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LA FRANCE ET LES FRANÇAIS

Ce qu'on constate aujourd'hui chez les Français, on le remarque également chez tous les autres peuples latins. ^Et il suffira d'étudier la formation de la mentalité italienne, espagnole ou argentine, pour s'apercevoir que celles-ci se rattachent également aux progrès de l'humanité en général, et non point exclusivement à Tune de ses branches. Tel sera du reste, le lot de tous les civilisés de demain, tant le mélange des peuples tend à détruire leurs traits saillants et distinctifs.

Rien que par sa situation géographique, la France paraissait appelée à symboliser le monde civilisé. Comme le peuple français tient de tous les types ethniques, le sol de France présente une sorte de synthèse de toutes les propriétés climatériques, agricoles et géologiques. Et pourtant, ses qualités si diverses se résolvent toujours en une harmonie complète. On a constaté plus d'une fois que même sa richesse des couches sous-terrestres répond à celle de sa surface. Industrielle, la France est en même temps agricole ; pays minier, elle est également un pays commerçant. Le rythme harmonieux de sa configuration a de tout temps provoqué l'admiration des voyageurs et des penseurs.

Strabon, il y a une vingtaine de siècles, avec cet enthousiasme qui caractérise le génie hellénique, écrivait naïvement : a Une si heureuse disposition des lieux, par cela même qu'elle semble être l'ouvrage d'un être intelligent plutôt que l'effet du hasard, suffirait pour prouver l'existence d'une Providence. »

i28 ORIGINES MYSTERIEUSES OU INCERTAINES

On dirait qu'elle a été choisie à dessein comme un vaste laboratoire anthropologique. Dans ce creuset idéal se sont fondues de multiples qualités physiologiques et psychologiques des peuples. Sa personnalité géographique a d'ailleurs contribué pour beaucoup à cette œuvre de pacification intérieure.

Le sol de la France, si profondément humanisé, d'après l'heureuse expression d'un de ses démographes, a de tout temps réglé d'une façon bienfaisante les oscillations de son histoire. Lorsqu'on fait un lent et cruel retour sur les bouleversements sans nombre qu'elle a subis dans son passé, et qu'on leur xDppose sa situation actuelle dans le monde, on ne peut s'empêcher de penser à ces vers d'André Chénier:

France ! ô belle contrée, ô terre généreuse,

Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse /. . .

Les nombreux éléments qui composent le peuple français ont également travaillé au triomphe du principe humain, victorieux par-dessus les restrictions des races et les divisions physiologiques. Sur les ruines de ces « différenciations » nivelées, s'est élevé un c< type français » admirable au moral comme au physique. 11 réunit en lui de nombreuses gradations morales et intellectuelles. Il n'est ni aryen, ni gaulois, ni latin, car il est quelque chose de plus : il est humain.

Dans sa longue existence historique, il a su amalgamer tout ce qui venait vers lui, de même que tout

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ce qui était dirigé contre lui. Ses progrès constants et suivis peuvent se comparer à ces cours d'eau qui disparaissent soudain, invisibles sous le sol, et reparaissent ensuite, enrichis des éléments cachés qu'ils ont gagnés dans leur route invisible.

Tel que nous l'observons aujourd'hui, le peuple français sert de preuve vivante des bienfaits de la pénétration mutuelle des peuples et du mélange à l'infini de leur sang, de leur intelligence, de leurs vices et de leurs vertus. Dans cette belle union des humains s'est formé et élargi l'horizon de la pensée française.

Nous ne sommes toutefois point victimes d'un optimisme candide. Avouons-le : la France fait souvent l'effet de dévier de la grande route que lui avaient tracée son passé ethnique et la formation de son intellectualité. Toutes sortes de sauveteurs la ramènent parfois aux sentiments étroits et mesquins delà haine au dedans et de l'hostilité pour l'étranger, si contraires à sa destinée. On affirme même que nombreux sont ceux qui se laissent griser par les mauvaises odeurs qui montent de la rue. Qu'importe? La civilisation d'Hermopolis n'a jamais cessé d'être admirée parce que maints de ses habitants rendaient des honneurs divins aux lévriers. Nous continuons à nous enthousiasmer devant celle de Lykopolis ou de Sais, tout en sachant que les citoyens de la première se prosternaient devant les loups et ceux de la seconde devant les moutons.

Après tout, malgré sesdéfaillances momentanées

la France va toujours de Tavant. Souvent semblable à une armée brisée de fatigue, elle avance à travers des nuits sombres, dans un état presque léthargique. Mais l'aurore la retrouve toujours fraîche et vaillante, devançant les autres peuples dans leur travail pour le progrès.

Qui osera nier que les qualités de bonté, de justice et d'élévation de la conscience générale des Français de nos jours valent plus que celles d*il y a cinquante ou cent ans? Leur idéal humanitaire passe en tout cas pour être supérieur à celui des peuples voisins. La sympathie entre les classes sociales, cette mesure essentielle du progrès, est devenue bien plus forte et plus intense. Avec celle-ci le sentiment de solidarité entre les Français et le monde extérieur a monté de bien des degrés I

Vouloir limiter ses origines de sang et de pensée à un seul élément ethnique ou intellectuel serait méconnaître, avec le sens des siècles écoulés, la véritable grandeur de la France. Ce serait peut-être aussi commettre un péché envers la vertu dominante de la formation de son peuple et de son génie. Car la multiplicité de ses origines ethniques et culturales ayant comme conséquence logique la compréhension de l'àme du monde et la faculté de la diriger, lui ont précisément valu sa situation brillante et exceptionnelle.

Même diminuée par la guerre de 1870, la France a pu, une trentaine d'années après, reprendre son rôle de force directrice du monde.

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