ADRESSE BU CLERGÉ DE MONTRÉAL
A Son Éminence Elzéar-Alexandre Taschereau, Cardinal-Prêtre de la Sainte Kglise Romaine, Archevèque de Québec. Éminence, La grande cité catholique de Montréal se trouve profondément émue d'être la première à recevoir votre visite, depuis que vous êles revêtu des insignes du Cardinalat.
Le clergé, sentant plus que jamais s'éveiller son inaltérable allachement au Saint-Siège, s'empresse d'offrir ses humbles hommages el ses respectueuses félicitations à Votre Éminence et il vient saluer en elle, avec vénération, l'un des Princes de la Cour Poutificale, l'un des membres du Sacré-Collège, Fun de ceux qui, rangés dans ce Sénat Apostolique, doivent partager, avec le vicaire de Jésus-Christ, le gouvernement de l'Église universelle, et que leur dignité, la plus haute, aux yeux de la foi, après celle des Papes, désigne pour elroisir les successeurs infaillibles de Pierre.
Ainsi que nous l'entendions, il n'y a que quelques jours, de ja bouche du Délégué Pontifical, l'incomparable Léon XII, ce Pape dont les œuvres. les lumières et Ja sagesse remplissent le monde d'étonnement, a voulu, Éminenee, en vous appelant à monter sur les degrés de son trône Apostolique, reconnaitre les vertus qui brillent en vous cet la seience dont vous êles orné ; mais il a, en mème lemps, exalté par là toute nolre ualionalité, puisque c'est sur l'un des enfants du Canada que celte admirable gloire s'est reposée, Celle peusée, Éminence, remplit nos cœurs d’une des joies les plus sensibles. Votre dignité Cardinalice est. pour nous, de là part du Souverain Ponlife, comme ie don d’un amour paternel, le riche présent du Père commun des catholiques à des fils dévoués ; le beau témoignage rendu à Ja foi ipaltérable du Canada, à son obéissance au Saint-Siège, à son constant dévouement à la Sainte église Romaine.
Nous sommes heureux de songer que le Canada, si modeste à son otigine, si éprouvé dans son existence, commence à manifester sa féconde vitalité dans l'Église de Jésus-Christ; qu’il à maintenant son rang marqué parmi les nations catholiques, et surtout qu'il occupe une place d'honneur dans l'estime et dans les affections du vicaire de Jésus-Christ. C’est tout be passé de notre histoire que glorifie ainsi Ja plus haute autorité de Funivers, ef c'est aussi tout notre avenir plein d'éspérance que eellé
autorité nous montre inséparablement lié aux destinées immortelles de la chaire de vérité.
Mais ce qui accroil encore l'éclat de cette fête, £'est l'admisable spectacle qu'offre en ce memeat, dans celte ville de Marie, en présence d’illustres prélats, archevêques el évêques, aecouvus, soit des extrémités du NordÆ@uest, soit des bouches du Mississipi, contrées jadis dans les limites de l'antique église de Québee, ce qui, dis-je, excite notre admiration, c’est la rencontre à jamais mémorable du premier Cardinal canadien, remeltant les insignes de sa dignité au premier Archevêque de Montréal. Quel honneur pour cette église, quel bonheur pour tous ses enfants ! el aussi, quel espoir pour l'avenir, de voir l'éclat de la pourpre romaine se répandre sur le siège naissant des archevèques de Montréal.
A nos félicilalions et à nos hommages se joignent nos sincères remerciements. Merci, Eminence, pour avoir répondu avec tant de bienveillance à l'invitation qui vous a élé faite de venir imposer à un Pontife, que nous vénérons el que nous aimons, les insignes de La dignité plus élevée qu’il occupera désormais dans l'Église de D'eu, d'honorer la ville de Marie de votre première visile comme Cardinal, et de répandre sur {a métropole du Canada les prémisses des bénédictions plus abondantes attachées à votre éminente dignité.
Merci, illustres prélats, de la solennité que vous ajoutez par volre augusle présence, à une cérémoaie déj chère aux fidèles, et swrlout au clergé de Montréal et du diveèse. Veuillez agéer l'hommage de leur gratitude, dont je me fais le fi !èle iaterprète.
Nous voulons surtout que les vifs sentiments qui débordent de lous les cœurs, aillent jusqu’au Vatican et disent au Saint- Père combien nous lui sommes reconnaissuuts d'avoir donné, en même lemps, et un Cardinal à l'antique église de Québec, la mère de lant d'autres églises, et deux archevêques, l’un à Montréal, sans égal par ses grandes ressources et ses grandes œuvres, l'autre à Ollawa, la florissante capitale du Canada.
Le eomble de nos vœux sera que Sa Sainteté accepte, en retour de si magnifiques bienfaits, Passurance filiale de notre ferme constance dans la foi, de notre entière et sincère soumission à l’enseignement du Souverain Pontife, et de notre éternel dévouement au Siège Apostolique.
Après une réponse courte mais pleine d'à-propos de Son Éminenee, le elergé fit alors son entrée dans l’église. Le cardinal se L'ouvait accompagné, en outre de Mgr l'Ablégat, de vingt-trois archevêques et évêques : les archevèques Fabre de Montréal, Lynch de Toronto, Leray de la Nouvelle-Orléans, Duhamel d'Ollawa et Grass d’Orégon ; les évêqnes DeGoesbriand de Burlington, Melntyre de Charlottetown, Rogers de Chatham, Conroy de Curium, Langevin de Rimouski, Walsh de London, O'Hara de Scranton, O'Mahoney d'Udoxia, Wadhams d'Ogdensburg, Racine de Sherbrooke, Moreau de Saint-Hyaeinthe, Cleary de Kingston, Wigger de Newark, Lorrain de Pembrooke, Carbrey de Hamilton, Mass de Covington, Gravel de Nicolet.
Son Eminence célébra la sainte messe, assisté de M. le grand vicaire Legaré, de MM. les abbés Marois et Gagnon, comme diacres d'honneur, et de MM. les abbés Bourassa et Laforce comme diaere et sous-diaere d'office.
Un chœur de six cents voix, avec unorch’stre complet, sous la direction de M. Charles Labelle, exécula la messe du second ton harmonisé, qui avait été chantée au sacre de Mgr Fabre. M. J.-Ble Labelle touchait orgue.
Ce fut Sa Grandeur Mgr Mass qui prononça le sermon.
Après la messe eut lieu la cérémonie de la remise du Pallium à Sa Grandeur Mgr Fabre, premier archevêque de Montréal.
La cérémonie religieuse fat suivie d'un banquet dans la salle du Cabinet de Lecture Paroissial, magnifiquement décorée. 1} n’y eut aucun discours ; tout le Lemps du repas, qui dura environ une heure, le corps de musique des Carabiniers Victoria joua avec son kabileté bien connue.
Vers les quatre heures, Son Éminence et Mgr Fabre se rendirent à l’Hôtel-de-Ville, gr'acicusement mis à leur disposi-
tion par les autorités civiques, pour la réception officielle. Une foule immense encombrait les abords. Une cavalcade, sous la conduite du major Lapointe, faisait escorte aux distingués personaages.
Les décorations de l'Hôtel-de-Ville ne laissaient rien à désirer ; un goût irréprochable y avait présidé.
La réceplion eut lieu daas la salle du Conseil. Son Éminence occupait le fauteuil du maire et Mgr Fabre se trouvait à <a gauche.
Les premiers reçus furent les membres des facultés de l'Université Laval à Montréal, qui vinrent en corps présenter leurs hommages au prince de l'Église. Le Vice-Recteur, M. l'abhé Marcoux, se fit l'interprète de la députation et donna lecture de l'adresse suivante, au nom des facultés :
ADRESSE DE L'UNIVERSITÉ LAvAL À MONTRÉAL.
A Son Éminence Monseigneur E.-A. Taschereau, archevêque de Québec, Cardinal de la Sainte Église.
Éminence,
Le Vice-Recteur et les Professeurs de l’Université Laval à Montréal sont heureux de s'unir aux citoyens de cette ville pour rendre les hommages les plus respectueux et souhaiter la bienvenue au premier Cardinal canadien.
Nous avons l'honneur de saluer en votre personne un prince de l’Église, un membre du Sacré-Collège, de ce Sénat le plus auguste du monde. Nous saluons aussi en vous le chef de l'église de Québec, la plus ancienne église de l'Amérique du Nord, la mère de plus de quatre-vingts diocèses érigés dans les limites de l'ancien diocèse de Mgr de Laval.
Mais laissez nous reconnaître en même lemps, dans la personne de Votre Éminenee, sous l’éelat de la pourpre romaine, le Chancelier, le Visiteur de notre Université ; laissez-nous vous rappeler que vous en avez été un des fendateurs vénérés, un des professeurs les plus distingués, et un des protecteurs puissants ; permeltez-nous de vous rappeler ia part si grande que vous avez prise à l'établissement de l'Université Laval à
Montréal, et l'intérêt si paternel que vous prenez au développement de cette nouvelle branche greffée au (tronc principal.
Éminence, nous n’oublierons jamais ce que nous devons à votre sollicitude, à votre direction éclairée; et notre reconnaissance n'aura pas plus de bornes que Le souvenir de vos bienfaits. Nous vous remercions en parliculier d'être venu, en celte circonstance sotennelle, remettre le Pallium à notre vénérable Archevèque.
Bénissez votre Université, bénissez-la dans ses professeurs, afin qu’elle puisse rester digne de ses fondateurs, digne de Votre Eminenee, digne du Saint-Siège, qui l'a prise sous sa protection ; bénissez-la afin qu'elle puisse grandir et marcher toujours à la tête du vrai progrès, du progrès ehrétien, en donnant une impulsion nouvelle aux études solides dans toutes les sciences divines et humaines ; bénissez-la afin que bientôt s'élèvent, au sein de la grande ville de Montréal, des bâliments spacieux où de nombreux élèves puissent se presser autour des chaires de nos professeurs.
Nous avons à cœur de marcher sur les nobles traces que vous avez laissées ; et pour eela nous voulons toujours tourner nos regards vers Rome et vers ses représentants au miliew de nous ; nous nous engageons, comme des fils soumis, à suivre en tout les doctrines romaines ; et, lorsque Votre Éminence se rendra au centre de la catholicité, pout recevoir Je chapeau eardinalice des mains du grand Pontife qui préside aux destinées du monde chrétien, qu’Elle veuille bien dire à Sa Sainteté que le Saint-Siège n'a pas d'enfants plus dociles, ni de fils plus dévoués que les professeurs de PUniversité Laval.
J.-E. Mancoux, Ptre,