ROBENHAUSIEN. — NOM ET GISEMENTS
§ I. Origine du nom. — Robenhausen est un petit hameau de la commune de Wetzikon, canton de Zurich (Suisse). Dans un marais qui s’étend entre les maisons du hameau et le bord du tout petit lac de Pfàflikon, des travaux de dessèchement et d’exploitation de tourbe ont fait découvrir une riche station de la pierre polie. Il y avait là, accumulés ensemble, non seulement des instruments en pierre et en os, ainsi que des débris de poterie et même des vases entiers, mais encore des amas d’ossements, faisant connaître la faune sauvage et domestique, associés à des graines et des étoffes carbonisées. Il y avait aussi d’assez nombreux objets en bois très bien conservés, grâce à l'action protectrice delà tourbe.
Cette station, des plus riches et des plus variées comme produits, a été exploitée par un habitant intelligent du hameau de Robenhausen, M. Messikommer, qui a répandu le fruit de ses récoltes dans un très grand nombre de musées et de collections.
Elle a eu surtout l’immense avantage d’avoir été étudiée et décrite par une des gloires archéologiques de la Suisse, l'excellent et savant Ferdinand Keller.
Ce sont ces diverses raisons qui m’ont décidé à prendre la station de Robenhausen comme caractéristique de l’époque de la pierre polie.
§ 2. Habitations lacustres. Palafittes. — L’hiver de 1853-54 fut exceptionnellement froid et sec, de sorte que le niveau des eaux des lacs de la Suisse baissa beaucoup
dans le lac de Zurich, tout près delà ville, à Meilen. On découvrit là, à une petite distance de la rive, une espèce de tertre surbaissé, composé de vase noire remplie de débris de charbon, de tessons de poteries, d’ossements plus ou moins fragmentés et d’instruments en pierre et en os. Une vraie accumulation de rejets d habitations. Cette accumulation était toute parsemée de pieux enfoncés dans le sol du lac et usés à la partie supérieure au niveau de la sur-
Fig. Si. Habitation lacustre ou palafitte.
face du tertre. Keller examina avec soin ce singulier gisement archéologique et reconnut qu’il était bien en présence de rejets d’habitations remontant à la pierre polie. Ces habitations avaient dû être construites au-dessus des eaux du lac, soutenues par les pilotis dont on retrouvait les hases.
Partant de ces données, il se mit, avec les autres archéologues suisses, à étudier les divers lacs de ce pays. Ils constatèrent bientôt que ces lacs contenaient tous des traces ti es nettes de ces anciennes stations sur pilotis qu ils nom-
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nièrent habitations lacustres. Celte dénomination en deux mots étant un peu longue, les Italiens proposèrent de la remplacer par palafittes, du mot palafilti , pilotis. C’est ce dernier terme qui est maintenant le plus employé.
La Suisse est le pays par excellence des palafittes. Dans son huitième Rapport, publié en 1879, Relier en cite 161. La région des palafittes se développe tout autour des Alpes: Savoie, département du Jura, Suisse, Wurtemberg, Bavière, Autriche, nord de l’Italie. Un grand nombre de ces palafittes appartiennent, comme celles de Hobenhausen, à l’époque de la pierre polie, mais il en est beaucoup de 1 âge du bronze et môme il y en a de l’âge du 1er. Elles rentrent donc plus spécialement dans le protohistorique.
Les stations lacustres ou palafittes robcnhausionnes sont généralement les plus près des rives. La majeure partie se trouve encore sous l’eau. Pourtant fréquemment, elles sont recouvertes de tourbe, comme à Robenhausen, la végétation aquatique s’étant développée abondamment sur les points qu’elles occupaient. Il en est même qui sont ensevelies sous des alluvions et qui sont maintenant en pleine terre, a sec. Les travaux du chemin de fer en ont fait découvrir deux de ce genre à Villeneuve, canton de Vaud. Elles ont été recouvertes par les alluvions du Rhône.
§ 3. Habitations terrestres. — Toutes les habitations robenhausiennes n’étaient pas sur pilotis. Il y en avait beaucoup sur le sol à sec, beaucoup plus même que sur I eau. Seulement leurs traces ont été en très grand nombre détruites par la culture; en outre, dans ces habitations, les ossements se trouvant en plus mauvais état et les objets en bois ne s’étant pas conservés, elles fournissent beaucoup moins de documents que les palaliltes.
Comme exemple d'habitations sur terre sèche, nous pouvons citer la station du Gampigny, à Blangy-sur-Bresle (Seine-Inférieure), signalée par MM. E. et H. de Morgan. Le Gampigny est un plateau à peu près carré-long, dont la superficie est d’environ 20 hectares. Il est entouré de tous les côtés par des vallons bordés d’abrupts qui en font un lieu fortifié naturellement. Il n’y a d’exception que du côté sud, où règne une longue pente douce qui aboutit à la route de Blangy à Bolbec. Le sol étant très caillouteux, on y a ouvert plusieurs carrières qui ont laissé voir un certain nombre de fosses creusées dans l’alluvion quaternaire. Ces fosses, ayant environ 3 mètres de diamètre et 1 ou 2 de profondeur, étaient remplies de terre végétale, de cendres, de charbons, de fragments de poterie grossière, d’éclats de silex, d’outils en cette matière, les uns intacts, les autres craquelés par le feu.
Ce sont là des emplacements d’habitations avec foyers et rejets de diverses natures. Il y avait sur ce point une véritable bourgade robenhausienne.
Ernest Perrault, sur un autre plateau encore plus fortifié naturellement, le camp de Ghassey (Saône-et-Loire), a découvert et fouillé des habitations robenhausiennes bien plus riches que celles du Campigny, parce que les instruments en os et en corne de cerf s’y sont conservés, ainsi que les débris d’ossements. Un de ces fonds, d’habitation mesurait o mètres de diamètre. Le sol avait été creusé pour son installation en forme de cuvette circulaire très évasée. Le foyer, situé au centre, était recouvert d’une accumulation de 70 centimètres de charbons, cendres, tessons de poteries, débris d'ossements, instruments en os et en pierre.
Goncezio Rosa a aussi découvert plusieurs habitations robenhausiennes dans la vallée de la ^ ibrata, Abruzzes (Italie). Voici la description qu’il donne de l’une d elles,
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sur la colline de Belvédère, à Controguerra. Au milieu d’un terrain blanchâtre s’est trouvée une couche noirâtre, composée de charbon, de cendres et de débris organiques qui couvrait un espace circulaire de 8 mètres de diamètre, avec une épaisseur qui, partant de 20 à 30 centimètres vers les bords, atteignait lm,l5 au centre. C’est là où se trouvait le loyer composé de blocs de grès rougis par le feu. Dans cette couche ont été recueillis : 3 haches polies, des quantités de lames et éclats de silex, des percuteurs, 8 outils en os, une coquille marine trouée, quelques centaines de fragments de poteries, beaucoup d’ossements de bœuf, cheval, cochon, mouton, chèvre et oiseaux.
Des fonds de cabanes robenhausiennes ont aussi été découverts dans la plaine du Pô. M. G. Chierici en a signalé sur plusieurs points du Reggianais, à Calerno, Albinea, Rivaltella, Caslelnovo di Sottoet Campeggine, partie dans la plaine haute entre la Via Emilia et l’Apennin, partie dans la plaine basse entre le Pô et la Via Emilia. Ce sont des dépôts isolés et circonscrits de terrain aux teintes brunes, insérés plus ou moins profondément dans le sol et contenant un mélange de charbons, d’ossements, de tessons de poteries, d’instruments en os et en pierre, surtout en silex. Ces dépôts s’observent sur les berges des cours d’eau, où on les voit en coupe et dans les champs labourés, oii ils ressortent comme de larges taches noires, pas trop larges pourtant, car ces fonds d'habitations très riches en débris archéologiques ont généralement des dimensions assez restreintes, lm,ot) à 2 mètres de diamètre.
§ 4. Ateliers. — Les ateliers sont les points oii l’on fabriquait les objets, o il l’on taillait les pierres, aussi les désigne-t-on fréquemment sous les noms d 'ateliers de fabrication ou de taille.
Naturellement, ils étaient établis près des carrières fournissant les matériaux utilisés. Pourtant cette disposition
n’est pas absolue. Ainsi, M. Costard, dans le Calvados, a signalé deux ateliers qui sont à peine distants de 2 kilomètres ; dans l’un, celui d’Olendon, c’est le silex local, extrait du calcaire de Caen, qui a été utilisé; dans l’autre, celui de Saint-Quentin ou de la Roche au Diable, on a employé le silex de la craie, apporté du pays d Auge assez éloigné de la station. Etil n’y a pas d’erreur possible, car le premier se patine très facilement en blanc et le second reste brun.
L’utilisation des roches locales fait que, sur les points où il se trouve une roche favorable, les ateliers se multiplient. C’est ainsi queM. P. Brouillet a pu constater, dans une seule portion du Poitou, 44 ateliers dans la Vienne et 9 dans Indre-et-Loire, soit en tout 53. M. Salmon signale des ateliers nombreux groupes dans 14 communes de 1 Yonne.
Les ateliers, comme dimensions despièces, sont tiès 'variables. Le Grand-Pressigny, où le silex est très abondant et en très gros rognons, fournit les objets les plus foi ts. Au contraire dans la Gironde, le silex provenant de cailloux de très petites dimensions, les ateliers ne contiennent que de petits objets. Leur grandeur est proportionnelle à celle des cailloux de la localité, plus forts où les cailloux sont plus gros, plus petits où les cailloux sont plus réduits de taille.
Fait industriel et économique fort curieux, la spécialisation du travail existait déjà à l’époque robenhausienne. Certains ateliers étaient plus spécialement réservés à la taille des haches destinées au polissage, tels sont les ateliers des Marettes, à Londinières (Seine-Inférieure), d’Olendon (Calvados), du pays d’Otlie (Yonne et Aube), de Spienncs près de Mous (Belgique). Dans d autres, on fabriquait plus particulièrement des grattoirs comme à la Ro^ che-au-Diable,Potigny (Calvados), au confluent de la Seine et de la Marne, Charenton (Seine); des grattoirs et des
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tranchets comme au Camp-Barbet, Janvillc (Oise); des perçoirs comme dans un des ateliers de Nemours (Seineet-Marne) ; des pointes de flèche sur le plateau du Camp de Chassey (Saône-et-Loire).
Dans la même localité les industries se parquaient parfois en ateliers distincts, c’est ce qu’on peut très bien observer au Grand-Pressigny (Indre-et-Loire); à la Claisière, par exemple, les gros nucléus encombrent les champs ; à l'Epargne, au contraire, ce sont les débris et ébauches de scies à coches et de lances qui abondent. Les pointes de lance du Grand-Pressigny donnaient lieu à une importante fabrication qui alimentait un commerce fort étendu. Le Musée de Saint-Germain seul en contient trouvées en Vendée ; à Pontlevoy (Loir-et-Cher); à Meulan, aux Mauduits et au Pas de Grigny (Seine-et-Oise) ; à Thury (Oise) et à Cernois (Côte-d’Or).
Les ateliers robenhausiens se trouvent un peu partout. En Scandinavie, les ateliers de taille existent non seulement dans la région riche en silex naturel, le sud de la Suède, mais s’étendent encore, d’après M. Lorange, en Norwège, jusqu’aux environs de Bergen, où la matière première, taisant défaut, a dû être importée.
La Prusse en possède dans l’ile de Rugen, signalés depuis longtemps par mon regretté élève et ami Edouard Claparède.
En Hongrie , un district renfermant des gisements d'obsidienne, contient de nombreux ateliers où ce verre volcanique a été taillé.
Les ateliers italiens connus deviennent de jour en jour plus nombreux. Ils s’élèvent jusqu’à des altitudes considérables. Ainsi, M. Nicolucci a indiqué dans les Abruzzes, province d’Aquilana, à Campo di Giove, deux ateliers à •1 004 mètres d’altitude, dans lesquels M. A. Colaprete a recueilli plus de 2 000 silex travaillés.
En Afrique, on peut citer l'atelier d Ouargla, où se fabriquaient de charmantes pointes de flèches en silex calcédonieux. M. Bellucci a découvert plusieurs ateliers en Tunisie. Les régions nummullitiques de l’Egypte en fournissent aussi dont le nombre connu va toujours en croissant, depuis que M. Arcelin a attiré 1 attention publique sur ce sujet. Enfin le Sinaï contient des ateliers où les lames de silex abondent.
Les produits des ateliers sont parfois tellement abondants, qu’on les exploite pour l’empierrement des routes. C’est ce qui arrive entre autres au Grand-Pressigny, a la Faye, commune de Châtillon-sur-Indre, et à Spiennes. Le propre de ces produits est d’être soit des éclats de taille, soit des pièces de rebut. Ce n’est pas dans les ateliers qu’il faut chei’cher les beaux échantillons. Ils fournissent néanmoins des séries fort intéressantes et très instructives.
Les habitations et les ateliers, très distincts théoriquement, le sont beaucoup moins en pratique. Nombre d’ateliers devaient avoir des habitations, et, dans bien des habitations, comme au Campigny, on a travaillé et fabriqué. Il est même des stations qui paraissent plus complexes encore. Ainsi M. Lane Fox signale à Gissbury, près Brighton (Sussexshire) une série de cavités qui semblent avoir été tout à la fois des carrières de silex, des habitations et des ateliers.
§ 5. Carrières. — L’exploitation des roches, — silex, grès, obsidienne, etc., — destinées à être travaillées et transformées en armes ou en outils, devait se iaire habituellement en plein air et à ciel ouvert. Pourtant, comme les roches qui ont leur eau de carrière sont plus faciles à travailler que celles qui ne l’ont plus, il est arrivé qu’on a pratiqué de véritables travaux de mines pour aller chercher la matière première dans le sein de la terre.
A Spiennes, près de Mons (Belgique), le chemin de fer
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passe au fond d’une assez vaste tranchée. En la creusant, on a reconnu plus de vingt-cinq puits qui, partant de la surface, traversent les assises supérieures du terrain, composées de 6 à 10 mètres de limons et d’alluvions caillouteuses quaternaires, et de sables tertiaires. Ces puits viennent aboutir aux lits de rognons de silex qui se trouvent dans la craie, formation qui constitue la base du sol de la région. « Ils sont verticaux, étroits, à section circulaire de 60 à 80 centimètres de diamètre. Ils sont souvent légèrement élargis en entonnoir vers la surface, dans le limon supérieur, et à leur base, dans la craie. Tous sont remblayés complètement jusqu’au sommet. » A la base, les puits se terminent par des excavations qui constituent « des galeries dirigées dans le sens de la direction des bancs de silex, c’est-à-dire du sud-ouest au nord-est, obliquement à la tranchée. Ces galeries ont des sections très irrégulières, variant, en hauteur, de 50 centimètres à 2 mètres, et, en largeur, de I mètre à 2m,50 (1). »
Les galeries sont souvent obstruées par des éboulements, mais plus souvent encore remblayées de main d’homme. Remblayage des puits et des galeries datent des travaux. On y rencontre des ossements d’animaux, débris de repas, des fragments de cornes de cerf, des tessons de poteries grossières, mal cuites, des instruments divers en silex. Ces exploitations sont donc bien robenhausiennes et ont procuré le silex travaillé dans l’atelier de Spiennes. atelier si riche en ébauches de haches. Les travaux d’exploitation ont fourni des intruments tout à fait semblables à ceux de la surface, ils ne se distinguent que par l'absence de patine, étant restés enfermés dans le sol au lieu d’avoir été exposés aux intempéries de l’atmosphère.
(1) Briart, Cornet et ITouzeau de Leraie, Rapport sur les découvertes géologiques et archéologiques faites à Spiennes, en 1807, p. 22 et 23.]
Lors du Congrès d’archéologie et d’anthropologie préhistoriques de Bruxelles, en 1873, j'ai eu le plaisir de visiter puits et galeries. M. Franks nous annonça qu’en Angleterre semblable observation avait été faite. A Weeting, près de Brandon (Norfolkshire), existent à la surface du sol au moins deux cent cinquante dépressions rondes, de 7 à 20 mètres de diamètre. Une de ces dépressions, fouillée par M.Greenwell, « avait environ 9 mètres de diamètre au bord et se réduisait au bas à un diamètre de 4 mètres. Elle avait à peu près 13 mètres de profondeur. Les quatre premiers mètres avaient été percés à travers une couche de sable. On avait alors trouvé la craie blanche et une couche de silex de qualité secondaire. Ce silex n’avait été extrait que dans la circonscription même du puits ; mais on avait continué à creuser celui-ci jusqu’à une couche de magnifique silex. Arrivés à cette profondeur, les anciens travailleurs avaient percé des galeries d’environ 1 mètre de hauteur dans différentes directions, afin de suivre la couche de silex (1).» Ces puits et galeries ont fourni, comme ceux de Spiennes, des instruments en corne de cerf et en silex.
§ 6. Sources. — L’eau, et surtout la bonne eau, fraîche en été, chaude en hiver, étant un des principaux objets de bien-être , et même un objet de première nécessité pour l’homme, les habitations et les ateliers se trouvent très fréquemment dans le voisinage des belles sources. Presque toujours on rencontre des silex travaillés auprès des sources .importantes, principalement dans les régions où les sources sont rares. C’est une donnée qui peut avantageusement servir pour diriger les recherches.
Comme exemple, nous citerons la Fontaine Sauve, à Cer-
(0 A.-W. Franks, Compte rendu du Congrès de Bruxelles, p. 311.
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nois, près Semur, autour de laquelle M. Marlot a recueilli d abondants objets en silex ; la source de Yillepeuple, àFontenay (Indre), avec un atelier mentionné par M. Martinet, qui, dans son Berry 'préhistorique, dit que tous les ateliers de la région sont dans le même cas ; Las Fonts, à Combiers (Charente), sources dont les alentours ont, suivant M. Chauvet, fourni de nombreuses haches polies; la belle source de Saint-Saturnin, à Saint-Alban (Savoie), dominée par un plateau calcaire qui contenait une importante station robenhausienne, fouillée par M. André Perrin.
Les sources ordinaires ont une influence de voisinage, mais il est quelques autres sources qui, par suite d’idées religieuses et superstitieuses, sont devenues des centres d offrandes. On y trouve alors accumulés de nombreux objets en très bon état. Tel est l’étang de Fontloreau, à Colombiers (Charente-Inférieure). C’est un bassin d’un ovale partait, de 70 mètres de longueur sur 35 de largeur. Vers son milieu existe une espèce d’entonnoir deoàO mètres de diamètre à bords presque à pic, d’où sort une source abondante. On en a retiré des lames, des grattoirs et d’autres outils, des centaines d’éclats, une pointe de flèche et dix-sept haches polies ou préparées pour l’être; le tout en silex.
Dans les sources thermales de Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), M. Daubrée a trouvé un très grand nombre de silex taillés sous une accumulation énorme de monnaies romaines : 4 600, dit-on. Dans le centre de l'Italie, les sources thermales de Vicarello, anciennes Eaux Apollinaires, ont fourni des amas de monnaies des plus anciennes sous lesquelles il y avait aussi une grande accumulation de silex taillés.
§ 7. Herges et P* âges. — La même raison, le besoin d’eau, qui attirait les populations robenhausienncs auprès des sources, les amenait au bord des rivières. Aussi les
plaines (lu fond de nos vallées contiennent-elles de nombreuses stations, habitations et ateliers ; stations qui se sont trouvées successivement ensevelies sous l’apport des diverses inondations. Le courant d’eau, creusant ensuite le sol. taille à pic des berges, sur les tranches desquelles on revoiL les traces des anciens ateliers, des vieux foyers, des antiques demeures. La rive droite de la Seine, un peu en aval de Villeneuve-Saint-Georges, possédait une berge, signalée par M. Roujou, riche en objets de silex et en tessons de poterie grossière. Les berges de la Saône ont été, sous ce rapport, grandement étudiées par de Ferry et MM. de Mercey et Arcelin. Ce dernier paléoethnologue a même cherché à utiliser ces gisements des berges de la Saône comme chronomètre. En Italie, c’est grâce aux berges des rivières que M. Ghierici a découvert en partie des fonds de cabanes.
Les eaux des fleuves et rivières minent leurs berges et abattent successivement de grands quartiers de terrain. Les terres se délayent et sont entraînées par le courant. Les objets seuls restent dans le fond du lit. C’est ce qui fait que les dragages des cours d’eau produisent tant d objets préhistoriques.
Une autre raison qui vient se joindre à celle-ci, c’est que les objets qui tombent dans l’eau se retrouvent difficilement et sont pour ainsi dire perdus. Us restent et s accumulent ainsi sur le fond, tandis qu’à l’air libre, ils sont, en général, retrouvés par leur propriétaire ou, tout au moins, recueillis par d’autres personnes.
Dans les rivières, les points les plus riches en objets préhistoriques sont les passages à gué, soit que, menacé par le courant, on ait jeté à l’eau tout ce qui embarrassait, soit qu’on ait fait volontairement dts sacrifices à la divinité •les eaux pour se la rendre propice. Ainsi dans les dragages de la Seine, en amont de Paris, le pas de Grigny
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(Scine-et-Oise), qui était un ancien gué, a donné énormément d’objets.
Les silex des fleuves se distinguent souvent par un poli particulier qui ressemble à un vernis, tant il est lisse et brillant. Ce poli est le produit du frottement du sable sur la pierre. Les silex du désert sur lesquels le vent fait passer aussi beaucoup de sable ont fréquemment un poli analogue. Les objets provenant des fleuves et des lacs sont aussi habituellement caractérisés par un enduit tufeux, dépôt calcaire blanchâtre que les dragueurs de la Seine appellent calcin.
Les bords de la mer ont également été très habités à l’époque robenhausienne, par suite du supplément de nourriture que fournit la pèche et surtout la récolte des crabes et des coquilles. Aussi les habitations et les ateliers de taille se sont-ils échelonnés volontiers sur les falaises. La mer battant le pied des falaises en fait choir successivement de grands quartier». Les silex taillés sont ainsi amenés sur la grève. Les vagues en les prenant et reprenant les usent peu à peu et finissent par les réduire à l’état de galets roulés. Cette action peut très bien s’observer aux environs de Boulogne (Pas-de-Calais), et au Portrieux, à Saint- Quay (Côtes-du-Nord).
§8. Kjoekkenmoeddings. — Les gisements les plus intéressants des bords de la mer sont ceux que les Danois ont appelés kj oekkenmoeddings , ce qui veut dire : rejets de cuisine. Ce sont les stations de populations qui vivaient surloul de mollusques marins ; aussi, les coquilles de ces mollusques sont-elles entassées dans ces stations par milliers et forment des monticules ou des bourrelets se développant le long des côtes. Au milieu des coquilles on rencontre des foyers avec cendres et charbon, des os d’animaux brisés et des débris divers d’industrie humaine : objets en pierre, instruments en os et tessons de poterie plus ou moins grossière.
Ces stations côtières sont très fréquentes en Danemark. Elles y ont été étudiées avec le plus grand soin, à partir de 1850, par Forchhammer et MM. Steenstrup et Worsaæ. La hauteur ou épaisseur des amas varie généralement de 1 mètre à lm,50 et atteint parfois 3 mètres. Leui longueur va jusqua 300 mètres et leur largeur jusqu’à 60,° mais elle est généralement très irrégulière. On n’observe pas de stratification dans le dépôt, à moins qu il n’ait été atteint et remanié par les vagues, ce qui parfois a eu lieu. Les coquilles dans l’ordre de leur abondance sont :
L’huître, Ostrea edulis -,
La carde ou buccarde, C Qi-diinn edule,
La moule, Mytilus edulis ;
La littorine, Littorina littorea.
L’huître n’existe plus à l’état vivant dans la plupart des parages où se développent les kjoekkenmoeddings les plus considérables. Les cardes et les littorines vivantes de la Baltique sont aussi moins vigoureuses et moins grandes que celles des temps préhistoriques. En fait d os, il n y a que des débris d’animaux sauvages, surtout le cerf, le chevreuil et le sanglier. Aucun vestige d’agriculture, pas même d’animaux domestiques, si ce n est le chien. Les silex sont d’un travail rudimentaire; la forme la plus abondante de beaucoup est le tranchet {Musée préhistorique, pl. XXXIX). Les haches sont représentées par des ébauches grossières, le poli est extrêmement rare, presque exceptionnel. On a conclu de tous ces caractères que les kjoekkenmoeddings du Danemark remontaient à la paitie la j ) 1 u s ancienne de 1 époque robenhausienne. Quelques peisonnes pourtant prétendent que c’est tout simplement le campement de populations plus misérables et plus arriérées.
Des kjoekkenmoeddings ont été signalés un peu paitout : sur les côtes de la Scanie (Suède) ; dans deux petites
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îles au fond de l’estuaire de la baie de Cork (Irlande); en France, à Wissant (Pas-de-Calais), à Saint-Valéry (Somme), à Saint- Georges -de- Didonne (Charente-Inférieure), à Ilyères (Var) ; à Cagliari (Sardaigne), la prétendue plage soulevée, signalée par de La Marmora, avec coquilles et débris de poterie, ne serait qu'un kjoekkenmoedding ; en Portugal, à Mugem et à Cabeco d’Arruda; à Omori, près de ïokio (Japon) ; au Brésil, le long des côtes basses, ils sont désignés sous le nom de sambaquis ; à Cuba; sur divers points des Etats-Unis, nommés shell-heaps, composés de diverses coquilles, mais parmi lesquelles l’huître abonde toujours. En s’éloigant de la mer, on trouve même, au bord des lleuves, entre autres dans la Floride, de ces shellheaps, composés de coquilles d’eau douce.
Tous les kjoekkenmoeddings sont-ils de la même époque. Certainement non. Ils en est qui doivent être bien plus récents que ceux du Danemark. Ainsi, les poteries qui abondent dans le dépôt d’Omori, sont très variées et déjà très perfectionnées. Dans le Musée préhistorique, nous en avons figuré une, n° 1247, qui est ornée d’un swaslica ondulé. Cook signale les amas de coquilles formés par les Australiens, et lesFuégiens de nos jours entassent encore les coquilles auprès de leurs stations.
Les sambaquis du Brésil diffèrent aussi des kjoekkcnmoeddings danois en ce que le dépôt est stratifié et que les lits de coquilles sont parfois séparés par des dépôts terreux. Pourtant, les coquilles décos sambaquis, exploitées en grand pour faire de la chaux, se trouvent mêlées à des foyers, des cendres, des charbons, des fruits carbonisés, des ossements et des instruments en pierre. Les coquilles d'huîtres sont les plus abondantes, aussi a-t-on parfois donné au dépôt le nom d 'ostreiras.
Les kjoekkenmoeddings de Portugal et du Brésil contiennent des sépultures. Le squelette est toujours replié.
Il arrive au Brésil, ainsi que dans la Floride, que les os humains, au lieu d’être groupés comme dans une sépulture, sont dispersés et disséminés. On en a conclu que c’était une preuve d’anthropophagie. N’est-ce pas tout simplement un effet de remaniement?
§ 9. Abris et grottes. — Pendant l’époque robenhausienne les grottes et abris ont continué à être recherchés par l’homme. Beaucoup ont été transformés en cavernes funéraires, beaucoup aussi ont servi de refuge et d habitation. C’est ce qui fait que presque tous les dépôts magdaléniens et plus anciens des grottes sont recouverts d'une couche archéologique contenant d’abondants tessons de poterie, associés à des instruments en os et des objets en pierre, parmi lesquels on remarque des pointes de flèche à barbelures et pédoncules, et des haches polies.
Il est même des abris et surtout des grottes qui, en fait d’archéologie, ne renferment que des traces de 1 habitation robenhausienne. C’est ainsi que les abris du Groq- Marin, forêt de Fontainebleau , à Montigny-sur-Loing (Seine-et-Marne), ne contiennent que des silex robenhausiens, des débris de poterie et des os d’animaux actuels, surtout de cerf.
Parmi les grottes, refuge ou habitation, n’ayant fourni comme pierre que du robenhausien , on peut citer: deux ou trois grottes, à Buthiers (Seine-et-Marne), formées par des accumulations de grès de Fontainebleau ; la grotte abri de Montauban, à Bagnères-de-Luchon (Haute- Garonne) ; la grotte de laMagdeleine, à Mireval (Hérault); celles de Dieuregard et du Salpêtre, à Sauve (Gard) ; du Salpêtre, à Pompignan (Gard) ; la grotte ou Baume de Louoï, à Vallon (Ardèche), d’où M. Ollier de Marichard a extrait tout un mobilier analogue à celui des palafittes; enfin, celle de Saint-Moré (Yonne).
L’ Il al ie a aussi fourni plusieurs grottes dont le con-
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tenu se rapporte en toutou en partie au robenhausien .
§ 10. Sépultures. — L’habitude d’enterrer les morts, avec beaucoup de respect, a commencé avec le robenhausien. Le corps était habituellement accompagné d’un mobilier funéraire composé d’objets ayant appartenu au défunt. Grâce à cet usage religieux, nous trouvons, dans les sépultures, des poteries entières, si rares dans les autres modes de gisements; des instruments en pierre, des parures en coquilles, etc., objets ordinaires si le mort était pauvre, objets de grand luxe s’il était riche et puissant. Ce sont incontestablement les sépultures qui nous fournissent les plus beaux objets et les plus intacts. Pourtant déjà, dans ces temps reculés, on transigeait avec les principes religieux et l’on ne craignait pas de frauder le mort. Souvent, au lieu d'un bel et bon objet, on plaçait à côté de lui une pièce détériorée et en mauvais état. L'bommc a toujours été le même, et, bien que certains auteurs aient prétendu que la religiosité est la caractéristique essentielle de l’humanité, il y a eu de tout temps des individus qui manquaient d’esprit religieux.
Un chapitre spécial étant consacré aux divers modes de sépultures de l’époque robenhausienne, je n’ai pas à m’en occuper davantage ici.
§ 11. Cachettes et objets disséminés. — Un autre mode de gisement qui fournit de beaux objets, c’est ce qu'on appelle les cachettes. De tous temps, certaines personnes ont enfoui et caché leur trésor pour le soustraire aux voleurs et au pillage. Souvent elles ont été empêchées de le reprendre; alors ce trésor apu parvenir jusqu’à nous. Nous en avons déjà vu un exemple remarquable dans la découverte solutréenne de Volgu (p. 5GÜ). Le robenhausien nous en fournit un certain nombre. ,
M. Michel Hardy raconte que vers 1850, en exploitant une balaslière dans l’emplacement occupé par le proion-
gement du cimetière de Janval, à Dieppe (Seine-Inférieure), on découvrit une sorte de poche soigneusement enduite d’argile sur les côtés, renfermant une trentaine d’instruments en silex.
Au commencement de 1875, des ouvriers, en détournant le chemin de Lille cà Marquette (Nord), ont trouvé un vase en poterie, haut de 20 centimètres, dont le diamètre, au sommet, était également de 20 centimètres. Ce vase contenait cinq haches polies en silex. Ce tait d instruments en silex renfermés avec soin dans une poterie a été plusieurs fois signalé. Le vase a été brisé par les ouvriers. C’est malheureusement ce qui arrive d’ordinaire.
Comme on cache ce que l’on a de plus précieux, les cachettes fournissent des objets de choix.
Il ne nous reste plus qu’à parler des objets disséminés. Ce sont des objets en bon état perdus et plus fréquemment encore des objets hors de service jetés un peu paitout, dès qu’ils ne valaient plus rien. Les objets disséminés peuvent se trouver n’importe où. Pourtant, ils sont surtout abondants dans les terrains qu on défriche, landes ou forêts. Dans les champs cultivés depuis longtemps, ils ont été en grande partie recueillis, ou bien détruits par le choc des outils. Les défrichements au contraire, surtout ceux des forêts, qui nécessitent un profond défoncement, mettent en évidence tout ce qui se trouvait enfoui dans le sol. C'est ce qui a fait dire, par Fillon, que les haches polies se rencontrent surtout sur la lisière des forêts. C’est que cette lisière est successivement reculée et resserrée par le défrichement.
§ 12. Dispersion du robenliausien . — L industrie robenhausienne, qui a précédé dans les temps actuels toutes les autres industries, se trouve disséminée partout. Pour citer toutes les localités où elle a été reconnue, il faudrait parcourir le monde entier, dans les deux hemi-
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sphères. Nous nous contenterons de montrer qu’elle a précédé toutes les civilisations.
Les publications de M. Scarabelli, de Gastaldi et du Bullettino tli paletnologia ltaliana de MM. Gbierici, Pigorini et Strobel, établissent que l’industrie robenhausienne s’est largement développée en Italie et s’y est longuement maintenue, bien antérieurement aux civilisations étrusque et romaine. Les recherches de Finlay montrent qu’il en a été de même en Grèce. Les nombreux silex taillés de la Palestine et du Sinaï, ainsi que les haches polies rapportées d’Arménie par M. Chantre, prouvent que le robenhausien a précédé Tubalcain, qui forgeait le fer et l’airain presque du temps d’Adam, c’est dire qu’il remonte plus haut que la création du monde biblique. La belle civilisation égyptienne, qui existait quatre ou cinq mille ans avant notre ère, a aussi été précédée d’une époque robenhausienne, comme le prouvent les découvertes de silex travaillés et de haches polies. Il en est de même des civilisations, plus ou moins fantaisistement antiques, de l’extrême Orient. Partout, dans l’Assyrie, dans l'Inde, dans la Chine, on retrouve les instruments en pierre précédant le grand essor de la civilisation.
On peut faire la même observation dans le centre de l’Afrique, où habitent des populations sauvages connaissant le fer. Des haches en pierre polie ont été rencontrées chez elles, ce qui démontre qu’une industrie robenhausienne a dû, là comme ailleurs , précéder la connaissance des métaux.
L’industrie robenhausienne, bien qu’ayant des caractères communs sur tous les points du globe, n’est pas synchronique partout. C’est une industrie analogue, mais pas contemporaine. Partout elle a précédé les autres, mais elle s’est maintenue plus ou moins longtemps, suivant les pays. Ainsi, tandis qu’elle avait déjà disparu d’Egypte,
archéologie préhistorique.
même depuis assez longtemps, quatre mille ans avant notre ère, elle existait probablement encore en France deux mille ans plus tard, et nous l'avons vue descendre jusqu’à nos jours chez, certaines peuplades sauvages.
En France, sa durée a été fort longue, la preuve en est dans la quantité de débris qu’elle a laissés. Ainsi, dans le bassin de la Seine, M. Philippe Salmon cite 1080 découvertes robenhausiennes, sans compter 33 polissoirs, dans le seul département de l’Aube, et il mentionne 100 communes de l’Yonne ayant fourni des haches polies, 5 des polissoirs . Bassin de la Garonne , M. Daleau a relevé 131 trouvailles robenhausiennes disséminées dans tout le département de la Gironde. Bassin du Rhône, bien moins riche en silex, M. Arcclin énumère, dans le seul département de Saône-et-Loire, 37 stations robenhausiennes, se trouvant sur 36 communes. Il y a en outre 22 stations de la pierre d’époque indéterminée, qui doivent, en grande partie, se rapporter au robenhausien.
Les différences de dates et la diversité de mœurs et d’habitudes de populations éloignées les unes des autres ont, suivant les régions, modifié 1 industrie robenhausienne. Mais ce qui l'a diversifiée encore plus, c’est la variété des matériaux employés. Il en résulte qu’on peut reconnaître les produits de tel ou tel pays. Ainsi le Japon a des scies en silex avec un petit appendice à la partie supérieure ( Musée préhistorique , n° 287); le Cambodge, des herminettes polies en pierre avec une soie rectangulaire {Musée, n° 465). Ce sont là des types spéciaux caractéristiques, mais parfois c’est l’ensemble de 1 industrie qui a un aspect tout particulier. Telle est 1 industrie delà Grèce avec son absence de silex, ses petits objets en obsidienne nuageuse et ses haches polies, épaisses et trapues, en roches granitoïdes.
Des industries robenhausiennes très distinctes peuvent
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être fort rapprochées les unes des autres. C’est ce qui s’observe dans le nord de l’Europe. Il y a en Scandinavie, grâce à la présence d’un excellent silex et à une aptitude toute particulière dans l’art de le tailler, une magnifique industrie robenhausienne. Le centre de cette remarquable industrie est le Danemark et la Scanie. De là, elle déborde un peu sur la Norwège, la Suède moyenne, les parties voisines de la Russie. Vers le sud, elle descend dans le nord du Hanovre, le Mecklembourg, la Prusse occidentale, la Poméranie et atteint même la Pologne, la Moravie et la Gallicie. Au nord de cette industrie, en Laponie et en Finlande, il y en a une autre toute différente, comme roches employées, comme formes et même probablement comme date. Ces deux industries juxtaposées s’enchevêtrent très peu. Les paléoethnologues du Nord se sont emparés du fait pour proposer la création de provinces spéciales. L’idée est très bonne, peut rendre des services à la science, mais à une condition : c’est qu’on n’accorde pas trop d'importance à ces divisions. Les provinces Scandinaves et lapones sont bien tranchées, c'est le type le plus net. Il n’en est plus de même ailleurs. C’est la plus grande objection contre la création des provinces.