latéralement, ne supportent pas un poids vertical considérable. Les couches alors peuvent s’arquer en forme de voûte laissant au-dessous d’elles un vide. La grotte de l’Herm (Ariège) doit son origine à un phénomène de ce genre.

Dans les rochers à face abrupte, s’élevant verticalement au-dessus du sol, si les couches sont sensiblement horizontales et diversement attaquables par les actions atmosphériques, il peut arriver que les couches inférieures se désagrègent assez fortement en long, tandis que les couches supérieures plus résistantes restent proéminentes et forment comme un avant-toit recouvrant la partie inférieure. C’est ce qu’on appelle un surplomb ou abri sous roche. A Bruniquel (Tarn-et-Garonne), il y a des abris sous roche recouverts d’un surplomb de 4 à 5 mètres ( Musée préhistorique, n° I5u). A Laugerie-Basse (Dordogne), le surplomb recouvre jusqu’à 12 à 14 mètres.

Les roches verticales souvent, au lieu de s’altérer et de se désagréger dans le sens de la longueur, ne s’altèrent que sur un point restreint.il se forme alors, sur ce point, une

cavité, plus ou moins en bouche de four, assez large, peu profonde, une véritable grotte. C’est ainsi que se sont formées les grottes des environs de Brive (Corrèze), et la grotte du Placard [Musée préhistorique, n<> 213).

Très fréquemment l’altération des roches, au lieu d'être le résultat d’actions atmosphériques, est produite par des courants d’eau ou de gaz. Ces deux agents, profitant, soit de fissures et de fentes, soit de couches plus altérables, se frayent des canaux souterrains ouvrant des galeries ramifiées, ordinairement composées, par suite des divers degrés d’altérabilité de la roche, d’une succession de boyaux ou étranglements, plus ou moins longs, reliant des salles plus vastes. Ce sont les véritables cavernes. Une des plus grandioses est la célèbre caverne d’Adelsberg, en Istrie. Elle se ramifie et suit des détours irréguliers dans une direction presque horizontale pendant plusieurs kilomètres. C’est dans cette caverne que se jette la Poich, qui en sort à une lieue de distance, près de Planina, sous le nom de Hunz. On y a recueilli des ossements d ' Ursus spelæus. Les beltoires ou cônes absorbants des causses ou plateaux calcaires de l’Aveyron sont les points de départ de cavernes de ce genre creusées par les eaux.

Les actions combinées de l’eau et de l’air, à la surface horizontale des roches, ne produisent pas toujours des résultats aussi considérables que le creusement de vastes cavernes. Il leur arrive de n’occasionner parfois que des corrosions plus ou moins profondes: quand elles sont longitudinales, on les nomme crevasses; quand elles sont à peu près circulaires et verticales, puisards. Tels sont les Aven-à-Trois-Gorges, au Brouzet (Gard) et Aven-Laurier, à Laroque (Hérault).

Les grottes, cavernes et abris produits par des actions atmosphériques ou physiques peuvent se rencontrer dans toutes les natures de roches. Mais ceux, bien plus nom-

breux, dus aux actions dissolvantes et chimiques de l’eau sont à peu près spéciaux aux calcaires, aussi est-ce dans les régions calcaires qu’il y a le plus de cavernes, de grottes et d’abris.

Il reste à citer les éboulis de roches diverses. Les hommes de l’époque de la Madeleine ont souvent cherché un abri au milieu de ces éboulis ; comme au pied du Salève (Haute-Savoie), au milieu des éboulis calcaires; à Modane (Savoie), parmi des éboulis de quartzite; ou bien au milieu des grès de Fontainebleau, à Nemours (Seine-et-Marne).

Le dépôt des cavernes, grottes, fentes et puisards a été produit par quatre causes principales : la cbute des terres et objets dans les fentes et puisards; l’entraînement par l’eau dans certaines grottes, et surtout cavernes; 1 habi talion des animaux, et la fréquentation de l’homme. Ces deux dernières causes sont les plus importantes.

§ 3. Repaires. — Les cavernes et même la plupart des grottes ont servi primitivement de repaires à des animaux féroces. Les plus habituels de ces repaires sont ceux d'ours. 11 n’y a presque pas de grottes et cavernes qui n’offrent à la base de leur dépôt une accumulation d’ossements d’ours. Le caractère essentiel des repaires d’ours est de contenir des débris de ces animaux de tous les âges, depuis les plus jeunes jusqu’aux plus vieux, des crânes et des ossements entiers, des os groupés dans leur connexion naturelle, et même la réunion sur un espace très limité de toutes les paities du squelette. Gela prouve qu’on est en présence d animaux qui ont vécu et qui sont morts sur place. Les os des autres animaux sont relativement rares et isolés, ce sont les restes de la nourriture apportée pour 1 usage des jeunes et des empêchés. Ainsi, la caverne d’Echenoz-la-Méline (Haute-Saône) a donné à Thirria 800 ossements appartenant tous au grand ours des cavernes, sauf une dizaine. Cuvier estimait que les trois quarts des abondants osse-

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ments fournis par la caverne de Gaylenreuth, en Franconie, appartenaient à l’ours. Burmeister pense que, sur 1 000 individus de cette caverne, il y a 870 ours et 130 animaux d’autres genres. Cette abondance d’ossements d’ours a parfois déterminé le nom de la caverne. C’est ainsi que nous avons en Belgique, près de Dinant, le Trou de l’Ours, et en Italie, sur la rive droite du lac de Corne, le Buco dell' Orso (caverne de l’Ours).

L’ours des anciennes cavernes est V Ursus spelæus. Les auteurs pourtant associent souvent diverses espèces dans le même repaire. C’est évidemment une erreur de détermination ou lout au moins de niveau, car deux espèces d’ours ne sauraient vivre en commun dans le même repaire. Mais des espèces différentes ont pu se succéder. C’est ainsi que, dans les Hautes-Pyrénées, la grotte d’Arréborocut, à Estaing, qui contient du grand ours dans son dépôt inférieur, est encore fréquentée par l'ours actuel (Ursus arclos).

Parmi les os d’ours des repaires, il y a parfois, en certain nombre, des demi-màchoires inférieures auxquelles manque la branche montante. M. F. Garrigou a recueilli plus de quinze de ces demi-màchoires, sans branche montante, dans le repaire de Bouïchéta, à Bedeilhae (Ariège). 11 en cite aussi plus de quatre-vingts de la caverne de l’Herm, même département. 11 pense que cette cassure est intentionnelle. L’homme l’aurait pratiquée pour pouvoir empoigner facilement la demi-mâchoire par son extrémité postérieure, et se servir, en guise d’arme ou de pioche, de la partie antérieure garnie de sa vigoureuse canine. Mais, d’une part, aucune trace humaine ne s’observe dans ces repaires ; de l’autre, le point d’attache de la branche montante au reste de la mâchoire étant le point de moindre résistance de l’os, il est tout naturel que cet os se casse surtout en ce point.

archéologie préhistorique.

L’hyène est très répandue dans les grottes et cavernes, mais les véritables repaires d’hyènes sont moins communs que ceux d’ours. Ils se distinguent par le mélange d’ossements d’hyène avec ceux d’animaux très divers, plus ou moins rongés (voir p. 39), et par la présence des coprolitlies. L’hyène, avec ses puissantes dents, triturant les os, absorbe beaucoup de phosphate de chaux qu’elle ne digère pas. Ses excréments sont donc composés de cette matière minérale, intimement mêlée aux parties fécales. Ces dernières se détruisent, les autres restent, conservant la forme des excréments : c’est ce qu’on nomme les coprolithes. Us sont complètement blancs. Comme types de repaires d’hyène, on peut citer les cavernes de Loubeau, à Melle (Deux-Sèvres); de l’Ermitage, à Alais (Gard) ; de Fouvent-le-Bas (Haute-Saône); de Gucigliana , dans les monts Pisani (Italie); de Kirkdale, Yorkshire (Angleterre). Buckland assure que dans cette dernière grotte on a trouvé les restes de deux à trois cents individus. M. Paul Marès a décrit un repaire actuel d’hyène près de l’oasis de Laghouat, sud de la province d’Alger, tout à fait semblable aux repaires anciens.

Les hyènes non seulement ont eu leurs repaires spéciaux, mais encore et surtout venaient s’installer dans ceux des ours, quand ils les abandonnaient, et même se caser dans les habitations humaines, lorsqu’elles étaient inoccupées. Ce fait est démontré par la présence d’ossements cassés intentionnellement, rongés ensuite par 1 hyène. A Laugerie-Basse, on a même trouvé un os gravé en partie rongé.

Les grands félins : lions, tigres, lynx, etc., sont bien aussi venus parfois chercher asile dans les grottes et les cavernes ; mais ils étaient trop amateurs de propreté poui y transporter leur proie. En fait d ossements, ils n j ont donc laissé que les leurs. La caverne de 1 Ilerm a donne

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une certaine quantité d’ossements de grands félins. lisse trouvaient surtout dans une galerie spéciale, qui n’avait pas été infectée par les débris et excréments d’ours.

Il ne reste plus à signaler que les repaires de petits carnassiers. On y trouve des accumulations d’os de petits animaux : lapins, lièvres, taupes, campagnols, oiseaux, etc. Un modèle de ce genre est la grotte ou, plus exactement, le surplomb du Bas-de-Locb, à Saint-Romain (Côte-d'Or). Parfois on a, à tort, attribué à l'homme les hécatombes de petits animaux, faites par des mammifères ou des oiseaux carnassiers. Tel a été le cas d’une des couches supérieures de Bise (Aude) et du Trou-du-Fronlal (Belgique).

§ 4. Occupation par l'homme. — L’homme a, de tout temps, occupé plus ou moins les grottes et cavernes.

Nous avons constaté l’existence d’instruments chelléens dans une grotte de Portugal et dans une d’Algérie. Dans nos chapitres consacrés à la distribution du mouslérien et du solutréen, nous avons mentionné de nombreuses grottes ; nous en mentionnerons plus encore en nous occupant de la distribution du magdalénien. Pendant les temps quaternaires, les grottes et les abris seuls étaient recherchés. Des cavernes, il n’y avait que l’entrée d’utilisée par l’homme.

A l’époque robenhausienne, les grottes et cavernes ont été très employées comme caveaux funéraires. Très longue est la liste des grottes sépulcrales de celte époque. Les vivants parfois y sont aussi allés chercher un abri ou un asile. Plus tard, elles ont été à peu près abandonnées comme lieu de sépulture. Nous ne pouvons guère citer que la grotte de Nermont, à Saint-Moré (Yonne) avec sépulture romaine, et celle du Saumon, sur les limites de Saint Jeande-Lier et de Gousse (Landes), ayant offert une sépulture dont le mobilier funéraire se rapporte à la fin du quatrième ou au commencement du cinquième siècle de notre ère.

La présence des ossements humains frappant l’imagination des populations, les légendes superstitieuses se sont facilement établies. C’est ainsi que la grotte de Vingron (Pyrénées-Orientales) a été nommée Caune de las Encantadas (antre des Sorcières). Les habitants du village ont anciennement bouché l’entrée de cette grotte avec un énorme bloc de pierre , pour se préserver des maléfices.

De l’idée de maléfices à l’idée de trésor caché, il n’v a qu’un pas; aussi il est des grottes et des cavernes qui ont été bouleversées sous ce prétexte. On peut citer celle de Brengues (Lot).

Revenons aux occupations comme habitation ou refuge. Il en est de toutes les époques.

La grotte des Fées (Carabôrna dé Fayes), dans la gorge sauvage du Nant, à Gognin (Isère), a fourni une hache en bronze à bords droits de l’époque morgienne. Bien d’autres grottes ont donné des instruments en bronze, morgiens ou larnaudiens.

La grotte du château d’Ebbou, à la Bastide-de-Virac (Ardèche), contenait des poteries de forme étrusque ou grecque, qui peuvent se rapporter à la fin de l’époque hallstattienne.

Bien plus fréquentes sont les traces d'habitation romaine, ce qui prouve que sous la domination de Rome, s’il y avait de la soumission et du luxe dans les cités, il y avait aussi beaucoup d’indépendance et de misère dans les campagnes. Des débris romains se rencontrent dans de nombreuses grottes et cavernes, dans les couches tout à fait supérieures. Je me contenterai de citer la Boite aux Fées, à Chatelperron (Allier); la caverne de la Chèvre, à Meyrueis (Lozère), dans l’intérieur de laquelle M. Cérès a trouvé'des poteries et des monnaies romaines engagées dans la stalagmite; la grotte des Fées, àj Brison-Saint-

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Innocent (Savoie); la caverne Victoria, bord de la Sattle (Angleterre) ; etc.

A Corn (Lot) existent la grotte du Consulat et la grotte de la Citadelle, d’un accès très difficile et communiquant entre elles par une corniche de rocher. Au moyen âge, les consuls de la localité se retiraient dans la première pour délibérer loin de la pression du seigneur, et la population venait chercher asile dans la seconde en cas de dangers. La grotte du château de la Roche, à Saint-Hippolyte Doubs), a aussi, paraît-il, servi plusieurs fois de refuge aux habitants du pays, lors de guerres et d’invasions.

C’est surtout pendant les guerres de religion que les grottes et cavernes ont été fréquentées.

La caverne-galerie du Mas-d’Azil (Ariège), traversée par la route qui va de ce bourg à Saint-Gisors, était un poste très important pendant la guerre. La grotte de Seyne (Gard) a servi d’hôpital aux Gamisards. Dans le même département, deux grottes, à Sumène et à Saint- Laurent-le-Minier, portent encore le nom de Grottes des Camisards. La grotte de la Roquette, à Conqucyrac, a très souvent servi de refuge aux protestants des Cévenncs. En 1701, le conseil municipal de Saint-Hippolyte lit fermer l'entrée de cette grotte pour empêcher les protestants de s’y réunir.

Aux environs de Vallon (Ardèche), plusieurs grottes ont aussi été fréquentées par les protestants. Telles sont la grotte du Colombier, appelée aussi le Temple, parce qu’on y a fait les pratiques du culte. Sur la rive opposée de l’Ardèche, il y a la grotte de la Chaire, ainsi nommée parce qu’on y allait entendre le prêche. La grotte de Cayre- Creyt, d’un accès sauvage et difficile, avec deux issues, a servi de lieu de refuge alternativement aux protestants et aux catholiques de 1595 à 1745, et en dernier lieu au seigneur de l’endroit en 1793, ainsi que l’atlestenl les in-

scriptions tracées sur les parois du rocher. Cet emploi de cavernes comme refuges est de tout temps et s est piatiqué en tous lieux. Pallas cite, près des sources du Sym, en Sibérie, des cavernes dans lesquelles les Baschkirs ont caché leurs femmes et leurs enfants à l’époque de leurs révoltes contre la Russie.

Sans parler des ermites, qui naguère habitaient pas mal de grottes, témoin la grotte de l’Ermite, à la Buisse (Isère), et qui en habitent encore quelques-unes, comme près de Saint-Maurice (Suisse) ; sans parler des brigands qui s’y réfugiaient, et qui s’y réfugient encore parfois en Corse et dans le sud de l’Italie, il y a des grottes qui sont occupées de nos jours. Un cantonnier du chemin de fer des mines de Bert a habité pendant plusieurs années une partie de la Cave aux Fées, à Chatelperron (Allier). A Rochebertier (Charente), plusieurs grottes sont utilisées comme magasins à déposer le bois.. J’ai vu, à Lussac-les-Chàteaux (Vienne), une grotte qui servait de cave et de remise. La grotte Vesson, à la Cadière (Gard), est utilisée comme bergerie ; celle de Ghaùmadou ou Chaumoir, à Vallon (Ardèche), sert à abriter les moutons pendant la grande chaleur. La grotte de Scocchietti, près Civitella del Tronto (Italie), servait en 1871 de domicile à un berger, qui y logeait la plus grande partie de l'année avec son troupeau de chèvres.

§ 5. Fouilles et mélanges. — Ces habitations successives, nombreuses et variées, par les animaux et par l’homme, sont d'actives et puissantes causes de perturbation et de mélange. On doit donc être très circonspect en ce qui concerne les conclusions basées sur les grottes. Il faut les fouiller avec un soin extrême et une îrès grande attention. Et encore ne peut-on tirer aucune conséquence d’un fait isolé.

Les grottes ont, du reste, été en partie plusieurs fois

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fouillées, soit par des animaux, soit par l’homme. Les animaux fouisseurs, parmi lesquels il faut placer en première ligne le blaireau, sans oublier le renard, bouleversent souvent toute la stratigraphie d’une grotte, ramenant à la surface ce qui était dans le fond, et laissant glisser dans le fond ce qui était à la surface.

Nous avons dit qu’à l'époque robenhausicnne un très grand nombre de cavernes et de grottes ont servi de lieux de sépultures. Parfois les corps étaient purement déposés sur le sol, mais parfois aussi ils étaient ensevelis dans le dépôt antérieur, comme aux Baoussé-Roussés, près Menton. C’est là une puissante cause de mélange.

En outre, l’homme a souvent bouleversé l’intérieur des grottes dans un buL industriel ou agricole. Le principal but industriel était la production du salpêtre pour la fabrication de la poudre. Aussi plusieurs grottes ont pris le nom du Salpêtre ou de la Salpêtrière , dans l’Hérault, à Cazilhac-le-Bas ; dans le Gard, à Pompignan, à Sauve et à Saint-Laurent-le-Minier.

Comme grottes vidées dans un but horticole ou agricole, on peut citer celle de l’Hermite, à Lanzac (Lot), qui sert d’ornement au jardin du château de Cieuzac ; la grotte de l’Ermitage ou de l'Olivette, à Alais (Gard), dont le contenu a été en partie enlevé pour mettre au pied d’oliviers. Le contenu de plusieurs grottes et cavernes a été ainsi exploité pour servir d’amendement ; à Bize, par exemple, on s’en est servi pour amender les vignes. Cet amendement est d’autant meilleur que, dans certaines grottes, les chauves-souris s’y réfugient en si grand nombre, que leurs excréments finissent par former une couche de véritable guano.

En Italie, les grottes, ayant été très recherchées dans l’antiquité comme lieu de sépulture, ont été souvent complètement vidées; c’est ce qui fait que les gisements qua-

ternaires y sont si rares. M. Bellucci, ayant exploré plus de vingt-trois grottes dans l’Ombrie, n’a trouvé quelques objets en pierre que dans une seule, près de Narni.

La meilleure preuve que les mélanges sont très lréquents dans les cavernes et les grottes, c’est que nombre d’observateurs, parmi lesquels il en est d excellents, citent des associations d’ours, d’hyènes et de félins, ou bien d’ours et de félins d’espèces diverses, ainsi que la présence de ces animaux avec l’industrie humaine. Evidemment il y a là confusion et erreur.

Les meilleures conditions d’observation sont quand il y a des nappes de stalagmite qui séparent les assises ; ou mieux encore, quand la roche, d une désagrégation facile, forme des assises d’éboulis et de débris entre les lits archéologiques et paléontologiqucs.

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