‹ Le premier colon de Lévis [microforme]Chapitre 14 sur 33 · RP · texte numérisé non relu

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Cette consultation nous laisse croire que Guillaume Couture, comme son compagnon martyr le bon Réné Goupil, avait fait vœu pendant sa captivité de se consacrer exclusivement au service des missions huronnes dans l’ordre de Jésus, ou de prendre l’habit de frère lui’. [l ne manque pas de laïcs qui, à cette époque, faisaient les mêmes promesses ?,

Ce n’est que trois ans après, cependant, que le voyageur devenu colon contracta mariage.

Le dix-huit de novembre 1649, c’est grande fête dans la maison de Couture à la Pointe de Lévy. M. Jean Le Sueur, ancien curé de Saint- Sauveur, en Normandie, et chapelain des hospitalières à Québec, y vient bénir l'union de son compatriote avec Anne Aymart, une fille du Poitou, née à Niort 5. Parmi les invités de l\ noce qui signèrent l’acte de célébration, on

1 La santé de Réné Goupil l'avait forcé de quitter le noviciat des jésuites de Rouen; mais quand il se vit prisonnier des Iroquois, et en route pour le lieu de son supplice, il dit au père Jogues : ‘ Mon Père, Dieu n'a toujours donné un grand désir de me consacrer à son service par les vœux de religion dans la compagnie de Jésus. Mes péchés m'en ont rendu indigne jusqu ici. Si vous le vouliez, mon Père, je ferais maintenant ces vœux en présence de mon Dieu, et de vous.” Le père Jogues, ému d’une si touchante prière, le laissa faire ses vœux de dévotion,

2 M. Benjamin Sullte donne à Couture le titre de serviteurdonné.— Histoire des C'anadiens- Français.

3 Greffe d'Audouard—18 novembre 1649 contrat de mariage de Guillaume Couture et de Anne Esmard.

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trouve des noms connus: c'est Olivier le Tardif, interprète, commis au magasin du Roy, à Québec, c'est Zacharie Cloutier, habitant du Château-Richer. Tous deux sont beaux-frères de l’épousée. C’est encore Charles Cadieu, un des ancêtres du célèbre voyageur dont la légende a gardé souvenir et dont la poésie a chanté la fin tragique. C'est Martin Grouvel, conducteur de barque, bien connu.

Le père Jean Aymart de son mariage avec Marie Bineau : avait eu trois filles. Venues au pays, elles avaient trouvé de bons partis.

Olivier le Tardif, sieur de la Porte, est un des compagnons de Champlain. [Il fut un des premiers à se plaindre des négligences de la compagnie de traite à l'égard de la colonie. En 1641, il fut nommé commis général de la compagnie des Cent-Associés. Marié d’abord à une fille de Guillaume Couillard, il avait épousé en secondes noces, en 1648, Barbe Aymart. Ilen eut plusieurs enfants dont la postérité est nombreuse.

Zacharie Cloutier, fils d’un des plus anciens colons du Château-Richer, propriétaire du fief du Buisson, avait épousé Madeleine Aymart

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Guillaume Couture, dès l’année précédente, semble intime dans ces familles. En effet, en novembre ’, on le voit assister, au manoir du seigneur Griffard, à Beauport, au mariage de Louise Cloutier, fille de Zacharie et veuve de François Marguerie, célèbre interprète aux Trois-Rivières, avec Jean Mignot-dit-Chatillon ?.

Voici l'acte de mariage de Guillaume Couture, tel qu'il se trouve aux registres de Québec :

« Le dix-huit de novembre mil six cent quarante-neuf, les bancs ayant été au préalable publiés savoir le premier et second banc le onze novembre et le troisième banc le quatorze et ne s'étant trouvé aucun empéchement légitime, nous Jean Le Sueur, prêtre, ayant pouvoir du supérieur du lieu, à interrogé Guillaume Cousture, fils de Guillaume Couture et de Magdeleine Mallet, de la paroisse de St Godard, Rouen, d’une part, et Anne Ksmart, fille de Jean Esmart et de Marie Bineau de la ville de Niort, paroisse de St. André, d'autre part, et ayant pris leur mutuel consentement par paroles de présents les a solennellement mariés en la maison du dit Couture à la pointe de Lévi en présence de témoins connus: Olivier Le Tardif, Martin Grouvel, Zacharie Cloutier, le père et le fils, Charles Cadieu.”

1 [O0 novembre 1648—.{rehives de la cure de Québec.

2 Ce Jean Mignot avait eu avant son mariage une aventure romanesque que nous raconte le Journal des Jésuites ;

« En février 1647, Barbe, sauvagesse séminariste des Ursulines, après y avoir demeuré quatre ans, en étant sortie, fut recherchée fortement et puissamment par un Français nommé Chatillon, qui pria les mères de la vouloir retenir jusqu'aux vaisseaux. Il donna assurance de sa volonté, mettant entre les mains des mères une rescription de 308 livres, dont il consentit que 100 fussent appliquées au profit de la fille, en cas qu'il manquât à sa parole. Mais il se trouva que la fille n’en voulut pas, et aima mieux un Sauvage et suivre les volontés de ses parents.”

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—Ce fut le premier mariage fait à la Pointe de Lévy :.

1 Le second mariage paraît avoir eu lieu le 10 novembre 1652. Ce fut celui de Jean Guiet (Guay), fils de Jean Guiet et de Marie Dumont, à Jeanne Mignon fille de François Mignon. M. Jean ! Le Sucur les maria, disant solennellement la messe à la Pointe de Lévi l ou côte de Lauzon en présence des sieurs Buissot et Cousture. (Archives ! de la cure de Québec), :

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Couture, tout en‘fixant sa demeure. à la Pointe de Lévy, n’abandonna pas définitivement son rude métier de voyageur. On le vit rendre envore à son pays d'importants services.

Interprète de la nation iroquoise, celle qui fut la plus perfide et la plus acharnée contre les Français, il eut souvent l’occasion d'engager avec elle, au nom des gouverneurs, d’importantes négociations. Les intimes liaisons qu'il avait contractées avec ces enfants de la forêt, la grande estime dont il jouissait dans les conseils de la nation, en firent un des plus utiles intermédiaires,

Les Iroquois, de tous les naturels du pays, furent certainement ceux qui portèrent les plus rudes coups aux commencements de la colonie.

Leurs incursions continuelles retardèrent de longtemps l'avancement du pays. Champlain, en arrivant dans la Nouveile- France, avait trouvé les Alsonquins, nation très puissante alors, aux prises avec les Iroquois. Il eut limprudence d’épouser la querelle des premiers.

Le sauvage d’un naturel rancunier considère qu’une injure ne doit jamais rester sans vengeance quand il faudrait des années pour l’assouvir. Les [roquois pardonnèrent difficilement cette première alliance. Ils se donnèrent de dépit aux Anglais, sans les aimer ; ils ne s’en servaient que pour se procurer des armes.

Cette nation comprenait cinq cantons séparés que dirigeaient des vieillards ambitieux, politiques, taciturnes, capables des plus grands vices et des plus grandes vertus, pouvant tout sacrifier à la patrie.

Pendant que les autres tribus se laissaient approcher par les Européens et recevaient leurs avances, les [roquois voyaient ces empiètements d'un œil jaloux. C’est par calcul qu’ils s'étaient unis aux Anglais. Quand leurs nouveaux alliés devenaient trop puissants, ils les abandonnaient ; ils s’unissaient à eux de nouveau quand les Fraucçais obtenaient la victoire. On vit ainsi un petit troupeau de sauvages se ménager entre deux grandes nations civilisées, chercher à détruire l’une par l’autre afin de rester maitre du pays !.

à Chateaubriand-—G'eénie du C'hristitnisine.

es RS Les plus féroces et les plus intrépides des hommes, les [roquois avaient lancé leurs partis de guerre par tout le pays. Rusés et tenaces, perfides et menteurs, pour eux tous les moyens étaient bons. Leurs guerriers, prêts à engager le combat, voyaient-ils que les adversaires étaient plus nombreux, des parlementaires étaient de suite détachés pour protester de leurs intentions pacifiques. Les conditions de paix s’arrêtaient pour être rompues presque aussitôt, sulvant leurs caprices et leurs intérêts, et ils trouvalent toujours des prétextes pour expliquer leur volte-face,

Cette poignée de guerriers intrépides, dans vingt ans de lutte, anéantit presque complètement les puissantes natiois ds Algonquins et des Hurons, sans compter plusieurs autres tribus importantes. Les Hurons, décimés, se réfugièrent sous les murs de Québec où leurs ennemis continuèrent à les traquer comme des bêtes fauves.

Presque toutes les nations sauvages qui jouèrent un rôle, autrefois, sont disparues. Il ne reste plus, de ei et là, que quelques tribus errantes et sans cohésion. L’Iroquois existe tou- Jours. Ce n’est plus qu'une ombre des cinq

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cantons des anciens jours. Mais les descendants encore nombreux ont conservé l'énergie, la ténacité et l’industrie de leurs ancêtres.

De tous les interprètes français, Guillaume Couture est celui qui semble avoir eu le plus

de prestige parmi cette nation si Vaillante et si difficile à manier.

Les Hurons, les Algonquins, les nations de l’intérieur comme celles du littoral avaient accepté avec bienveillance les avances des missionnaires, Ceux-ci avaient pu établir sur leurs territoires des missions florissantes.

L'Iroquois repoussa toujours les tentatives d'établissement que l’on voulut faire au milieu des cinq cantons. |

Ce n’est qu'en 1654 qu'un chef onnontagué invita les Français à bâtir un village au milieu du pays et à venir y habiter. Il est à remarquer que c’est par la tribu des Onnontagués que Couture avait été adopté pendant sa captivité. Les dispositions toutes pacifiques de cette tribu prouvent que le captif Couture y avait laissé une bonne semence.

Les Agniers, jaloux de voir les Français s’im-

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