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CHAPITRE PREMIER LES PRÉLIMINAIRES

Pendant près d'un siècle, les tentatives d'établissements européens au Canada avaient été infructueuses. À Champlain l'honneur d’une ère nouvelle, qui s'ouvre par la fondation de Québec, en 1608. Mais quels faibles commencements! Vingtquatre ans s'écoulent, et en 1632, quelques français, restés ici, malgré l'occupation anglaise pendant trois ans, formaient seuls, avec les tribus sauvages errantes, la province de Québec. En 1632, la colonie prit un nouvel essor, et en 1635, à la mort de Champlain, il y avait déjà a Québec les commencements d’un collège tenu par les Révérends Pères Jésuites.

En 1658, notre pays avait acquis assez d'importance pour qu’on y envoyâlun Evêque. Mgr de Laval arriva à Québec le 16 juin 1659, en qualité d'Evêque de Pétrée in partibus infidelium, et de Vicaire Apostolique de la Nouvelle-France. Ce ne fut qu'en 1674 que le siège épiscopal de Québec fut érigé, el Mgr de Laval en fut le premier titulaire.

On se rappelle les fêtes splendides qui eurent lieu il y a douze ans, à l’occasion du deuxième centenaire de l'érection de

l'évêché de Québec. Certes, ce n'élait pas sans raison, car un espace immense avait été parcouru pendant ces deux cents ans.

Tandis que les états de la Nouvelle-Angleterre se peuplaient rapidement d'une population active et industrieuse, la colonisation du Canada se faisait lentement. Mais, pour nous, qui sommes en mesure, à l’aide de nos annales, d'en suivre le développement, pouvons-nous nous plaindre de ce que les fondateurs de la colonie française du Canada aient préféré la qualité au nombre, el aient veillé avec tant de sollicitude sur le choix des colons de la Nouvelle-France ? Quelle race que celle qui est sortie de ces premiers colons !

Bénis par Dieu, nos colons se sont mullipliés d'une manière prodigieuse, malgré l'impôt du sang exigé presque constamment pendant tout le temps de la domination française. Population tranquille et douce dans la paix, livrée aux seuls travaux de l’agriculture, elle s’est emparé du sol avec une persévérance et une tenacité qui n'avaient d'égale que sa bravoure quand il s'agissait de défendre la patrie, soit contre la barbarie sauvage, soit contre la civilisation anglaise,

Profondément religieux, le colon canadien a conservé sa foi pratique avec ses mœurs. Ses convictions ne sont pas l'héritage séculaire d’une foi aveugle et superstitieuse ; mais elles lui sont transmises par les solides instructions d'un clergé qui a été formé par Mgr de Laval, Mgr de Saint-Vallier et par leurs successeurs. Il en est résulté, chez le peuple eanadienfrançais, un ensemble de connaissances élevées, qui se transmet de père en fils, s'entretient et se développe par l’enseignement religieux si bien organisé dans nos paroisses, et en fait, suivant l'expression d’un savant voyageur, surpris de le constater, un peuple de gentilshommes. Tous les étrangers qui visitent nos campagnes, sont obligés de le reconnaître : le cultivateur canadien n’est pas à comparer avec le paysan européen de la même condition sociale. Il y a chez l'habitant canadien une somme de notions distinctes, qui font que son intelligence est comparativement bien plus développée que celle du paysan européen des pays les plus avancés.

Ces résultats si merveilleux doivent être attribués au fait que l'église de la Nouvelle-France a été dirigée par une suite de saints évêques, dont le zèle, les vertus, la piété ont imprimé, puis soigneusement conservé un cachet spécial à la population confiée à leur sollicitude pastorale.

Les évêques qui ont occupé le siège de Québec pendant ia domination française, ont été successivement Mgr de Laval, Mgr de Saint-Vallier, Mgr de Mornay, Mgr Dosquet, Mgr de l'Aube-Rivière, et Mgr de Pontbriand, Pendant toute cette période, la jurisdiction de l'évêque de Québec s’étendait sur toute l'Amérique du Nord en dehors de la Nouvelle-Augleterre, de la Floride et du Mexique. De fait, les missionnaires français et canadiens, envoyés par les évêques de Québec, ont parcouru ce vasle territoire, partout où ils ont pu pénétrer. Depuis, la jurisdiction des évèques de Québec a été successivement restreinte d'abord par la création de sièges épiscopaux aux Etats-Unis, puis par la formation de nouveaux diocèses dans ce qui constitue maintenant le Dominion du Canada. Le fait que plus de cent diocèses existent maintenant dans le territoire autrefois confié à la sollicitude de l’évêque de Québec, montre les progrès opérés dans le dernier siècle.

Le passage définitif du Canada à la domination anglaise fut accompagné de poignantes angoisses pour le petit peuple canadien abandonné sur les rives du Saint-Laurent. Nous disons abandonné, car il le fut réellement, non seulement par la France, qui ne fit pas beaucoup d'efforts pour garder ce que Voltaire appelait quelques arpents de neige, mais aussi par presque tout ce que le Canada de ce temps contenait de personnes influeates et riches. Le clergé seul demeura fidèle à son poste; et aussi à lui l'honneur d’avoir conservé ce faible rameau, destiné à devenir un si grand arbre. Cet évènement, qui coûla tant de larmes à nos ancêtres, a eu pour effet de les rapprocher d’une manière plus intime les uns des autres, de les grouper autour de leurs curés, de les rendre par conséquent plus homogènes et plus attachés à leur langue et à leur religion ; de plus il les sauva des horreurs de la révolution française.

Mais ce que nous voyons aujourd'hui ne pouvait pas aisément se prévoir dans ces jours difficiles, et l’on ne peut se faire une idée de l'énergie, de la persévérance, de l’habileté qui ont dû ë::e déployées pour nous conduire où nous en sommes. Les clauses mêmes de la cession, qui nous paraissent si claires aujourd’hui, et qu’on avait tâché de rendre aussi favorables que possible, étaient interprétées d’une manière bien différente par la couronne d'Angleterre, qui en avait surveillé la rédaction à son point de vue.

À commencer avec Mgr Briand, premier évêque sous la domination anglaise, —qui dut attendre plusieurs années avant de pouvoir se faire sacrer, quoiqu'il fût personnellement bien vu en Angleterre, —que de prudence ne durent pas montrer les évêques de Québec pour gagner petit à petit des permissions qui nous semblent aller de soi aujourd'hui !

Mais Dieu veillait sur ce petit peuple fidèle et inspirait à ses représentants, Mgr Briand, Mgr d'Esglis, Mgr Hubert, Mgr Denaut, Mgr Plessis, une sagesse qui ne s’est pasdémentie. Avec des qualités diverses, ils ont forcé, par leur modération, et en profitant habilement des circonstances, les vainqueurs possesseurs de la force, à permettre successivement l'exercice régulier des droits de l'Eglise. Ce serait une grave erreur historique de croire que cette reconnaissance fût celle du droit ; elle a été, dans l'esprit de nos maîtres, une vraie concession, arrachée à force de prudence et en dépit du fanatisme, à une autorité inquiète et convaincue que ce droil n'existait pas.

Mgr Plessis est celui qui s’est le plus distingué dans cette lutte pénible, mais toujours courtoise, contre un pouvoir adverse. Par sa grande intelligence des affaires, par le soin qu'il prit de mettre en relief la doctrine de l'Eglise catholique relativement à la loyauté envers le Souverain, il s'acquit tellement l'estime des autorités anglaises, qu'il en obtint la presque complète liberté de l'Eglise au Canada, et de plus, à titre de haute récompense, une pension de mille livres sterling, reversible sur ses deux successeurs imr' ‘diats.

La Cour de Rome crut devoir, elle aussi, récompenser tant de mérite, et, en 1819, elle donnait à Mgr Plessis le titre d’archevêque. Les préjugés encore existants en Angleterre, où la hiérarchie catholique n'était pas reconnue, préjugés qu’on ne voulait pas froisser pour ne pas nuire aux concessions obtenues et à obtenir, déterminèrent la Cour de Rome à remettre à plus tard la création d’une province ecclésiastique régulière ; mais, en attendant, à partir de cette époque, elle a toujours donné au”titulaire du siège épiscopal de Québec, le titre d'archevêque, bien que, pour ne pas éveiller le lion qui dort, les archevêques de Québec, Mgr Plessis et Mgr Panet, n'aient pas osé prendre publiquement leur litre. Mgr Signaï ne le prit lui-même qu'en 1844.

A cette dernière date, toute difficulté était aplanie, et la province ecclésiastique de Québéc fut officiellement créée. Elle comprenait alors le territoire qui constitue le Dominion actuel du Canada. Celle immense pravince a élé depuis divisée en quatre, par la création successive des trois provinces de Toronto, d'Ilalifax et de Saint-Boniface.

Mgr Signaï, premier archevêque métropolitain de Québec, a eu pour successeurs Mgr Turgeon, Mgr Baillargeon et enfin Mgr Taschereau, le titulaire actuel.

Jusqu'à Mgr Turgeon inclusivement, il fallait au moins l’assentiment du gouverneur civil pour que l'élu pût être sacré évêque. Depuis la nomination de Mgr Baillargeon, l'Angleterre a compris qu’elle n'avait rien à craindre, et au contraire tout à gagner, à permettre à l’église catholique au Canada d'agir avec la plus entière liberté ; et les évêques, dan: tout le Canada, sont nommés depuis celte époque sans que la Couronne intervienne en aucune façon.

ILest même à remarquer que, dans tous les domaines de Sa Majesté Britannique, l’Archevéque catholique de Québec est le premier, depuis la réforme, dont le titre ait été officiellement reconnu dans un document émané directement de la Couronne, la charte de l’Université Laval.

Quand, après avoir jeté les yeux sur le passé, sur cette longue lutte soutenue avec tant de persévérance pour la conquête de la liberté religieuse, nous examinons le présent, nous nous montrerions difficiles si nous n'éprouvions pas une bien légitime satisfaction.

La liberté religieuse ! mais où donc,” dans quel pays de l'Europe, peut-on se vanter de l'avoir aussi grande, aussi complète qu’au Canada, dans la province de Québec ?

L'empire britannique, dont nous dépendons, est régie par une autorité essentiellement protestante ; la Confédération Canadienne, dont nous faisons partie, est en grande majorité protestante, ainsi que le Gouvernement Fédéral ; seule la province de Québec a une administration dont la majorité est catholique ; et encore, l’acte de l'Amérique Britannique du Nord garantit à la minorilé protestante ses droits, en vertu desquels la législation ne doit jamais être contraire à ses idées religieuses, ce qui fait que la constitution même de la province de Québec ne saurait être dite une constitution catholique. Eh bien ! malgré tout cela, et sans examiner si c’est le résultat de la bonne volonté impériale, ou si ce n’est pas plutôt le fait de la prudente habileté des subordonnés aidée par la divine Providence, que voyons-nous ?

La hiérarchie catholique au Canada se recrute, s'étend, se limite comme elle l'entend, sans que l'État intervienne en rien dans ses délibérations, ni dans ses décisions. Bien plus, nonseulement les évêchés existants, mais chaque nouvel.évêché, érigé par l'autorité ecclésiastique sans aucune intervention de l'État, se trouve, dans la province de Québec, et en vertn d'une loi passée une fois pour loutes, incorporé ipso faclo, c’est-à-dire revêtu de tous les privilèges d'une personne civile, ayant droit de posséder, d'acquérir, d’aliéner, de poursuivre és qualité sans qu’il soit nécessaire de faire une nouvelle législation ad hoc.

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L'administration des paroisses, la nomination aux cures, le soutien des curés, la circonscription et l’érection des paroisses nouvelles, ou les modifications apportées aux limites des anciennes, tout cela dépend complètement de l'autorité ecclésiastique. L'autorité civile n'intervient que pour l'érection des paroisses en municipalités civiles, et ici encore c’est généralement la paroisse canonique qui règle les déterminations du pouvoir civil.

L'État n'intervient pas non plus pour l'entretien des curés, si ce n’est en donnant la sanction de la loi pour le recouvrement de la dime, dans les cas rares où quelque récalcitrant refuse par malice de se rendre à son devoir. En effet, Dieu merci! la dîme est encore, dans la province de Québec, le mode employé pour le soutien du clergé. Aussi, grâce à ce que l'esprit révolutionnaire n'a pas encore passé par ici, le Canada est-il, croyons-nous, le seul pays au monde où l’on récite pour tout de bon le septième commandement de l'Église : «Droits et dimes tu paieras à l'Église fidèlement». Cette dime, qui n’est que le vingt-sixième sur cerlains grains, n'est pas toujours suffisante. Alors l'autorité ecclésiastique détermine un supplément, qui se paie aussi facilement que la dime, bien que l’on n'ait pas jugé à propos de le rendre exigible en vertu d'une loi.

Les églises, presbytères, cimetières et autres propriétés nécessaires au culle, n’appartiennent pas à l’État, mais, dans chaque paroisse, à un corps régulièrement organisé sous la protection de la loi, et désigné sous le nom de la Fabrique de telle paroisse. Cetle Fabrique se compose de marguillers, élus par les paroïissiens sous la présidence du curé. Ici encore la loi ne fait que donner sa sanction pour réprimer au besoin la mauvaise volonté ou la malversalion, s’il y avait lieu ; mais c’est l'autorité ecclésiastique qui dirige, et c'est l'évêque qui approuve les comples; aucune dépense extraordinaire ne pouvant se faire légalement sans son approbation.

Le mariage, qui, dans la plupart des pays soi-disant catholiques de l'Europe, exige l'intervention de l’État, et au sujet

emma Et tout À

duquel on a inventé ce qu'on appelle sérieusement le mariage civil, est iei laissé absolument entre les mains de l'autorité religieuse. :

Les registres ecclésiastiques pour la constatation des mariages, baptêmes et sépultures, sont les seuls exigés et tiennent lieu de registres civils, l'État se contentant d’en demander un duplicatum pour ses archives. En comparant ce qui se passe dans la province de Québec avec ce qui se fait dans les provinces voisines et surtout aux États-Unis, l'État a compris qu’en outre de l'économie sérieuse qu'il y fait, puisqu'il n’a rien à payer pour les registres de l'état civil, il ne pourrait jamais avoir des registres tenus plus régulièrement et plus consciencieusement. Seuls, les registres de l'Église catholique, tenus par le clergé du Canada français, ont pu permettre l'exécution de ect ouvrage colossal el unique au monde, le Dictionnaire généalogique de l'abbé Tanguay, qui donne l'istoire généalogique de toutes les familles canadiennes depuis l’arrivée des Français au Canada en 1608!

L'éducation catholique, dans la province de Québec, est complètement sous le contrôle de l'autorité ecclésiastique, qui peut établir, comme elle l'entend, autant de centres d’instruction qu'elle veut sans avoir rien à démêler avec l'État, à moins qu'elle ne veuille en obtenir un secours pécuniaire.

Pour ce dernier cas, l'Etat a établi un Conseil del'Instruction Publique. Ce Conseil se divise en deux sections, l’une catholique et l’autre protestante. La section catholique, qui seule nous intéresse, puisqu'elle est indépendante de l'autre, se compose du Surintendant de l’Instruction publique, de tous les évêques catholiques de la Province civile ex officio ou de leurs représentants en cas d'absence, et d'un nombre égal de laïques nommés par le Gouvernement. C'est ce Conseil qui distribue les allocations pécuniaires, qui approuve les livres d'école, qui présente au Gouvernement les inspecteurs d'école, qui surveille l'exécution des lois scolaires qui généralement ne sont point passées sans qu'il ait été consullé.

Cette organisation, attaquée par quelques personnes trop défiantes, a été complètement approuvée à Rome, qui a cru ne pouvoir mieux en témoigner sa satisfaction qu’en décorant le Surintendant actuel, l'honorable M. Ouimet, du titre de .Ommandeur de l'ordre de Seint-Gregoire-le-Grand. Combien, en effet, de pays soi-disant catholiques qui nous envient, dans les tristes circonstances actuelles, notre organisation d'instruction catholique ! Dernièrement un homme d'état anglais disait que l'Angleterre instruite, et même gouvernementale, suivait avec intérêt le développement de notre système d'éducation, parce que ce système a, ce semble, résolu le problème le plus ardu des temps modernes, celui de l'entente cordiale entre l'Eglise, la famille et l'Etat en fait d'éducation.

Pour mieux apprécier la liberté dont jouit l'Eglise à cet égard, il suffit de jeter un coup d'œil sur les faits actuels.

A part quelques écoles libres, dans lesquelles la religion tient toujours la place qui lui appartient, toutes les autres écolesélémentaires sont sous le contrôle du Conseil de J’Instruction publique. Un grand nombre, surtout dans les centres importants, sont de plus dirigées par des congrégations religieuses d'hommes ou de femmes. Les autres sont lenues par des instituteurs et des institutrices laïques, formés dans les Ecoles Normales ou généralement dans les institutions religieuses enseignantes. Les curés ont le droit de visiter en tout temps ces écoles et d'en surveiller la direction morale. Les Ecoles Normales, au nombre de deux, soutenues par le Gouvernement, sont sous la direction immédiate de deux prêtres, avec surveillants ecclésiastiques, et, en fait, sont conduites comme les petits séminaires.

Entre ces écoles et les collèges classiques, se trouvent les écoles commerciales et industrielles tenues la plupart par des congrégations religieuses d'hommes ou par des prêtresséculiers, et toujours au moins sous la direction du curé.

Les collèges classiques sont tous tenus par des prêtres séculiers ou par des religieux. La règle qu’on y suit est celle

des petits séminaires, car tous préparent directement à l’état ecclésiastique, tout en donnant à ceux qui ne s’y sentent pas appelés, une éducation qui les prépare aux professions libérales.

Il n’y a pas de diocèse qui n'ait son collège ou petit séminaire, et quelques uns en ont plusieurs, de sorte que le nombre de ces institutions est de 17 pour la seule province de Québec. La plupart reçoivent une allocation du Gouvernement par l'intermédiaire du Conseil de l’Instruction Publique, qui, pour cela, ne leur demande que le programme de leurs études et un compte-rendu des opéraliins de l’année.

Enfin, pour couronner cet ensemble, l'Université Laval, la seule université catholique encore établie dans toute l’Amérique, est complètement et uniquement sous le contrôle du clergé. Dans aucun pays dn monde il n’existe d'institution analogue ayant des privilèges aussi extraordinairement favorables au point de vue catholique.

Érigée civilement en 1852 par une charte royale de Sa Majesté la Reine d'Angleterre Victoria, elle est absolument indépendante, en vertu de sa charte même, de tout contrôle gouvernemental. Contrairement à ce qui a lieu pour toutes les autres universités anglaises, qui toutes, ont pour Visiteur ou un prince du sang, ou un haut fonctionnaire de l’État, le gouvernement anglais s’en est remis, pour garantie de sa sollicitude, à l’Archevêque catholique de Québec, qu'il a nommé seul Visiteur de l'Université Laval ! et ceci n'empêche pas les privilèges civils de cette institution d'être aussi étendus que ceux des plus anciennes universités d'Angleterre.

De plus, bien que ce pouvoir soit probablement compris dans la charte royale, une loi spéciale de la Législature de Québec accorde aux cours donnés par les professeurs de l'Université Laval en dehors de Québec et dans toute l’étendue de la province civile, tous les privilèges que les lois de cette province reconnaissent aux cours donnés à Québec. Il en résulte que dans cetle province la succursale de l’Université

Laval à Montréal se trouve exactement sur le même pied que l'institution mère à Québec.

Ainsi organisée au point de vue civil, l'Université Laval a reçu, en 1876, l'institution canonique comme université catholique de plein exercice, en vertu de la Bulle Znter varias de Sa Sainteté Pie IX; et l'on peut dire sans exagération que, depuis vingt ans, elle a été l’objet de la constante sollicitude des Souverains Pontifes Pie IX et Léon XIII,

Par la Bulle d’érection canonique, l’Archevèque de Québec, déjà Visiteur au nom de l'autorité civile, est de plus Chancelier Apostolique au nom du Saint-Siège ; Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande est ex officio le Protecteur de l’Université ; et tous les Archevêques et Evêques de la province civile de Québec en forment le Conseil Supérieur, chargé de la haute surveillance de la foi et des mœurs dans l'institution. Toutes les garanties semblent donc avoir élé assurées à l'Université catholique de la province de Québec, pour la mettre à l'abri même des défaillances inhérentes à la fragilité humaine.

Rien d'étonnant donc que notre université canadienne ait excité la pieuse envie de tous ceux qui ont eu la louable ambition de créer des centres universitaires catholiques en Europe et en Amérique ; rien d'étonnant que les universités catholiques récentes aient copié tout ce qu’elles ont pu des constitutions et règlements de l'Université Laval, et aient exprimé le regret de ne pouvoir tout prendre,

L'Université Laval est devenue, par la force des choses, un centre autour duquel sont venues converger les différentes institutions collégiales du pays, qui sans rien perdre de leur indépendance ni de la spontanéité de leurs méthodes d’enseignement, y ont trouvé une source d’émulation pour leurs élèves et une garantie de force pour leurs études. Quinze collèges ou pelits séminaires et quatre grands séminaires sont actuellement affiliés à l'Université Laval,

Pour achever celte revue de l'état présent de la religion dans la Province de Québec, ajoutons que notre Code civil luimême, bien qu'obligé de se tenir dans une certaine neutralité par suite des droits des dissidents, est cependant tellement imprégné d'esprit chrétien, qu'il a été jugé, par un savant canoniste romain, après sérieux examen, le meilleur de tous les codes actuellement en usage dans les pays chrétiens ; assez même pour que, comparativement parlant et sans lui assurer le diplôme de la perfection onaïit pu le qualifier d’optimus codex.

Aussi, quand on a chuchoté, pour la première fois, à nos oreilles la nouvelle que le Canada pourrait bien avoir l'honneur de posséder dans son sein un Prince du sang de la Sainte Église Romaine, avouons-le sans fausse modestie, nous n'avons pu nous empêcher de croire que notre petit peuple n’était pas indigne de cette haute faveur.

Sans doute, comme notre condition de simple colonie nous empêchait, au point de vue politique, de marcher à l’égal des nations indépendanteset maîtresses d’elles-mêmes,nous savions que c'était un très-sérieux obstacle à ce que cet insigne honneur nous fût accordé ; mais l’exceplion faite l’année dernière en faveur de l’Australie, colonie de l'Angleterre comme le Canada, vint réveiller les espérances et rappeler à la pensée les titres que nous pouvions y avoir.

Sans trop de présomption, en effet, ne pouvions-nous pas nous féliciter d’avoir été fidèles en toutes circonstances aux enseignements de l'Église et de son infaillible Pontife? N’avionsnous pas grandi sous la direction constante de Rome ? Mieux que la France, depuis qu'elle nous a abandonnés aux mains de l'étranger, et peut-être même à cause de cet abandon, nous avons conservé intactes notre foi et nos mœurs chrétiennes. Tandis que la mère, victime de l’impiété de ses gouvernants, s'agite au milieu de crises politiques et sociales sans cesse renaissantes, l'enfant, jeté sur le vaste continent américain, prend tous les jours de nouvelles forces sous les bienfaisants rayons du soleil de la foi catholique; car, jusqu’à présent,

So

grâce à Dieu, le nom de canadien a toujours été synonyme de celui de catholique.

Les nations européennes qui se proclament les plus savantes et ies plus civilisées, nous regardent de haut, parce qu'elles nous connaissent à peine. Il n’y a que quelques années qu’on ne nous croit plus encore à demi barbares, ou au moins arriérés de plusieurs siècles. La vraie civilisation cependant est, au Canada, pour le moins aussi avancée qu’en Europe, avec quelque chose de mieux. La différence en effet est toute à notre avantage ; car la civilisation, dans la province de Québec, n'est pas encore, et bénissons-en le ciel, accompagnée de ces raffinements quine sontqu’une vraie dégénérescence, un retour vers l'état sauvage, vers cette condition que M. Claudio Janet appellait naguère «la barbarie sept fois savante de notre époque». Lorsque les Français, il y a trois siècles, abordèrent sur les rivages du Saint-Laurent, ils y trouvèrent, entre autres marques de barbarie, la femme attelée, traînant les lourdes charges, tandis que l'homme chassait ou fumait son calumet, Dieu merci! le Canada ne nous présente plus ce triste spectacle. Mais ce qui frappe d'étonnement le canadien qui, a la fin du dix-neuvième siècle, va visiter l'Europe fière de sa civilisation moderne, c'est d'y rencontrer à chaque pas, en plein Paris, la femme attelée, et, à Boulogne, offrant ses services comme portefaix pour porter sur son dos les lourdes valises des voyageurs!

Après tout, un pays qui, laissé à lui-même dans des circonstances très difficiles, est arrivé au point où se trouve le Canada aujourd'hui ; qui, malgré les plus grands obstacles, est parvenu à se créer une quasi indépendance ; un pays où l'autorité civile est respectée, et où l'autorité religieuse est, non-seulement honorée, mais entourée d’admirationetd'amour; un pays où Ja foi grandit en proportion de l'accroissement de la population ; qui mérite, par son attachement sincère au Souverain Pontife, de recevoir de Sa Sainteté la faveur la plus honorable qui puisse lui être accordée, celle d’avoirun Cardinal à la tête de son clergé, —un tel pays n’est pas un pays arriéré, et peut fièrement comparer sa civilisation à celle des autres pays.

If LE CARDINALAT

On donne plusieurs étymologies au nom de Cardinal, Les uns le font dériver du mot latin cardo, qui signifie pivot ou le point fondamental sur lequel tourne un objet. Les cardinaux auraient reçu ce nom parce qu'ils sont, en effet, la base de la hiérarchie de l'Eglise. D'autres, comme Bellarmin, pensent que ce nom a été emprunté aux grands officiers de la cour des empereurs romains, parce que, suivant l'expression reçue, une fois attachés par leur titre à une église, ils y étaient comme fixés, incardinati.

Quant à l'époque où ce nom fut introduit dans l'Eglise, la chose n’est pas non plus facile à déterminer. Ce qui est certain, c'est qu'au commencement du quatrième siècle, le nom de cardinal était déjà en usage, puisque les actes du Concile de Nicée, l'an 325, en font mention.

La dignité de cardinal est la première dans l'Eglise après celle du Souverain Pontife. Les cardinaux ont trois fonctions à remplir : [a première leur est commune avec les évêques, les prêtres et les diacres, puisque tous les cardinaux exercent ou la charge d’évêque, ou celle de prêtre, ou celle de diacre; la deuxième est celle d'élire le Souverain Pontife ; la troisième est de l'aider de leurs conseils, de l'entourer de leur expérience et de leur dévouement.

Ils jouissaient autrefois à Rome du privilège d'obtenir la grâce d'un criminel condamné à mort. Le jour de l’exécution, si le cortège rencontrait un cardinal sur son chemin, le coupable était de suite remis en liberté.

Le nombre des cardinaux a considérablement varié suivant les circonstances. Au treizième siècle, on n’en comptait que sept. Au quatorzième siècle, on en éleva le nombre à vingttrois. Les conciles de Constance et de Bâle le fixèrent à vingtquatre; ce qui fut observé jusqu'au seizième siècle, sous le

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