‹ Le préhistoriqueChapitre 69 sur 78 · ROBENIIAUSIEN. — OS ET BOIS · texte numérisé non relu

ROBENIIAUSIEN. — OS ET BOIS

$ 1. Instruments en «s. — Les instruments en os, outils et armes, ont apparu et se sont développés avec le magdalénien. Leur cmploia continué à se généraliser avec le robcnliausicn. Les instruments en os de cette époque, sont :

1° Quelques rares omoplates taillées en biseau et, par conséquent, formant tranchant à l’extrémité la plus large ou sur le côté h; plus développé et le plus mince. C’étaient des tranchets et des couteaux.

2° De très nombreux poinçons plus ou moins épais à la hase, et taillés en pointe très aiguë au sommet. Ces poinçons, affûtés au moyen du polissage, sont parfois de simples éclats d’os épais et solides ( Musée préhistorique,

n° 318). Le plus souvent ils sont fabriqués avec des canons de chèvres ou de moutons refendus ; dans ce cas on reconnaît à la base soit une partie du plat du haut de l’os (n° 313), soit, plus fréquemment encore, une des poulies du bas (nos 311 à 313). Ces canons refendus sont la règle dans les palafittes suisses. Dans le midi de la France, très fréquemment l’os n’est pas refendu et alors la pointe est en biseau. Quelques cubitus de chèvres et de moutons ont aussi été affûtés en poinçon dans leur partie inférieure la plus mince (n° 316).

3° Avec des cubitus, des canons, des tibias et autres os longs de ruminants plus volumineux que la chèvre, comme le cerf et surtout le bœuf, on a fait des pointes plus fortes, plus larges et plus longues (Musée, nos 141, 142). Ces pointes ont pu servir d’armes. Le poinçon, dans ce cas, a passé à l’état de poignard.

4° De grandes, fortes et longues esquilles d’os, polies avec soin, peuvent aussi être considérées comme pointes de lance ou de javelots. Elles sont disséminées un peu partout.

Ces pointes sont parfois garnies sur un côté d’un certain nombre de crans ou barbelures superposées (n° 364). Il en est, en Danemark, qui portent une rainure, à peu près dans toute leur longueur, de chaque côté. De petites lamelles de silex, formant des barbelures, sont fixées dans les creux de ces rainures (n° 363). D’autres pointes, au lieu d’être arrondies au pourtour, sont à trois faces planes longitudinales (n° 362).

5° Viennent ensuite les pointes de flèche, souvent assez difficiles à bien distinguer des poinçons. Tandis que ceuxci ont la base élargie pour faciliter l’empoignure, les pointes de flèche, au contraire, s’amincissent aux deux bouts. Si la pointe de flèche est droite, l’amincissement se pratique pour qu’elle puisse entrer dans le manche en bois

HOMME ACTUEL

[Musée, n° 404). Mais souvent la pointe est légèrement recourbée à la base qui alors est aussi aiguë que le sommet. Dans ce cas, le bois de la flèche se fixait sur le milieu de la pointe, et la base, s’écartant en dehors de l’axe, formait une barbelure fort meurtrière (nos405, 408).

Go 11 y a eu exceptionnellement de petites haches ou herminettes, faites avec des morceaux épais et durs de gros os de bœuf parfaitement polis (Musée, n° 457). On cite, aussi exceptionnellement, des gaines de hache à trou en gros os de bœuf ou de cheval.

7° Après les poinçons, les instruments en os les plus communs sont les ciseaux, mais au lieu d’être fabriqués avec des os de petits ruminants, ils sont presque tous faits avec des éclats des parties les plus solides des os de grands animaux. Ce sont des fragments de canons et plus habituellement encore d’os longs, dont l’extrémité la plus mince est aiguisée en tranchant (Musée, nos 489 à 494).

8° Lissoirs, éclats analogues aux précédents, mais qui au lieu d’être aiguisés en tranchant rectiligne à une extrémité, sont longuement et largement polis à l’un de leurs bouts et d’un seul côté (Musée, n° 495).

9° Les palatittcs fournissent de très nombreuses côtes de cerf et surtout de bœuf, qui sont dédoublées, afin de donner des lames dont une des extrémités est aiguisée en pointe aiguë. Ces lames peuvent évidemment servir de poinçons. Telle n’était pourtant pas leur destination particulière. Réunies les unes contre les autres et solidement liées ensemble, elles constituaient des peignes à carder ou peigner le lin. Quelques-uns de ces peignes ont été recueillis encore intacts ( Musée préhistorique, n°* 601, 002).

10“ En Danemark, on a trouvé de véritables peignes pour les cheveux faits en plaquettes d’os. Ils ressemblent à des fourchettes à plusieurs dents (n° 01 1).

§ 2. Cornes de cervidés. — La partie réellement cornée des cornes d’animaux ne se conserve pas. Non seulement la paléoethnologie, mais même l’archéologie n’en signale pas. En fait d’objets anciens en corne, on n’en connaît qu’en corne ou bois de cervidés. Pendant le magdalénien, c’était surtout des objets en corne de renne, pendant le robenhausien, c’est presque exclusivement des objets en corne de cerf.

Ces objets sont :

Des andouillers, dont l’extrémité a été polie et même taillée en forme de poinçon [Musée préhistorique, n°318). La pointe est beaucoup moins fine et moins vive que celle des poinçons en os.

Il y a aussi quelques andouillers taillés à la pointe en ciseau [Musée, n° 487).

Les harpons, qu’ils soient à un seul crochet au sommet avec pointe à la base (n° 596), ou bien qu’ils aient de grandes barbelures successives des deux côtés avec base arrondie garnie d’un trou, sont généralement en corne de cerf.

Les cornes de cerf ont aussi été très employées pour la confection des instruments agricoles. On s’en est servi pour faire des pics et des pioches. Le pic le plus simple est un fragment le plus long possible de la ramure, gardant son andouiller basilaire. Le tronçon de ramure forme le manche et l’andouiller le pic [Musée, n° 585). Les pioches sont faites avec des sommets de corne. Deux andouillers extrêmes, se bifurquant, constituent les deux pointes de la pioche; un trou percé au milieu de l’empaumurc ou élargissement de la corne sert à passer le manche. Parfois, au-delà de ce trou, la corne coupée obliquement forme pic (n° 58b).

A l’autre extrémité de la corne, la base, partie la plus compacte, creusée avec soin, constitue dans certains cas de

HOMME ACTUEL

petits vases assez élégants. Ils sont percés d’un trou sur le côté pour être suspendus. Ce sont très probablement des lampes ( Musée , n° 346).

Cette même base a aussi été utilisée à faire des sommets de casse-têtes. Parfois ces casse-tête sont cylindriques et allongés, percés, au milieu, d’un trou pour le manche, trou rectangulaire ou en ovale allongé, afin que le manche ne tourne pas dans l’ouverture (n°3ü8). Le côté de la couronne, fort dur, est simplement taillé et arrondi. Du côté opposé, où existe de la partie spongieuse, il y a un noyau d’andoni lier compact solidement enfoncé dans le milieu de la coupe. Et même, si ce noyau n’est pas assez compact, on y introduit encore une pointe d’andouiller (n° 432). Le bout de l’arme se trouve ainsi formé de trois morceaux de corne, introduits l’un dans l’autre. Parfois le casse-tête, au lieu d’être allongé, est digité. Pour cela, on prend une base de corne d’un vieil animal ayant deux andouillers basilaires, et le trou se trouve au milieu de quatre digitations (n° 509).

L’emploi le plus habituel des cornes de cerf a été la confection des gaines de hache, dont j’ai parlé page 544, et la fabrication des manches d’outils divers, soit en pierre, soit en os (n° 487).

§ 3. Dents. — Certaines dents ont aussi été employées pour confectionner des instruments. En première ligne, il faut citer les canines ou défenses inférieures de sangliers et de cochons. En les refendant, on a obtenu de belles lames arquées, qui, polies et affûtées sur le bord, ont donné de grandes et bonnes lames de couteau.

Ces mêmes défenses, façonnées en pointe par le frottement, ont fourni des poinçons {Musée, il0 317).

Enfin des incisives ont servi à faire de petits tranchets. On peut citer les incisives de bœuf et de cocbon, qui, emmanchées dans des rondelles assez longues de corne de

cerf et aiguisées obliquement, ont donné des ciseaux ou tranchets de bonne qualité.

Les incisives de castor, si tranchantes par elles-mêmes, ont été employées de la même manière. Seulement, au lieu de les emmancher artificiellement, on prenait tout simplement une demi-mâchoire inférieure de castor et Ton se servait de l’incisive qui s’y trouvait insérée. On n’avait plus qu’à l’aiguiser, quand le tranchant s’émoussait ou s’ébréchait.

§ 4. Bois. — Les objets en bois sont beaucoup plus rares que les autres. Ce n’est pas qu’on en ait moins employé, mais le bois se détruit très facilement et s’est rarement trouvé dans d’assez bonnes conditions pour parvenir jusqu’à nous. En outre, le bois conservé est généralement très mou et d’un aspect peu attrayant, de sorte que bien des chercheurs ne s’en préoccupent pas et le laissent se détruire.

Les objets en bois recueillis sont tout d’abord des manches d’outils [Musée préhistorique, n°334) et des manches de haches (n°* 439 à 444).

Puis divers instruments : poignards (n° 343), arcs (n° 410), haches ou ciseaux (n° 458), massues à tête arrondie et à tète cylindrique annelée(n03 490, 497), baquets (n° 547), vases, écuclles, grandes cuillères ou poches à manche (n° 548), crochets ou porte-manteaux (u° 595), agitateurs pour faire le beurre, en sapin (n° 594), flotteurs de filets, en écorce de pin (n° 599), objets en vannerie, nattes (n° 609), bateaux, etc.

Ce qui est le plus commun, ce sont les débris de constructions. Les pilotis abondent. Si la partie qui était dans l'eau libre et surtout à l’air est détruite, celle qui est dans le fond des lacs ou qui se trouve emprisonnée dans la tourbe est parfaitement conservée. Si bien conservée qu’on a exploité ces pilotis comme bois d’ébénisterie. Ils ser-

HOMME ACTUEL

vent surtout à faire des imitations de vieux meubles.

Les tourbières ont aussi livré des portions entières de planchers qui soutenaient les habitations au-dessus de l’eau. On a pu ainsi se rendre compte de certains travaux de charpente et de menuiserie. Ce sont les dépôts de vase et les formations tourbeuses qui ont préservé ces bois de la destruction.

^ o. Conservation des objets en bois. — Malheureusement les objets en bois, sortis du milieu qui les a sauvés, se détériorent bien vite et même se perdent complètement. 11 serait pourtant très utile et fort curieux de les conserver.

Le meilleur moyen consiste à les maintenir dans l’eau. Ce procédé, bon pour les petites pièces, devient impraticable pour les grandes. En outre, l’eau présente un grand inconvénient. Elle gèle à zéro et, en gelant, augmente de volume, de sorte que si l’objet n’est pas maintenu d’une manière constante à une température au-dessus de zéro, l’eau, en gelant, ou brise le récipient ou, comprimant l’objet, le déforme. On peut jusqu’à un certain point remédier à cet inconvénient en remplaçant l’eau par un autre liquide : la glycérine, qui n’est pas chère, ne s’évapore pas comme l’alcool et ne gèle qu’à une température assez basse, mais avoir une collection dans des bocaux, c’est bien gênant et bien fragile pour les particuliers comme pour les musées. 11 vaut mieux avoir recours à d’autres procédés.

La première chose à faire lorsqu’on découvre des objets en bois, c’est de les mouler. Si le moulage ne peut pas se faire immédiatement, on maintient l’objet soit dans un récipient plein d’eau, soit, ce qui est plus commode et bien suffisant, dans de la mousse très humide. Le moulage s’opère sans altérer eu rien l’original. On obtient ainsi un facsimile des plus exact; c’est l’important pour la science. On peut après cela laisser sécher lentement et

à l’ombre la pièce originale. Elle devient ce qu’elle peut. Ce n’est plus qu’une pièce à conviction, un simple témoin qu’on place à côté du moulage.

Pourtant, malgré le moulage, il est des personnes qui veulent conserver l’original le plus intact possible, sans s’embarrasser d’un bocal. Pour atteindre ce but, on a essayé deux procédés qui, ni l’un ni l’autre, ne donnent des résultats complètement satisfaisants. Les uns font bouillir l’objet dans du blanc de baleine, afin de remplacer autant que possible l’eau interposée par le corps gras, puis on laisse refroidir lentement et sécher. Mais ce procédé n’est pas très satisfaisant, outre qu’il donne à la pièce un aspect et un toucher gras fort désagréable. Les autres emploient le verre fusible ou bisilicate de potasse. On en imprègne autant que possible l’objet et on laisse sécher ; l’objet alors devient vitreux et brillant. Ce procédé vaut mieux que le précédent sans être bien bon.

Page 1