‹ Le préjugé des racesChapitre 58 sur 122 · Lûddes Zeit fur Erdkunde I · texte numérisé non relu

Lûddes Zeit fur Erdkunde I

3. Sur la taille des Parisiens. Bul. de la Soc. d'Authrop., 3" s<:rie, t. XI

4. Statistique de la Vile de Paris. Revue d'Anthrop.,2° série, I.IV.

que les descendants des Parisiens s'éteignent au bout de quelques générations. On remarque chez eux * non seulement un notable abaissement de la taille, mais aussi les signes de la scrofule ; de fréquentes déformations du rachis, des membres et du squelette de la face, notamment, de l'os maxillaire supérieur. Malgré la multiplicité et la persistance de ses recherches, cet auteur n'a jamais pu retrouver que de très rares Parisiens de la cinquième génération, mais il a soin d'ajouter que ceux-ci ne se reproduisent plus et meurent en bas âge.

Imaginons, pour un instant, la ville de Paris abandonnée à ses propres ressources d'existence au point d^ vue de la qualité de la population. Nous assisterions alors à la dégénérescence d'un peuple, qu'on ne manquerait pas de qualifier de race à part, d'autant plus que tant de qualités extérieures le distingueraient radicalement des autres Français.

Ajoutons, du reste, que les mêmes Parisiens transplantés en province arrivent facilement à reconquérir leur taille, santé et longévité.

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D'après les expériences faites par H.-V. Hœslin, dans l'Institut pathologique de Munich, de deux chiens descendant des mêmes parents, qui, au com-

1. Ghampouillon, Revue des Mémoires de Médecine militaire, t. XXII.

mencement de rexpérimentation, avaient le même poids: 3/1 et 3,2 kilogrammes, l'un, nourri richement, accusait, au bout d'un an, un poids de 29,5 kilogrammes ; l'autre, n'ayant reçu qu'une nourriture insuffisante (le tiers de celle que recevait son témoin), n'en accusait que 9,1. Quant à leur grandeur, elle était dans une proportion de 100 h 83. Les explorateurs ont constaté un phénomène analogue chez les peuples sauvages ou primitifs. Ordinairement les familles de leurs chefs, nourries à satiété, sont d'une taille supérieure à celle de leur entourage. 0. Bollinger attribue, du reste, avec raison les tailles plus élevées des nobles anglais ou allemands aux mêmes causes du bien-être, entraînant en premier lieu une nourriture plus abondante.

Les Juifs pauvres de la Roumanie ou des pays slaves ou de l'Allemagne, qui, comme on le sait, se nourrissent d'une façon tout à fait insuffisante, sont, d'ordinaire, d'une taille beaucoup plus petite que celle de leur entourage. Mais, placés dans d'autres circonstances, ils augmentent de stature. C'est ainsi que les descendants des mêmes Israélites russes, polonais, germains ou roumains, regagnent, à la deuxième génération, la stature de leurs concitoyens anglais ou français.

Or n'oublions point qu'en raison de la loi de la coordination, les autres parties de leurs corps subissent en même temps d'autres modifications, qui les assimilent, au point de vue physiologique, à leur entourage immédiat.

Le régime alimentaire agit en outre sur notre nature physiologique et les aspirations de notre âme. L'alimentation carnée plus ou moins exclusive, affirme Armand Gautier, est, plus encore que la race, un des facteurs du caractère doux ou violent de l'individu. D'après Liebig, l'irascibilité des porcs peut être excitée, en les nourrissant avec de la viande, jusqu'à les portera attaquer les hommes. Le régime végétal passe pour adoucir les mœurs et développer la passivité des humains; c'est pourquoi, sans doute, tous les fondateurs de religion le prescrivent à leurs fidèles.

La quantité d'aliments nécessaire pour soutenir la vie humaine varie selon les conditions du milieu et l'occupation. D'après M. Maurel\ l'homme des pays intertropicaux a besoin pour sa nourriture des cinq sixièmes de la ration des climats moyens, c'est-àdire, qu'il lui faut 1 gramme par kilogramme de son poids, contre 1^',2 dans les climats moyens. Cette ration devrait être augmentée pour des gens qui travaillent durement et diminuée pour des saisons chaudes. Elle dépend, en outre, de l'âge et de la santé des individus. La science de l'alimentation est devenue aujourd'hui tellement vaste et tellemeni précise, que nous renonçons à résumer ici ses enseï^ gnements complexes. Il nous suffira d'en extraira cette vérité qu'une nutrition défectueuse ou insu!

4. Voir ses curieux travaux publiés dans les Archives de la médecine navale, t. LXXXIV et LXXXV sous le titre : Influence des cli» mais et des saisons sur les dépenses de V organisme chez Vhomme.

fisante contribue à la dégénérescence physiologique des peuples et individus.

La nutrition joue un rôle capital en ce qui concerne les variations à opérer. Pour Darwin, qui s'en est occupé exclusivement au point de vue des plantes et des aninaaux, l'excès de nourriture serait la cause excitante la plus efficace. Mais on a fait la même constatation pour le genre humain.

Pour CoUignon S quelle que soit la nature du sol, qu'il soit granitique ou calcaire, plat ou accidenté, une seule chose réglera toujours les variations et ce sera la nutrition. Si celle-ci est bonne, favorisée soit par la richesse, soit par un sol suffisamment productif pour nourrir largement ceux qui l'occupent, la race, quelle qu'elle soit, sera belle et atteindra le plus complet développement compatible avec sa nature propre. Si l'on y ajoute l'action accumulatrice de la sélection, qui forcément tendra à ne laisser subsister que des individus plus ou moins chétifs, capables de vivre de peu, on peut s'attendre à trouver des races petites et comptant beaucoup de malingres et d'infirmes dans toutes les régions pauvres. Et cet auteur cite à l'appui de sa thèse de nombreuses observations faites par lui dans le Limousin, le Périgord, en Bretagne et en Normandie. Laissant de côté ce qu'il y a d'excessif dans cette évaluation du facteur nourriture, qu'il

1. Voir ses recherches approfondies sur la population française au point de vue de son recrutement pour le service militaire.

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est si difficile de détacher des autres éléments composant le milieu, rendons-nous à cette évidence que son rôle est des plus marquants.

11 suffit d'observer les peuplades africaines condamnées à la misère, qui, quoique descendant de la même racine, arrivent néanmoins à se différencier jusqu'au point de former des races des plus distinctes ; on n'a quà les comparer à leurs frères bien nourris , pour saisir l'importance de la nourriture dans l'histoire de l'évolution des races. -^ Les voyageurs en Australie insistent presque tous sur ce fait que les individus de petite taille y sont ordinairement mal nourris et mal vêtus, tandis que les hautes tailles sont fréquentes parmi les indigènes de Fintérieur jouissant d'une certaine aisance. On a essayé de contester l'influence de l'alimentation sur les espèces. On a cru notamment pouvoir la limiter aux individus sans lui attribuer la possibilité de modifier les races. Chose inconcevable et inadmissible, car, comme le dit justement Magne, si l'on admet que le mâle et la femelle ont été modifiés dans leur conformation et leur tempérament, ils doivent naturellement donner naissance à des individus qui leur ressemblent.

L'expérience a, du reste, démontré que les caractères produits par le régime alimentaire se transmettent par la génération.

Collignon, cité plus haut, démontre, par deî preuves abondantes empruntées au département di Gard, combien la nourriture y influence la taille dej

LE MILIEU 2i3

recrues ^ . Les habitants des plaines plus ou moins fertiles accusent, en moyenne, 1^^,640 ; les montagnes l'°,585. Les communes marécageuses fournissent la plus forte proportion des réformés pour maladies (217 sur i OOOJ. Dans trois cantons : Plens, Linvallon et Quentin , dont les terrains argileux, humides, stériles, donnent peu de blé, les habitants très pauvres, ont une taille de 1"^,544. Il en est de même dans l'arrondissement de Mont-de-Marsan, où les hommes se nourrissent misérablement de Vescoion (farine de millet bouillie).

Le milieu ne va-t-il pas jusqu'à impressionner lu conformation craniologique? Durand (de Gros) cite ce fait singulier que la brachycéphalie est générale dans la population rurale des arrondissements de Rodez, d'Espalion et de Milhau. Mais il en est tout autrement de la population urbaine : chez celleci, les têtes sont plus grandes, quelquefois très grandes, et offrent de nombi^eux exemples de dolichocéphalie frontale prononcée. Le même auteur relève en plus ce fait, non moins caractéristique, que ce type crânien, si distinct de forme et de volume de celui qui règne sans partage dans les campagnes, s'observe chez les citadins dont les parents et les grands-parents étaient de simples paysans des environs.

On ne saurait assez insister sur ces faits et nous ne croyons pas inutile d'en multiplier le nombre. Les

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