‹ Le premier colon de Lévis [microforme]Chapitre 25 sur 33 · D CRÉÉ ES · texte numérisé non relu

D CRÉÉ ES

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Le délai s'écoule. M. Morel ainsi que le greffier est absent. On se décide de l'arrêter, malgré M. Dupont, qui veut que l’on étudie si le cas en litige est purement royal, ou s’il est mixte ou ecclésiastique.

Après vingt-deux jours de délibérés et d’hésitations, on se décide à l’arrestation. On voit l'embarras des conseillers par les précaut.ons

oratoires qu'ils font consigner au cahier des registres :—

Comme l'arrêt de contrainte par corps d'un ecclésiastique, y est-il dit, est d'une espèce nouvelle pour le Canada et qui ne s'y est pas encore vue jusqu'à présent, le conseil qui n'use de la sévérité qu'il exerce contre le dit Sieur Morel qu'après y avoir été forcé par les désobéissances réitérées qu'il a porté aux arrêts et ordonnances du conseil données contre lui et en maintenir l'autorité et celle de la justice royale dont il est le dépositaire sans avoir aucun dessein de blesser la considération qui est due au caractère de prêtrise dont le dit Sieur Morel est revêtu, a trouvé à propos de dresser la présente instruction, pour servir de règle aux huissiers qui seront commis pour l'exécution du dit arrêt et afin que dans icelle ile ne fassent rien qui puisse porter du scandale et blesser la considération qu'on doit avoir pour l'ordre de la prétrise.

Cette phrase cauteleuse, pleine de précautions, fournie de propositions incidentes, saupoudrée du respect dû à l'autorité royale et au caractère de la prêtrise, n’est certainement pas l’œuvre d'un greffier habitué à façonner un

plumitif. Rien que dans sa conformation on peut saisir l'embarras de celui qui en fut l’auteur.

Certes, ce n’était pas la première fois que le civil avait maille à partir avec le religieux. La rivalité de l'Eglise et du gouvernement, l’année précédente encore, avait fait éclater le procès fort bruyant de l'abbé Fénelon. Mais cet ecclésiastique avait été mis aux arrêts, pendant qu'il était au conseil et qu'il s’obstinait à refuser de répondre aux interrogations.

Aujourd’hui, il s'agissait d'aller appréhender au corps un ecclésiastique, dans sa propre résidence, et de lui faire traverser les rues de la ville entre deux recors.

Tempérament bilieux, esprit autoritaire, Frontenac avait pu se laisser emporter lorsqu'il vit l’abbé de Fénelon se couvrir en sa présence pendant qu’il présidait le conseil. L'abbé Morel avait décliné respectueusement la juridiction du conseil : il n’avait point fait d'éclat. Ses nombreuses missions lui avaient attiré l’estime et le respect. Que dirait Mgr de Laval, alors en voyage en France, à son retour, en apprenant le traitement que l’on avait fait subir à un rrêtre de son séminaire ?

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