HUITIÈME LECON
44. Puis Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans les cieux, afin de séparer la nuit d'avec le jour ; et qu'ils servent de signes et pour les saisons, et pour les jours, et pour les années.
45. Et qu'ils soient pour luminaires dans l'étendue des cieux, afin de luire sur la terre : et ainsi fut.
16. Dieu donc fit deux grands luminaires (le plus grand pour dominer sur le jour, et le moindre pour dominer sur la nuit) et aussi les étoiles.
17. Et Dieu les mit dans l'étendue des cieux pour luire sur la terre.
48. Et pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon.
19. Ainsi fut le soir , ainsi fut le matin. Ge fut le quatrième jour.
Ce quatrième jour fut plus magnifique encore et plus merveilleux qu'aucun de ceux qui Pavaient précédé ; mais il est aussi pour nous de tous le plus étonnant peut-être et le plus mystérieux. En effet, à cette quatrième époque de la création, Dieu, par des moyens
étranges et par des révolutions puissantes dont la nature nous demeure entièrement inconnue, changeait les conditions de la lumière qui depuis des siècles avait éclairé la terre. Il en transportait alors le foyer ; il la concentrait autour du soleil pour la suite des siècles.
Ce globe immense, éloigné de nous à la distance de 55 millions de lieues , et autour duquel notre terre n’avait jamais cessé de tourner, ne fut donc point créé dans ce quatrième jour ; car il était déjà sorti des mains de Dieu dans ce commencement dont il est dit qu’alors Dieu créa les cieux et la terre. Seulement, il fut au quatrième jour allumé dé Dieu aussi bien que la lune, qui n’est que son miroir ou son réverbère , el qui commença tout naturellement dès ce jour à nous réfléchir ses clartés.
Aussi remarquez bien que Dieu ne dit pas alors avoir créé le soleil, la lune et les étoiles. Non, Dieu dit seulement : Qu'il y ait des luminaires , et Dieu fit des luminaires ; tout comme je pourrais dire de ce lustre obscur ,: qui pend depuis des années à la voûte de ce temple, et qui ne nous donne d’ordinaire aucune clarté, non plus que son réverbère,
parce que son gaz éteint demeure invisible, je pourrais dire ce soir : Qu'il y ait un luminaire, «et qu’il éclaire cet oratoire! » Pour cela j’enflammerais tout simplement son gaz jusqu’alors iuvisible. On ne dirait pas alors que j'y ai placé le lustre ; car il était déjà là depuis longues années ; mais on dirait que j'en ai fait un luminaire. Le soleil et la lune avaient donc été jusque-là des chandeliers obscurs dans l’immensité des cieux ; mais alors Dieu les allumant en fit des luminaires ; en sorte que ces deux globes devinrent nos flambeaux pour éclairer désormais nos jours et nos nuits, l’un par ses propres clartés et l’auire seulement par ses reflets. C’est done, je le répète, tout comme si je fermais à cette heure toutes les fenêtres de cet oratoire jusqu’à produire ici de profondes ténèbres, et qu’aussitôt . après j’allumasse dans ce lustre un jet de gaz ardent et continu.
Quel spectacle émouvant et magnifique que cette création mystérieuse du quatrième jour ! Ce fut une œuvre successive de ténebres et de lumière ; car 4 y eut un soir el un malin.
2e fut dans tout l'univers comme un feu d’artifice immense et sublime. Ce fut l’époque
d’une puissante révolution dans laquelle la lumière , jusque-là répandue sur la terre sans avoir de centre ou de foyer qui nous soit connu, fut rassemblée autour du soleil et des étoiles. Il y eut un soir, c’est-à-dire il y eut un obscurcissement immense et de vastes ténèbres dans lunivers au commencement de cette époque; puis 4 y eut un malin, lorsque le soleil enfin apparaissant, revêtu de lumière dans sa marche magnifique , embrasa pour la première fois le monde de ses clartés et de ses ardeurs. Ce fut le quatrième jour. Et Dieu vil que cela était bon.
Mais, me demanderez- vous sans doute, qu’était-ce donc comparativement que cette lumière dont notre terre et tout ce monde verdoyant des plantes, dont nous parlâmes dimanche dernier, avaient été si puissamment éclairés avant le quatrième jour ?
J'ai déjà répondu qu’on n’en sait rien : mais je réponds aussi que tous les savants modernes, croyants ou incrédules, reconnaissent que certainement la terre, avant la création de l’homme, fut éclairée d’une autre lumière que celle qui nous vient aujourd’hui du soleil. :
Et comment le savent-ils? me demanderez-
vous encore. Le voici, chers enfants, et vous devez vous rappeler que je vous en ai déjà dit quelques mots. Ils ont creusé la terre, et ils ont trouvé, non-seulement dans la froide Ecosse et tout près d’Edimbourg, mais dans le Canada plus froid encore, mais sur les bords glacés de la baie de Baffin , mais jusque dans l’île Melville , la plus septentrionale des régions de la terre où l’homme ait abordé, quoi ? des forêts magnifiques ensevelies, des arbres gigantesques qui ne pourraient vivre aujourd’hui que dans les pays les plus chauds de notre globe ; des palmiers, des arbres à pain et jusqu’à d'immenses fougères, qui n’auraient même pas assez de lumière aujourd’hui sur la terre pour venir dans la zone torride.
Voici, par exemple , ce qu’en dit le savant M. de Candolle, de Genève, dans la Bibliothèque universelle de 1835 (je vous lai copié ) : «Il fallait qu’autrefois une lumière plus égale füt jetée sur les régions polaires, une lumière inconnue maintenant ; et ce qui me paraît toujours un fait, c’est que les végétaux fossiles de la baie de Baffin étaient éclairés autrement que ceux qui vivent aujourdhui dans ces régions. »
Honneur donc encore, chers enfants, ici, honneur et révérence à la Parole de Dieu !
Tel fut le quatrième jour. — Alors vous auriez vu paraître dans les cieux ces deux globes éclatants ; alors, pour la première fois, les charmes attendrissants d’une nuit étoilée ; alors les douces et religieuses clartés du grand astre des nuits ; alors tous les feux du firmament inconnus jusque-là ; alors , pour la première fois, le soleil se levant sur nos montagnes et faisant le tour du ciel au-dessus de ce nouveau monde éclatant de fraicheur et de beauté,
L'univers à sa présence Semble sortir du néant.
Il prend sa course, il s’avance Comme un superbe géant.
Bientôt sa marche féconde Embrasse le tour du monde Dans le cercle qu’il décrit ;
Et par sa chaleur puissante, La nature languissante
Se ranime et se nourrit.
Mais pour que vous puissiez bien connaître incomparable beauté de cetie création des luminaires , il faut que vous étudiiez de plus pres celte lumière même qu’ils nous envoient ; car, parmi toutes les œuvres visibles du Tout-
Puissant, il n’en est point qui proclame si haut les richesses de sa sagesse et celles de sa grandeur. Je ne veux pas m’étendre ici sur cette merveilleuse lumière, mes amis; mais je voudrais au moins vous dire ce que vous pouvez comprendre , d’abord de sa rapidité, ensuite de son abondance, puis de ses couleurs, et enfin de ses rayonnements.
Sa rapidité ! Vous en faites-vous une idée ?
esprit en est confondu. D’où pensez-vous, par exemple, que venaient ce matin, à votre réveil, ces beaux rayons qui traversaient votre fenêtre , et qui, bientôt, ont inondé votre chambre de leurs feux ? Ah ! ils venaient de bien loin. Ils avaient fait 35 millions de lieues pour arriver à vous ! c’est la distance du soleil. Un homme qui voudrait faire le même chemin , à 35 lieues par jour, y mettrait un million de jours, c’est-à-dire tout près de 3,000 ans. Et cependant, ces rayons, com-
. bien pensez-vous qu’ils aient mis de temps ce
matin pour venir du soleil à votre fenêtre ? Juste 8 minutes et 13 secondes : on a pu le compter très-exactement au moyen des éclipses des lunes de Jupiter. Oui, 8 minutes el 135 secondes pour parcourir 55 millions de
lieues ; ce qui fait une vitesse de 70,000 lieues, non pas par jour, non pas par minute, mais par seconde, c’est-à-dire 70,000 lieues pendant que le pendule de l'horloge que vous voyez là audessus du poêle , fait un seul de ces petits tic tac que vous entendez. Regardez bien ici, mes amis , ce rayon qui vient de traverser la voûte . et quise projette là, sur la colonne ; regardez-le bien , car il était encore sur notre grand luminaire il y a 8 minutes et 13 secondes. Gerles, c’est un objet fort intéressant qu’un voyageur venu si vite et venu de si loin !
Mais si vous admirez la rapidité de la lumière, que direz-vous de son abondance ? Elle est, je crois, plus étonnante encore. Qui pourra se représenter ces torrents incommensurables de lumière qui jaillissent du soleil nuit et jour dans tous les sens de l'étendue et depuis tant de milliers ou de millions d'années, remplissant ainsi constamment de leurs flots sans cesse renouvelés l’immensité des espaces planétaires ! El ce n’est pas en vain que je dis que ces flots de lumière coulent la nuit et le jour ; j'ai vu bien des jeunes gens s’imaginer que la nuit, il fait nuit dans l’univers ; mais c’est une illusion d'enfant; car au contraire, il
fait constamment grand jour dans lPunivers entier. Pendant qu’à Genève vous ne voyez autour de vous que ténèbres, le monde est toujours inondé des clartés du soleil ; et lobscurité ne règne que sur la pauvre petite moitié du grain de poudre qu’on appelle {a Terre, pendant que cette petile moitié glisse dans l’ombre du soleil. Vous savez bien que pendant que nous dormons à Genève, nos antipodes d'Australie sortent de leurs maisons avec de grands parasols pour se garder de ses feux.
Et remarquez bien encore , mes amis , que si notre terre est tous les jours inondée des rayons du Soleil , la portion cependant qu’elle : en reçoit n’est qu’une partie infiniment, infiniment, infiniment petile des torrents impétueux de lumière qui jaillissent perpétuellement de cet asire et qui se répandent avec une rapidité si prodigieuse dans tous les sens’ de Vétendue. L’infinie petitesse de cette proportion de lumière que reçoit La Terre peut même se calculer aisément; car si je considère la sphère creuse de 70 millions de lieues en diamètre au fond de laquelle notre terreestsituée , sphère du centre de laquelle le soleil déverse nuilet jour en tous sens et comme à pure perte
ses torrents de lumière, je trouve, par un calcul très-simple, que l’on pourrait placer sur la surface intérieure de cette mêmesphère 83,000 millions de millions de globes tous semblables à la terre, lesquels pourraient tous recevoir la même portion quelle des rayons du soleil.
N’est-il donc pas vrai, comme je vous le disais, mes amis, que cette abondance de la lumière est un fait admirable? — Mais voyez maintenant ses merveilleuses couleurs.
Les rayons qui nous viennent directement du soleil sont, vous le savez, d'une blancheur éclatante. Si vous fermez soigneusement tous les volets de votre chambre jusqu’à la rendre complétement obscure, et si par un petit trou vous y faites entrer un rayon de soleil, il s’en ira tracer vis-à-vis, sur la paroi, un beau cercle de lumière blanche. Mais savez-vous ce qui arrivera de ce rayon, si vous placez en travers un prisme de verre bien poli? Quand le grand Newton fit pour la première fois cette frappante expérience, lui-même nous raconte qu’il tressaillait de joie. Voici ce que vous verrez. Le prisme décomposera ce beau faisceau de lumière blanche en sept faisceaux plus beaux encore de lumière magnifiquement colorée ,
qui viendront se peindre chacun à part sur la muraille dans l’ordre suivant : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Eh bien!
mes amis, ces beaux rayons colorés dont se compose tout rayon de lumiere blanche, ce sont eux qui, réfléchis de diverses manières selon la composition des corps, donnent leurs teintes diverses à tous les objets de la nature. N’estce pas que cela aussi est profondément admirable ? Mais je n’en dis pas ici davantage sur ce sujet, parce qu’il fautque je vous parle enfin des étonnants rayonnements de la lumière et de ses rapports plus étonnants encore avec l'œil de Phomme. Ah ! certainement, c’est ici ce quiréclame notre plus religieuse admiration.
Pour me faire mieux comprendre, il faut que je vous raconte un vieux souvenir de mon enfance. J'avais onze ans et j’étais au collège en quatrièmé classe; c’élait en hiver, par un beau jour de soleil, à heure de la récréation, où les . régents se promènent et les écoliers s’ébattent dans la cour du collège. Je crus alors, avec trois jeunes garçons de mon âge, avoir élé l’heureux témoin d’un éclatant miracle, ou du moins en possession d’une magnifique découverte. L’entrée de la quatrième*classe, à cause du froid,
était close de deux portes, formant, à six ou sept pieds l’une de l’autre, un petit vestibule où il faisait nuit quand elles étaient fermées. L’un de nos camarades, pour passer son temps, venait de percer avec une vrille un petit trou à la porte extérieure, lorsque trois ou quatre d’entre nous coururent s’enfermer entre les deux portes. Mais quel ne fut pas bientôt notre ravissement, quand sur la porte intérieure , qui avait été blanchie à la chaux, nous vimes se peindre avec de vives couleurs toute la cour du collège : les arbres, la maison du principal, les murs, les garçons, les régents ; mais tous renversés la têle en bas, et cependant tous si clairs et si nets, qu’on voyait courir les écoliers et qu’on les reconnaissait , surtout Pun d'eux portant un gilet rouge. Vous eussiez vu passer aussi les régents du collège, se promenant ensemble les mains derrière le dos.
Nous crümes au miracle ; le monde, pensionsnous, n’en vit Jamais de tel ; et nous courûmes le réciter dans nos maisons. Mais alors on nous répondit que le phénomène sexpliquait trèsbien par les rayonnements de la lumière. Tous les objets de la nature, nous dit-on, réfléchissent dans tous les sens comme des soleils ,
la lumière blanche ou colorée qu’ils ont reçue du grand luminaire. Chaque feuille d’un cerisier , par exemple, est un soleil de rayons verts qu’elle lance constamment par millions en tous sers, comme le soleil lance les siens; chaque cerise, un soleil de rayons rouges qu’elle lance également ; chaque fleur de jonquille, un soleil de rayons jaunes ; chaque lis, un soleil de rayons blancs. Et ainsi, par exemple, ajoutait-on, dans votre cour du collège, parmi tous ces millions de rayons qui, s'élançant de chaque objet, passaient invisibles dans l’air, il en était toujours quelquesuns qui, traversant en faibles pinceaux le petit trou de la porte de votre classe, se croisaient derrière ; et précisément parce qu'ils formaient chacun un très-petit pinceau distinct de lumière colorée, ils allaient se peindre vis-à-vis sur la porte blanche. C’est là, nous dit-on, ce qu’on appelle le phénomène de la chambre obscure ; et pour nous le faire mieux comprendre, on nous montra de petites chambres obscures portatives dont se servent les peintres, et dans lesquelles, pour avoir plus de lumière et plus de précision , on fait le trou beaucoup plus grand, en ayant soin d'y pla-
cer un verre convexe, qui recueille les pinceaux de lumière et les fait converger chacun respectivement en un seul point distinct,
Chers enfants, il est très-facile aujourd’hui de vous démontrer tout cela depuis l'invention des daguerréotypes. Allez, par exemple, demain avec votre bonne mère à la place de Bel- Air, chez un de nos artistes photographes ; priez-la de s’y asseoir, et priez Partiste de pointer sur elle sa chambre obscure. Alors , si vous vous placez près de lui, pour regarder l’intérieur de son instrument sous le voile dont il le recouvre, vous verrez les rayons de la lumière , réfléchis par la personne de votre mère , aller se peindre sur la planchette et reproduire avec perfection ses traits chéris.
Les voilà donc , mes amis, vous le voyez , les voilà pris sur le fait, les rayonnements merveilleux de la lumière !
Mais maintenant, me croirez-vous au ce qui me reste à vous dire sur un autre fait plus merveilleux encore ? C’est que votre œil luimême n’est qu'une chambre obscure dans sa perfection. Oui, une très-petite chambre obscure , au fond de laquelle tous les objets placés devant vous viennent se dessiner sur une
petite peau blanche d’un demi-pouce de diametre qu’on appelle la rétine. La pupille de votre œil, c’est le petit trou de la porte, et ce trou n’a tout au plus qu’une ligne et demie de largeur. Le cristallin de votre œil, c’est le verre convexe de l’instrument ; et la rétine de votre œil, c’est la paroi blanche sur laquelle les objets viennent se dessiner. Ainsi donc, mes chers jeunes amis, quand vous me voyez ici devant vous dans cetle tribune, ce n’est pas moi réellement que vous voyez ; ce n’est que mon image peinte sur votre rétine par les rayons réfléchis de la lumière. Et quand une mère sourit à son enfant, quand elle s’attendrit en le voyant, ce n’est pas à lui directement qu’elle sourit : c’est à sa douce image tracée au dedans de œil par les rayonnements de la lumière.
Et voulez-vous la preuve de ce que je viens de vous dire ? Allez à la boucherie demander qu’on veuille bien vous vendre un œil de bœuf. Si vous établissez convenablement cet œil dans une place obscure, et que là vous le mettiez en face de la campagne éclairée du soleil, en ayant soin de placer un papier blanc derrière l’œil à une courte distance, vous verrez sur ce papier se peindre la campagne.
Vous le comprenez done, mes amis, voilà ce qu'est notre œil, et tels sont dans notre œil les admirables rayonnements de la lumière.
Ah!il y a là tout un monde de beautés et de magnificences ; mais aussi il y à là tout un monde de grandeurs et d’immensités ; et ces immensilés encore dépassent de bien loin tout ce que mes paroles pourraient dire.
Supposez qu'au sortir de la leçon je vous mène tous ensemble au sommet de la tour de Bessinge. De là , nous contemplons au sudouest la ville de Genève, les clochers de Saint- Pierre, le fort de PEcluse ; au nord, notre beau lac jusqu’au port de Coppet ; et, devant nous, au couchant, les riantes villas de l’autre rive et ses coteaux jusqu’au pied du Jura. C’est ainsi que notre œil embrasse un espace d’au moins 15 lieues carrées. Qui pourrait dire que de millions de millions d'objets y rayonnent de toutes parts ? qui pourrait dire que de millions de millions de radiations envoient leurs faisceaux de rayons jusqu’au sommet de la tour de Bessinge, pour que là quelques-uns de ces faisceaux, réduits à l'épaisseur d’une ligne et demie, traversent notre pupille, secroisent dans notre œil et viennent se peindre dans notre
| — 165 — rétine ? Et remarquez bien que tandis que ces myriades de rayons, issus de myriades d’objets, se croisent dans des myriades de direc: tions diverses, chaque rayon cependant traverse la foule de tous les autres dans un ordre parfait ; et que, s’il y avait 1à 200,000 spectateurs qui couvrissent toute la colline de Bessinge, s’il y en avait même des milliers en Vair dans des aérostats, tous cependant, sans excepter le moindre pelit garçon, recevraient comme nous, chacun dans sa pupille, qui n’est que, d’une ligne et demie , les pinceaux de . rayons nécessaires pour voir les mêmes objets que nous ! Et si nous-mêmes nous changions de position sur le sommet de la tour , nous les verrions encore, au moyen d’autres pinceaux de lumière qui viendraient à la place des premiers pénétrer dans notre œil ! Pensez au petit espace dans lequel se dessinent tous ces objets : c’est un demi-pouce! Et pensez cependant à la netteté parfaite de ce magnifique tableau du lac, de la ville et des campagnes. Tout ce paysage de 15 lieues carrées se peint donc par les rayonnements de la lumière dans un espace d’un demi-pouce d’étendue.
Bien plus : tandis que je suis au sommet de la
QE tour, mon œil suit sur le lac, durant une demiheure, de Genève à Versoix, la marche du bâliment à vapeur. Ces deux lieues de chemin, qui font le tiers du paysage , n’occupent donc sur ma rétine que le tiers d’un demi-pouce, ou que l’espace de deux lignes ; et si le bâtiment a 66 pieds de long, ou la 200° partie d’une lieue, il n’occupera sur ma rétine que la 200° partie d’une ligne. Et cependant mon œil pourra suivre constamment ses progrès pendant une demi-heure dans l’espace de deux lieues ! Que dirait-on d’un peintre qui pourrait dessiner distinctement tout ce grand paysage avec tous ses détails el toutes ses couleurs sur l’espace d’un centime ? Eh bien, mes jeunes amis, ce travail qui dépasse toute la puissance de l’art, la lumière, par ses rayonnements, lPaccomplit partout et tous les jours, dans des millions et des millions d'hommes et d'enfants. Que dis-je ? elle Paccomplit dans l'œil d’un passereau ou d’une hirondelle qui traverse les airs, dans l'œil d’un aigle qui plane au haut des nues | À |
Ah ! chers enfants , n’en disons pas davantage x mais adorons ia puissance de Celui qui, après avoir créé la lumière au premier jour,
créa les luminaires au quatrième. Adorons Dieu dans la magnificence de ses œuvres.
Mais plus qu’une réflexion sur une parole de vos versets que je n’ai point expliquée. Il s’agit d’un secours précieux que la bonté divine préparait à l’homme pour le développe- ment de son âme et pour la sanctification de sa vie, quand plus tard il hahiterait la terre. Que ces luminaires, est-il écrit au verset 14°, servent de signe, et pour les saisons el pour les jours et pour les années.
Dieu voulait que l’homme püût mesurer el compter le temps, afin d'en apprendre la valeur et d’en régler l'emploi ; et pour cela que faisait-il ? IL lui plaçail dans les cieux une horloge parfaite et magnifique, qui montre lés heures, les jours, les semaines, les mois, les saisons et les années ; une horloge que personne ne remonte, et qui cependant va tou- jours el ne se détraque jamais! Remarquez bien , en effet, ces paroles de votre verset 14: : Puis Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l’élendue des cieux pour séparer le jour d'avec la nuit. Mais était-ce seulement pour séparer le jour d'avec la nuil? (ce qui, certes,
ést déjà bien nécessaire pour régler le repos et le travail de l’homme). Non; car il ajoute : Ef que ces luminaires servent de signes pour les saisons et pour les jours et pour les années.
Vous l’entendez, mes amis, voilà lhorloge du monde. Le cadran de cette horloge, c’est la voûte des cieux qui roule sur nos têtes, voute étoilée pendant les nuits, éclatante de lumière pendant les jours, et dont les bords, arrondis comme ceux d’une montre, reposent à Genève sur nos montagnes, ailleurs sur lhorizon des mers. Mais sur ce cadran magnifique, où sont les aiguilles ? Dieu, pour y montrer l’heure, en a planté deux, la grande et la petite. Ce sont deux aiguilles éclatantes qui marchent toujours et qui ne relardent ni n’avancent jamais. La grande, c’est le grand luminaire qui domine sur le jour, comme dit votre lecon , et qui, pendant qu’il semble tourner au-dessus de nos têtes d'orient en occident avec toute la voûte céleste , se levant chaque matin sur les Alpes pour aller se coucher chaque soir sur le Jura, marche en même temps sur le cadran des cieux en un sens contraire, c’est-à-dire d’occident en orient, ou du Jura vers les Alpes, avançant chaque jour de deux
mn D. A DO EN ET 7
— 169 — | fois sa largeur. Et la petite aiguille, c’est le petil luminaire, qui domine sur la nuit, et qui marche aussi dans le même ‘sens que le soleil, mais 12 fois plus vite, avançant chaque jour de 24 à 25 fois sa largeur, et faisant ainsi dans un mois tout le tour du cadran. En sorte qui si, par exemple, vour regardez ce soir à 6 heures la lune se coucher sur le Jura, et que vous examiniez soigneusement les étoiles qu’elle recouvre, demain vous la verrez se coucher sur la même montagne , mais trois quarts d'heure plus tard, parce qu’elle aura marché vers lorient de 24 fois sa largeur, et qu’alors elle recouvrira des étoiles beaucoup plus près des Alpes; si bien qu’on pourrait mettre 24 lunes entre la place qu’elle occupera demain dans le ciel et celle qu’elle occupe aujourd’hui.
Ah! que tout cela est beau, mes amis!
La lune, par ses quatre quartiers , qui durent chacun un peu plus de 7 Jours, nous donne les semaines et les mois. Le soleil, par sa marche dans le ciel, nous donne les quatre saisons et les années ; en même temps que, par la rotation journalière de la voûte des cieux au-dessus de nos têtes, il nous donne et
les jours et les heures. [Il nous les donne même si bien que nos meilleurs horlogers de Genève règlent tous leurs montres sur son midi, et que , dès les temps les plus anciens, les hommes ont mesuré sur des cadrans solaires la marche régulière de son ombre. Vous en avez tous vu dans nos Jardins ou sur nos temples de campagne ; et vous vous rappelez qu’à Jérusalem déjà, du temps d’Achaz , ou 730 ans avant Jésus-Christ, il y en avait un sur le palais des rois (1).
Mais maintenant, ce que je voudrais que vous comprissiez bien, mes chers jeunes amis, c’est la convenance , ou plutôt la nécessité de ce secours pour l’homme. Ah! ce n’est pas pour lui peu de chose que d’avoir constamment devant soi cette horloge des cieux, pour apprendre à mesurer son temps, pour être averti des heures de la prière, pour être rappelé régulièrement à la pensée de sa tâche, de la marche rapide des années et de la brièveté de sa vie! Sans ce secours, l’homme se fût abruti sur la terre, et sa vie y eût passé rapidement comme un songe inutile.
(1) Esaie, XXXVIIT, 8. 2 Rois, XX, 11.
Quand le fameux baron de Trenck sortit des noirs cachots de Magdebourg, où l’on ne pouvait distinguer les jours d’avec les nuits, et où le roi de Prusse lavait retenu dix ans, il croyait n’y être resté qu’un temps comparativement tres-court, parce qu’il y avait eu comparativement très-peu de pensées; et son étonnement fut extrême quand on lui dit qu'il y avait passé ce grand nombre d'années.
Les peuples barbares ignorent le prix des heures, et ne pensant pas à les compter , ils les dissipent follement. Les sauvages de l’A mérique, après leurs chasses et leurs courses de guerre, passent des semaines et des mois entiers à dormir ou à.jouer, sans se douter qu’ils perdent quelque chose; et l’on a dit souvent que les progrès d’un peuple dans la civilisation se peuvent mesurer par l’estime qu’il fait du temps et par le soin qu’il met à le compter. Mais si cela est vrai d’un peuple, combien plus encore du chrétien ! Ah! il faut voir le prix qu'il donne au temps! Ses heures ne sont plus à lui, mais à son Maître qui la racheté ; il sait qu’il en doit rendre compte , et il en veut être un économe fidèle; il se rap- pelle que la vie est courte et que « c’est au-
» jourd’hui le jour du salut. » Que de fois donc il fera monter vers le ciel cette prière de Moïse : « Seigneur, enseigne-moi à tellement » Compier mes jours, que j'en puisse avoir un » cœur de sagesse (1)! » et que de fois aussi il regardera l’horloge des cieux, pour se rappeler les heures de la prière! Voyez cette jeune fille convertie, voyez ce jeune chrétien devenu Sérieux : ah! quand ils pensent à cette parole de saint Paul : Rachétlez le temps (2), «O mon Dieu! » s’écrient-ils, «j'en ai bien à racheter! J'en ai tant perdu avant de te connaître, tant perdu même depuis que je te connais ! tant perdu en mauvaises paroles, tant perdu en mauvaises actions, tant perdu en mauvaises pensées, tant perdu même dans les heures où je semblais faire le bien : dans la prière , alors que mon cœur ne priait pas; dans le culte, alors que j'avais l'esprit tout plein de distractions ; dans Pacte de lire ou d’ouir ta Parole, alors que je n’écoutais pas et n’y prenais pas garde! ÔO mon Sauveur!
que je le rachète par ta grâce, ce temps si
(4) Ps. XC, 42.
(2) Ephés., V, 16. ”
précieux! Que je sois trouvé faisant ton œuvre quand tu viendras sur les nuées, et que pour cela ton horloge des cieux me rappelle souvent, comme aux anciens Gaël les heures de la prière ! »
Eten effet, chers enfants, ie anciens Israélites, à chaque lever du soleil, immolaient un agneau représentant « le véritable agneau de Dieu qui ôte le péché du monde; » à chaque coucher du soleil , encore un agneau; à chaque retour du soleil à l’équinoxe du printemps, l'agneau fameux de la pâque ; à chaque retour de l’équinoxe d'automne , la fête des trompettes ; à chaque renouvellement de la lune , les sacrifices de la Néoménie, et, à chacun de ses quartiers, les fêles du sabbat. Eh bien! mes amis, vous-mêmes soyez attentifs à cette horloge des cieux. Le soir, quand vous voyez ce beau luminaire se coucher derrière nos montagnes et ne plus dorer sur notre horizon que les plus hautes cimes du mont Blanc, dites-vous : « Ah! voilà qui m’appelle à la prière! Encore un jour, mon Dieu, que tu viens de me donner! Oh! fais qu’en attendant celui où je verrai ce même soleil se coucher pour la dernière fois, je puisse te dire
chaque soir comme mon Sauveur mourant :
« Mon Père, je remets mon esprit entre tes » mains; car tu m’as racheté, Ô Eternel ! Dieu » fort de vérité (1). » — Et la nuit, quand vous voyez la lune se promener silencieusement au milieu des étoiles, rappelez - vous Jésus-Christ en Gethsémané priant pour vous dans l’angoisse, sous les clartés de la pleine lune de mars : pensez à ses souffrances ; mais aussi pensez à Son retour sur les nuées des cieux ; car Vous ne savez pas si ce sera pour vous le soir, ou à minuit, où au chant du coq, ou au lever du jour. Et puis encore, quand, dans la fraîcheur d’un beau matin, vous voyez le soleil reparaître sur l’horizon des cieux et réveiller toute la nature, dites avec le Psalmiste :
« Mon âme donc, réveille-toi!
Ma lyre aussi, seconde-moi.
C'est devant Dieu qu’il faut paraître, Dès que le jour commence à naître! »
Dites : «O mon Seigneur et mon Dieu, Jésus- Cbrist, sois ma lumière! Tu es la lumière du monde ; tu es le soleil de justice ; tu portes la
(1) Ps. XXXI, 5, Luc,-XXIII, 46,
vie et la santé dans tes rayons; viens dans ce jour embraser et réjouir mon âme!» Ou bien encore, comme le bon Drelincourt :
Je l’invoque, Seigneur, en ouvrant la paupière ; Fais-moi, dès le matin, ressentir ta bonté,
Et verse dans mon cœur ta divine lumière.
Qu’au milieu des dangers de ma courte carrière, Soutenu par ta main, je marche en sûreté,
Et qu'enfin, par ta grâce et par ta vérité,
J'arrive en ton repos à mon heure dernière.
Je suis à ta justice un objet odieux ;
Mais, mon Dieu, lave-moi dans le sang précieux Que pour moi ton saint Fils versa sur le Calvaire. Que sans craindre la mort ni son noir appareil, J’entre, au sortir du jour qui luit sur l’hémisphère, Dans ce jour où les tiens n’ont que toi pour soleil.
On me récitera, pour dimanche prochain , du verset 20 au verset 25.