LANSDOWNE, GOUVERNEUR, MASSON, LIEUTENANT-GOUVERNEUR
LANGELIER, MAIRE, Dans chacun des quatre angles on avait ménagé des niches artistement faites et qui devaient contenir, pendant la procession, de gracieuses pelites sialues vivantes, dont les vêtements
blancs, se détachant nettement sur le fond de verdure des niches, ont produit le plus charmant effet.
Sur la rue Sainte-Ursule, en face de la station centrale de la brigade du feu, les pompiers, sous l'habile direction du chef Dorval, avaient, en guise d'arc de triomphe, dressé deux de leurs plus magnifiques échelles, dont la réunion par le haut formait une immense porte, garnie d'ornements appropriés, au milieu desquels se dessinaient une croix, une ancre et un cœur, avec l'inscription : For, EsPéRaNCE, CHaniTÉ. A côté se trouvait une estrade, destinée à recevoir un chœur d'enfants qui devaient chanter au passage de Son Éminence. Le tout formait un ensemble qui a été beaucoup loué.
Un peu plus loin, dans la même rue, on pouvait admirer trois autres arcs, très élégamment construits aux frais des citoyens de cette rue : le premier, entre MM. Taché et Roy, a été construit par M. Damase Vézina sur l’ordre de MM. Taché D' Roy, Archer, Dumoulin, D° Mackay et Marcoux ; le second, vis-à-vis la résidence de M. Owen Murphy, a été fait par M. Jos. Mathieu, aux frais de MM. Murphy, Gingrus, Talbot, D' Baillargeon, Lafrance et de Mesdames Hudon et Myrand ; le troisième, en face de la résidence de M. Fiémont, a été érigé par M. Joseph Bussières aux frais de Madame veuve Frémont et de M. Joseph Frémont.
Le treizième arc de triomphe était sur la rue Saint-Anne, vis-à-vis la Salle St-Patrice (ancienne Salle Victoria), érigé par M. Michel Boivin, sur l'ordre du Conseil-de-Ville de Québec.
En face du Bureau d'Enregistrement, le Gouvernement de la Province de Québec avait fait construire un second are, digne de ses émules, par M. Maxime Hudon.
Un arc d’un style tout à fait à part a été érigé à l'angle des rues Sainte-Anne et Des Jardins. 11 représentait une massive porte de ville en pierre, et faisait contraste, à son avantage, par sa forme et son apparence extérieure, avec les autres constructions. Cet are, construit par M. Patient Côté, était le troisième érigé aux frais du Conseil-de-Ville,
On a admiré beaucoup l'arc de triomphe que les Dames religieuses Ursulines ont fait construire en face de leur chapelle par M. H. Villeneuve, leur maître-menuisier, Joint aux autres décorations de la façade du couvent, exécutées et distribuées avec le bon goût qui caractérise ces Dames, le tout ensemble formait une scène d'autant plus belle au moment de la procession, qu’elle était animée par des centaines de gracieuses petites têtes se pressant dans loutes les fenêtres et qui étaient loin de nuire au tableau.
Enfin, un dernier arc en verdure, de grandes dimensions, avait été construit, aux frais de la Fabrique de la Basilique, en face de la porte d'entrée de celle-ci, et lui servait comme de péristyle,. Cet arc, construit par M. Edouard Patry, était surmonté d’un balcon, auquel on arrivait par un escalier. C'était de là que Son Éminence, après la cérémonie religieuse dans la Basilique, allait donner solennellement la bénédiction à la foule que le défaut d'espace devait empêcher d'entrer dans l’église.
Sur le terrain de l’ancien collège des Jésuites, en face de la Basilique, l'archevêché avait fait construire, par M. Ouellet, architecte, un kiosque à jour, extrêmement élégant et d'assez grandes dimensions. C'était là que la procession devait s'arrêter pendant quelques instants pour permettre à Nosseigneurs les évêques et au clergé de revêtir leurs habits de chœur, puis prendre la têle de la procession et faire l'entrée solennelle dans la Basilique.
Nous ne devons pas omeltre de mentionner l'élégante construction dont le Conseil-de-Ville a fait entourer et recouvrir le jet d’eau de la Place d’Armes. C’est une pyramide à jour et pour ainsi dire aérienne, d’une construction très hardie, et de cent pieds de haut, vrai chef-d'œuvre d'équilibre. mécanique, quand on considère la légèreté des matériaux qui la composent. Eile a été construite par M. Paul Breton, sur les dessins et devis de M. le chevalier Charles Baillairgé, ingénieur de la ville. Cetle pyramide, qui a été si justement admirée,
devait jouer son principal rôle pendant l'illumination de la soirée du 21 juillet.
Notre vénérable Basilique avait, on le comprend, pris des airs de grande fête. Très sobre d'ornements, très simple dans ses formes intérieures, elle prête cependant admirablement à la décoration. Elle se transforme littéralement dans nos grandes solennités ; aussi la gradation des fêtes y estelle merveilleusement observée, Cette fois-ci, elle devait se surpasser, et elle l’a fait, Sous la direction d'habiles artistes, notre vieille cathédrale a revêtu un costume d'une élégance et d’un goût exquis.
Des tentures très riches ornaient le chœur, Le baldaquin, qui déjà par lui-même produit un si bel effet, était surmonté de deux groupes d’anges, portant chacun les divers insignes de la dignité du nouveau cardinal.
Le chœur et la nef étaient parsemés d'ornements et de décorations du meilleur goût. Au-dessus du chœur et dans toute la rangie de fenêtres qui se trouve au-dessus des arcades, on remarquait les écussons du Souverain Pontife el de Son Éminence.—Sur les arcades elles mêmes, tout le long de la nef, et au milieu de draperics gracieuses, élaient placés les écussons des quelques vingt-cinq diocèses du Dominion.
Qu'on joigne à cela l'ornementation de l'autel et l’illumination du chœur, toujours frites avec un goût exquis par les humbles et dévoués sacristains de la Basilique, dont la renommée à cel égard est parfaitement établie à Québec, et qui cette fois avaient déployé une richesse et un talent extraordinaire justement appréciés par les étrangers, —et l’on pourra se faire une idée de l'effet vraiment grandiose et saisissant que produisit, le 21 juillet, l'antique cathédrale de Québec pendant l'imposante cérémonie de la collation de la barrette. Même en dehors de la cérémonie, et par conséquent sans l'effet de l'illumination du chœur, ce fut, pendant les journées du 20 et du 21 juillet, une procession continuelle de visiteurs, tant étrangers que de la ville, qui voulurent jouir de ce spectacle
et qui ne tarissaient pas d'éloges sur sa magnificence.—Parmi ceux-ci, nos compatriotes protestants n'étaient pas les moins impressés ; el plus d’un soupir dut s'échapper de leur cœur en comparant ce culte si chaud et si vivifiant avec la froideur du leur, Puisseut ces soupirs se prolonger jusqu'à une parfaite conviction avec ses heureuses conséquences !
De bonne heure, le matin du 21 juillet, tout Québec était eur pied, soit pour achever les derniers préparatifs de la fête, soit pour y prendre part à un litre ou à un autre,
La cité de Champlain a vu de grandes fêtes et de spendides solennités, par lesquelles on rappelait les gloires de son existence civile ou religieuse. Mais jamais ses vieux murs n'avaient encore enfermé autant de splendeurs, autant de magnificence, et un tel déploiement de pompe. Jamais un tel concours de populations avides de voir et d'entendre n'avait envahi son enceinte. Tout le monde s'est donné la main pour produire ce spectacle, que des personnages illustres qui ont reçu l'hospitalité québecquoise déclarent incomparable.
Son Honneur le Maire de Québec avait demandé par proclamation que le 21 juillet {àt regardé comme jour de fête et que toutes les affaires civiles fussent suspendues. Nous ne croyons pas qu’il y ait eu, ce jour-là, un seul magasin d’ouvert ; toutes les usines, toutes les manufactures, toutes les boutiques sont demeurées fermées. Nos conciloyens anglais et protestants se sont généreusement associés à ce mouvement, et ont pris part à la fête comme à un évènement national. Il leur en est tenu bon compte.
Le ciel avait bien voulu se mettre de la partie et répondre aux vœux de tous: on ne pouvait désirer un temps plus propice pendant toute la journée.
Dès sept heures, une foule immense, venant de toutes les parties pe ville, ‘commença à se masser sur la vaste place
de la Basilique ; elle atteignit bientôt le chiffre d'au moins 20,000, tellement compacte que toute circulation devint impossible en cet endroit, el que la cavalerie eut beaucoup de peine à y ouvrir le chemin strictement nécessaire pour laisser passer la procession, Celte masse de peuple, qui ne pouvait être admise dans l’église, et qui n'y comptait pas non plus, se résigna bien volontairement à attendre depuis 7 et 8 heures du malin jusqu’à midi, afin d’avoir la satisfaction et le bonheur de voir Son Éminence à sa sortie de la Basilique après ia cérémonie, et de recevoir la bénédiction qu’Elle devait donner du haut du balcon improvisé devant la porte de la cathédrale.
Outre la foule stationnant sur la place de la Basilique, tout le parcours de la procession, et notamment l'immense espace vacant près de l'École Normale, était bondé de monde, qui ne laissait que bien juste le milieu de la rue pour le pass?ge du cortège. On estime à au moins 50,000 le nombre des personnes formant ainsi une double haie compacte sur le trajet, relativement peu considérable, entre le palais du Cardinal et la Basilique. En outre, toutes les fenêtres sur le même circuit étaient remplies de spectateurs, avides de jouir du spectacle qui allait se dérouler sous leurs yeux.
Or, dans cette immense foule, pas un cri, pas le moindre tumulte. Cette tranquillité, du reste, a été le caractère général, et non le n ;:s admiré par les étrangers, de la population entière pendant toute la journée.
La procession commença à s'organiser entre 8 et 9 heures. Grâce au zèle et à l’habileté des commissaires-ordonnateurs, M. le lieutenant-colonel Arthur Evanturel et M. le major Crawford Lindsay, le programme, longtemps déterminé d’avance, s'exécuta dans un ordre parfait. Voici l’ordre de la procession, qui donnera une idée de son imposante splendeur :