‹ Le préjugé des racesChapitre 66 sur 122 · Anthropologie dcr Natunœlher · texte numérisé non relu

Anthropologie dcr Natunœlher

quatre générations suffisent pour faire d'un mulâtre en blanc, et cinq, d'un retour ininterrompu, pour en refaire un noir.

Le peuple américain prouve par ses progrès constants, réalisés relativement en si peu de temps, les bienfaits incontestables du croisement pratiqué sur une échelle des plus vastes. Pour saisir toute l'étendue de ce mélange entre peuples, qui s'opère aux États-Unis, sous nos yeux, il suffit de prendre en considéfation la qualité de même que la provenance des émigrés qui y débarquent tous les ans. Prenons, pour sujet de comparaison, l'année 1903 \ Le nombre des immigrés, sans compter ceux du Mexique et du Canada, a atteint le chiffre de 803272! L'Autriche avait envoyé, en chiffres ronds, 30000 Slovaques et Croates; 23 000 Magyars ; 32500 Polonais; 13 000 Israélites; sans compter les Roumains, Lithuaniens, Dalmates, Tchèques, Bosniaques, etc. Dans les 109 721 Russes figuraient 33 859 Polonais; 13 854 Finlandais; 37846 Israélites; 11629 Lithuaniens. Quant aux Italiens, il y en avait 27620 venant du Nord et 152915 du Sud (Napolitains, Siciliens, etc.). 11 y avait, en outre, 55 780 Scandinaves ; 29 001 Irlandais; 14455 Japonais; 14942 Anglais; 70 000 Allemands; 15000 Grecs, etc., etc. Ces flots incessants de peuples qui déversent leurs surplus aux États- Unis depuis tant d'années, finissent par y former une

1, L'année compte du mois d'avril. Donc il s'agit ici des chiffres fournis par une période de douze mois, du mois d'avril 1902 à la fin du mois de mars 1903.

race spéciale d'Américains du Nord en qui les vieux peuples d'Europe se plaisent à reconnaître un type supérieur.

Nous avons vu plus haut comment, sous Tintluence du milieu, tous ces éléments hétérogènes se transforment aux États-Unis en un nouveau type ethnique nettement prononcé et se distinguant radicalement des peuples d'alluvion que lui envoienl l'Europe et TAsie. Même au point de vue intellectuel, les États-Unis réussissent à dissoudre les traits différentiels. Une sorte d'unité morale s'opère entre ces descendants des peuples divers. D'après le dernier recensement, il y a, aux États-Unis, moins de gens ne sachant pas parler anglais, qu'il n'y en a dans l'empire germanique ne parlant pas l'allemand. Le nombre des journaux publiés en langues étrangères y diminue tous les ans, tandis que celui des journaux anglais y augmente sans cesse. En 1900, le chiffre global des journaux anglais a été seize fois plus considérable que celui des journaux réunis publiés en toutes autres langues : allemand, polonais, italien, chinois, hongrois, danois, etc.

11 suffit d'une ou de deux générations au plus, nous disent les Américains, pour faire, de ce déchet européen un peuple remarquablement endurant, intelligent et entreprenant!

Partout où le croisement s'opère dans des conditions normales, les types inférieurs s'améliorent, sans provoquer une dégradation quelconque de la race ou des représentants des classes dites supé-

rieures. Les affirmations pessimistes des détracteurs du croisement se trouvent détruites par le fait même des progrès constants réalisés par l'humanité, dont les représentants ne font que se mêler entre eux dans tous les sens. D'autre part, les effets désastreux que donne la pureté du sang démontrent sur quelles bases chancelantes est fondée la théorie des races pures. La science moderne offre, du reste, une explication plausible de l'altération d'une classe sociale condamnée à vivre uniquement sur sa réserve de sang, de force et de santé. 11 serait injuste d'expliquer la dégénérescence de toutes les classes privilégiées par l'oisiveté ou la débauche. La bourgeoisie allemande et suisse, de même que certaines catégories de la noblesse ancienne se distinguèrent précisément parleurs vertus de famille ou l'esprit d'épargne et une vie hygiénique sans excès d'aucune sorte. Une condamnation de principe pesait toutefois sur leur postérité. Nourris des préjugés politiques ou sociaux, les représentants des classes privilégiées ne consentaient à se marier que dans le cercle restreint de leur groupement ethnique, vivant, dans la plupart <les cas, sous l'influence des mêmes facteurs morbides. Or toutes les anomalies psychiques, comme Ta démontré Moreau (de Tours) , ont entre elles une parenté intime. Elles forment une sorte de chaîne sympathique dont les anneaux s'attirent mutuellement. L'apparition d'un cas morbide dans une génération ne peut qu'augmenter en intensité dès le moment où, par voie d'union, un autre membre de

la même famille lui apporte son contingent. Les cas morbides, loin de disparaître ou de diminuer, augmentent ainsi dans un milieu qui leur est particulièrement favorable. Les anomalies psychiques se trouvent, en outre, fréquemment en corrélation directe avec certaines maladies organiques, comme les scrofules, les défectuosités des organes des sens, les difformités du squelette, etc.

On se rend aisément compte des dévastations que peuvent produire, dans un centre ainsi marqué par le sceau de la maladie, les mariages entre les personnes rapprochées par les mêmes défauts psychiques ou constitutionnels. Mais le danger ne s'arrête point là. Les anomalies psychopathiques, en passant de génération en génération, se transforment et prennent les formes les plus variées, les plus graves. Devant ce phénomène d'hérédité morbide on s'explique aisément la dégénérescence ou la disparition des familles condamnées à marier leurs tares et leurs défauts.

Les peuples modernes vivant sous la domination les mêmes facteurs climatériques et intellectuels nt également besoin de rénover leur sang par un ipport du dehors. Dans leurs croisements en grand on relève les mêmes avantages que ceux qui se manifestent dans l'union des diverses classes sociales résidant dans le même pays. L'exemple des peuples français et américains, ces deux produits sublimes de tant de mélanges de peuples et races, est là pour attester les bienfaits de leur» f^'^'^isements illimités.

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