DÉFINITION ET CLASSIFICATIONS
La paléoetlinologie est l’étude de l’origine et du développement de l’humanité avant les documents historiques.
En d’autres termes :
La paléoethnologie est l’histoire de l’homme avant les documents écrits, les monuments figurés, voire même les traditions et les légendes.
Cette science se divise en trois grandes parties :
Elude de l’homme tertiaire ou origine de l'humanité;
Etude de l’homme quaternaire, développement de l’humanité;
Etude de l’homme actuel, premiers horizons ou plus exactement prolégomènes de l’histoire proprement dite.
Telle est la division du présent volume.
Cette classification sommaire, excellente dans son ensemble, ne suffit pourtant pas pour diriger d'une manière régulière les études et surtout pour grouper, dans un ordre commode et logique, toutes les observations, toutes les découvertes. Il en faut une plus complète. Les savants Scandinaves, comme nous l’avons vu, prenant pour caractéristique la matière principale servant à fabriquer armes et ustensiles usuels, ont divisé les temps préhistoriques en trois âges :
L’àge de la pierre, le premier, le plus ancien; âge pendant lequel l’emploi des métaux était inconnu;
L’àge du bronze;
EL f âge du fer, qui s’est perpétué jusqu’à nous. Le fer n’a été connu, et par conséquent employé, que longtemps après le bronze.
L’existence de ces trois âges successifs, parfaitement
constatée en Danemark et en Suède, se confirme de plus en plus dans toutes les régions de l’Europe et même s’étend bien au delà. Seulement, la science s’est tellement agrandie, le nombre des faits nouveaux s’est tellement accru, que ces trois divisions ne suffisent plus. 11 faut forcément multiplier les coupures. On en est arrivé à diviser les âges, au moins les deux plus longs, celui du fer et surtout celui de la pierre, en diverses périodes.
Pour l 'âge du fer les périodes ont pris des noms historiques, le fer ayant apparu à l’aurore de histoire, dans les temps protohistoriques, la chose a été facile.
Il n’en a pas été de même pour l’âge de la pierre. Cet âge, d’une durée immense, bien plus long que les deux autres ensemble, touche tout à la fois aux temps actuels et aux temps géologiques. 11 y avait là une coupure tout indiquée. Elle a été établie par les savants français, qui ont donné à la première signalée, celle des temps actuels, le nom de période de la pierre polie, et à la seconde, la plus ancienne, celui de période de la pierre taillée. Ils ont pris pour caractéristique l’état des instruments en pierre, qui sont toujours simplement taillés pendant les temps géologiques, et qui se trouvent souvent polis pendant la période de la pierre des temps actuels.
Je dis avec intention : souvent polis, parce que les armes et instruments en pierre de la période de la pierre polie sontloin, bien loin, d’avoir tous subi le polissage. Il y en a même infiniment plus de simplement taillés que de polis. De ce qu’on trouve un objet en pierre taillé, il ne faut donc pas en conclure qu'il appartient aux temps géologiques.
Pour prévenir cette fausse interprétation et aussi pour simplifier la nomenclature, les savants anglais, adoptant la division française, ont proposé de caractériser les deux périodes par leur ancienneté relative, nommant la pierre
polie néolithique (véoç-X(Ooç), nouvelle pierre, et la pierre taillée, paléolithique (icaXaioç-Xiôoç), ancienne pierre. Ce sont ces deux termes, qui, maintenant, sont généralement employés.
A ces deux périodes, j’en ai joint une troisième, divisant les temps géologiques en deux. Laissant le mot paléolithique spécialement pour le quaternaire, j’ai appliqué la dénomination de période éoiithique (ëio-XtOoç) , origine de la pierre, pour tout ce qui se rapporte au tertiaire. Partant de ce qui a été observé à Thenay, j’avais mis comme synonymie, « pierre étonnée par le feu», mais les découvertes dcM. Ribeiro, en Portugal, montrent qu’il y avait aussi, déjà pendant le tertiaire, des pierres éclatées.
La science, faisant de rapides progrès, les périodes sesont bientôt trouvées elles-mêmes trop grandes, trop larges, il a fallu les subdiviser en époques. Ainsi, dans le paléolithique, j’ai fait quatre époques. Chargé de classer le préhistorique de l’Exposition universelle de Paris, en 1867, et d’organiser les riches collections paléolithiques du musée de Saint-Germain, j’ai pu apprécier les rapports et les différences. Je suis ensuite allé vérifier sur place mes observations de cabinet, ce qui m’a permis d’arriver à des résultats certains. J’ai établi ainsi quatre coupes dans le paléolithique. Ces coupes sont basées sur le développement de l’industrie. Dumomentoù lapaléoethnologie s’occupe de l’homme, il est tout naturel qu elle se serve des œuvres de l’homme pour caractériser ses divisions et ses coupes. C'est tellement naturel, que c’est ce qui a eu lieu partout. Ainsi, les Scandinaves se sont servis de l’industrie pour baser leurs âges de la pierre, du bronze et du fer. Les Français, pour leurs périodes de la pierre taillée et de la pierre polie; les Anglais, pour leur paléolithique et leur néolithique. Je n’ai donc fait que suivre le courant naturel et général. Un autre avantage, c’est que l’industrie humaine,
plus variable et plus rapidement renouvable que les êtres organisés ou les conditions atmosphériques, offre par cela même des caractéristiques plus tranchées.
Edouard Lartet, le savant et habile explorateur des cavernes, partant de la paléontologie, a cherché à diviser le paléolithique en trois époques caractérisées par la faune. Soit en allant du plus ancien au plus récent: Epoque du grand ours,
Epoque du mammouth,
Epoque du renne.
Mais grand ours, mammouth et renne ont vécu ensemble. Les époques seraient donc tout simplement caractérisées par une plus ou moins grande abondance, ce qui équivaut à peu près à dire: ne seraient pas caractérisées du tout. En outre, la faune se trouve contenir plus ou moins telle espèce suivant la nature des gisements. Ainsi, le mammouth, habitant des plaines, rare dans les cavernes, est très abondant dans les alluvions. Le grand ours, au contraire, habitant des rochers, est extrêmement nombreux dans les cavernes et tout à fait exceptionnel dans les alluvions. Mais alluvions et cavernes contiennent également des restes de l’industrie humaine. Quant au renne, il est rare partout dans les gisements naturels; il n’abonde que dans les stations humaines. Il a été apporté et accumulé par l’homme, qui en faisait sa nourriture de prédilection et qui utilisait diversement ses dépouilles. Il peut donc, à juste titre, être considéré comme un produit d’industrie. Ce sont ces diverses considérations qui m’ont fait repousser la caractéristique des époques par la faune et adopter celle par l’industrie, de beaucoup la plus facile à discerner et la plus précise (1).
(1) De Mortillet, Essai dune classification des cavernes dans les Matériaux pour l'histoire de l'Homme, 1869.— Classification des diverses périodes de l'ùge de la pierre dans Compte rendu du cou-
Reste à expliquer la terminologie. Suivant une excellente méthode adoptée en géologie, - il ne faut pas oublier que la paléoethnologie découle directement de la géologie, — j'ai donné à chaque époque le nom d une locali té bien typique, parfaitement connue etétudiée ; seulement, au lieu de dire : époque de Chelles, époque du Moustier, époque de Solutré et époque de la Madeleine ; pour simplifier, en supprimant l’article, j’ai transformé en adjectif le nom de la localité, le terminant par une consonance uniforme. C’est encore là un procédé emprunté à la géologie.
Les quatre époques sont devenues époques chelléenne, moustérienne, solutréenne et magdalénienne.
Le tableau ci-joint donne une vue d’ensemble de toute la classification et dispense de plus amples développements.
Les adversaires de la paléoethnologie, comprenant qu’une bonne classification assoit la science nouvelle sur une base des plus solides, contestent la possibilité d en établir une. Suivant eux, il n’existe pas de divisions sérieuses. Non seulement il y a des passages et des transitions entre toutes les divisions, mais encore et surtout, elles s’enchevêtrent; elles ne sont pas synchroniques dans les divers pays; elles sont plus ou moins longues suivant les régions. Tout cela est très vrai, mais les objections n’en sont pas moins sans valeur. Pour le démontrer, il suffira d’un exemple. Qu’y a-t-il de plus différent, de plus tranché, de plus facile à caractériser et à reconnaître que le jour et la nuit? Eli bien, l’argumentation des adversaires de la classification préhistorique, si elle avait quelque valeur, conduirait à établir que le jour et la nuit n’existent pas!...
grès de Bruxelles, 1873, et dans Revue d'anthropologie, 1874. — Tableau archéologique de la Gaule, 1876.
Préhistoriques. Protohistoriques. Historiques.