‹ Le préjugé des racesChapitre 73 sur 122 · PINOT · texte numérisé non relu

PINOT

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Ici, de même que dans l'analyse chimique, il n'y a pas de principes constituants négligeables. Les traits différentiels des âmes ne sont souvent que des traits de nuance. Lorsqu'il s'agit d'analyser la signification logique d'une phrase, il faut expliquer le nombre, la nature et la composition de toutes les propositions, en distinguer et déterminer les différentes formes. Si nous laissons une ou quelques propositions de côté, notre travail péchera par la base et sera inexact.

L'inconvénient deviendra encore plus grand lorsqu'il s'agira de l'analyse si complexe et partant si délicate des mobiles mystérieux de nos actes. Let plus consciencieux parmi les doctrinaires des âmes collectives nons rappellent ces métaphysiciens qui/ en étudiant les phénomènes de l'au-delà, se consolent toujours en pensant qu'il ne leur manque que le petit pont pour relier les choses de la terre à celles du monde invisible. Pourtant ce « petit pont » ne fut jamais ni créé ni retrouvé et l'ontologie a fini par faire faillite I

Voyons, par exemple, comment les plus autorisés parmi ces sociologues justifient leur psychologie collective des peuples. Le problème, si difficile qu'il soit, ne leur paraît point insoluble pour cette simple raison que « le caractère naturel tjent au tempérament et à la constitution, qui eux-mêmes tiennent à la race et au milieu physiques; or, les traits des races composantes commencent k être connus : on peut dire, d'une façon très générale, en quoi se distinguent les

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constitutions physiques et même psychiques du Germain et du Celte, du Slave et de Tibère^ ». Il suffit d'.examiner ces arguments -justificatifs pour rejeter la thèse tout entière.

Autant de hases, autant de grandes inconnues! Comment cette quantité de X peut-elle nous fournir la solution cherchée ? Si le caractère tient au tempérament, ce dernier reste lui-même flou et indéfini. Il varie surtout d'après les individus, et il serait aussi impossible d'élever sm' ce principe une bâtisse psychologique que d'édifier un monument sur l'eau courante d'un fleuve. Chose plus importante : tous ces constructeurs nous signalent, comme leur fondement capital, l'origine raciale. Or rien de plus embrouillé, de plus incertain que la descendance généalogique d'un peuple quelconque. Les influences ethniques s'entre-croisent partout et la plupart des peuples européens, pour ne parler que de ceux-là, accusent un mélange de sang des plus variés. Lorsqu'on touche de plus près à l'histoire ethnique des peuples, on s'aperçoit de Timpossibilité de doser leur sang.

Admettons pourtant qu'on arrive (?), un jour, à définir avec précision la composition raciale des peuples et à indiquer le pourcentage approximatif (les Celtes, des Germains, des Slaves, des Nègres ou des Mongols qui aurait contribué à leur formation. Il restera alors à démontrer quelle fut l'influence

i. Fouillée : Esquisse psychologique des peuples européens. Préface. (Paris, F. Alcan.)

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relative de chacun de ces éléments ! Il est hors de doute que la formation de l'âme collective ne peut être envisagée comme un simple alliage I

La petite quantité de Normands qui ont envahi l'Angleterre y ont exercé une influence plus grande que les Germains plus nombreux qui les y ont précédés. Les réfugiés français, après la révocation de TEdit de Nantes, ont, malgré leur petit nombre, pro< fondement impressionné l'âme et la civilisation allemandes. L'arrivée de Bernadotte et de son petit entourage en Suède a laissé des traces impérissables dans l'évolution de la vie collective de ce pays. Après avoir ainsi analysé la composition du sang au point de vue quantitatif, nous ne saurons encore rien dire en ce qui concerne les changements moraux qui durent s'ensuivre. C'est ainsi qu'après avoir prouvé que les Celtes ont fourni le 1/3 ou les 9/10 du peuple français, nous ne pourrons en induire rien de positif en ce qui concerne son caractère.

Nous ne savons, en outre, que beaucoup de choses contradictoires sur l'âme collective de ces éléments constitutifs des peuples : Celtes, Germains, Slaves ou Hongrois. Or, comment bâtir avec ces matières fluides qui nous glissent entre les doigts I

Nous avons démontré plus haut les contradictions flagrantes qui existent entre les définitions des Celtes, lorsqu'il s'agit de facteurs moraux aussi graves que leur vie sexuelle ou sociale. Et pourtant c'est une des races européennes les plus étudiées. A l'heure qu'il est, après avoir confronté des milliers

de volumes qui ont épuisé leur passé sous toutes ses formes, nous ne pouvons même pas établir si les Celtesn'étaientpoint sous une autre dénomination des Germains ! Et ceux-là mêmes qui consentent à les différencier ne sont point d'accord sur les lieux de leur séjour. Pour d'Arbois de Jubainville, c'est la France qui a été surtout peuplée par les Germains et l'Allemagne par les Gaulois, c'est-à-dire par les Celtes !

Et tandis que nous croyions les Celtes fixés depuis des temps immémoriaux en Gaule et ailleurs, nous ne l's trouvons mentionnés pour la première fois qu'au V siècle, chez Hécatée de Milet (mort en 475). Il le fait sous une forme bien vague et bien incertaine. En parlant de Marseille, il la désigne comme ville de la Ligustique (Ligurie), près de la Celtique.

Si on touche aux Ligures ou aux Ibères qui ont également contribué à façonner l'âme des peuples européens, nos données sont encore plus pauvres et moins sûres.

Les lumières de l'histoire, d'ordinaire peu cerines, s'obscurcissent singulièrement lorsqu'il s'agit 'S origines mystérieuses des peuples. Leur comjsition ethnique a laissé indifférents les chroniqueurs du passé. L'Anthropologie, d'autre part, est un des derniers enfants delà science.

Lorsqu'elle est venue au monde elle n'a pu pallier que par des spéculations philosophiques et des hypothèses plus ou moins plausibles au manque de de renseignements sûrs et positifs.

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Pour combler les lacunes, on a eu recours à l'archéologie dans la mesure du possible, à la protohistoire ou à la préhistoire {la palethnologie) ^ dans la mesure de l'impossible. Or, toutes ces données réunies, comme nous l'avons démontré ailleurs, sont des plus problématiques.

Voilà pour l'histoire et la composition des races dans le passé. L'analyse de leur sang nous échappant, le dosage des éléments constitutifs devient de la sorte tout à fait impraticable.

Admettons même que la science, plus vieille de quelques siècles, arrive .un jour à déchiffrer les mystères impénétrables de l'origine des races. Nous n'en serions pas pour cela beaucoup plus avancés, resterait encore à définir le caractère et les qualit d'âme des « composants ».

Or, il suffit d'avoir lu un certain nombre psychologies collectives du même peuple, que dis je? d'avoir étudié une manifestation isolée et frappante de son activité intellectuelle et sociale, pour se rendre compte de la difficulté de la tâche.

ÎY

Taine peut être envisagé comme un des savants qui ontleplus fait pour cette science nouvelle. Pourvu d une érudition sûre, doué d'un esprit critique génial, il s'est appliqué à faire ces « tableaux d'ensemble » qui jouissent d'une notoriété exceptionnelle parmi,

les anthropo-psychologues. On aime à citer ses jugements sur les Anglais, les Allemands, les Italiens ou les Français. On lui attribue couramment le mérite d'avoir su déchiffrer leurs âmes et de nous en avoir offert une image photographique. Il a suffi pourtant qu'un grain de sable pascalien rentrât dans ce vaste cerveau pour en fausser tous les rouages. Emu par le noble désir de se montrer courageux jusqu'à l'excès et indépendant même aux dépens de sa patrie, il a glissé inconsciemment, dans, sa psychologie du peuple allemand, jusqu'à l'apologie. Le peuple français, par cela même, est descendu de plusieurs degrés au-dessous de sa valeur conventionnelle. Nous lisons ainsi chez Taine^ des éloges enthousiastes prodigués aux Allemands, à leur esprit inventif, original, primesautier, à leur culture autochtone, créée et grandie sur le sol même. C'est l'Allemagne qui, d'après Taine, aurait créé toutes les idées de notre siècle. La France n'aurait fait que les réchauffer.

Le génie allemand de la fin du xvm^ siècle aurait engendré une nouvelle métaphysique, une nouvelle théologie, une nouvelle poésie, une nouvelle littérature... Excusez du peul

La conception des idées originales est, pour Taine, la faculté dominante du peuple allemand.

Or, juste vers cette époque, la France se glorifiait d'avoir des génies comme Laplace, Lavoisier, Lamarck, Bichat, Cuvier, etc.

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