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Psychologie politique du peuple anglais au xix® siècle

2, Voir, à ce sujet, les études de Vigne d'Octon.

les Prussiens agissaient avec une cruauté révoltante à l'égard des Polonais allemands; les Russes à l'égard des Finlandais, des Juifs ou des Arméniens, tandis que les Turcs, dans leur politique anti-arménienne, réalisée avec le concours tacite de plusieurs gouvernements civilisés, ont laissé bien loin derrière eux les atrocités espagnoles aux Philippines ou à Cuba.

La cruauté et la dureté des Espagnols cessent donc d'être exclusives. En observant de nombreux cas où les nations considérées comme les plus sociables et les plus humaines agissent de même, ne faudrait-il pas plutôt en conclure qu'une férocité sauvage sommeille au fond de la conscience de tous les peuples? Les nations reconnues comme douces et justes ne doivent leur réputation qu'à un concours de circonstances favorables dans leur évolution historique. Le passé, qui leur a épargné la nécessité des actions anti-humaines, aurait pu tourner autrement et imposer cette inhumanité à leurs intérêts. C'est l'occasion qui fait le larron. On a beau prétendre que les caractères moraux et intellectuels qui constituent un type national seraient aussi stables que les caractères anatomiques déterminant l'espèce (G. Le Bon) , cette affirmation nous fait sourire en présence des modifications incessantes qui s'opèrent sous nos yeux.

Les Irlandais, émigrés aux États-Unis, y changent leur mentalité et leur état d'âme au bout d'une quinzaine d'années. Les Prussiens du commencement du xix^ siècle ne ressemblent point, d'après

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les voyageurs et les historiens, à ceux de nos jours. Les Nègres d'avant la -guerre de Sécession et ceux d'aujourd'hui, ayant reçu une instruction supérieure, formentun contraste marqué au point de vue du caractère et des aspirations. Avec la dignité d'homme qu'on leur a inculquée, les vices qu'on considérait chez eux comme instinctifs ont presque complètement disparu. Les Maoris de la Nouvelle- Zélande, ayant passé par des écoles anglaises et ayant adopté les professions libérales, ont fini par s'approprier la mentalité et la morale anglaises.

L'âme du Nippon de nos jours n'est point celle du Nippon des Samouraï. Soyons convaincus que la guerre victorieuse contre la Russie avait contribué à sa modification essentielle. Le fait est tellement vrai que d'ores et déjà les anciennes définitions de l'âme japonaise se montrent fausses et surannées. Les démographes les présentent à Tunanimité comme un peuple d'imitateurs incapable d'inventer ou de créer. Habitués que nous étions à les voir adopter servilement notre civilisation et nos découvertes, nous les avions crus condamnés à perpétuité à emprunter les résultats de nos efforts intellectuels. Or la civilisation a tout simplement agi à leur égard comme elle a fait envers les autres peuples blancs, rouges ou noirs. Après une période de digestion des idées reçues et des faits appris, suit une période d'incubation et de création. La faculté de créer est le fait des individus, non point des groupes ethniques. C'est ainsi que les Japonais, au bout d'une quarantaine

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d'années d'emprunts intellectuels, s'efforcent d'enrichir à leur tour le trésor de la civilisation commune.

Rappelons à ce sujet les découvertes scientifiques de ces dernières années et entre autres celles du D"" Kitasato, qui a cultivé le premier le bacille du tétanos et appliqué la sérothérapie à la diphtérie, bien avant le D^ Roux ; de Shiga (sérum contre la dysenterie) ; de Takamine (les glandes) ; des D'^Miura et Yamagniwa (le Kakké ou béri-béri), etc.

Les études du professeur Nagaoka sur les relations entre la magnétisation et la torsion (magnétostriction) sont devenues classiques, de même que celles du professeur Sékiya et de son successeur Omori font époque dans le domaine sismologique.

Si les brevets d'invention pris dans un pays témoignent, comme le professent les Américains, en faveur des facultés créatrices de ses habitants, les Japonais ont le droit de tenir tête sous ce rapport aux Européens. Quoique la loi sur les brevets ne fonctionne chez eux que depuis 1885, les Japonais ont déjà réussi à se faire délivrer 6 121 certificats pour des inventions authentiques. Les progrès réalisés dans cette voie sont des plus étonnants. De 99 en 1885, le chiffre des brevets a monté à 205, une année après ; à 605, en 1891 ; à 871, en 1902 et à 1 024, en 1903. L'auteur japonais Tomita Tanadori, à qui nous empruntons ces données, signale en outre l'indifférence regrettable de ses compatriotes à l'égard des inventions réalisées. Très souvent, nous dit-il, ils les

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laissent tomber dans l'oubli et se font distancer par des étrangers qui prennent des brevets à leur nom.

« Les Japonais, tout en étant des insulaires, nous dira Vacher de Lapouge, n'ont point, contrairement aux Anglais, des appétits de conquête et d'expansion ». Mais voici que survient la guerre chinoise et les Japonais démontrent que leurs appétits ne le cèdent en rien à ceux des autres peuples européens ; quelques années plus tard, ils se lanceront dans une guerre formidable pour la domination de la Corée et de la Mandchouriel.

Plus près de nous, les Hongrois ont depuis longtemps perdu les traits caractéristiquesdes Mongols et sont de tous points semblables aux soi-disant Aryens. Les Suisses étaient jadis connus comme soldats; en qualité de mercenaires, ils pullulaient dans tous les Etats. Aujourd'hui, ces guerriers par excellence sont devenus des hôteliers émérites. Les Norvégiens, si paisibles de notre temps, se signalaient au moyen âge par leur esprit aventurier. Presque tous les historiens de la Pologne ont attribué le démembrement et la chute de ce pays à l'indolence et à la passivité slaves, au manque de sentiments politiques et à la légèreté de ses mœurs. Or les autres Slaves, affligés par conséquent des mêmes défauts, comme les Tchèques, ont accompli une série d*a<;tes héroïques et fourni l'exemple d'une persévérance exceptionnelle dans leurs efforts vers l'émancipation. D'autre part, ces mêmes Polonais, grandis à l'école du malheur, loin de disparaître au milieu de leurs trois ennemis séculaires, ont réagi d'une façon admirable contre.

lescruautés des siècles et l'injustice de leurs voisins.

Les Juifs, considérés comme des gens pacifiques par excellence, détestant et craignant les armes, possédaient autrefois un tempérament belliqueux. Le nom d' « Israël » veut dire le dieu du combat. Le poèhie de Debora, un des plus anciens monuments de la littérature hébraïque, n'est qu'un chant guerrier. (( Jehova » est peint, dans certains chants juifs, comme descendant sur la terre pour prendre part aux combats. Les Juges sont pleins d'exploits héroïques des Juifs et l'histoire de David bataillant contre Goliath ou celle de Samson tuant avec un grand os six cents ennemis indiquent suffisamment le culte du courage et de la force.

Il y eut même un temps (vers le deuxième ou le premier siècle av. J.-C.) où les Juifs remplissaient le rôle de mercenaires, comme les Suisses à l'époque moderne. En cette qualité, ils se distinguaient par leur courage et leur fidélité^

Du reste les actes d'héroïsme accomplis par les soldats israléites dans les deux camps, pendant la « Grande Tourmente », ont prouvé surabondamment ia solidité de leurs vertus guerrières.

Les même Juifs, d'après les psychologues ethniques, ont la vertu de pouvoir résister à tous les climats. Or cette particularité pathologique qui fait partie de tous leurs portraits, ils ne la doivent qu'aux conditions hygiéniques spéciales de leur vie. Leur religion,'leurs coutumes, l'isolement, la persécution,

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