ADRESSE DU CLERGÉ
A Son Eminence le Cardinal E.-A. Taschereau, Archevêque
de Québec.
Eminence,
L'heureuse nouvelle de votre promotion à la dignité de Cardinal de la Sainte Eglise Romaine a provoqué de toutes parts une explosion de joie. Les acclamations et les actions de grâces se sont {ait entendre, non seulement dans l'archidiocèse et la province de Québec, mais même dans toutes les
parties de la Puissance du Canada. On l'a compris, Notre Saint Père le Pape, en vous décorant de la pourpre romaine, a voulu, par un seul et même acte, témoigner sa bienveillance à notre pays tout entier, rendre hommage à la foi et à la fidélité des catholiques canadiens, reconnaître les travaux et les œuvres de vos vénérables prédécesseurs dans l’épiscopat, mais surtout, trouvant réunis en votre personne les vertus, les talents et les actes qui sont l’ornement de l'Evêque, il a vouu l’honorer d’une manière toute spéciale. Aussi, en nous présentant aujourd'hui devant vous, nous rappelons-nous naturellement ces paroles de la Sainte Ecriture : Tu gloria Jerusalem, tu lætitia Israel et honorificentia populi nostri.
Nous en sommes sûrs, Eminence, vous n'avez pas doulé un instant de la grande part que votre clergé prend dans l'allégresse universelle. Si les circonstances ont retardé de quelques jours l'expression des sentiments que nous vous demandons de vous exposer aujourd'hui, ces sentiments, d’abord comprimés par la nécessité, ne jaillirout de nos cœurs qu'avec plus de vivacité et de forve. Ç
Et qui donc, parmi cette multitude de fidèles qui peuplent, sans le couvrir, l'immense territoire de notre Canada, qui donc doit sentir plus vivement la portée de ce grand évènement ? Qui donc pourrait mieux en apprécier la convenance ? Les liens les plus étroits nous unissaient déjà à votre personne, comme des fils à leur père, comme des coopérateurs à leur chef. Pendant des années, nous avons travaillé sous votre direction à la vigne du Seigneur ; avec vous nous avons combattu contre les difficultés et les obstacles qui, trop souvent, s'opposent au bien et qui n'ajoutent quelquefois au plus rude labeur que le chagrin de n'avoir pu atteindre le but proposé, in labore, in œrumna, in vigiliis mullis. Nous n’avons cessé de jouir de votre paternelle bonté et, dans nos difficultés el nos embarras, nous avons profité des conseils de votre prudence et de votre sagesse. Enfin, sous votre admi. nistration, nous avons vu la piété fleurir, l'instruction se
répandre de plus en plus, les fondations religieuses s'affermir, el les paroisses se mulliplier. Comment donc ne serions-nous pas, entre tous vos sujets, les plus fiers et les plus heureux de votre élévation au Cardinalat ? corona filiorum, patres eorum.
Oui, Éminence, nous sommes profondément touchés de celte faveur insigne qu'a faite au pays et en particulier à notre archidiocèse de Québec, le grand Pape qui préside aux destinées de l’Église universelle. Nous en rendons de sincères actions de grâces, à Dieu d’abord, l’auteur de tous les biens, gralias agimus Deo sine inlermissione. Nous nous faisons aussi un devoir bien doux d'offrir nos remerciements à son représentant sur la terre, en mème temps que nos hommages et la protestation de notre inviolable fidélité.
Éminence, la haute dignité à laquelle vous venez d'être élevée, nous rend votre personne encore plus vénérable et sainte. Vous êles maiatenauc agrégé au corps des Cardinaux de la Sainte Église Romaine. Vous êtes un des conseillers intimes avec lesquels Sa Sainteté partage les sollicitudes du gouvernement des églises. Et, glorieuse et importante prérogative, vous avez le droit et le devoir de participer au choix et à l'élection du Vicaire de Jésus-Christ.
Si cette haute dignité ne change pas la nature des rapports qui ont toujours existé entre votre clergé et son premier Pasteur, entre le chef et ses collaborateurs, entre le prince et les sujets, celte sublime dignité ct l'éclat qui l’accompagne, seront, du moins pour nous, un nouvel aiguillon qui ravivra notre zèle, assurera notre obéissance et soutiendra notre courage dans les combats du Seigneur.
Puissions-nous, Éminence, jouir longtemps encore de votre direction paternelle ! Puissions-nous n’apporter jamais à votre cœur que des sujets de contentement et de joie ! et, comme des fils tendrement attachés à leur père, travailler avec vous, dans la paix et l'union, avec fruit à la grande œuvre de notre
salut et de celui des fidèles confiés à nos soins. Puissionsnous mériter cet éloge que la Sainte Écriture adresse aux
apôtres et aux disciples : Hi erant perseverantes unanimiter in oratione.….…., et mettre en pratique ces ‘douces paroles que votre premier prédécesseur, le vénérable serviteur de Dieu Monseigneur de Laval-Montmorency, avait sans cesse sur les lèvres : Cor unum et anima una !
Veuillez bien agréer, Éminence, ces hommages et ces vœux de votre clergé, et, pour gage de votre bienveillance paternelle, nous accorder votre bénédiction.
Québec, le 15 juin 1886.
Après la lecture de cette adresse, tout le clergé présent se mit à genoux, et Son Eminence visiblement émue donna sa bénédiction. Puis lorsque tout le monde fut relevé, Elle répondit en ces termes :