‹ Le premier colon de Lévis [microforme]Chapitre 28 sur 33 · ESS · texte numérisé non relu

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Cependant Romain Becquet, notaire royal, dans les loisirs que lui procurait son incarcération, calculait les émoluments qu'il aurait pu faire, étant libre et dans son étude. Il fit remarquer au conseil qu'il était officier public, qu'il était chargé d’un grand nombre d’affaires, que tous les autres notaires de la ville étaient alors en voyage et que l'on devrait l'élargir à sa caution juratoire.

Le gouverneur, loin de s’attendrir sur son sort, demanda que Becquet fut resserré davantage, parce qu’il paraissait y avoir connivence entre les ecclésiastiques et lui pour ne pas remettre les papiers. Afin que le public n’eût pas à souffrir de l’opiniätreté de Becquet, il fut décidé qu'une personne capable et sans reproche serait nommé pour recevoir les actes jusqu'à ce que les autres notaires fussent de retour à la ville.

Le conseil, persistant toujours à détenir M, Morel, le 22 juillet suivant, M. Dudouyt communiqua copie des bulles de Mgr de Laval et des lettres patentes du Roï donnant juridiction ecclésiastique à l’évêque de Québec sur tout le Canada de préférence à l’évêque de Rouen qui avait cherché à maintenir son autorité en envoyant au pays l'abbé de Queylus.

Depuis quinze ans, disait M. Dudouyt, Mgr de Laval, par lui-même, ses grands vicaires et officiaux, a exercé cette juridiction sans conteste. Pourquoi rejeter notre demande de renvoi devant l’officialité ?

N'est-ce pas traiter rigoureusement M. Morel que de le retenir plus longtemps en prison sur un sujet qui le mérite assez peu ? M. Morel est très utile au service de Dieu. Les lieux éloignés où il avait coutume d'aller en mission pour y faire les fonctions curiales souffriront de son absence. 11 n’y a pas de prêtres au séminaire pour pouvoir y suppléer. Tous sont employés dans d'autres missions.

Que le conseil examine si M. Morel est coupable de quelque faute, et's’il est coupable, si son juge ecclésiastique n’en peut pas connaître, L'affaire dont il s’agit est personnelle. Voici un huissier qui verbalise sans témoins. 11 prétend que M. Morel l’a empêché d'afficher son arrêt et qu'il n’a pas voulu en recevoir la signification. Cette signification était faite le jour de Pâques. Il semble qu’en choisissant ce jour on a commis une faute repréhensible. [l n’est pas permis de faire des affiches et de les siguifier le jour de Pâques quand toutes les affaires doi-

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vent cesser pour ne s'occuper que du service divin’. Cette contestation devrait être un cas privilégié et l'ordonnance de Melun y est applicable.

Le conseil n’est pas composé comme il devrait l'être pour juger de cette matière. L'évé-

que est absent. Le roi, par son ordonnance de

1670, donne le droit aux ecclésiastiques à qui il est intenté des procès criminels de demander d'être jugés au Parlement, toute la grande chambre assemblée, —cette chambre comprend huit présidents et vingt-neuf conseillers dont dix sont clercs. Ce qui laisse à entendre que les sujets ecclésiastiques ne doivent pas être traduits devant des juridictions où 1l 1’y a pas un nombre de juges engagés à soutenir les privilèges de l'Eglise.

Telles étaient les raisons invoquées par le grand vicaire. Elles furent jugées fort valables, car le conseil finit par élargir M. Morel, à la caution de MM. de Bernières et Dudouyt.

On suivit dans le procès de M. Morel le

1 La proclamation des ordonnances du conseil se faisait au son du tambour vu que la trompette n'était pas en usage dans la colonie. (Reg des ord. de l'Inten‘lant, X mars 1727)

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même système de défense qu'avait adopté l'abbé de Fénelon, celni de récuser les juges. Ce dernier avait prétendu qu’il ne pouvait être jugé ni cité que par l’évêque. Pour M. Morel, on invoqua l'oflicialité. Ce qui laisse croire que ce tribunal ne fût institué qu’à la suite du procès de l'abbé Fénelon.

Le conseil, qui ne demandait pas mieux que de s'abstenir dans une question aussi délicate, fit sans doute droit sur les causes de récusation, car il n’est plus question du procès de l’abbé Morel dans les registres *.

L'abbé de Fénelon dut passer en France ?

et reçut l’ordre de ne plus retourner au Canada. L'abbé Morel, toujours infatigable, continua ses missions au sud dufleuve Saint-Laurent.

Dans le Plan général de l'estat présent des Missions du Canada, fait en l'année 1683, et qui servit de base au mémoire que Mgr de Laval présenta au roi, l’année suivante, sur la fixation d'un certain nombre de cures, il est dit que M.

1 Les détails de ce procès sont empruntés aux Jugements et Délibérations du Conseil supérieur pour 1679. (Vol. manus. déposé au secrétariat de la province.)

2 [1 y décéda en 1679 On sait que son frère, le célèbre évêque de Cambrai, avait eu, Ini aussi, l’idée de se consacrer aux missions du Canada,

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Morel desservait vingt-sept lieues de pays le long du grand fleuve, depuis la Rivière-du- Loup jusqu’à St-Thomas :.

1 L'abbé Tanguay dans son Répertoire du Clergé dit que M. Morel arriva à Québec le 22 août 1661 (3 et 41 Journal des Jésuites. Le mémoire de Mgr de Laval] dit: Monsieur Morel, prestre agé de 48 ans, venu de Frunce en 1660. On peut voir dans ce mémoire quelle était la population de la rive sud, depuis Saiut-Thomas en descendant, en 1683.

A la Rivière-du-Loup, qui est à 37 lieues de Québec, qui appartient à Monsieur de la Chesnaye, il y a 4 âmes,

Camouraska où il n'y a qu'un habitant.

La Bouteillerie, qui est à ?5 lieues de Québee, il y a 8 familles et 60 âmes.

La Combe, qui contient une liene et demie, il y a © familles et 40 âmes,

La seigneurie de Monsieur de St. Denys qui contient deux lieues, il y a deux familles et onze âmes.

La seigneurie de l’'Anglois, il y a deux âmes. La seigneurie de Geneviève L'Espinay, qui contient une lieue, il y a trois familles et cinq âmes.

onsecours (Islet), seigneurie du Sieur Bellanger, qui contient une lieue et demie, il y a sept familles et 41 âmes L'isle aux Grues, il y a trois familles et quinze âmes. L'isle aux Oyes, il y quatre familleset dix-huitâmes Ces deux iles sont éloignés de terre ferme le deux lieues. Le Cap St. Ignace qui contient une lieue, il y a 12 familles et 47 âmes.

La seigneuris: de Gamache et de Bellefontaine qui n'ont pas ensemble demie lieue, il y a 4 familles et 23 âmes.

Lu seigneurie de la rivière du sud (St. Thomas) autrement dite VEpinay, qui contient une lieue et demie, il ÿ a dix familles et vingt âmes.

1 y avait dans toute l'étendue de cette mission 63 famiiles et 328 âmes. Le missionnaire ne pouvait se reudre dans ces endroits

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Ce recensement fut fait par les curés et les missionnaires, {Abeille de 1849, nos 15 et seu.)

Le mot famille signifie établissement et 4me est synonyme d’une personne en âge de communier.

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Dans l'automne de 1687, au retour d’une mission qu'il fit à Champlain, il tomba dangereusement malade et mourut à Québec, le 23 de novembre. Son corps repose dans la cathédrale dont il était un des chanoines.

L'abbé Morel, arrivé au pays en 1660, mourait après un quart de siècle d’infatigable apostolat, Desservant tour à tour de la côte de Beaupré, de l'ile d'Orléans, de la côte du sud, il eut sous sa garde pendant près de quinze ans une étendue de plus de trente-sept liemes de pays.

Les péripéties de cette lutte aux honneurs suscitée par une poignée de colons perdus au milieu des bois forment un piquant épisode des mœurs du temps.

Guillaume Couture, homme de bien craignant Dieu, fidèle compagnon d'un martyr de la foi, celui que la mère de l’Incarnation appelle le bon Couture, se trouve le premier colon qui donna lieu à la contrainte par corps contre un ecclésiastique dans le pays. Ce n’est pas l'incident le moins bizarre de ce procès curieux.

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D'une bagarre commencée sur les côtes de la Pointe de Lévy, surgit le tribunal de loflicialité,

L'histoire ne nous dit pas si le juge sénéchal, après cette longue contestation qui dura près de quatre mois, eut tous les honneurs dus à son rang, Ceci ne l’empêcha pas cependant de continuer à s'occuper du bien être de ses justiciables,.

Au cours même du procès intenté à l'abbé Morel, le 16 juin 1675, ilse plaint au conseil que le service divin ne se fait à la côte de Lauzon que pendant cinq ou six mois de l'été, et, cependant, les dîimes sont payées exactement par tous les habitants du lieu. Il demande qu'il soit ordonné au grand vicaire de Bernières de faire faire le service tous les dimanches et jours de fête ou pour le moins de quinzaine en quinzaine. Il veut que chacun puisse s'acquitter de ses devoirs de chrétien et du culte que l’on doit à Dieu. Comme capitaine de milice, 1l pourra aussi faire publier plus aisément les ordonnances du conseil.

Vouture voulait avoir un curé résidant, mais ses rœux ne devaient point se réaliser encore.

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L'ordonnance de 1675, cause d’un si grand émoi parmi les colons de la Pointe de Lévy, nous donne äaturellement à supposer qu'il y avait déjà dans le temps, en cet endroit, une église et toute une organisation religieuse de paroisse. En effet, ce sont les marguilliers qui s'opposent à la publication de l'huissier Génaple et qui ne veulent point donner la préséance aux officiers de la justice dans les cérémonies. Où était ce premier temple de Dieu sur la côte sud ? La Cabane des Pères servait-elle d'église, ou comme c'était l'habitude dans les premiers temps, offrait-on le sacrifice dans la maison d’un habitant ?

À défaut de documents précis, le chercheur a recours aux preuves de circonstances. L’archéologie comme toutes les sciences humaines procède par tâtonnements. Klle étudie les origines, les coutumes, elle consulte la tradition et les vieux manuscrits, fouille le terrain, déblaie les ruines, scrut? !=s pierres.

Une vieille légende, racontée volontiers par les anciens, veut que /a Cabane des Pères ait servi d'aborà d'église. Plus tard, sur la grève de Sain!-Joser.h, dans les chantiers de M. Charland, :es rremiers colons auraient élevé le pre-

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On a vu le premier mariage fait à la Pointe de Lévy, dans la maison de Couture. A Saint- Nicolas, en 1686, le missionnaire baptisait dans la maison d'André Bergeron, et y disait la messe. Dans les premiers temps, les habitations se trouvant éloignées les unes des autres, ‘:s missionnaires allaient par les côtes c’:re:r leur ministère. [ls portaient avec eux leür c'iapelie et inscrivaient les naissances, mariages, décès sur des feuilles volantes ou dans un cahier qu'ils déposaient là où ils finissaienti par s’arréter .

Les premiers qui desservirent la côte de Lauzon furent les jésuites. De grandes concessions de terres leur furent données par les ge:tverneurs dans cette seigneurie “ parce qu'il: avaient exprimés le désir de faire tout :n leur pouvoir pour donner l'assistance spirituelle aux censitaires ” ?.

1 Plus tard nous aurons les maîtres d'école ambulants qui iront distribuer par les côtes les faveurs de l'abécé. M. de Gaspé novs décrira ses notaires antiques “ passant tous les trois mois chrrgés de leur étude précieusement conservé dans un sac de loup-mw: 4.”

2 21 janvier 1650—Octroi de Jean de Lauzo‘.

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