TÉLÉGRAMME DE LA CONVENTION CANADIENNE A RUTLAND, VT
22 juin 1886.
Au Cardinal Taschereau, Québec.
Les Canadiens-français des Etats-Unis, réunis en Convention générale, envoient leurs respectueux hommages et leurs sincères félicitations au premier Cardinal Canadien, et le supplient humblement de leur accorder sa bénédiction.
Dr C.-A. Duré.
Il n’y a pas d'italiques dans les télégrammes. C’est nous qui avons souligné les derniers mots de la dépêche, pour faire apprécier l'esprit de ce peuple qui, réuni en convention générale, sollicite la bénédiction d’un évêque devenu Cardinal. Évidemment le bon Dieu réserve un avenir spécial à ce peuple-là.
Quelques jours plus tard, à l'occasion de la fête de la Saint- Jean-Baptiste, les Canadiens du Rhode-Island et du Massachusetts envoyèrent à leur tour le télégramme suivant :
Les CANADIENS DU RHODE-ISLAND ET pu MASSACHUSETTS.
Providence, R. I., 26 juin 1886. A Son Éminence le Cardinal Taschereau.
Les Canadiens du Rhode-Island et du Massachusetts, réunis à Providence pour célébrer leur fête nationale, présentent respectueusement leurs félicitations à Votre Éminence à l'occasion de son élévation au Cardinalat.
Dr MaranpaA e4 Cuas DaAURAY.
Plus tard, et surtout à l’époque des fètes cardinalices, d’autres télégrammes furent envoyés de différents centres importants, comme Lowell, Manchester, Milbury, de la part des sociétés diverses organisées parmi les Canadiens de ces endroits.
En même iemps, des lettres venaient aussi d’autres localités,
telles que 1e IN Sandy-Ilill, Worcester, Biddeford, expri-
mant toutes les mêmes sentiments de la part des compatriotes du dehors.
Ne pouvant reproduire ici toutes ces lettres, nous nous bornons à deux, qui représentent admirablement les idées de la population canadienne des Etats-Unis. Voici celle de Ja paroisse de Worcester :
LETTRE DE LA PAROISSE DE WORCESTER, Mass. AU CARDINAL . T'ASCHEREAU.
À Son Éminence Le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec, Canada.
Éminence,
Réunis en assemblée de paroisse, ce six juin 1886, les Canadiens de Worcester, Massachusetts, sont heureux de joindre leur voix au concert d'allégresse qui s'élève en ce moment partout où il y a des canadiens, pour célébrer l'heureux avènement de Votre Éminence à la dignité de Cardinal de l'Église catholique romaine, rendre hommage à vos vertus, à vos talents et à vos mérites, et remercier le Saint-Père d'avoir bien voulu appeler un Canadien à prendre place au rang des princes de l'Église.
Le canadien que les rigueurs du sort forcent à quitter son pays, vient sur le sol américain chereher du pain pour ses enfants, mais son cœur reste au pays qui l'a vu naître, el si les espaces terrestres le séparent des frères que Dieu lui avait donnés, l'identité des croyances, des sympathies et des aspirations demeure vivace, et nulle puissance ne pourra leffacer. Toujours son regard reste fixé sur ee point béni de l'univers où il a laissé une si large part de lui-même, et ee qui fait pleurer ses frères du Canada fait aussi couler ses larmes, tandis que ce qui les réjouit remplit son cœur d’une joie ineffable.
Poursuivant avec ardeur la mission que la Providence lui a évidemment confiée en le conduisant sur le sol étranger, et cherchant à s'identifier à la vie politique et sociale du pays qui Jui accorde l'hospitalité, afin d'exercer une influence salutaire
pour lui-mème et pour ceux qui l'entourent dans la société où . Dieu l'a placé, le Canadien émigré n'oublie cependant jamais de faire la part de la patrie absente, et cette influence qu'il désire est, surtout et avant lout, celle qui lui assurera le libre exercice de ses devoirs religieux et sociaux tels qu'ils lui sont enseignés par le noble exemple de ses ancêtres ainsi que par la voix autorisée des prêtres zélés qui ont qnitté famille et patrie pour le suivre dans son exil, et qui—dignes émules de leurs collègues du Canada—lui sacrifient tous les instants de leur vie, et consacrent leurs talents à le guider et à l'aider de leurs sages conseils,
Animés de ces sentiments, les Canadiens émigrés, nous le répétons, tiennent sans cesse leur regard tourné vers la patrie et ressentent vivement toutes les émolions qui font vibrer les cœurs au Canada.
Aussi ils sont inexprimables les sentiments de joie et de bonheur qu’ils ont épronvés à la nouvelle que le Père Commun des fidèles avait bien voulu distinguer notre jeune peuple et lui donner ane marque de sa sollicitude paternelle, en appelant un des nôtres au sein du Sacré-Collège,
Getle insigne faveur, rous la recevons avec bonheur de la main bénie qui la confère, et nous en sommes profondément reconnaissants, parce qu'elle nous assure, auprès du Pontife suprême, un protecteur puissant et dévoué, parce qu’elle assure aussi les progrès de la foi religieuse au sein de notre patrie, et enfin, parce qu’elle devra rehausser le prestige de notre nationalité, Notre joie est d'autant plus grande que nous reconnaissons, dans la personne choisie pour occuper le poste éminent auquel vous venez d’être élevé, les vertus, les talents et le dévouement qui font les hommes utiles, ainsi que les grandes et belles qualités du cœur et de l'esprit qui sont l'ornement el l'honneur des plus hautes dignités sur la terre.
Pourrions-nous d’ailleurs oublier cette charité ardente et ce patriotisme éclairé qui vous ont toujours fait embrasser la cause de vos compatriotes, non seulement de ceux que la pro-
vidence avait placés immédiatement sous vos soins paternels, mais aussi de ceux qu’elle avait conduits sur le sol étranger ? Non. Et, quand même nous ne verrions pas les immenses avantages qui doivent résuller, pour vos administrés et pour les Canadiens en général, de votre élévation à la dignité de prince de l’Église, la reconnaissance nous rendrait encore heureux de l'honneur qui vient de vous être conféré.
Permettez donc, Eminence, à vos eompatrioles de Worcester, membres de la famille exilée, de se joindre à leurs frères pour vous offrir leurs sincères félicitations à l'oceasion du bril- Jant témoignage d'estime que vous venez de recevoir du Chef de Ja Clirétienté, et que vous méritez à tant de litres. Permettez-nous aussi de joindre à nos félicitations l'expression de notre amour et des vœux ardents que nous faisons pour que la Providence vous accorde de longues et heureuses années dans votre nonvelle dignité, et qu’elle comble sans cesse de ses bénédictions une vie que vous avez su rendre si utile et si fructueuse en œuvres religieuses et patrioliques. La Providence, qui fait de votre élévation au Cardinalat l'occasion de tant de faveurs signalées pour notre pays—création de nouvelles provinces ecclésiastiques et aussi de nouveaux dignitaires de l'Eglise—ne s’arrêlera pas là, et elle exaucera nos vœux, nous en avons le ferme espoir. Aussi est-ce avec confiance que nous vous disons,
Eminence :
Ad multos annos /
Veuillez nous bénir, nous, nos familles, nos institutions et nos œuvres nationales et religieuses. Cette bénédiction sera pour nous un gage de persévérance et de progrès dans la voie
du devoir et de la justice.
(Signé) Rév. Jussrs Brouizzer, Pasteur.
Rév. Dauase DaiGNauLT, Assistant.
Rév. Jossen Mar.HanD, Assistant.