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Dottin, La Langue des Anciens Celtes

CûDslatons que l'Université de Rennes a l'honneur de compter parmi ses professeurs quelques savants « celtisans » de haute

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Enfin, il faut remarquer qu'on fait figurer dans les vocabulaires celtiques tous les mots transmis par les auteurs de l'antiquité qui ne sont ni grecs, ni latins. Ils peuvent être aussi bien celtiques que ligures, ibères ou germaniques.

Quant aux mots que les écrivains du moyen âge nous donnent comme gaulois, ils appartiennent évidemment à la langue vulgaire parlée en Gaule, langue qui n'était point, à cette époque, un dialecte celtique.

Ne nous décourageons encore point. N'y a t-il pas une littérature bretonne ? Oui, elle existe, mais ses textes ne datent que du xv® siècle après Jésus-Christ. Chose plus amusante : ils sont empruntés, pour la plupart de même que le drame breton, à la littérature française.

Reste la source suprême *: les chants populaires bretons [gwerz) , que La Villemarqué a voulu rattacher presque aux temps préhistoriques. Mais aujourd'hui force nous est de reconnaître, grâce aux recueils si consciencieux de Luzel, que les gwerz sont, par excellence, modernes, et qu'il n'y en a point dont les origines aillent au delà du xvii® siècle I

Les irascibles bretonisants de Rennes ne nous font grâce de rien. N'ont-ils pas prouvé que même le

envergure : dont le célèbre grammairien M. G. Dottin, MM. A. Le Braz, Loth, etc. Le travail : La Langue des Anciens Celtes n'a pas encore paru et son auteur a bien voulu me le communiquer en épreuves. Je m'empresse de lui en témoigner ma vive recon naissance.

fameux pantalon breton [bragou-braz] n'a rien de celtique 1

Donc, à mesure que nous approchons de plus près la race celtique, son a mirage » s'évanouit. Un mystère inhérent à ce peuple enveloppe toute son existence : ses pérégrinations, sa pensée, sa vie. Nous en savons peu de choses certaines, sauf peut-être qu'il a existé, sans pouvoir préciser ni ses origines ni ses frontières. Or, la psychologie collective du Celte, qui ne peut être basée que sur des connaissances concrètes et positives, devient par cela même d'une création presque impossible. Et pourtant, elle a tenté et séduit des milliers d'historiens, philosophes et sociologues. Citons-en au hasard quelques-uns.

Lorsque Mommsen se mettra à parler des Celtes,

soyez convaincu qu'il saura nous étonner au même

titre que ses illustres devanciers. Il leur attribuera

avec soin toutes les vertus et tous les vices dont les

Allemands gratifient ordinairement les Français

modernes I Pour le grand historien, ces derniers

étant que des Celtes vulgaires, ils ont dû déjà

lans le passé porter leur empreinte morale. De nos

airs, HeinrichDriessmann ne verra dans l'histoire

européenne que l'antagonisme entre deux races domi-

lantes : les Celtes et les Germains. Pour lui ce sera

clef de toutes les péripéties du passé. Il va sans

lire que les Germains bénéficient de toutes ses ten-

Iresses; les Celtes, de toutes ses duretés. Les Celtes

jont les amuseurs du monde et ses révolutionnaires ;

les Germains, ses penseurs. La Révolution anglaise

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fut causée par le soulèvement des Germains contre les Celtes ; celle de France par celui des Celtes contre les Germains. C'est pourquoi en Angleterre tout marche pour le mieux et en France tout s'en va à la débandade 1

Les tentatives de ce genre de psychologie sfr résolvent très souvent en un verbiage des plus insipides. On dirait que cette pseudo-science n'est composée que d'une série de phrases stéréotypées, dont les adeptes se servent au gré de leur caprice. On remarquera, par exemple, que lorsque Giesebrecht, le célèbre historien allemand, a voulu peindre les anciens Germains, il eût recours à leur égard au même fonds de louanges que Thierry avait employé pouH glorifier les Gaulois !

La vie des peuples et l'ensemble de leurs aspirations est tellement complexe, que, dans l'impossibilité de les embrasser totalement, chaque observateur s'attache surtout aux côtés qui frappent le plus son imagination. Dans le portrait sympathique ou répugnant d'un peuple perce plus l'individualité de l'artiste que celle de ses modèles. Lorsque la haine ou l'engouement, se mettant encore de la partie, obscurcissent la vision nette de l'auteur, nous n'avons devant nous que des images fausses ou caricaturales. Ce qui augmente les difficultés, c'est la

quantité invraisemblable de données dont doit disposer cette science, pour rendre des verdicts plus ou moins hasardeux. Ses conclusions touchant à tous les domaines de la vie abstraite et concrète d'un peuple, celui qui les formule doit avoir un « cœur innombrable » et, dans son cerveau, un puits insondable de connaissances. En commençant par les sciences mathématiques et en finissant par l'histoire, la linguistique, ou la littérature, rien ne doit lui être étranger. L'âme d'un peuple se manifestant autant dans ses actes que dans ses aspirations idéales, celui qui veut la juger doit savoir écouter et comprendre les battements les plus imperceptibles de son cœur. Il doit connaître ses trésors intellectuels, ses arts et sa poésie ; ses crimes et ses vertus ; les actes manifestes de sa politique et ses tendances invisibles ; sa morale sociale et privée ; l'étendue de ses sentiments altruistes de même que la force de son égoïsme. Il suffira pourtant de quelques erreurs se glissant dans ce vaste travail pour en fausser le mécanisme et en annuler la valeur.

Les coryphées de cette psychologie fataliste se consolent en pensant que leurs larges fresques seront d'autant plus ressemblantes qu'elles « laisseront maints détails dans une demi-ombre pour mettre en pleine lumière les traits essentiels. » Mais on paraît oublier que les traits essentiels ne sont que les résultantes de ces détails multiples. Avant de coller une étiquette sur l'àme d'un peuple il faut précisément connaître les rouages (^^ 8on fonctionnement.

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