TÉLÉGRAMME DE MGR L'ABLÉGAT AU CARDINAL SECRÉTAIRE D'ÉTAT
Québec, 22 juillet 1886.
Au Cardinal Jacobint,
Rome, Lialie.
Ablégat, Mission remplie—enthousiasme indescriptible— États-Unis et Canada entier représentés—Nlumination, feu d’artilice—Discours par Cardinal, Ablégat et Gouverneur— Cardinal et peuple reconnaissants— Léon XIII acclamé.
O'Bnyen, Ablégat.
RÉPONSE
Rome, 22 juillet 1886.
A Monsignor O'Bryen, Ablégat Apostolique.
Saint-Père très satisfait de votre télégramme, vous bénit. CARDINAL JACOBINI.
Le chapitre de l’action de grâces serait bien long s’il fallait tout dire. On le comprend, la reconnaissance a été profonde, universelle. Toute la fête n'a été qu'un acte d'action de grâces à Dieu auteur de tout don, et au Saint-Père son représentant sur la terre. Toutefois, dans ce concours, il y a eu des obligés à des titres divers, qui ont senti le besoin d'exprimer
leur gratitude envers ceux qui leur avaient témoigné une bienveillance spéciale et à un titre plus spontané que celui du strict devoir.
Ce récit serait incomplet s’il ne renfermait les deux principales expressions de ce noble sentiment de la reconnaissance, l'une du clergé de l’Archidiocè se de Québec à Sa Sainteté Léon XIII, et l'autre de Son Éminence le Cardinal Tasehereau au puplic canadien. Voici ees deux documents :
ADRESSE DU CLERGÉ DE L'ARCHIDIOCÈSE DE QUÉBES A SA SAINTETÉ LE PAPE Léon XIII.
Très Saint Père,
Le clergé séculier et régulier de l’Archidiocèse de Québec, humblement prosterné à Vos pieds, s’empresse d'exprimer à Votre Saintelé les sentiments de profonde reconnaissance que lui inspire l'élévation de son vénérable Archevêque à la dignité cardinalice.
Bien des fois déjà, Très Saint Père, Vous avez voulu donner à Vos enfants du Canada d’'éclatants témoignages de cette sollicitude paternelle qui ne reconnaît point d'obstacles ni de limites: «Attingit a fine ad finem fortiter et disponit omnia suaviter.» Marchant sur les traces de son illustre prédécesseur, le vénéré Pie IX, Votre Sainteté avait daigné louer l'esprit de foi et de piété qui, grâces en soient rendues à Dieu, règne encore aujourd'hui dans notre chère patrie. Mais en élevant notre vénérable Archevêque à la sublime dignité de Prince de l'Église, en le faisant asseoir dans l’auguste sénat de la Sainte Église Romaine, mère et maîtresse de toutes les auires, Votre Sainteté à mis le comble à ses bienfaits.
Que Votre Sainteté nous permette de Lui parler ici avec la liberté et la sincérité d'enfants dévoués et reconnaissants.
Nous n’ignorions pas assurément quelle est la haute dignité des éminentissimes cardinaux de la Sainte Égbise Romaine, conseillers intimes du vicaire de Jésus-Christ, appelés à partager avec lui le soin de toutes les églises, à diriger sûrement
vers les félicités éternelles ces multitudes innombrables d'âmes chrétiennes répandues sur toute la surface de la terre, et dont les destinées sont si précieuses, puisqu'elles ont été rachetées au prix du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Eh n'est-ce pas aux cardinaux de la sainte Église que peuvent être appliquées, d'une manière toute spéciale, ces paroles de l'apôtre: « Attendite vobis et universo gregi, in quo vos Spiritus Sancius posuit episcopos regere Ecclesiam Dei, quam acquisivit sanguine suo ? »
Néanmoins, Très Saint Père, nous osions espérer que notre chère patrie et notre archidioeèse de Québec, le plus ancien de l'Amérique Septentrionale et la source féconde de tant d’autres diocèses, seraient bientôt appelés à fournir à l’Église un membre du Sacré Collège: « Repostta est kæc spes mea in sinu mve.» Toul nous le faisait espérer : la réunion en un seul état de toute l'Amérique anglaise ; la foi reconnue des nombreux fidèles qui sont répandus dans toutes les parties de la « Nouvelle-France», cette terre si bénie de Bieu, arrosée jadis du sang féeond des martyrs, et sans cesse parcourue dans tous les sens par tant de zélés missionnaires ; enfin la situation politique du Canada, stable et assurée, qui, sous l'égide protectrice de la grande nalion Britannique, jouit aujourd’hui d'une sage liberté et de l'indépendance religieuse garantie par les traités et par la constitution.
Mais, Très Saint Père, une aulre source et un autre fondement de nos désirs et de nos espérances, c'élait le mérite de aotre illustre Archevêque. Nous savons que nous exprimons es sentiments de Votre Sainteté, en rendant hommage aux éminentes vertus, à la sagesse et à la prudence surtout que aous l'avons vu dégloyer dans des cireenstances aussi difficiles que nombreuses, à l'activité dont il n’a jamais cessé de donner «les preuves par sa vigilance continuelle sur les pasteurs et sur leurs troupeaux, par la eréation de missions et de paroisses nouvelles, par les encouragements et le développement qu’il a donnés à la grande cause de l'instruction chrétienne, cette
cause si chère à Votre cœur de pontife et de père. Et ici, Très Saint Père, nous sommes heureux de Vous rappeler l'empressement tout filial avec lequel il s'est rendu aux désirs de Votre Sainteté, en donnant dans ses grands et ses petits séminaires une plus large place à l'étude de la théologie et de la philosopuie de saint Thomas. Nous n’ignorons pas quel prix Vous atlachez à ce relour aux enseignements de l'Ange de l'École, et quels heureux résullats il est légitimement permis d'en attendre pour la conciliation de la foi et de la seience aussi bien que de la société religieuse et de la société politique. Puisse la divine Providence bénir ce mouvement, dont Votre Sainteté a la gloire d’avoir pris l'initiative!
Nous ne dirons rien de la seienee de notre vénérable Arche-
vêque. Avant son élévation à l’épiscopat, il s'était rendu dans la ville éternelle, afin d'y puiser une connaissance plus profonde des sciences ecclésiastiques et des doctrines romaines. Ïl n'avait pas hésilé à entreprendre ee long voyage pour compléter, au milieu de la jeunesse studieuse qu'appellent de tous côlés à Rome la solidité et l'éclat de l’enseignement, ses études théologiques déjà si sérieuses et loujours prolongées. Plis tard son zèle et des affaires importantes qui regardaient le bien de la religion durent plusieurs fois Fy rappeler, et nous savons que ses verlus et ses talents y ont été hautement appréciés.
Maintenant, Très Saint Père, nos désirs sont remplis, nos vœux sont exaucés, par l'élévation de Monseigneur Elzéar- Alexandre Taschereau, notre vénérable Archevèque, à la dignité cardinalice.
La joie du Pontife et du père rejaillit sur ses coopérateurs et sur ses enfants. Aussi, dans la joie qui inonde nos cœurs, que pouvons-nous faire, que pouvons-nous dire ? Nous élevons nos regards vers le.ciel; nous adressons à Dieu tout puissant et à Votre Saintelé:nos actions de grâces pour un si grand bienfañ. Pour nous, et au nom des fidèles confiés à “es soins, nous protestons hautement de notre foi inébran-
lable, de notre dévouement au Saint-Siège et de notre obéissance absolue à l'auguste Pontife, qui gouverne avec tant de fermeté et de prudence la barque immortelle de Pierre.
Nous déclarons solennellement à Votre Sainteté que nous adhérons de lout cœur aux enseignements donnés dans Vos Encycliques, qui font l'admiration de tout l'univers, et qui ont jeté tant de lumières sur les questions les plus difficiles et les plus importantes pour le gouvernement des sociétés humaines.
Puisse le souverain dispensateur de tout bien et de toute grâce accorder encore à Votre Saintelé de nombreuses années! Les grandes choses qui ont honoré, jusqu'à présent, Votre pontificat rappellent les œuvres, l'habileté et les vertus de Vos plus illustres prédécesseurs. Elles ont eu déjà de précieux résultats pour le bonheur de l'Église et du monde, et elles sont un gage d’un heureux avenir,
Daignez, Très Saint Père, accueillir avec une bonté paternelle l'expression de ces sentiments et de ces vœux et répandre Vos hénédictions sur Vos fi's soumis et dévoués.
ee
Comme le nom de M' le grand vicaire Hamel se trouvait le premier sur la liste des signataires de cette adresse, ce fut lui qui eut l'honneur d'être l'heureux récipiendaire de la magnifique réponse suivante, que Son Éminence le Cardinal Secrétaire d'Etat fit au clergé signataire, au nom de Sa Sainteté :
Réponse DU CARDINAL SECRÉTAIRE D'ÉTAT AU CLERGÉ DE L'ARCHIDIOCÈSE DE QUÉBEC.
Traduction.
Au Très Révérend Tomas E. HAMEL, Vicaire Géneral, Québec.
llustrissime Monsieur,
L'adresse filiale dans laquelle Votre Seigneurie Illustrissime et tout le Clergé séculier et régulier de l’archidiocèse de Québec, rendent grâce au Saint-Père pour la promotion dé
leur vénérable Pasteur à la pourpre sacrée, a été lue par Sa Sainteté avec une satisfaction et une consolation toute particulière. En effet, non seulement elle contient les plus vifs sentiments d'affection et de dévouement de Ja part du Clergé envers le Saint-Siège, l'adhésion la plus explicite aux enseignements donaés au monde catholique par Sa Sainteté dans ses mémorables Encycliques, mais prouve aussi que, dans l'Archidiocèse de Québec, les liens les plus étroits unissent entre eux leur digne Pasteur et ses coopérateurs ecclésiastiques. C'est ce que désire très ardemment l'Auguste Chef de l'Eglise pour tous les diocèses du monde. C’est pourquoi, tout en se réjouissant de voir ce désir réalisé parmi vous, Il vous remercie et de l'hommage que vous avez rendu à Sa personne sacrée et de la satisfaction que vous avez causée à Son cœur. Vous exhorlant donc à conserver ioujours cet esprit de respect et d’obéissance au Saint-Siège et à Votre Chef immédiat, Il vous envoie dans toute l'effusion de Son âme la Sénédiciion Apostolique.
Priant Votre Seigneurie de faire connaître à ses collègues avec quelle satisfaction Sa Saintelé a accueilli cette démonstration de Votre foi et de Votre religieux dévouemerit, je me fais un devoir de me souscrire avec la considération la plus distinguée
De Votre Seigneurte Illustrissime le très dévoué serviteur,