NEUVIÈME LECON
J'ai reçu cette semaine, à l’occasion de notre avant-dernière leçon , une lettre dont je remercie l’auteur, sans le connaître. Il me reprend d’avoir dit des plantes, qu’elles ont la vie. « Attribuer la vie aux plantes , » dit-il, « C’est renverser à la fois la révélation, la science et la philosophie. »
Il se trompe quant à la révélation, qui nous parle au contraire de la mort des plantes (1), et qui, par conséquent, leur attribue la vie. Il se trompe également quant à la science et à la philosophie, qui nous parlent constamment de la vie des plantes. Pour ne citer ici que trois membres illustres de l’Institut de
(4) Jude , 12,
France (Académie des sciences), voici ce que disait, le mois dernier, le savant Babinet, parlant dans la Revue des deux Mondes (p. 449) de ce qu’il appelle la vie végétale et la vie animale : « Tant pour les animaux que pour les plantes, il faudrait savoir ce que c’est que la vie. Or, c’est ce que nous ignorons complétement. » Encore: s’il fut jamais un représentant de la science et de la philosophie , c’est le grand Cuvier : il tient le même langage, comme vous le verrez bientôt. Et enfin, voici ce que vient d'écrire M. de Quatrefages, dans ses intéressants Souvenirs d'un naturaliste (1). « Dans nos recherches (sur lembryogènie), gardons-nous bien de séparer les planies des animaux ; car, dans les deux règnes, la matière brute, mise en œuvre par la vie, s'élève jusqu’à lorganisation sous lempire des mêmes lois. »
Mais lisons nos versets. |
20. Puis Dieu dit : Que les eaux produisent en loule abondance des reptiles qui aient vie; et qu'il y ait des oiseaux qui volent sur la terre vers l'étendue des cieux.
(1) Tome II, p. 299.
21. Dieu donc créa les grandes baleines etious les animaux se mouvant, lesquels les eaux produisirent en toute abondance selon leur espèce. Il créa aussi tout oiseau ayant des ailes, selon son espèce ; et Dieu vil que cela était bon.
29. Et Dieu les bénit en disant : Croissez el multipliez et remplissez les eaux dans les mers , et que les oiseaux mulliplient sur la terre.
23. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le cinquième jour.
24. Puis Dieu dit : Que la terre produise des animaux selon leur espèce ; le bétail, les reptiles et les bêtes de la terre selon leur espèce : et il fut ainsi.
25. Dieu donc fit les bêtes de la terre selon leur espèce, et le bétail selon son espèce , et les reptiles de la terre selon leur espèce ; et Dieu vil que cela élail bon.
Nous voici donc parvenus aux œuvres du cinquième jour et aux premiéres œuvres du sixième. Mais, avec laide de Dieu, je me propose aujourd’hui de chercher à vous les faire comprendre à la fois par la géologie et par la Bible, |
En effet, on a ces deux moyens de connaître l’histoire de la création, de même qu’on a deux manières de connaître l’histoire des anciens Assyriens et de Ninive leur capitale, qui fut détruite il y a 34 siècles : la première, en étudiant les historiens qui la racontent ; la seconde, en allant tout simplement fouiller la terre dans les ruines de Ninive, comme la fait il y a 12 ans M. Layard.
On y retrouve, non-seulement les palais magnifiques de Ninive la grande (cette ville de trois jours de chemin), mais les noms bibliques de Sennachérib , de Salmanazar, et de tant d'autres; on y retrouve même leurs portraits peints sous leurs yeux et sculptés sur la muraille , leurs guerres, leurs travaux, leurs victoires, leurs fêtes, leurs chasses, leurs cérémonies dessinées sur la paroi, et jusqu’à leurs archives écrites et gravées sur des tables de briques. Eh bien ! chers enfants , ce sont là précisément aussi les deux manières qu’on a de connaître l’histoire de notre terre.
La première et la plus sûre, c’est d'étudier la Bible qui nous la raconte ; mais la seconde, c’est de fouiller cette terre elle-même et d’étudier ses ruines; car on y peut voir, je vais
vous le montrer, les choses les plus étonnantes et les plus instruclives. C’est ce qu'ont fait depuis près de 100 ans les géologues, comme je vous le disais déjà dans une de mes dernières leçons, en vous parlant de MM. de Luc et de, Saussure. Vous vous rappelez, sans doute, combien de fois déjà je vous ai fait voir avec quelle précision leurs découvertes confirment les traits les plus hardis du récit de Moïse sur l’œuvre des quatre premiers jours; ces traits mêmes , que les savants d’autrefois ne voulaient pas croire et dont souvent ils se riaient. Eh bien ! mes chers enfants, je désire vous entretenir aujourd'hui plus au long sur ce sujet, à l’occasion du cinquième et du sixième jour; et j'espère pouvoir vous faire admirer, encore par cet endroit, ces précieuses pages de la Genèse. | Nous laissâmes donc dimanche notre terre au quatrième jour. Oh! qu’elle était déjà belle! Le grand luminaire des cieux s’était levé pour la première fois sur nos campagnes, éclatantes de toutes les magnificences primitives de la nature, sur les forêts, sur les prairies , sur les ruisseaux, sur les jardins de fleurs, C’était un paradis de verdure, le jar-
din des jardins dans sa première beauté. Mais ce jardin si beau était encore après tout un
désert inhabité. |
En vain le soleil se levait-il sur les montagnes ; en vain les nuages s’embrasaient-ils des plus riantes couleurs ; en vain la lune, pendant les nuits étoilées, se promenait-elle sur la voûte des cieux ; personne n’était là pour l’admirer, personne pour glorifier Dieu. Les rivières et leur doux murmure coulaient sans témoins dans les prairies ; les jasmins , les églantiers et les chèvrefeuilles chargés de fleurs se penchaient en silence sur leurs rives; les narcisses, la pervenche, le lis, la jacinthe et l’hortensia élevaient à l’envi au-dessus des prés leurs gracieuses corolles et répandaient dans l'air leurs plus doux parfums. Mais tout ce beau monde était morne et désert. Le palais était prêt, meublé, paré , décoré de guirlandes et tapissé de fleurs ; mais le roi n’y était pas ; tout était fait pour lui, mais il n’était point encore sorti de la poudre de la terre. Et non-seulement l’homme n’élait pas là pour contempler ses splendeurs et y adorer son Dieu, mais il n’y avait pas même un seul être vivant pour en jouir ; pas un animal dans les
forêts , pas un insecte dans les près , pas un oiseau dans les airs, pas une pelite aloueite pour saluer le lever du jour , pas un rossignol dans la ramée pour chanter son coucher, pas une abeille, pas une pauvre petite mouche pour bourdonner dans les fleurs, pas une fourmi dans la poussière. La vaste mer ellemême était sans habitants ; el vous. fussiez descendu dans ses profondeurs sans y voir, je ne dis pas des dauphins et des baleines, mais le moindre vermisseau.
Passons donc maintenant à l’œuvre magnifique du cinquième jour et passons aussi à celle du sixième. Tout cela va nous apparaître , mais en deux périodes successives , séparées par un soir. D'abord , au cinquième jour, les poissons, les animaux des mers et tout ce qui vole dans les airs au-dessus de la terre sur la face de l'étendue des cieux: Ensuite, au sixième Jour , les quadrupèdes , le bétail ei tout ce qui glisse ou qui rampe sur le sol.
Ecoutez bien vos versets, que je traduis littéralement comme M. de Rougemont.