LES BRUNS ET LES BLONDS
races. Elle leur fait perdre souvent, avec la notion de la réalité, le respect dû à la dignité de riionime. Nous aurons l'occasion de démontrer plus tard rinanité de ce dogme étrange, dont le culte ne s'explique que par ces coups de folie collective qui s'emparent avec la même intensité des foules et de ceux qui se donnent pour ses dirigeants.
Grisés par le spectacle de certains peuples blonds aux crânes longs, à qui on attribue à tort ou à raison le mérite d'avoir guidé pendant des siècles la civilisation humaine, certains savants ont voulu ériger cette circonstance occasionnelle en une loi implacable. Et, pour ce faire, ils ont oublié ou même voulu oublier ce fait historique indiscutable que le bâton de chef de la pensée humaine a changé de mains à plusieurs reprises au cours des temps. Sans tenir le moindre compte de la forme du crâne ou de la couleur de la peau et des cheveux, nous ivons vu la royauté humaine échoir tantôt aux {éthiopiens, aux Chinois, aux Grecs et aux Romains, tantôt aux Celtes bruns ou aux Germains blonds, peuples de toutes nuances et de toute structure craniologique. Ce qui nous intéresse ici, c'est le fait qu'il n'y a plus moyen de fractionner, sous ce rapport, l'humanité. Bruns et blonds, crânes longs et larges, ~e trouvent entremêlés dans le même pays, dans la même commune, dans la même famille. Et alors, comment arriver à les différencier?
En ce qui concerne tout particulièrement la chevelure et la coloration dos yeux, rappelons l'impo-
santé enquête inaugurée par la Société anthropologique allemande, sous la direction de R. Virchow. Elle portait sur la couleur des cheveux, des yeux et de la peau, chez les enfants des deux sexes, dans les écoles allemandes. Le succès de cette entreprise a suscité quelques heureuses imitations en Belgique, en Suisse et en Autriche. L'Anthropologie a obtenu de la sorte les résultats de l'examen d'une dizaine de millions d'enfants. L'Allemagne avait procure notamment 6.758.827 élèves ; l'Autriche 2.304.501 ; la Belgique 608.698 et la Suisse 405.609. Or le chiffre des blonds s'élevait environ à un quart, sans compter la Belgique, celui des bruns à un sixième, et le reste, c'est-à-dire environ six millions sur dix, appartenait au type mixte. La « blonde Allemagne », n'accusait en somme que 31 p. 100 de blonds, 14 p. 100 de bruns, et environ 55 p. 100 du type mixte !
Mentionnons également les enquêtes du D' Beddôe, dont les résultats furent condensés dans une série de tableaux. Nous leur empruntons ces quelques chiffres significatifs: sur 1.100 montagnards écossais, qui, comme Celtes, devaient précisément être bruns, il y avait 45 p. 100 de blonds, 30 p. 100 de bruns et 25 p. 100 mixtes; sur 1.250 Viennois (race blonde germaine) 32 p. 100 blonds, 23 p. 100 bruns et 45 p. 100 mixtes.
Les essais qui furent faits en France pour dresser la statistique des blonds et des bruns y donnèrenj le même résultat. Chez nous, comme partout ailleurs,
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les bruns et les blonds se trouvent extrêmement mêlés et disséminés.
On pourrait généraliser ces nombreuses observations sous la forme de ce lieu commun, que les pays méridionaux accusent un plus grand nombre de bruns et ceux du ji:{ord plus de l)londs.