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LA FRANCE ET LES FRANÇAIS

une sorte d'usine gigantesque d'idées h Tusage des autres pays et peuples. Les matières premières lui arrivent tantôt d'elle-même, tantôt de partout. Qu'importe du reste leur provenance? Retravaillées « à la française », elles font le tour du monde et alimentent les nations civilisées. Le romantisme, qui a bouleversé les littératures modernes, a devancé, par la plume de Young et de son école, d'une quarantaine d'années les œuvres de Chateaubriand. Et pourtant le romantisme ne date que de la France. Il en est de même des conquêtes de la Révolution. L'Angleterre en avait fourni le modèle, mais il ne servait qu'à son usage personnel, la France a su en faire une œuvre d'humanité I

La même remarque s'applique à l'influence exercée sur la France par la pensée allemande, italienne ou espagnole, ou à celle plus moderne des Scandinaves ou des Russes.

Une mentalité nationale, de même que celle des individus, est d'autant plus parfaite que plus nombreux étaient les éléments qui ont contribué à cette perfection.

Le croisement de la pensée produit un effet encore plus bienfaisant que celui du sang. La France se trouve, du reste, sous ce rapport, dans des conditions spéciales. Résultante de tant de types ethniques, elle a eu toujours en germe la sympathie innée pour les autres peuples, les autres races. Les Anglais aiment à parler des Américains du Nord comme de leurs cousins. Avec combien plus de raison la France

peut revendiquer ses liens de sang et de pensée avec les peuples des deux mondes ! Tous s'enchaînent à ses destinées, non pas seulement au point de vue biologique, mais aussi au point de vue de la formation de leurs âmes, de leur intellectualité.

C'est pourquoi, au lieu de communier dans la ressemblance de l'indice céphalique ou dans les origines aryennes, gauloises ou latines, principes extravagants et douteux, il est plus digne de se réclamer du grand patrimoine du génie, delapensée française.

A quoi servirait du reste le nationalisme étroit, basé sur des signes extérieurs du corps? « Que chacun regarde autour de soi, nous dira Paul Broca, ou seulement dans sa propre famille, il y verra presque toujours des yeux de plusieurs couleurs, des peaux blanches et des peaux brunes, des tailles hautes, moyennes et petites. Les traits du visage et les formes de la tête présentent aussi peu de fixité. Celui-ci a les traits des Celtes, mais il n'en a pas la couleur; celui-là a la tête des Kimris, mais il n'en a pas la stature. »

Pour qu'un adepte aussi ardent de la doctrine des races fasse un aveu détruisant la réalité dé sa thèse, dans les frontières de son pays natal, c'est que le doute n'est plus permis à ce sujet. L'existence des types aussi variés ; le mélange des traits caractéristiques des races, se rencontrant dans toutes nos provinces ; ce défi permanent, jeté par chaque Français aux principes les plus sacrés de la science anthropologique, a la valeur d'un symbole.

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