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que—pouvaient aisément atterrir. Les rivières sont des grands chemins qui marchent, a dit Pascal. Cette pensée fait d’un trait l’histoire de nos premières voies publiques.
Outre les avantages d’une belle nature et d’un abord facile, cet endroit avait encore celui d’être un lieu de campement très recherché des sauvages. Les Montagnais et les Micmacs surtout s'y donnaient rendez-vous. Chaque année, on pouvait voir sur la grève s'élever la longue rangée de leurs wigwams. Sur les plus anciennes cartes du pays, cette anse est donnée comme un lieu où souvent cabannent les Suuvages ”.
Au milieu de ces enfants des bois, Guillaume Couture se trouvait chez lui.
C’est là, aux approches du fleuve et de ses amis de la forêt, que l’ancien voyageur résolut d'établir sa chaumière de colon.
Un ruisseau qui descend des collines boisées qui couronnent l'arrière du village de Lauzon 1 Il est malheureux que notre anglomanie ait fait de l'anse des
Sauvages, nom sous lequel cet endroit était connu depuis les comme icements de la colonie : Zndian Cove et anse Gilmour.
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et vient se jeter à la grève, après avoir alimenté la magnifique pièce d’eau que l’on voit maintenant dans le jardin du presbytère, servait de borne entre la ferme de Bissot et l'établissement de Couture. Cette onde claire et limpide, excellente à boire comme toutes les eaux jaillissant des rochers, répandait la vie et une agréable fraîcheur dans ces prés toujours verts.
À deux pas de la ville, le nouveau défricheur dut trouver aisément la main-d'œuvre et de l’aide pour construire sa demeure. Dans ces temps de mœurs patriarcales, où chacun vivait comme en communauté, les corvées étaient de mise, On se mettait gaiement à l’œuvre, sans compter ses peines et son travail. Le colon devait être alors maçon, charpentier, architecte à la fois.
Pendant que les uns s’occupaient de déserter ! la terre, les autres s’enfonçaient dans la forêt voisine pour y choisir les hois de construction. Les cèdres, les merisiers, les érables, les pins abondaient, il ne s'agissait que d’y mettre la cognée. Couture, qui avait des connaissances en charpenterie, dut tailler lui-même les pièces
1 Mot canadien qui signifie défiicher, et que l'on doit conserver.
de résistance de son habitation future. Nos ancêtres n’y mettaient pas tant de façon d'ailleurs pour construire une maison. L’élégance était sacrifiée au confort et à la solidité.
Les cailloux roulés des champs, amassés à la grève ou dans les lits desséchés des ruisseaux, baignés en plein mortier, faisaient des murailles résistables, Aux flancs de la colline voisine, le calcaire détaché, chauffé à blanc, broyé avec le sable du rivage se transformait en ciment :. Le carré principal de la maison, très bas d’ordinaire, s’appuyait sur de larges fondations. On dirait des commencements d’une forteresse. Le toit très élevé et très en pente laissait s'écouler aisément les eaux des pluies et la neige, et donnait à l’intérieur de vastes greniers pour la moisson. Portes et fenêtres étaient percées de facon à se garantir des vents violents du nord, C'était d’ailleurs une des principales préoccupations des constructeurs. On ne regardait pas
1 [l y eut, à Lévis, sous le régime français, plusieurs fours à chaux. Tout le long de la côte on en trouve encore des vestiges. Jne carte de 1690 nous montre dans l’anse Labadie le four à chaux de Mathurin Chovel qui, d’après les nombreux marchés de construction que l'on trouve sous son nom aux greffes des notaires, parait avoir été un “ntrepreneur célèbre dans son temps. Les fours à chaux que l'on voit encore au village de Lauzon, en arrière du couvent, sont mentionnés dans de très vieux documents. Les chaufourniers habitent maintenant Beauport et la côte de Beaupré.
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à la ligne droite. C’est ce qui explique pourquoi, daus la campagne, encore aujourd'hui, la façade des maisons n’est presque jamais parallèle au chemin. Cette disposition nécessitée par le climat du pays produit un eflet bizarre. On dirait que chaque maison a l'air de regarder ce qui se passe chez sa voisine,
De ci et de là, dans les épaisses murailles, on ménageait des meurtrières pour faire le coup de feu en cas d'attaque. C'étaient les vasistas du temps. Au centre de la maison s'élevait la cheminée massive. À la base, creusée d’un large foyer, devait pendre la crémaillère des jours de fête. Les planchers et les boiseries de pin et de cèdre répandaient une bonne odeur, à laquelle devait se mêler plus tard la senteur des épinettes fraîches coupées,—ornement rustique des jours d'été.
Il en est encore de ces vieilles bâtisses qui résistent aux efforts du temps et de l’âge. Les plantes des champs les recouvrent, les mousses et les lichens y font leur demeure ; les merles et les rossignols y bâtissent leurs nids. La vie et la verdure recherchent ces ruines. Le printemps, qui ne veut rien laisser dormir dans la nature, éveillent des échos dans ces foyers
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silencieux, pleins de mystère, aux frais gazouillemexnts des petits oiseaux du ciel,
es ruines toutes décrépites qu’elles paraissent ont encore une solidité vraiment étonnante. Il n’y a que l’action lente des saisons qui puissent les désagréger. La pioche du démolisseur n’en a pas facilement raison.
On l’a vu dernièrement quand il s’est agi d'accomplir l'acte de vandalisme qui s'est terminé par la disparition du vieux collège des jésuites. Les naïfs et les peureux s’en allaient, criant sur les toits, que cet édifice vermoulu finirait par tomber sur la tête des passants. C'était une vraie honte que de laisser s’étaler pareille décrépitude au plein milieu d’une ville civilisée. Les ministres, comme toujours, finirent par plier.
Les démolisseurs se mirent à l’œuvre. Pics et pioches attaquèrent ferme. Le vieux collège résista. Il fallut employer la poudre et le fulmi-coton. Les bourwe xs du voisinage, tout effarés, signalaient revasse: produites par les secousses des minces dans les murs de leurs maisons, quand le vieil édifice finit par céder *.
1 S'il eut résisté plus longtemps, tous les mangeurs de saucissons du vendredi en aurait accusé l'ordre des jésuites,
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