‹ Le premier livre pastoral de Maurice Du PlessysChapitre 5 sur 23 · PRINCE DES POETES ROMANS FRANÇAIS CES VERS · texte numérisé non relu

PRINCE DES POETES ROMANS FRANÇAIS CES VERS

M. Du Pl.

Ils veulent rebâtir les murailles de Troie. Malherbe.

Apollodore ! ton front juste est bienvenu !

T'en souviens-tu > c'était un soir, sous les lauriers.

L'Ordre était mutuel de la Terre à la Nue ;

Le vent d'Academus badinait dans les feuilles,

Et lorsque tu parus, aimable, sur le seuil.

Cent trompes (souviens-toi) tonnèrent en accueil

A cent gueules de fer comme pour l'Emperier !

Ah ! souviens-toi ! c'était un soir, sous les lauriers.

Tu t'assis, souriant, sur la chaise de bronze ; La rose disputait tes tempes à l'œillet, Et comnfie un vœu d'amour était grand à la ronde, Tu parlas de la Terre aux Cieux qui souriaient. Ta magnanime main, reine des cordes vastes, Comme un cèdre épandait les Muses en rameaux Et ta bouche, captive à la bouche des astres, Fiançait Nue et Sol par la bague du Mot.

La Vie cependant aux jachères passives

Buvait comme la plui' ta surhumaine voix.

Ah! souviens-toi, Harpeur, comme écoutaient les bois !

Souviens-toi de Lipare aux enclumes actives

Suspendant pour t'ouïr les tonnerres crétois ;

Souviens-toi d'Eolus au frivole plumage

Grave d'une aile en rêve au beau tronc de ta voix ;

Souviens-toi d'Artemis au pas des bœufs sauvages

Courbante d'un frein court l'étonné palefroi ;

Souviens-toi de la Lune au parapet des mondes Comme une sage nonne au sermon recueillie ; Souviens-toi d'ocieuse et de fleurs qui redonde, D'Amathonte soumise à ta haute baillie ; Souviens-toi de l'Ardenne en crinières féconde Convoyante à ton pied ses Centaures vaincus ; Souviens-toi, front ramé de palmes sans secondes ! Souviens-toi d'Hercules te rendant son écu !

Euh ! souviens-toi des fronts captifs qui t'écoutaient !

Telle fut, ô Harpeur I la grâce de tes cordes Que si antiques maux n'en furent apaisés : Que Charybde et Scylla cessèrent leur discorde Et que de Spartacus la chaîne fut brisée ; Et n'y eut enfançon dans sa barcelonnette Dont la pointante dent n'en fût du coup issue ; Et n'y eut damoiseau sommant sa bachelette Qui n'en fût à merci soudainement reçu ;

Et non plus besacier rompu d'une âpre étape

Qui n'en fût d'une croûte à l'huis gratifié

Et qui, rassasié du débris de la nappe,

N'en versât de l'amour le pleur à ses vieux pieds !

Et non plus l'œil sanglant de l'hyène perverse

Q.ui n'en fût pardonnante à la flèche jeté' :

L'usurier de qui l'âme est un goufi"re empesté

Déposa repentant le soin de son commerce ;

Le Grégeois accola, bénin, son frère Perse

Et le tors Harpagon pensa de charité ;

Et sur tout l'univers il sembla quelqu'averse

De clarté, de bonté, de magnanimité !

Et l'honneur t'en fut joint, Voix propitiatoire !

(Puisque du vieux rachat tu consommais l'histoire)

Au médiat Adone, à l'arbalétrier

Qui soumise Cyprine a d'un trait doux prié !

Ah ! souviens-toi ! c'était un soir sous les lauriers !

Vous, Muses ! témoignez qu'une veine superbe Ne gonfla point ce front que les Cieux écoutaient

Dites qu'en ce regard qui consolait les herbes,

La vertu du Chanteur sereine s'attestait.

Dites que le vieux Luth onde comme d'eaux lentes

Ruissela vaste au vent miséricordieux

Et que la voix fut riche aux roses des guirlandes

Et sauve du droit pleur, ô Maître, de tes yeux !

(Tel, gardien du noir fleuve, un pâtre ami des lunes

Rêve, la flûte aux dents, sous les feux de la nuit.

Ses éparses brebis, sommeillantes les unes,

Les autres ras-tondant le gazon blanc qui luit,

Les sujettes brebis d'une infime fortune

Rangent un cœur prospère à l'empire du buis.

Or, que repris d'espoir, l'antique deuil du fleuve

Conte un jonc moins farouche aux souffles qui s'enfuient

Et que l'obscur gosier des lices loin qui pleurent

Cesse de s'effrayer de l'ombre qui bruit.

Le pâtre cependant boit au fil du vent noir

L'épice de l'heure âpre et des étoiles bleues :

Il publie aux doigts rois de ses sept trous de gloire

L'Onde fictive au loin veillante de hauts feux !)

Gloire, ô Maître ! à ce pleur, honneur de ta paupière.

Au beau pleur exhumant de l'apparat jaloux

Le geste d'Orphéus qui donnait l'âme aux pierres

Et muselait d'amour la mâchoire des loups !

Le voyais-tu heurté de blancs talons barbares

Qui riait aux vils coups à cause des beaux bras

Et qui, répudiant les couronnes avares,

Pardonnait à l'eau-ciel que son sang illustra !

Il tomba : l'orde Nuit l'ensevelit d'étoiles ;

Mais le flanc de la Thrace avait gardé son cri !

Et son chant dans la neuve aurore refleurit ;

Et vois qu'aux belles mains, les Muses sororales

Ont noué de lauriers sa tempe libérale !

Oui, Thrace ! ton vieux flanc s'est rompu d'une foudre. Une voix a splendi parmi l'air étonné : Apollodore, au sang d'Orphéus, nous est rené ! Et haut cri reparu des millénaires poudres, Les lynces ont rugi de neuves destinées !

\'ous, promus enfin, Luths ! au plus juste des rôles. Publiez, vous aux voix qui régentent les Pôles, La Victoire montante au morion des Gaules !

Q.ue Pécho retentisse aux dalles doux-riantes !

Que reparaisse Eole aux frivoles bosquets !

O Corydon ! vois par les nu's qui loin s'ébranlent

Etinceler pompeux les cygnes invoqués !

Plouto badine append la joie aux jeunes branches ;

Et tandis, pour leur los chanter aux moissonneurs

Revenus hérissés de pailles éclatantes,

(Ce pendant que Faunus, le maldocte sonneur,

Brise funestement sa flûte sans honneur)

Une voix qui promulgue avec sept bouches d'or

Ressuscite à hauts cris le blanc Apollodore !

Février 1801.

(de mars a juillet J891)

Si canimus sylvas, sylvje sint consule dignse. Virgile.

Nymphes à qui le Ciel indique

Ses mystères les plus secrets,

Je viens chercher dans vos forêts

L'origine et la source antique

De ces dieux^ fantômes charmants,

De votre verve prophétique

Indisputables éléments.

J.-B. Rousseau.

Le sénile troupeau qui tremble et les Ménades

Jalouses, en ces lieux de gloire n'entreront,

Ni cet esprit vulgaire, eiïroi des Oréades,

Ni tous ceux dont les Dieux ont détourné leur front.

R. DE la Tailuède.

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