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RÉPONSE DE SON ÉMINENCE AU COMTE GAZZOLI

Monsieur le Comte,

Je vous remercie beaucoup de n'avoir pas reculé devant le voyage d'Amérique pour m'apporter le premier insigne de

la dignité cardinalice, à laquelle il a plu à Sa Sainteté de m'appeler. C'est un grand honneur que le Saint-Père glorieusement régnant a fait au Canada. Je sais que cet honneur ne s'adresse pas tant à ma personne qu’à la foi et à la fidélité des catholiques de ce pays. Il y a plus de 200 ans, lorsque le premier évêque de Québec est arrivé ici, à peine quelques familles françaises étaient établies sur ces rivages. Et mainteuant nous sommes au-delà d'un million de canadiens-français.

Je puis dire que le cœur de ce million de canadiens tressaille en ce moment de reconnaissance el d'amour pour le chef auguste de l’Fglise, qui vient de conférer au Canada un si glorieux privilège. Je prie le bon Dieu, M. le Comte, pour que votre voyage soit aussi heureux et aussi agréable que possible, et j'espère que, lors de votre retour à Rome, vous redirez à Sa Saintelé Léon XIIT combien ses enfants du Canada sont fiers et reconnaissants de l'honneur qu’il leur a fait.

Après ces paroles, qui furent couvertes de chaleureux applaudissements, le Cardinal donna sa bénédiction à toute l'assistance ; puis chacun fut admis à présenter ses hommages à Son Éminence et à l'envoyé de Sa Sainteté,

Lorsque Son Excellence le Comte Gazzoli se montra sur le seuil du palais pour remonter dans la voiture qui devait le reconduire à l'hôtel Saint-Louis, il fut salué par les joyeuses acclamations de la foule qui encombrait les abords.

A partir du moment de sa première apparition à Québec, Son Excellence M. le Comte Charles Gazzoli a été, de la part des autorités religieuses et des plus hautes notabilités de toutes croyances et de toutes nationalités, l’objet d’une recherche particulière et d’une respectueuse sympathie. On était sans doute heureux de rencontrer en lui les qualités réelles qui le rendaient personnellement digne de ces hommages ; mais ce

que l’on respectait surtout et ce que l'on voulait particulièrement honorer en sa personne, c'était sa qualité d'Envoyé du Souverain Pontife. A ce titre, et pour faire ressortir duvantage l'esprit de foi de notre population, nous croyons devoir rappeler ici les principales circonstances de son séjour à Québec.

Comme Son Éminence le Cardinal, qui avait interrompu sa visite pastorale pour la cérémonie du 29 juin, devait repartir le soir même, à 6 heures, pour la continuer, il voulut, avant son départ, honorer spécialement Son Excellence le Comte Gazzoli en l'invitant à diner ce même jour à 4 heures. A cause du départ de Son Éminence, qui ne pouvait être retardé, ce fut un repas intime, auquel ne furent admis, en dehors du personnel de l'archevêché, qu’un petit nombre de personnes ecclésiastiques el laïques.

Le lendemain, Son Excellence, accompagnée de M. le Grand Vicaire Legaré, alla faire visite officielle à madame la marquise de Lansdowne, à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, au Maire de Québec, au lieutenant-colonel Duchesnay, et à plusieurs autres notabilités de Québec.

Le 1° juillet, ea compagnie de Son Honneur le Maire de Québec, de M. le Grand Vicaire Legaré et de M. le colonel Duchesnay, le Comte Gazzoli allait visiter la belle chute Montmorency. Informé de la venue des distingués visiteurs, M. Bureau, le propriétaire de l'Hôtel Montmoreney, avait magnifiquement pavoisé sa demeure et fait préparer un délicieux goûter. Avant de rentrer à la ville, M. le Comte eut la délicate pensée de se rendre à Castel-le-Coucy, pour faire visite à l'honorable Juge J.-T. Taschereau, frère de Son Éminence le Cardinal.

Le dimanche suivant, on voulut donner au noble Comte le spectacle d’un dimanche daus une de nos paroisses de campagne. On ne pouvait mieux choisir : Beauport, dont le site enchanteur et la beauté de l’église ne le cèdent pas l'un à l’autre, devait avoir l'honneur de posséder Son Excellence ce jour-là.

SÉJOUR DU COMTE CINARLES GAZZOLI 101

La journée fut très belle. La paroisse, pensant qu'elle n'aurait pas souvent l'occasion d'être l'objet de la visite spéciale d'un envoyé du Saint-Siège, fit au Comte Gazzoli une réception enthousiaste. La route et les abords de l'église avaient été pavoisés à profusion, et toute la population se trouvait échelonnée sur le passage de Son Excellence, avide de contempler un envoyé du Pape. Dans le voisinage de l'église, des enfants vêtues de blanc remplirent littéralement de fleurs la voiture du Comte.

La messe et les vèpres, comme toujours à Beauport, furent {rès solennelles: la circonstance y prêtait doublement, vu qu'on célébrait la fête du Sacré-Cœur de Jésus et qu'on faisait l'ouverture solennelle du jubilé. M. le Comte, placé dans le bas-chœur pendant les deux offices, put se faire une idée exacte de la manière dont la populalion canadienne célèbre le dimanche dans nos campagnes, ainsi que de la tenue de nos églises et du soin avec lequel on y fait les cérémonies liturgiques.

Le midi, Son Excellence fût l'hôte de M. Adolphe Legaré, curé de la paroisse, Après les vêpres, le maire de Beauport ft à M.le Comte les honneurs de sa résidence, qui n’est ni plus ni moins que l'ancien manoir restauré du Marquis de Montcalm.

Somme toute, M. le Comte Gazzoli a été très touché de tout ce qu'il a vu et de la démonstration que lui a faite la brave population de Beauport. Il n’a pu s'empêcher d'avouer qu'il était loin de s'attendre à voir au Canada une aussi grande liberté religieuse, et un attachement si profond à tout ce qui touche au Saint-Père, à qui il s’est bien promis de faire part de ses impressions.

Le renvoi des grandes fêtes cardinalices au 20 et au 21 de juillet permit au Comte Gazzoli, qui voulait y assister, de faire une excursion aux chutes de Niagara. Il partit pour ce voyage le 7 juillet.

Les zouaves pontificaux ne pouvaient manquer de fèter un Garde-Noble de Sa Sainteté. ‘I avait donc été entendu qu’au

retour de Niagara de Son Excellence, les zouaves lui procure+ raient le plaisir d’une promenade au clair de la lune sur notre beau fleuve. Le jour fixé pour celte excursion fut jeudi, le 15 juillet. Le yacht à vapeur Yéga fut nolisé, et une centaine d'invitations furent envoyées aux principaux citoyens pour tenir compagnie à Son Excellence pendant ce petit voyage. Le but de l’excursion était la paroisse de Saint-Michel, à cinq lieues de Québec, et son beau petit sanctuaire de Notre-Damede-Lourdes. Le départ était fixé pour 7 heures précises du soir,

Le programme fut rempli à la lettre, sauf le beau temps et le clair de lune, qui firent malheureusement défaut. C'était l'un des plus beaux agréments du voyage qui manquait ; il fallut y suppléer par la bonne volonté, et faire, dans l’intérieur du vaisseau, une fête dont le charme principal devait être de se passer en plein air. M. le zouave Charles Trudelle, chef de l’excursion, se mulliplia, et, malgré les contretemps, les heures passèrent assez rapidement, A Saint-Michel, dont les principales maisons étaient illuminées, il devait ÿ avoir adresse, feux d’artifices ; mais la pluie, qui tombait à verse, dérangea tout le programme. Une chose cependant fut évidente pour Son Excellence, ce fut l'intention de tous et leur bonne volonté.

Le 16 juillet, jour où le Cardinal Taschereau, après avoir terminé sa tournée pastorale, devait revenir à Québec, le Comte Gazzolli, en compagnie de M. le Grand Vicaire Legaré, alla jusqu’à Lorette au devant de Son Éminence, et put se faire une idée de l’élan plein de foi avec lequel nos paroisses de campagne savent recevoir leur premier pasteur. M. le Comte profita de son voyage à Lorelte pour aller visiter le village Huron de cette paroisse, dont nous avons parlé plus haut. Il fut courloisement reçu par les chefs, qui lui présentèrent une adresse écrite en langue huronne, à l’ancienne façon, sur une écorce de bouleau.

En outre de ces excursions, qui se firent avec un certain éclat, M. le Comte Gazzoli a élé, jusqu'à son départ, le 23 juillet, l’objet d’une attention empressée d'un caractse plus

intime, de la part de la haute classe de la société québecquoise. Ces invitations et ces réceptions cordiales auront, nous l'espée rons, contribué à produire dans son esprit une impression favorable, el lui auront permis d'emporter avec lui un souvenir agréable de ce que, en dépit de sa jeunesse relative en comparaison avec Rome, nous appelons en Amérique la bonne vieille ville de Québec.

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