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1 Lettre du 14 mars 1672, Manuscrits.
2 P. GU?, Manuscrits
fonctionnaire civil et la magistrature. La troupe
sur gis- régulière se rit de la milice. L'état veut la sont suprématie sur le clergé. Les colons maugréent
contre les Français de France qui, disent-ils,
ont tous les honneurs. Les Français pestent Fan contre les Canadiens. Les capitaines de milice a à et les officiers de justice des seigneuries veulent tel précéder les marguilliers ". Jusqu’aux bedeaux 4e qui se querellent avec les chantres d'église. tor-
- C'était surtout dans les cérémonies religieuses, où les corps de l’état avaient le plus souvent occasion de se rencontrer, que les règles d’étiquette devaient être le plus difficilement obser- Vées. Chacun voulait avoir le premier rang.
. Dans la cathédrale de Québec et à Montréal, le gouverneur général et l’intendant avaient chacun un prie-Dieu, dans le chœur. Le gouverneur se plaçait à droite, l’intendant à gauche. Le gouverneur était encensé après l'évêque et avant le chapitre. Dans les provessions, il suivait immédiatement le dais, précédé de ses gardes, des sergents et des huissiers :. Lorsque le conseil supérieur assistait en corps à l’église,
1 Edits et ordonnances vol. 1! p. 63.
2 Un édit du roi passé en 1716 règle minutieusement tout ce cérémonial.
le bedeau devait annoncer aux conseillers le temps où il fallait marcher dans les processions pour l’adoration de la croix, la présentation des cierges et des rameaux. Le pain bénit devait leur être distribué immédiatement après les ecclésiastiques et les chantres du chœur. Malheur à celui qui osait enfreindre les lois de cette étiquette.
Quand le gouverneur et l’intendant allaient entendre la messe dans les églises de la campagne, ils y faisaient porter leurs sièges et carreaux dans le lieu le plus éminent.
Dans ces endroits, le pain bénit était d’abord présenté au seigneur haut-justicier, ensuite an capitaine de la côte et aux juges de la seigneurie. Dans chaque bourgade, il devait y avoir une division générale des habitants. Les principaux qui prenaient soin des affaires avaient le premier rang, ils étaient suivis de ceux qui avaient le plus grand nombre d'enfants, à moins qu'ils n'en fussent empêchés par quelques graves raisons :,
On s'étonne, aujourd’hui, à bon droit, que tous
1 Edits et Ordonnances passim.
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ces honneurs aient été si souvent le sujet de querelles et de discordes telles qu’elles nécessitaient même l'intervention du roi. Notre temps s’accommode mal de cette étiquette et de ces distinctions. Dans le siècle autoritaire de Louis XIV, sous la gouverne de Frontenac, ces détails marchaient de pair avec les questions d'état. La fo-orme, comme dit l'avocat bègue de Beaumarchais, faisait bien trop souvent la loi.
Les écrivains anglais et, surtout, ceux de la Nouvelle-Angleterre, n’ont pas manqué de jeter du ridicule sur cette cour improvisée au milieu des forêts du Nouveau-Monde, en voyant nos gentilhommes campagnards porter l'épée et transformer le château Saint-Louis, en Œil de Bœuf. Ceux-là, avant de pleurer sur nous, devraient plutôt se souvenir des discussions fameuses qui signalèrent les réunions des puritains, leurs ancêtres. L'histoire se moque à bon droit de l’empereur romain qui faisait assembler le sénat pour savoir s’il devait manger un turbot à la sauce blanche ou au beurre noire. Que dire quand on voit la législature de la Nouvelle-Angleterre délibérer gravement sur la coupe-de la barbe, s'opposer à la coutume de porter des cheveux longs et se servir d’un texte de saint Paul pour appuyer les arguments
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qu'elle employait pour condamner cet usage comme immoral et digne de la plus sévère censure? Winthrop nous raconte que les députés de Boston invoquèrent l'exemple de Josaphat, d'Ochosias et de Pharaon Néchao pour savoir s'ils devaient prendre part à la querelle de d’Aulnay et de la Tour. S'il nous était permis de feuilleter les archives de nos voisins, on y trouverait des procès de sorcellerie dont les détails ne sont pas de nature à nous faire dire que les premiers yankees avaient cet esprit large et sans préjugés que l’on veut bien nous faire croire.
Dans ces petites querelles qui troublèrent si fort les commencements de la colonie, on peut voir en germe une grande question qui a passionné, de notre temps, bien des esprits. Il s’agit de savoir quil'emportera de l'Eglise ou de l'Etat. Frontenac, en accordant les honneurs à ses capitaines de milice et à ses officiers de justice, voulait prendre à parti les marguilliers et atteindre ainsi les ecclésiastiques qui participaient
à l'administration temporelle des églises.
C'est là le but continu des nombreuses ordonnances qui signalent son règne. Ce grand seigneur, éloigné malgré lui de la cour, regret-
tant peut-être les splendeurs de Versailles, où brillait son épouse avec les Sévigné et les Montespan, rêvait dans les forêts d'Amérique à l’autoritarisme et à la suprématie de ses officiers. L'administration de ce gouverneur, si grande et si glorieuse, gardera tache de cette lutte mesquine. Frontenac aurait pu mieux employer son énergie et son activité, Ces piqûres n'étaient pas dignes d’un esprit aussi large que le sien, de celui qui faisait répondre d ses ennemis par la bouche de ses canons.
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Les honneurs, dont M. de Frontenac tenait à faire si large part aux officiers de la justice, n'étaient pas—on le comprend—de nature à plaire aux margnilliers M. Jean Aubuchon, marchand à Montréal et pour lors marguillier, eut à cesujet maiïlle à partir avec le procureur fiscal dont il refusait de reconnaitre la préséance. Celui-ci porta plainte.
Le conseil, toujours empressé de maintenir ses prérogatives, saisit cette occasion pour promulguer de nouveau à grand bruit les volontés du roi par toutes les paroisses et seigneuries. [1 arrêta en outre qu’à l'avenir les officiers de justice auraient un banc après le seigneur et que le pain bénit, la paix, l’encens, la quête, les rameaux leur seraient donnés avant les marguilliers.
C'est alors qu'eut lieu un procès fameux dont nous croyons devoir relater les péripéties. Les personnages qui y prirent part, l'importance des questions en jeu, le rôle que dut y prendre Couture sont pour nous des légitimes raisons de croire que cet épisode peu connu de notre histoire trouve ici naturellement sa place.
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L’arrèt du conseil, affiché à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, au cap de Ia Madeleine et à Champlain n'avait pas eu les honneurs de la publication à la Pointe de Lévy.
Le jour de Pâques, l'huissier Grénaple s’y était rendu, mais les habitants lui signifièrent quelque peu violemment leur intention bien
arrêtée de ne point l'écouter. Il s’ensuivit une
bagarre et Génaple dressa procès-verbal. Les procès-verbaux d'alors étaient aussi funestes que ceux d'aujourd'hui. Maître Maugue, un des mutins, fut arrêté et logé dans les prisons de la ville. Grénaple, qui cumulait avec le métier de menuisier la profession de notaire et la charge de géôlier, se trouva à avoir sous sa garde un de ses persécuteurs. (Cette scène se passait au mois d'avril 1675, le jour de Pâques.
Guillaume Couture, mécontent de ses justiciables et contre qui la querelle semblait montée vu qu'il était juge sénéchal, porta plainte à M. de Frontenac. L’huissier Génaple accusa le curé, les marguilliers et les habitants de la Pointe-Lévy de lui avoir fait violence et d’avoir désobéi aux ordres du Conseil.
La Pointe de Lévy avait alors pour missicn-
naire un prêtre vaillant et dévoué. C'était
l'abbé Thomas Morel. M. Parkman, dans son histoire de l’ancien régime au Canada, le présente comme le type de nos anciens curés.
Sur les dépositions de Couture et de Génaple, M. Thomas Morel fut assigné à comparaître devant le conseil.
La simple querelle commencée à Montréal par le marguillier Aubuchon tournait au tragique. Les questions les plus graves furent agitées. On vit se renouveler alors la scène qui avait eu lieu l’année précédente quand l'abbé Fénelon fut assigné pour un sermon prononcé dans l’église des suipiciens à Montréal.
Au jour fixé pour l'audience, M. Morel comparut. L'histoire ne nous dit pas qu'il eutra au conseil le chapeau sur la tête comme l'avait fait l'abbé Fénelon, l’année précédente, mais il déclina la compétence du tribunal et demanda à être entendu devant ses pairs, par M. Henri de Bernières, son grand vicaire et son juge.
Le conseil, quelque peu embarrassé, après deux mois de délibération, rejette les préten-
tions de M. Morel, malgré le procureur-général M. Ruette d'Auteuil, et lui ordonne de comparaitre devant M. de Peyras, que l’on appointe commissaire-enquêteur. Ordre est en même temps donné à M. de Bernières de remettre au greffe les informations qu'il a prises.
M. Morel est en mission et M. de Bernières, se basant sur l’ordonnance de Melun, déclare en son nom qu'il désire savoir si le conseil juge l'offense dont il est accusé un cas privilégié et ajoute qu’il ne se croit justiciable que de l’officialité.
Après plusieurs réunions, le conseil ne peut s'entendre. M. de Peyras veut que M. Morel soit contraint par corps à comparaître ainsi que le greflier de l’officialité, Duquet, pour produire les dossiers. [Il accuse le procureur-général de ne pas faire son devoir et insinue qu'il y a uniformité entre ses réponses et celles des ecclésiastiques. C’est ainsi que pensent le gouverneur et M. de Vitray. Cependant M. Dupont défend le procureur-général et trouve que l’on ne peut arrêter M. Morel sans connaître les accusations portées contre lui. M. de Tilly veut temporiser et demande à ce qu'uu nouveau délai de trois jours soit donné à M. Morel pour comparaître. On se range de son avis.
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