NY
jette dernière mission ferme la carrière de Couture comme voyageur. Depuis un quart de siècle 1l avait été engagé à ce travail ardu. Les bords du lac Huron, les bois de la Nouvelle-Angleterre, les plaines du lac Saint- Jean et la baie d'Hudson, la rive nord du golfe Saint-Laurent avaient tour à tour été le théâtre de son dévouement et de son courage. Dans ces rudes expéditions l’homme devait s'user vite Agé de quarante-neuf ans, Couture avait fait sa large part et pouvsit laisser à d’autres le soin de continuer son œuvre.
Il faut dire que chaque historien a sur ce sujet son mode de raconter.
Charlevoix, d'ordinaire très exact, a étrangement confondu ces diverses expéditions.
La Potherie prétend que M. de Courcelles ne voulut point se laisser attendrir par les cris, les pleurs et lamentations des [roquois et qu'il fit pendre Agariata, celui-là même qui avait tué M. de Chazy et que Couture avait ramené à Québec, en présence des quarante députés de la nation. Ce genre de mort qu'ils n'avaient jamais vu, dit-il, les frappa si fort qu'il affermit la paix jusqu’en 1633. +.
Suivant Nicolas Perrot, la paix était sur le point de se conclure, lorsque dans un repas que M. de Tracy donnait aux chefs iroquois, un des Agaiers aurait levé le bras et dé:laré hautement que ce bras avait cassé la tête du sieur de Chazy 1. [1 n'en cassera pas d'autre,” aurait répondu le vieux général, et il aurait aussitôt fait étrangler l'insolent, rompu les conférences qui se tenaient pour la paix, et serait parti pour son expédition contre les Agaiers. Charlevoix a suivi Perrot dans son récit.
© La Potherie dit positivement que ce fut Agariata qui tua M. de Chazy, p. 89.
sr UE 22
Pendant ses longues absences, Couture avait pour le remplacer un travaillant du nom de Guillaume Durand. En 1653, il était son débiteur de deux cent vingt-cinq livres tournois. La convention qu'il fit pour se libérer d’un procès que Durand lui avait intenté pour gages et services nous indique quels étaient alors les modes de paiement. Lx moitié de la somme devait être payée en pois et l’autre moitié en anguilles. Durand promettait de donner quittance pourvu que les anguilles fussent bien
conditionnées, estimées et prisées suivant leurs
valeurs et prix courant dans le pays, et les
pois ‘“ bons, loyaux et marchands *.
Dans ces temps primitifs l'argent était presque chose inconnue parmi les colons. Les paiements se faisaient en nature. Les produits s’'échangealent. Le gouvernement et les riches négociants donnaient des lettres de change ou des traites sur les magasins du Roy ou sur le
1 Greffe d'Audouard. Cet accord eut pour témoins Marcel Molloyer, chirurgien, et Charles Sevestre, commis dans les maga. sins du pays.
D sn D
ei cote SPP PES
Eee à Mare 5 à
trésor, RES en Piones Le castor et l’anguille étaient d'ordinaire la monnaie courante du pays. Cette pénurie de numéraire se continua tout le temps de la domination française. A la conquête les colons eurent mille difficultés à faire changer la monnaie de carte qui avait été émise ".
Dans les intervalles de repos que lui laissait son métier, Couture habitait ordinairement à la Pointe de Lévy’. Il avait là comme un pied à terre où 1l pouvait prendre haleine et se délasser de ses fatigues.
1 La pêche à l'anguille était alors très heureuse. Dansles mois de septembre et octobre un seul en prendra pour sa part 40, 50, 60 et 70 mille (Relation de 1660). La Potherie raconte que la pêche d'anguilles que l’on faisait à Lotbinière était si considérable qu'il n’y avait pas d'endroit dans le pays où elle fut plus abondante. ‘“ Elles descendent, dit-il, du lac Ontario, autrement Frontenac, qui est à plus de cent lieues. TI y a aux environs de ce lac des marais pleins de vase de douze à quinze pieds de profondeur : les grandes eaux les en font sortir, et elles descendent vers les îles Toneata, qui en sont aussi toutes bordées ; elles se tiennent en. semble et font des amas gros comme des muids : les courants du lac les entraînent insensiblement dans des rapides, et lorsqu'elles sont dans le fleuve elles se répandent de toutes parts, mais elles donnent particulièrement au Platon, Saincte-Croix et Lotbinière. Un habitant en prend quelquefvis trois milliers à une marée ; elles sont beaucoup plus grosses qu'en France. C’est une manne dans la Nouvelle-France, et lorsque l’on sait bien les aprêter elles sont délicieuses. On en envoye aux îles de l'Amérique.” (tom. IL, p. 283. Hist. de l'Am. Mérid.)
2 Au greffe de Guillaume Audouard, le 16 septembre 1653, comparaît : ‘ honorable homme Guillaume Couture, habitant, demeurant ordinairement à la Pointe de Lévv,....,
> KC | a ”®, Len A cz E ” \ v. 2 K OP
SZ € &