CHAPITRE V
Des diverses translations des reliques de saint Tharsicius et de son culte à travers les siècles.
I. — Nous avons, en essayant de l'appuyer sur des analogies plausibles, exprimé, dans le chapitre précédent, notre opinion relativement au lieu de la sépulture du martyr eucharistique. La déposition de sa dépouille mortelle dans la crypte privilégiée des Pontifes était un premier hommage rendu à sa mémoire pour empêcher qu' elle ne tombât dans l'oubli ou ne fût enveloppée dans l'obscurité commune à tant de saints, dont les noms seuls nous ont été conservés. Mais Dieu, qui voulait aussi glorifier l' acolyte-martyr, permit que le souvenir de sa mort fût gravé sur un monument où. plusieurs générations le pussent lire et le transmettre aux générations venues après elles.
La IVe siècle vit sur la chaire de saint Pierre le pape Damase. Sa mission, dit Dom Guéranger, l semble avoir été de reconnaître dans toute l'étendue des catacombes les principales mémoires des martyrs et de les constater par l'autorité apostolique aux yeux de la postérité. Mais, il ne se borna pas à ces soins juridiques, il voulut que cliaqiie sépulture notable fût ornée d'un marbre, témoignage de vénération... Pour d'autres tombeaux, sa piété ne se contenta pas de cette simple forme d'hommage. Il composa lui-même, en vers hexamètres, de longues épitaphes qui, en même temps qu'elles témoignent de son culte pour les martyrs, ont, plus d'une fois, servi de documents pour l'histoire.
Parmi ces épitaphes figurait, ainsi que nous l'avons dit plus haut, celle du saint martyr Tharsicius, retraçant les principales circonstances de sa glorieuse mort. Le temps, hélas ! n'a point respecté l'inscription damasienne. Il est souverainement regrettable, observe M. de Rossi, qu'aucun fragment ne subsiste actuellement de la pierre sur laquelle fut gravé un éloge si précieux. 2 On n'en a
1 Sainte Cécile, chap. XX, p. 352.
2 Egli è sommamente a dolere che délia pietra, sulla quale era inciso un carme tanto prezioso, niun
pu conserver que des copies, dont le premier et le plus authentique exemplaire remonte au IXe siècle et fut communiqué par le docte Griïter.
Le Pape-poëte met le protomartyr eucharistique en regard avec le diacre protomartyr Etienne, et établit une égalité de mérite dans leur mort. Voici, du reste, le texte de Tépitaphe :
PAR MERITVM QVICVMQVE tEGIS COGXOSCE DVORVM QVIS DAMASVS RECTOR TITVLOS POST PRJEMIA REDDIT IVDAICVS POPVLVS STEPHANVM MELIORA MONENTEM PERCVLERAT SAXIS TVLERAT QVI ES HOSTE TROPAEYM MAKTrRIVM PRIMVS RAPVIT LEVITA FIDELI3 TARSICIVM SAXCTVM CHRISTI SACRAMENTA GERENTEM CVM MALE SAXA MANVS PREMERET VVLGARE PROFANIS
ILLA VOLEXS XOSTRISQVE IXHIANS ILLVDERE SACRIS l IPSE ANIMAM POTIVS VOLVIT ÛIMITTERE CAESVS PRODERE QVAM CAXIBVS RABIDIS CŒLESTIA MEMBRA
frammento sia stato rinvenuto. (De Rossi, Borna sotterranea, T. II, cap. II, p. 10).
1 Ce vers a été substitué par M. de Rossi, ainsi que les deux mots soulignés du vers précédent, pour rectifier une erreur de copiste et combler une lacune évidente. « Dans le Recueil (c'est-à-dire la sylloge palatine, éditée par Grùter), dit-il, on lit: Cum maie sana manus prericret pulgare profanis, Ipse anirnam, etc. Baronius a remplacé ces deux mots inintelligibles par peteret vulgare, et la correction du grand annaliste a été adoptée par tous ceux qui ont édité ensuite le
Lecteur, qui que tu sois, connais l'égal mérite des deux martyrs auxquels Daniase, pape, rend hommage après qu'ils ont reçu au ciel leur récompense. Le peuple juif avait jadis accablé de pierres Etienne, qui l'avertissait avertissait de revenir à de meilleurs sentiments: le fidèle lévite du Christ fut le premier à remporter, comme un trophée enlevé à l'ennemi, les palmes du martyre. — Saint Tharsicius portait les Sacrements du Christ : comme des mains méchantes et indignes lui faisaient violence, pour qu'il manifestât nos sacrés mystères à des profanes qui brûlaient du désir d'en faire un objet de dérision, il aima mieux succomber sous leurs coups que de livrer à ces chiens furieux le Corps du Roi du ciel. „ 1
poënie. Mais ils n'ont pas remarqué qu'avec cette correction la période restait imparfaite et sans construction grammaticale. De plus, en écriture cursive, prericret est une corruption de premeret et non pas de peteret. C'est ce qui m'a fait croire à la perte d'un vers nécessaire à compléter la période; et j'ai essayé de le suppléer à titre d'exemple, sans prétendre avoir rencontré les paroles mêmes du Pontife-poëte.»(V. Borna sotter., T. II, c. II).
1 Ainsi qu'on pourra le remarquer, l'épigraphe se partage en deux périodes égales et distinctes : l'une se rapportant à saint Etienne, et l'autre à saint Tharsicius. L'idée du parallèle entre les deux martyrs est manifeste.
On peut légitimement supposer que les chrétiens des premiers siècles ne se montrèrent pas indifférents à l'égard de ce martyr d'un genre à part, et dont le nom se trouvait désormais inséparablement uni à celui de l'Eucharistie pour laquelle ils professaient une dévotion si religieuse et si tendre et dont ils se nourrissaient quotidiennement. L'honneur spécial rendu à la mémoire de l'acolyte-martyr par le Père commun des fidèles le désignait naturellement à la vénération de ces derniers. Du reste, nous découvrons un vestige incontestable du culte rendu, dès les premiers siècles, à saint Tharsicius, dans la mention que fait de son martyre le " Vêtus Romanum, „ l'un des plus anciens martyrologes. l
Quand l'ère des persécutions eut cessé, les catacombes devinrent des lieux de pèlerinages assidus de la part des chrétiens ; leur piété les poussait vers cette Rome souterraine où leurs frères aînés avaient prié et souffert ; " ils n'auraient pas regardé comme complet leur voyage
1 On y lit, en effet, au 14 août, après l'annonce de l'Assomption ou plutôt du trépas de la Très Sainte Vierge, Sanctae Marîae Dormitio; Boinae, S. Tharsicii, acolythi et martyris ; sans aucune autre mention des saints ou des martyrs dont les noms ont figuré dans les martyrologes postérieurs au Vêtus Romanum.
aux tombeaux des saints Apôtres s'il n'eussent parcouru l'immense série des cimetières et vénéré les tombeaux des principaux martyrs. „ l
On ne saurait douter que le Cimetière de Calliste, lieu de la sépulture des Papes, depuis saint Zéphyrin, et de tant de milliers de martyrs, n'ait été l'un des lieux principaux vers lesquels les pèlerins des IVe et Ve siècles se portaient de préférence. Que de regards durent donc s'arrêter devant l' inscription damasienne ! Que de genoux durent fléchir, que de fronts s' incliner devant le tombeau du martyr eucharistique!...
L'invasion des Goths, au VIe siècle, puis, au VIIIe, celle des Lombards, ne furent pas seulement funestes à la Home extérieure. La Rome souterraine n'échappa point à la dévastation sacrilège des Barbares vainqueurs. Dans leur haine des citoyens romains, ils renversèrent les autels des catacombes, ouvrirent les tombes des martyrs et en dispersèrent les cendres vénérables. " Leur fureur dévastatrice semble s'être plus particulièrement exercée là où ils reconnaissaient les traces d'un culte plus solennel. 2 „ Ce fut, sans doute, à l'époque de la première invasion que l' inscription
1 Doin Guéranger, loc. cit. p. 860.
2 Ibid.
dont le pape saint Damase avait orné le tombeau de l' acolyte-martyr, fut arrachée et mise en pièces. Mais Dieu, qui veille sur ses saints, ne permit pas que l' impiété des barbares s'exerçât sur les précieux restes de saint Tharsicius. Encore un peu de temps, et il allait les tirer de l'obscurité de leur retraite souterraine pour les placer dans la lumière d'un temple chrétien, d'abord sur cette même voie Appienne, . théâtre de son martyre, puis au centre de la Ville-Sainte.
En effet, s'il faut s'en rapporter à certains manuscrits du VIIe siècle, le corps du martyr eucharistique aurait subi, vers cette époque, une translation dont la raison ne nous est point connue, l et aurait été réuni à celui du pape saint
1 Toutefois, on pourrait déduire une raison analogique de cette translation du passage suivant de l'ouvrage plein d'érudition du Dr Spencer-Northcote sur les Catacombes romaines : « Les chapelles souterraines étaient beaucoup trop petites pour contenir la foule qui s'y pressait, particulièremente au jour de la fête des martyrs, qu'on nommait leur jour de naissance ; et, en conséquence, les empereurs chrétiens prirent soin d'élever au-dessous de beaucoup de cimetières des églises plus ou moins spacieuses, suivant le plus ou moins de célébrité des martyrs ensevelis au-dessous d'elles. » Les Catacombes romaines, c. II, p. 57). — La translation du martyr eucharistique dans
Zéphyrin, dans une église dédiée au pape saint Sixte et située sur remplacement extérieur du Cimetière de Calliste, au-dessus même de la crypte du Pontife dont elle prit le nom.
C'est ce qu'on lit, d'abord dans l'Itinéraire de Saltzbourg dont il a déjà été fait mention (Epitome de Locis sanctis martyrum), et où il est dit: ■ Juxta eamdem viam, id est ab Ardeatina ad Appiam, quae dirigitur ad Sançtum Sebastianum, Ecclesia est Sancti Sixti, Papae, ubi ipse dormit... Ibi sanctus Tarsicius et sanctus Geferintjs in UNO TirauLO jacent... B ; puis, dans l'Histoire d'Angleterre, par Guillaume de Malmerburg: ■ Nec longe... Ecclesia... ibi reconditi sunt Stephanus, Sixtus,. Zeferinus... Tarsicius... „ l
l'oratoire extérieur de Saint-Sixte pourrait donc avoir eu pour motif de donner une plus grande extension à son culte, et de faciliter le concours des chrétiens auprès de ses restes vénérés.
1 Dans ses annotations sur l'Histoire des Pontifes romains, Oldoin affirme que le corps de saint Zéphyrin fut transféré du cimetière où il avait été primitivement déposé, c'est à dire de la crypte des papes dans l'église de Saint-Sixte, sur la voie Appienne : Zephyrini corpus e coemeterio in quo primo conditum ad ecclesiam Sancti Sixti via Appia erectam... delatum... repositum est.
Toutefois, dans la pensée du savant jésuite, il ne
DES RELIQUES DE SAIXT THARSICIUS ETC. 99
L'insigne archéologue romain, M. de Rossi, nous apprend que cette église, dédiée à la fois à saint Sixte et à sainte Cécile, est celle que l'on voit encore de nos jours à demi ruinée, non loin de l'entrée principale du cimetière de Calliste : 1 la raison de cette dénomination se tire, selon lui, du voisinage des deux crypte insignes où reposaient ces deux illustres martyrs. 2 M. de Rossi assigne comme époque probable de l'érection de cette église le pontificat de saint Fabien (236-250), de qui il est dit au Liber Pontificalis : u Qui militas fabricas per cœmeteria fieri jussit. „ 3 Quant
s'agit point ici de l'église cémétériale de Saint-Sixte, mais de celle qui se trouve dans l'intérieur de Rome, sur la voie Appienne, auprès de l'église des saints Nérée et Achillée, ainsi que le montre clairement le conteste: c'était, du reste, la seule église de Saint-Sixte, sur la voie Appienne, connue au temps où vivait Oldoin.
1 ... Ad ambedue (S. Sisto e S. Cecilia) era dedicata la chiesa costruita presso il principale ingresso di quella necropoli sotterranea. (De Rossi, Borna sotter., T. I, c. IV, p. 249).
2 Chiamata poi nell'età délia pace alternativamente : Ecclesia S. Xysti et S. Ceciliae dai nomi délie due più insigni cripte aile quali per le prossime scale si discendeva. (Ibid. T. III, c. XI).
3 Loc. cit. T. III, c. XI, pag. 469. — Ibid. T. I, pag. 117-199. L'étude architectonique de cet édifice a
à la raison de la translation du corps de saint Zéphyrin dans la petite basilique tricJwrée ou triabsidée de Saint-Sixte et de Sainte-Cécile, on peut supposer, dit M. de Rossi, que le pape Sixte III (432-439), voulant honorer son glorieux prédécesseur, saint Sixte II, et favoriser son culte, de jour en jour plus populaire, songea à placer ses restes vénérés à l'endroit le plus digne de l'hypogée pontifical. Or, cet endroit était précisément celui où se trouvaient ceux de saint Zéphyrin, le premier des Papes ensevelis dans cet hypogée. Cette disposition du pape Sixte III aui'ait déterminé la translation du corps de saint Zéphyrin dans l'oratoire supérieur. ï
amené M. de Rossi à conclure ou tout au moins à conjecturer qu'il eut originairement une forme différent de sa forme actuelle, et que sa contraction remonte à une époque antérieure à la paix de l'Eglise sous Constantin. Il estime aussi que le monument primitif, ruiné de fond en comble, fut reconstruit après l'ère des persécutions. On sait que l'empereur Dioclétien avait, par un édit, ordonné la destruction complète des Conrenticula ou lieux d'assemblées des Chrétiens. Peut être faut-il placer à cette époque la ruine probable de la basilique primitive de Saint-Sixte. (V. de Rossi loc. cit. p. 470-471.)
1 Forse Sisto III voile poi quivi collocare il suo glorioso predecessore Sisto II, il cui culto tanto primeggiava; e ciô puô aver dato luogo alla translazione
Ce qui autorise à le supposer, c'est que, dans le catalogue que Sixte III fit dresser et placer à l'intérieur de la crypte, il n'est point fait mention de saint Zéphyrin. En quel endroit pouvait donc être son corps, sinon dans l'église de Saint-Sixte où le manuscrit de Saltzbourg le signale comme reposant, au VIIe siècle, dans un même tombeau avec saint Tharsicius: Ibi sanctus Tharsicius et sanctus Geferinus in uno tumulo jacent ?
Il résulte donc de ce témoignage qu'une première translation du martyr eucharistique aurait eu lieu, vraisemblablement vers le milieu du VIe siècle, c'est-à-dire après l'invasion des Goths, du lieu de sa sépulture primitive dans l'église extérieure de Saint-Sixte. Cette translation, en le mettant dans une plus grande évidence, permettait donc aux fidèles de Rome et aux pèlerins chrétiens de payer à sa mémoire un tribut plus fréquent de dévotion.
L'une des formes de cette dévotion fut de maintenir autour de son tombeau, comme on le faisait, du reste, pour les autres martyrs, des lampes
di Zefirino al superiore oratorio. Certo è che Sisto III nel suo catalogo posto dentro la cripta non fece menzione di Zefirino. (De Rossi, Borna sotter., T. II, c. II, pag. 51).
entretenues aux frais des fidèles. " Ces derniers avaient grande dévotion à l'huile qui remplissait ces lampes, Dieu ayant souvent récompensé leur foi par des faveurs miraculeuses. „ l Aussi, en faisaient-ils usage dans leurs maladies; les pontifes eux-mêmes en envoyaient au loin à des personnages chrétiens. Saint Grégoire le Grand, entre autres, au VIP siècle, voulant satisfaire la piété de Théodelinde, reine des Lombards, lui envoya plusieurs fioles remplies de l'huile des lampes qui brûlaient ainsi devant les tombes des martyrs. On conserve encore de nos jours en l'église de Saint- Jean-Baptiste, à Monza, ces fioles auxquelles sont adhérentes des étiquettes indiquant les noms des martyrs sur le tombeau desquels ces huiles ont été recueillies. Sur Tune d'elles, on peut remarquer le nom de saint Tharsicius, joint à celui d'autres martyrs. 2
1 Do m Guéranger, Sainte Cécile, ch. XX.
2 Voici l'inscription de l'étiquette en question:
SCA SAPIENTIA, SCA SPES, SCA FIDES. SCA
CARITAS SCA C^CILIA SCS TARSICIVS SCS CORNILIVS, ET MVLTA MILLIA SCORVM.
Sainte Sagesse, sainte Espérance, sainte Foi, sainte Charité (la mère et ses trois filles), sainte
" En l'année 761, le saint pape Paul 1er ouvrit un nombre considérable de tombeaux dans les cryptes, et il distribua les ossements des martyrs entre les titres, les diaconies, les monastères et les diverses églises de Rome. Le Liber Pontificalis désigne, en particulier, l'église du monastère de Saint-Sylvestre, au Champ-de-Mars, fondée par le Pontife lui-même, comme ayant été plus favorisée que les autres. Dans un diplôme relatif a ce monastère et cité par Boldetti, Paul rend compte des motifs qui l'avaient porté à troubler ainsi ces cendres vénérées. " Par le laps des siècles, dit-il, divers cimetières des saints martyrs et confesseurs du Christ avaient été négligés et dépérissaient. Vint ensuite l' invasion impie des Lombards qui les ruinèrent de fond en comble. Ces barbares étaient allés jusqu'à fouiller les sépultures des martyrs, et, au milieu de ces dévastations, ils avaient osé dérober plusieurs corps saints. A partir de cette époque désastreuse, ces lieux n'avaient pas été traités avec le même honneur, et la négligence des fidèles à leur endroit avait remplacé la piété antique. On était allé, faut-il
Cécile, saint Tarsicius, saint Cornélius et plusieurs milliers de saints. (Cité par Dom Guéranger , loc. praeclict.).
le dire? jusqu'à y laisser l'entrée libre aux animaux, jusqu'à y parquer des troupeaux. * „
L'église extérieure dédiée à saint Sixte et à sainte Cécile fut-elle, comme les cryptes, l'objet de la fureur sacrilège des barbares? On le peut légitimement conjecturer, à raison de la proximité où elle se trouvait du Cimetière de Calliste, qui fut l'un des plus dévastés. Du reste, après le VIIIe siècle, il n'est plus fait mention de la basilique de saint Sixte et de sainte Cécile. 2 Toutefois, les restes vénérables de saint Tharsicius, échappés à la profanation, ainsi que ceux de saint Zéphyrin et sans doute aussi ceux des autres martyrs déposés dans cette basilique, furent du nombre de ceux qui, par les soins du Pontife, furent tran-
1 Boldetti osservazioni, 1. I, c. XXII. (Cité par Dom Guéranger, loc. cit., cb. XXI. — V. à l'Appendice, § II.
2 II est probable que, dès cette époque, le vaste terrain qui s'étend au-dessus du cimetière souterrain devint la possession de divers propriétaires et fut converti en vigne; l'église, aux trois quarts ruinée, dut vraisemblablement servir, dans la suite, à des usages profanes. Lorsque, en 1844, elle attira l'attention de M. de Eossi, elle appartenait à un rnarcband de vin qui en avait fait une cave.
sférés dans la basilique de saint Sylvestre, au Champ-de-Mars, dans la ville de Rome. 1
Une inscription placée sous le portique de cette église en fait foi. Cette inscription, qui porte comme titre: Notifia nataliciorum Sanctorum lue reqiiiescentium, notice des jours de naissance des saints dont les dépouilles sacrées ont été déposées dans ce temple, relate par ordre chronologique les noms des martyrs dont la piété de Paul Ier a enrichi la basilique. A la date du 26e jour de juillet, on lit: " N. SCÔÎÎ. ZEFER1NI PAPAE ET TARSICII MARTYRIS „. 2
1 Elle prit plus tard le nom de Saint-Sylvestre in Capite, dénomination qu'elle a gardée en mémoire du chef vénérable de saint Jean-Baptiste qui y fut déposé : Dicta est Ecclesia S. Sylvestri ad caput (vel in Capite) ob reconditum in eo caput praecursoris Domini. (Hist. Pontif. Roman., p. 225).
2 V. Vignoli, Lib. pont., T. I, post praefat. V. Dyon. Crypt. Vatic. tab. XXXIX. — V. à l'Appendice, § I, D'après l'opinion de Dionigi, la donation de ces reliques à la Basilique Vaticane aurait eu lieu en l'année 1268, époque à laquelle furent trouvées sous l'autel de Saint-Denys dans l'église de Saint-Sylvestre in Capite de nombreuses reliques que l'on plaça en un autre endroit de cette église. « Ea occasione fieri potuit ut ex repertis Sanctorum reliqxiiis particulae fuerint excerptae, et in Vaticanam S. Pétri Basilicam
L'église Saint-Sylvestre ne fut pas la seule à posséder les restes du saint Martyr. Tout en gardant le dépôt précieux de son corps, elle en céda quelque partie peu notable à la Basilique Vaticane. On conserve, en effet, dans la crypte de cette basilique, un catalogue de reliques, tracé en lettres du IXe siècle, sur lequel on peut lire l'inscription suivante: ZEFFERINI PAP. ET TARSICH.
C'est donc au centre de Rome, dans l'église destinée à recevoir plus tard la dépouille sacrée du pape saint Etienne, * que les précieux restes de son disciple vinrent reposer, inséparablement unis à ceux de saint Zéphyrin.
II. — Le restes sacrés de l'acolyte ont-ils subi, dans la suite, d'autres translations? Aucun monument n'existe qui permette de l'affirmer d'une ma-
deportatae » (Dionigi. Vatican. Basilic. Cryptarum Monument. Eomae 1778). — V. Carletti, Memorie isto~ rico-critiche délia Chiesa e Monaste.ro di S. Silvestro in Capite di Borna, p. 150-151.
1 On lit, en efî'et, sur une inscription placée dans l'église de Saint-Sylvestre in Capite (lre colonne de la 3e travée, â droite): « Exin. Clemens VIII, P. P. renovata ob vetustatem Ecclesia ibidem S. Silvestri corpus... repositum cum S. S. Pontif. Steph. et Dyo-
nière certaine et incontestable. Les documents historiques qui se rapportent indirectement au saint martyr nous autoriseraient bien plutôt à affirmer le contraire.
En effet, si l'on se reporte au texte de la Bulle ou diplôme de Paul Ier, relative à l'érection de l'église et du monastère de Saint-Sylvestre in Capite et à la translation dont nous avons parlé, x
7iisii aliorumque sanctorum reliquiis hojiorifica devotione servatur.
1 V. le Magnum Bullarium Romanum, Augustae Taurinorum editum. T. Ier, p. 248 et suiv. — V. aussi Baronius, Annal. Eccl. ann. Ch. DCCLXI. — Lib. pontin Paulo I.
L'authenticité de ce diplôme a été contestée par quelques critiques, notamment par Papebrokius. Une erreur chronologique peu notable, qui s'est glissée dans les copies de cette pièce, la lui a fait considérer comme apocryphe. Antoine Pagio combat cette présomption dans ses notes critiques sur les Annales du cardinal Baronius: « Papebrokius in conatu chronicohistorico, dum de Paulo Papa sermonem habet, suspicatur hoc privilegium suppositium esse, quod notae temporariae laudatae inter se non conveniant. Verum si haec ratio valeret, pleraque vetera diplomata, quae fidei sunt indubitatae, rejicienda forent, cum in notis temporariis describendis Librarii saepius peccaverint. » (Ant. Pagii crit. in Ann. Caes. card. Baron' Ann. DCCLXI). — Jaffé, auteur protestant, mais que
on y verra exprimée, en ternies on ne peut plus formels, la volonté du saint Pontife, que les choses établies par lui dans ce monastère et cette église demeurent perpétuellement dans l'état où il les a disposées : " Omnia... in eodem sancto loco perenniter in integro permaneant, „ et cela sous les peines les plus sévères contre quiconque osera changer, détruire ou aliéner quelqu'une des choses appartenant au lieu saint: " Nulli... licere dissolvere... alienare ex eodem sancto loco... — quae a nobis pio intuitu ad laudem Redèmptoris nostri et honorent sanctorum ejus constituta sunt... ,
Cette défense d'aliéner quoi que ce soit des choses appartenant au monastère et à l'église de Saint-Sylvestre ne doit pas seulement s'entendre comme portant sur l'aliénation des bâtiments du monastère et de ses dépendances, ou du mobilier de l'église, mais encore des corps saints que la piété du Pontife y avait déposés, et en l'honneur desquels il avait érigé cette église sur l'emplacement de sa maison natale, selon qu'il le dit dans
son impartiale exactitude a rendu l'un des plus compétents en cette matière, reconnaît comme authentique le diplôme de Paul Ier. (V. Philipp. Jaffé, Regesta Pontif. Roman. Edit. 2a, Lipsiae 1885). — Nous don. nons plus loin, en Appendice, le texte intégral de cet important document. V. § II.
la Bulle déjà citée : " Quos (sanctos martyres et confessores) cum hymnis et canticis spiritaalibus in liane romanam introduximus îirbem, et in ecclesia quant noviter a fundamentis in eorum honorent construxi (inter mœnia, sciliect in domo qiiœ niiJd parentali successione obvenit, in quoi me natunt constat atque nutritum) eorum sanctissima colloeans condidi corpora. „
Benoît XIV, dans son Traité de la Béatification des Serviteurs de Dieu et de la Canonisation des Bienheureux (Lib. IV, Part. II, cap. XXII, n.° 13), dit que, dès les premiers temps de l'Eglise, les saints Canons portèrent la défense, confirmée dans la suite par les constitutions successives des Pontifes romains, d'aliéner les choses de VEglise: « A primis enim Ecclesiœ temporibus, ■cum lex canonica prohibuerit alienationem rerum Ecclesiœ... quod et subsequentibus temporibus fuit confirmatum, juxta seriem constitutionum... „ Or, ajoute le savant Pontife, parmi les choses de VEglise, les plus précieuses sont, sans contredit, les corps et les reliques des saints: a Sequitur hinc, ut corpora et reliquice sanctorum, quai sunt res pretiosissimae... „ C'est pour cela, conclut-il, que, conformément à la discipline actuellement en vigueur, aucune des choses de l'Eglise (et, par conséquent, aucun corps ou relique de saints) ne peu-
vent être transférées ou aliénées sans une autorisation préalable du Souverain Pontife : " Juxta recentiorem disciplinant, Summi Pontifici assensus requiritur... — ut fiât dlienatio rerum JEcclesiae\.. ut corpora et réliquiae sanctorum, quae sunt res pretiosissimae ita transferri non possint, ut ïllaruni fiât alienatio, ni si facilitas praecedat apostolica. ,,
Nous avons établi plus haut le fait de la translation des restes de saint Tharsicius en l'église Saint-Sylvestre in Capite. Il s'agit donc de prouver historiquement que l'ordonnance du pape Paul Ier n'a subi aucune dérogation ni sa défense aucune violation, du moins en ce qui concerne les corps et reliques de saints déposés dans l'église Saint- Sylvestre.
Deux écrivains, l'un du XVIIe siècle, l'autre de la fin du XVIIIe, également dignes de foi à raison de leur incontestable autorité, Giacchetti et Carletti, ont écrit l'histoire de l'église et du monastère de Saint-Sylvestre in Capite. l C'est à ces deux auteurs que nous emprunterons les détails destinés à fortifier l'argument en question.
1 Giacchetti: Historia délia venerabile Chiesa e monastero di San Silvestro in Capite. — Eoma, 1629. — Carletti: Memorie historico-critiche délia Chiesa di San Silvestro in Capite. — Eoma, 1795.
Tout d'abord, il nous faut reconnaître avec eux que l'église et le monastère de Saint-Sylvestre subirent, avec le temps, des modifications diverses. Non-seulement les religieux attachés par Paul Ier à sa pieuse fondation furent remplacés par d'autres, appartenant à des Ordres différents ; mais encore l'église bâtie par ses soins fut notablement transformée dans la suite.
Mais, hâtons-nous d'ajouter que tous ces changements, exigés par les circonstances, n'altérèrent aucunement, dans leur substance, les choses établies par le saint Pontife. Aux moines grecs, appelés par lui dès l'origine du monastère, succédèrent des bénédictins ; puis, vers la fin du XiïP siècle, sous le pontificat d'Honorius IV, des religieuses de Sainte Claire. Mais ces changements accidentels de personnes n'amenèrent aucune interruption dans la louange divine perpétuelle, en vue de laquelle Paul Ier avait établi là des religieux: " Psalmodiam in perpetuum esse decrevi, constituais sedulas ibidem Domino Deo Hcdemptori nostro referri laudes et aeternam eorumdem sanctorum illic quiescentium venerationis memoriam ad gloriam divinae potentiae celcbrari... et debitum et condecentem eisdem omnibus Dei sanctis ■exhiberi honorent
Quant à l'église elle-même, soit par suite des
inondations du Tibre, soit à cause des ravages du temps, elle dut être restaurée à diverses époques et presque refaite depuis ses fondements. Les deux auteurs cités plus haut racontent en détail, d'après des documents certains, chacune des restaurations et modifications faites en cette église. Dans tout le cours de ce minutieux exposé, il n'est nullement question d'aliénation ni de translation, dans une autre église de Rome ou d'ailleurs, de corps ou de reliques des saints transportés par Paul Ier dans l'église saint-Sylvestre. Ils ne parlent que de translations locales, dont la première paraît avoir été celle du corps de saint Denys 1 et de nombreux martyrs dont les restes sacrés reposaient dans la Confession souterraine de l'église. Les moines grecs établis primitivement
1 Selon des auteurs respectables, l'église, commencée par Etienne II, frère de Paul Ier et son prédécesseur sur la Chaire apostolique, aurait originairement porté le nom de saint Denys, l'apôtre des Gaules; le Pontife aurait voulu par là témoigner sa reconnaissance envers la nation française, et surtout envers son roi Pépin, pour l'hospitalité qu'il avait reçue de ce prince en l'abbaye de saint Denys, durant un séjour qu'Etienne II fit en France, en l'an 754. (V. M. Armellini: Le Chiese di Borna, p. 220-221; — Martinelli: Roma ex etn. Sacr., p. 3B6; — Mallio: De «66., c. XXXI).
à saint-Sylvestre, voulant honorer saint Denys, grec de nation, obtinrent de transporter son corps dans un oratoire qu'ils lui avaient dédié dans la même église de saint-Sylvestre. L'époque de cette translation est incertaine. Ce que nous savons c'est que le corps de saint Tharsicius fut du nombre de ceux qui furent placés dans l'oratoire de saint Denys.
En effet, en 1267, le trentième jour d'octobre, on fit une seconde translation de ces mêmes reliques en un lieu plus commode de l'église, où l'on avait érigé un autel en l'honneur des saints Paul et Nicolas. Giacchetti cite, à ce propos, le texte d'un Inventaire sur parchemin, conservé de son temps dans les Archives du monastère de saint- Sylvestre, dans lequel sont mentionnés les noms des saints dont les corps furent transportés de l'autel de saint Denys à celui des saints Paul et Nicolas: " Ista sunt corpora sanctorum inventorum in altari sancti Dionysii et translata postca in altare B. Pauli et B. Nicolai. „
Parmi les noms inscrits sur cet inventaire figurait celui de saint Tharsicius. l
1 Le texte de l'inventaire portait: S. Tharsi, martyris. Il est manifeste qu'il y a là une abréviation — chose assez commune dans le style épigraphique, —
Plus tard, en 1522, le 20 avril, saint jour de Pâques, par les soins du pape Léon X, une nouvelle translation fut faite des précieux restes des saints énumérés dans l' inventaire dont nous venons de parler, à un autel érigé en l'honneur de saint Jean-Baptiste et des saints Etienne et Sylvestre, papes ; translation réclamée par les modification qu'avait subies l'église. Giacchetti fait observer que Von ne toucha pas aux reliques,
ou, plus vraisemblablement, une erreur de rédaction. Car, comme le remarque Carletti (op. cit., c. XII» p. 150), les noms inscrits dans l'inventaire en que. stion, à l'exception de celui-là, concordent avec ceux qui sont gravés sur l'inscription lapidaire du portique de l'église Saint Sylvestre, dont nous avons déjà parlé à la page 88, et sur celle des cryptes vaticanes, où on lit Tarsicii. Cette différence ortbograpbique se retrouve, il est vrai, dans Vordo du chœur, anciennement en usage dans l'église Saint-Sylvestre, dont Giacchetti reproduit le texte et dans lequel on lit, au 12e jour d'avril: S. Tarsi, martyris, avec cette note significative: Corpus adest. Mais, outre que le Martyrologe romain ne fait pas mention de saint de ce nom, le rapprochement qui existe, tant dans les inscriptions que dans l'inventaire, entre ce nom et celui de saint Zépbyrin, nous autorise à affirmer qu'il s'agit bien de saint Tbarsicius, et que, par conséquent, son nom a été incorrectement écrit dans ce^. inventaire. — V. à l'Appendice, § III.
" senza foccare quelle reliquie „, et qu'elles furent transportées intactes à leur nouvelle destination.
Enfin, en 1596, sous le pontificat de Clément VIII, eut lieu une dernière et définitive restauration de l'église saint- Sjlvestre, laquelle, dit l'auteur déjà cité, menaçait ruine par suite de sa très grande vétusté. En cette circonstance, on procéda à une reconnaissance des reliques, et un acte en fut dressé, sur- les instances du Procureur du monastère, par les soins du Cardinal-Vicaire de Sa Sainteté.
Carletti (ch. xu, p. 158), parlant de l'événement, dit que ces reliques n'étaient autres que celles que le pape Paul Ier avait transportées des cimetières : " Sebbene noto fosse i medesimi essere quelli che trasportb àa' cemeterii Paolo 1 „. Elles furent placées, soit dans des urnes, soit dans des cassettes scellées avec soin et déposées, les unes dans l'autel intérieur du chœur, les autres dans l'autel même d'où on les avait retirées. Cette cérémonie, qui eut lieu le 26 août 1596, fut accomplie par le vice-gérant de Rome.
Ni Giacchetti, ni Carletti ne parlent d'autres translations postérieures. Comme on le voit, il ne s'agit, dans celles qu'ils mentionnent, que de translations locales d'un autel à un autre autel et dans la même église, et rendues nécessaires par les
réparations ou modifications que subissait l'édifice ; ce serait donc à tort que l'on verrait dans ces mutations purement accidentelles, une violation des défenses portées par Paul Ier dans sa Constitution touchant le monastère et l'église saint- Sylvestre.
Quant à des translations extérieures ou aliénations des corps saints déposés dans cette église nous n'en avons trouvé aucune trace, si légère soit-elle, dans les deux auteurs que nous avons cités. Il est vrai que l'histoire de Giacche'tti s'arrête au XVIIe siècle, et celle de Carletti à la fin du XVIIIe. Mais, à défaut de ce témoignage, nous avons le Recueil des Bulles, Diplômes et Constitutions apostoliques, où nous devrions trouver la trace d'un événement de cette nature, s'il avait eu lieu. En effet, pour que l'un des successeurs de Paul Ier eût cru pouvoir déroger aux prescriptions de ce dernier et aller contre ses intentions et ses volontés exprimées en termes si formels dans son Diplôme, il eût fallu des raisons d'une importance majeure, que ce successeur n'eût pas manqué d'exposer dans un acte officiel dont le texte nous serait parvenu venu.
Or, dans aucun des Recueils des Décrets et actes pontificaux postérieurs au pape Paul Ier, il n'est fait mention du monastère et de l'église
saint-Sylvestre in Capite, du moins d'aliénation, donation ou destruction des choses appartenant à cette église et à ce monastère. L'absence complète de document nous autorise donc à conclure, en ce qui concerne saint Tharsicius, que la translation de ses restes en l'église saint-S)7lvestre in Capite, au VIIe siècle, fut définitive, et que c'est là qu'ils sont demeurés et se trouvent encore aujourd'hui. l
1 On ne saurait déterminer en quel endroit de l'église se trouvent ces restes. A diverse reprises, sous Pie IX et sous Léon XIII, la Commission d'Archéologie sacrée a sollicité l'autorisation de pratiquer des fouilles tant dans l'église Saint-Sylvestre que dans celle de Sainte-Praxède, très riches en reliques de Saints, pour en extraire quelques-unes et satisfaire les désirs des églises et des pieux fidèles. Mais les Souverains Pontifes n'ont pas jugé à propos de permettre ces recherches et ont voulu laisser ces deux églises en possession de leurs trésors. — Le monastère de Saint-Sylvestre in Capite est devenu, comme tant d'autres de la Ville-Eternelle et de l'Italie, la sacrilège possession du gouvernement usurpateur qui, depuis vingt ans, siège à Rome. Il a été transformé en Hôtel central des Postes et Télé graphes. Seule, l'église a été respectée. Depuis peu d'années, elle a été acquise par des clercs réguliers, dits Palottini, qui en ont fait comme le centre religieux et l'église nationale des Anglais résidant à Rome. {Via délie Con-
HT. Bien que nous ayons conclu, et à bon droit, ce nous semble, du silence des historiens et de l'absence de document pontifical, qu'aucune translation ou aliénation des corps et reliques des saints déposés par saint Paul Ier en l'église de saint- Sylvestre in Capite, n'a eu lieu avant, ni même après le XVIIe siècle, et que, par conséquent, les restes du martyr eucharistique reposent encore dans cette église, où nous savons qu'ils furent apportés vers la fin du VIIIe siècle : toutefois nous ne pouvons passer sous silence une tradition déjà ancienne, d'après laquelle ces précieux restes auraient été transportés de Rome à Naples, en 1646, et déposés dans l'église de San Domenico Maggiore, où ils sont, aujourd'hui encore, l'objet d'une grande vénération.
Le P. Vincent Perrotta, dominicain, dans un
vertite, près du Corso). Toutefois, les Archives de cette église ont été enlevées et déposées dans la Bibliothèque de l'Etat. Le cardinal Baronius, citant dans ses Annales le texte du diplôme de saint Paul Ier dont il a été fait mention au cours du présent chapitre dit que l'original s'en trouvait de son temps dans les Archives de Saint-Sylvestre : « Sacrum autem ejus diploma, dignum monumentum hucusque servatum ejusdem Sancti Pontificis.... extat apud moniales S. Si]vestri Eomae. » Nos recherches, pour retrouver ce document, ont été infructueuses.
ouvrage ' sur la susdite église, véritable monument élevé par la piété de la maison d'Anjou, dit que le corps du saint martyr fut donné à San Domenico par Charles délia Gatta, prince de Monesterace, lequel, à son retour de l'héroïque défense d'Orbitello,2 reçut à Rome ce précieux dépôt.
1 Descrizione délia Chiesa di San Domenico Maggiore, 1828.
2 Orbitello ou Orbatello, place forte de Toscane, située sur le lac ou lagune du même nom, à l'extrémité de la péninsule formée par le mont Argentaro, et qui n'est jointe au Continent que par une langue de terre, le seul endroit par où elle soit attaquable. Philippe II, roi d'Espagne, en cédant l'Etat de Sienne à la maison de Médicis, se réserva quelques places maritimes, (parmi lesquelles Orbitello), qui pouvaient brider la Toscane et par le moyen desquelles il avait toujours un pied en Italie. Les vice-rois de Naples étaient chargés de la garde et de la défense de ces places, où ils envoyaient des gouverneurs et des commandants. Orbitello soutint un siège contre les Turcs, sous Cbarles-Quint, et un autre contre les Français, en 1616. (V. Grand Dictionnaire historique de Moreri, tom. VIII, édit. 1759). C'est dans le dernier de ces sièges que s'illustra Charles délia Gatta, envoyé par le duc d'Arcos, vice-roi de Xaples. Le P. Raphaël- Marie Valle a consacré à ce valeureux capitaine une notice biographique dans son ouvrage: Descrizione délia Chiesa di San Domenico Maggiore di XapolU tom. I, p. 145, 147.
Cette version se trouve confirmée dans un ouvrage plus récent du P. Raphaël Valle, de l'Ordre des Frères- Prêcheurs, où celui-ci fit observer que, pour honorer sa qualité de protomartyr de l'Eucharistie, on déposa d'abord les restes de saint Tharsicius dans la chapelle de Saint-Dominique de Soriano, dans laquelle se conservait alors le Très Saint Sacrement. Plus tard, dit le même auteur, les reliques du saint martyr furent placées dans la chapelle de l'Ange Gardien, où elles sont encore aujourd'hui. '
La même chose est affirmée par Scipion Volpicella et par Chiarini, dans ses additions à l'ouvrage de Celano sur l'église saint-Dominique le Grand de Naples. 2
1 Furono da primo deposte (le reliquie) nella cappella di San Dornenico di Soriano, perche quivi a quel tempo era serbata la sacra Eucaristia, dalla quale prendeva nome il santo; di poi furono messe in questa dell'Angelo Custode. (Descrizione délia Chiesa di San Domenico, page 313).
2 Yolpicella a écrit en 1850; Chiarini en 1856- Des renseignements, récemment recueillis auprès des Dominicains de Naples sont venus compléter et confirmer ceux des auteurs que nous venons de citer. « Ce n'est pas une relique quelconque, mais le corps intégral de saint Tharsicius, que possède notre église, nous a écrit à diverses époques et certifié de vive
Cette opinion vient contredire, de tontes pièces, ce que nous avons établi plus haut, en nous appuyant sur le témoignage d'historiens non suspects, sur le texte d'un acte pontifical d'une valeur et d'une authenticité incontestables, et sur des probabilités déduites de ces deux sources.
Que faut-il penser des témoignages que nous venons de citer V
Avant tout, nous nous croyons en droit de dire que ces témoignages, d'un caractère moderne, encore qu'ils soient fondés sur une ancienne tradition, n'ont pourtant pas une force probante indiscutable. Pour avoir une vraie valeur historique, ils devraient être confirmés par quelque document d'une authenticité réelle, établissant . la donation faite à Charles délia Gatta, puis la donation faite par lui ; enfin et surtout l' identité du corps du saint Tharsicius déposé à san Domenico Maggiore de Xaples, au XVIIe siècle, avec celui du protomartyr, que nous savons avoir été déposé au VIIIe à saint-Sylvestre in Capite de Rome.
voix le R. P. Majello, recteur de San Domenico Maggiore: à peine en manque-t-il quelques parties peu considérables, qu'on en a détachées pour satisfaire les désirs de pieux solliciteurs. (Lettres du 10 février 1834, du 28 juillet 1888 et du 28 février 1890.
Malheureusement, ces documents, s'ils ont existé, font défaut aujourd'hui. Après nous être muni de l'autorisation du Révérendissime Maître général des Dominicains, nous nous sommes adressé au R. P. Prieur du couvent de saint-Dominique le Grand de Naples, pour lui demander communication des documents relatifs à l'objet en question. Mais ses recherches les plus minutieuses ont été inutiles. " Lors de la suppression et de l'expulsion des Dominicains de Naples par les Français, en 1808, nous écrivait-il à la date du 28 février de la présente année, l'église de saint-Dominique perdit, avec ses immenses richesses, ses plus précieux souvenirs; tout ce qu'on put retrouver de ses vieilles archives, de 1821 à 1860, fut de nouveau perdu lors de la deuxième expulsion des Dominicains, en 1865 „.
Il résulte de cet aveu et de ce fait que la prétention des Dominicains de Naples, relative à la possession du corps du martyr eucharistique, ne repose que sur une tradition qu'ils affirment être très-ancienne : " e antichissima tradizione. B
En supposant que cette tradition repose ellemême sur un fait certain et que nous ne faisons pas difficulté d'admettre, savoir la translation à Naples, au XVIP siècle, d'un corps saint portant le nom de Tharsicins, martyr; il ne s'ensuit pas
rigoureusement que ce corps ait été celui du Martyr eucharistique; mais il pourrait bien avoir été, et nous croyons qu'il a dû être celui d'un martyr homonyme, que l'opinion populaire aura fait prendre pour le propre corps du martyr eucharistique.
Donnons à cette assertion la démonstration qu'elle réclame.
Avant tout, il nous faut répondre à ceux qui, rétorquant l'argument, prétendraient que le corps de saint Tharsicius, transporté par le pape Paul Ier à saint-Sylvestre in Capite de Rome, n'a pas été celui du martyr eucharistique.
Faisons d'abord remarquer (et cette remarque est d'une importance capitale) que sur V inscription lapidaire, enchâssée dans le mur sous le portique de l'église saint-Sylvestre, le nom de saint Tharsicius, martyr, se trouve joint à celui de saint Zéphyrin, pape; l et que la translation des corps de ces deux saints a eu lieu à la même date, le vingt-huitième jour de juillet, ainsi qu'on peut le voir sur cette inscription. Or, si l'on s'en souvient, nous avons dit plus haut 2 que le corps du martyr eucharistique fut placé, vers le milieu du VIe ou au commencement du VIP siècle, dans la
1 V. à l'Appendice, le document I.
2 Voir pages 97 et suiv.
petite basilique extérieure de Saint-Sixte et de Sainte-Cécile, au Cimetière de Calliste, dans le même tombeau, in uno tumulo, que celui du pape Zéphyrin. Ne faut-il pas conclure, dès lors, que l'un et l'autre furent transportés à Saint-Sylvestre, et voir dans le nom gravé sur l' inscription dont nous avons parlé, le nom même du martyr eucharistique ?
De plus, parmi les autres noms des saint en* registres sur cette inscription et dont les corps ont été également transférés en l'église saint- Sylvestre, on lit ceux de saint Anthéros, de saint Miltiade ou Melchiade, de saint Lucius, de saint Caïus et de saint Denys, papes. Or, nous savons par leurs Actes, (et les découvertes modernes de l'archéologie chrétienne sont venues le confirmer) nous savons que ces cinq Pontifes eurent leur sépulture primitive au Cimetière de Calliste, sur la voie Appienne. Il en fut de même des corps de saint Etienne et de saint Zéphyrin, papes, également transportés à Saint-Sylvestre in Capite. Nous savons aussi, par les Martyrologes et par les plus anciens hagiographes, * que c'est au même Cimetière de Calliste que le martyr eucharistique
1 Voir page 74.
fut enseveli : " in Cocmeterio Callisti, via Appia, honorifi.ce sepelierunt „.
Il n'y a donc pas à s'y méprendre, et il ne faudrait rien moins que de la mauvaise foi pour le nier, le nom de saint Tharsicius se trouvant ainsi associé à ceux des Pontifes dont les restes provenaient du Cimetière de Calliste, ce nom est celui non d'un martyr quelconque, mais bien celui du martyr eucharistique-.
Ce point admis, — ■ et il importait de le mettre en lumière, — il nous sera facile d'établir le quiproquo survenu à l'occasion de la donation faite par Charles délia Gatta à l'église Saint-Dominique le Grand de Naples, du corps de saint Tharsicius, martyr. Les auteurs dominicains cités plus haut assignent, comme date de cette donation, l'année 1646. Or on sait qu'à cette époque, des fouilles opérées dans les cimetières de Rome souterraine amenaient la découverte d'un nombre considérable de corps saints, dont des communautés religieuses, et même de simples particuliers, pouvaient facilement devenir acquéreurs. ' " La pensée que dans les sombres profondeurs des Catacombes reposaient les ossements d'une multitude
1 Pour les preuves du fait voir de Rossi, Borna sottevranea, tom. III, pages 213 et suiv.
de saints et de martyrs, avait ému la piété des fidèles et donné l'essor à un zèle trop souvent indiscret. La permission d'ouvrir les tombeaux des Catacombes et de chercher des reliques fut concédée avec une générosité regrettable... Les inconvénients d'une telle exploitation de Rome souterraine frappèrent plus d'une fois les Souverains Pontifes : nous voyons Clément VIII, Paul V, Urbain VIII interdire à diverses reprises les excavations et révoquer toutes les concessions précédemment accordées. * „
Dans un Bref en date du 12 janvier 1672, 2 Clément X réglementa définitivement la recherche et la distribution des reliques des saints provenant des cimetières suburbains de Rome, et confia exclusivement ce soin à l'autorité ecclésiastique. Il défendit, entre autres choses, d'accorder des reliques insignes à des laïques, à l'exception toutefois des princes et autres personnages éminents de qui l'Eglise aurait reçu quelque service signalé:
1 Allard. Rome souterraine. Introd. hist. littér. de Eome souterr., page 12.
2 Magnum Bullarium rom., t. XVIII, p. 290. Edit. Taurin. — Div. ordinat. circa extractionem reliquiarum ex coemeteriis Urbis... illarumque custodiam et distributionem. — Voir à l'Appendice, § IV, le texte de ce Bref.
" Excipicndos tamen volumus magnos principes... cum quibus liberàlius agendum erit. „
De tout ce que nous venons de dire, nous nous croyons en droit d'inférer que le corps saint dont Charles délia Gatta, prince de Monesterace, fit don, en 1646, à l'église de San Domenico Maggiore de Naples, d'après l'antique tradition invoquée par les auteurs cités plus haut, n'est autre qu'un des corps de martyrs qu'on extrayait à cette époque et en cette même année, des cimetières de Rome. Le P. Valle, parlant de la provenance des reliques du saint Tharsicius de Naples, dit qu'elles furent transportées du cimetière de Calliste, sans faire mention d'une translation intermédaire à Saint-Sylvestre in Capite: 1 ce qui montre assez qu'il ne s'agit pas du même saint, mais d'un saint homonyme confondu avec le protomartyr de l'Eucharistie.
Le nom de Tharsicius, donné au corps du Saint de Naples, était-il le nom propre de ce Saint ou bien un nom imposé à un saint inconnu, mais dans la sépulture duquel on aurait constaté les signes du martyre? L'une et l'autre hypothèses
1 II suo corpo fu sepolto rtel cimitero di Callisto, e di poi furono le reliquie trasportate in Napoli. (Descrizione délia Chiesa di San Domenico Maggiore,^. 314).
sont admissibles ; la première toutefois, nous le paraît davantage, car parmi les martyrs de Borne, on en trouve au moins un du nom de Tharsicius. Les Acta Sanctorum indiquent, au 6 février, une translation à Fossano, en Piémont, de reliques provenant des lieux saints, — c'est-à-dire des cimetières, — de la ville de Rome: " Reliquias... e sanctis lotis urbis Bomae eductas.., „ obtenues, le 28 février 1638, par Clément Alcanius Sandrius Trotti et données par lui à l'église des Pères Somasques. Or, parmi ces reliques est mentionné l'os entier du tibia de saint Tarcitius: 4 tïbiae os integrum S. Tartitii. 1 ;;
Les Sollandistes ne déterminent pas quel peut être ce martyr Tarcitius : " Qui porro hi fuerint sancti, non est nobis exploratum. „ Néanmoins, ils le distinguent du martyr eucharistique, enseveli au cimetière de Calliste, et dont les reliques, disent-ils, sont, en partie dans la Basilique Vaticane, et en partie dans l'église de Saint-Sylvestre au Champ-de-Mars. 2
1 Apud Acta Sanctorum, tom. I, Februar., p. 940 ; édit. Palmé, Paris, m V. Appendice § VI.
2 Illustris est S. Tarsitius qui, Martyrologiis inscriptus XV Aug., sepultus is fuit in coemeterio S. Callisti: reliquiae, ut auctor est Octavius Pancirollus, in Thesauris absconditis alnaae Urbis, quaedam
Si Ton rapproche la date à laquelle la relique en question fut accordée à Clément Ascanius (1638) de celle où Carlo délia Gatta obtint le corps de saint Tharsicius (1646), on a quelque droit de conjecturer que " l'os intégral du tibia „ mentionné par les Bollandistes pourrait bien avoir été dé-
in Basilica S. Pétri Vaticana; aliae in Silvestri ad Campum Martium. (Act. Sanct. loc. cit.). — M. de Rossi a bien voulu nous communiquer la note suivante, relative aux reliques de saint Tharsicius déposées dans la Basilique Vaticane : « Dans le manuscrit de la bibliothèque Barbérine, côté XXXIV, 50, fol. 238- 241, sont relatées les circonstances, enregistrées officiellement par Grimaldi, notaire de la Basilique, relatives à la démolition d'un côté de Y atrium du Vatican et de l'église S. Maria in turri, construite par Paul Ier: c'est dans cette église qu'avaient été placées les reliques des saints, dont la liste gravée sur marbre est identique a celle de l'inscription de Saint- Sylvestre in Capite. Or, dans la démolition susdite, faite sous Paul V, la caisse en marbre des reliques déposées par Paul Ier fut trouvée tout a fait vide: ce qui prouve, dit Grimaldi,' que ces reliques avaient été déjà extraites à une époque antérieure et placées ailleurs, on ne sait où, ni quand. » Faut-il attribuer cette disparition à un larcin secret? L'opinion de M. Rossi est que ces reliques, pour des motifs inconnus, ont dû être déposées dans l'intérieur même de la Basilique Vaticane.
taché de ce corps ; et, malgré la divergence accidentelle de l'orthographe des deux noms, on peut conclure à l'identité de provenance des deux reliques.
Quoi qu'il en puisse être, on voit, par la citation que nous venons de faire, que les cimetières de Rome ont recelé au moins deux saints Tharsicius. De là a pu venir une confusion, à laquelle la piété populaire a accordé une facile adhésion et qu'elle a consacrée par une croyance deux fois séculaire.
Enfin, nous rappellerons ici un argument déjà formulé plus haut. Si le corps de saint Tharsicius de Naples était le même que celui du martyr eucharistique, que nous savons avoir été transporté à Saint-Sylvestre in capite au VIIIe siècle, sa translation à Naples, au XVIIe siècle, n'aurait pas manqué d'être mentionnée, soit dans les monuments historiques de cette époque, soit dans les archives de Saint-Sylvestre, surtout après l'ordonnance formelle du Pape Clément X, dont nous avons parlé. Or, il n'existe nulle part trace d'une semblable translation. D'où il nous reste à conclure qu'elle n'a pas eu lieu et que, par conséquent, le saint Tharsicius de Naples et celui de Rome sont deux saints distincts.
Ayant entrepris d'étudier, au double point de
DES RELIQUES DE SAIXT THARSICIUS ETC. 131
vue historique et critique, le protomartyr de l'Eu charistie, nous devioas à l'amour et à l'honneur de la vérité de faire connaître sans restriction le résultat de nos recherches.
Nous n'avons pas la prétention d'avoir dit le dernier mot sur le sort des reliques de l'acolytemartyr. ' Toutefois nous croyons pouvoir nous rendre le témoignage de n'avoir rien avancé qui ne fût appuyé sur des données historiques ou tout au moins sur des probabilités respectables. Peutêtre l'avenir nous réserve-t-il des découvertes nouvelles qui feront le plein jour sur cette question.
En attendant, nous pensons avoir suffisamment et légitimement établi:
1° Que le corps de saint Tharsicius ou Tarsicius, transporté au VIIIe siècle en l'église de
1 Le E. P. Majello, recteur de San Domenico Maggiore de Naples, dans une visite qu'il a bien voulu nous faire à Rome, nous a fait espérer de retrouver sous peu quelque document relatif à la translation de saint Tharsicius en 1646. Il a confié à des archéologues êminents de Naples le soin de faire des recherches dans ce but. Quel qu'en puisse être le résultat, nous ne pensons pas qu'il doive modifier essentiellement notre thèse. Nous avons, pour justifier notre confiance, les assurances les plus formelles de personnages très compétents.
Saint- Sylvestre in Capite de Rome, est le propre corps du martyr eucharistique ;
2° Que, tout en admettant la translation, de Rome à Naples, en 1646, d'un corps saint du nom de saint Tharsicius, martyr, on n'est pas en droit d'en conclure, puisqu'on n'a, pour appuyer cette prétention, ni document historique, ni acte pontifical ou autre, daté de cette époque, que ce corps est celui du martyr eucharistique.
Comment, alors, expliquer le culte rendu, depuis plus de deux siècles, à Naples, aux reliques de saint Tharsicius, martyr, comme étant celles de l'acolyte dont nous nous sommes occupé jusqu'ici?
Boldetti, dont l'autorité en ces matières est incontestable, énumérant les conditions qui rendent légitime le culte rendu à des reliques dont l'authenticité ne serait pas suffisamment manifeste, dit que la tradition ancienne et la croyance publique de l'existence en tel lieu de telles reliques t suffisent à en constituer l'authenticité et à légitimer le culte qui leur est rendu: la tradizione antica e pubblica fama dell 'esistenza in quel luogo di tali reliquie. 1 Déjà, en 1581, la Sacrée Con-
1 Boldetti. Osservazioni sopra i cemeterii de' santi Martiri. Tom. II, Lib. II, c. XI, p. 703. — V. à l'Appendice § V.
grégation du Concile avait décrété que l'on devait continuer de vénérer les reliques anciennes, alors même qu'on pourrait avoir quelque doute sur leur identité: " Eeliquias, si antiquae sint, in eadem veneratione esse habendas „. 1
Boldetti,qui rapporte ce décret, ajoute qu'ayant été personnellement chargé, par le cardinal de Carpegna, vicaire de Sa Sainteté, de reconnaître officiellement des reliques, il reçut du même cardinal l'instruction suivante, à savoir: que l'assurance donnée avec serment, par des personnes dignes de foi, d'un culte public rendu pendant quarante années à ces reliques, serait suffisante pour en autoriser la vénération: " Egli mi diede Vistruzione, essere bastante la prova che abbiano goduto il pubblico culto per lo spazio di quaranta anni, mediante le deposizioni giurate di persone degne di fede „. 2
Or, ainsi que nous l'avons dit plus haut, depuis plus de deux siècles, les fidèles de Naples
1 S. Congr. Concil. in Caesaraug., 20 Oct. 1581 et in Alban. 3 Mark 1663.
2 Boldetti. loc. cit. — Conf. Bened. XIV. De Serv. Dei beatif. et beat, canoniz. Lib. IV, p. II, c. XXIV. — Ferraris, Prompta Biblioth. Tit. : Cultus Sanctorum (ibi referuntur duae celeberrimae constitutiones Urb. VIII de cultu et veneratione reliquiarum.)
vénèrent dans l'église San Domenico Maggiore les reliques de saint TJiarsicius, martyr. D'après une tradition non moins ancienne, ces reliques auraient été apportées de Rome par le prince Carlo de la Gatta.
L'antiquité de ce fait et de cette tradition suffit donc, en vertu des décisions que nous venons de rapporter, pour légitimer le culte rendu à ces reliques, encore qu'il ne reste aujourd'hui, de l'aveu des Dominicains de Naples, aucun document qui en établisse l'authenticité.
De plus, depuis une époque qui paraît remonter à l'origine même de la donation de ces reliques, c'est le protomartyr eucharistique que l'on a vénéré en elles : leur déposition primitive dans l'oratoire du Très saint Sacrement, à San Domenico, autorise à le supposer, bien que ce fait ne soit pas rigoureusement concluant, et suffit à expliquer comment, dans la suite, sur les authentiques des reliques de saint Tharsicius, on a quelquefois ajouté à son nom et à son titre de martyr, la qualification d'acolyte. l
1 Nous avons fait, durant plusieurs années, des recherches en France, en Italie et ailleurs, pour nous procurer le texte des authentiques de reliques de saint Tharsicius. Nous tenons à faire observer que, parmi les authentiques qui proviennent de Naples, aucun de
Cela explique aussi comment l'autorité ecclésiastique de Naples a sanctionné la croyance populaire en approuvant le culte rendu aux reliques de saint Tharsicius, et en accordant aux Dominicains de San Domenico Maggiore de célébrer chaque année, à la date du 18 août, l'office et la messe de saint Tharsicius, martyr. l
ceux que nous avons eus sous les yeux, à l'exception de trois, de date tout à fait récente, ne porte cette qualification. La formule ordinaire et invariable est : S. Tharsicii, martyris ; tandis que, sur ceux d'une autre provenance, nous avons lu quelquefois : S. Tharsicii acolythi martyris, avec ces mots à la suite : « Cvjus corpus in Ecclesia S. Dominiez Majoris Neapoli asservatur » — et même, sur quelques autres : « S. Tharsicii, protomartyris SS. Evcharistiae. »
1 On lit dans Yordo des dominicains de S. Dominique de Naples, à la date du 18 août: « S. Tarsicii, martyris. Offic. de Comm. Missa Laetabitur ; Gloria, Credo : totum duplex. — M. le marquis de G-..., à G... (Meurthe-et-Moselle), prétend avoir eu en sa possession la plus grande partie des ossements de saint Tharsicius qu'il a reçus, nous écrivait-il à la date du 12 janvier 1889, des mains du Révérendissime P. Jandel, maître général de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, à l'époque où San Domenico Maggiore était enlevé aux Dominicains de Naples, c'est-à-dire en 1865. « Ces reliques, ajoutait-il, étaient renfermées dans une boîte ou capsa scellée et portant cette inscription en lettres rouges: S. CORPVS B. TARSICII PROTOMARTYRIS.
Boldetti, après avoir parlé longuement, dans l'ouvrage cité plus haut, des équivoques qui font confondre un saint avec un autre, cite un passage du très-docte abbé Guibert, dottissimo Guiberto àbbate, dans lequel celui-ci pose la question de savoir si de ces équivoques peut résulter quelque inconvénient pour ceux qui rendent un culte de
Cette boîte, enfermée elle-même dans une cassette de vermeil enrichie d'émeraudes, a disparu pendant la longue occupation de la Lorraine par les Prussiens, en 1871. » — Notre honorable correspondant n'a malheureusement, pour appuyer ces affirmations, aucune preuve matérielle. En toute hypothèse, il est difficile d'admettre qu'il ait eu en sa possession « la plus grande partie des ossements de saint Tharsicius. » Puisque ces ossements provenaient de San Domenico tnaggiore de Naples, il n'aurait plus dû en rester à San Domenico que la plus petite partie. Or, en 1885, c'està-dire après la réintégration des Dominicains de Naples, constatation fut faite par le Cardinal-Archevêque de cette ville, de l'état des reliques de saint Tharsicius, lesquelles, à l'exception de quelques côtes enlevées durant la période de vingt années d'exil des Dominicains, (nous en avons le témoignage écrit de ces derniers) furent trouvées intactes. Comment concilier ce fait avec la prétention de M. le marquis de G...? — Dans la Vie du Rév.me Père A. V. Jandel, récemment publiée, le P. P. Cormier confirme cette prétention, (p. 5 et 6); avec cette réserve toutefois que ce n'est pas de la plus grande partie, mais seulement à' une partie
vénération aux reliques d'un saint autre que celui à qui ce culte se réfère: u Quacritur... utrum eorum reïiquiac, cum alterae pro alteris lionorantur, et non sint ejus cujus esse putantur, aliquid perniciosum colentïbus importare credantur „. Et il donne la solution suivante, que nous reproduisons pour rassurer ceux de nos lecteurs que la lecture des pages qui précèdent aurait pu troubler : " Il n'en peut résulter rien de préjudiciable à la piété ; car le Seigneur a dit : a Qu'ils soient un comme nous ne sommes qu'un. „ D'où il suit que l'assemblée des saints ne forme, dans le Christ qui en est la tête, qu'un corps identique, n'ayant qu'un seul et même esprit avec Dieu. En sorte que, si Von envisage les choses à ce point de vue, il n'y a pas d'erreur à honorer les ossements d'un saint, croyant honorer ceux d'un autre, puisqu'ils sont tous les membres du corps du Christ. 1
du corps de saint Tharsicius que le P. Jandel aurait fait don à la chapelle du château de Gerbévillers, où il reçut la grâce du saint baptême. Cette partie du .corps, provenant de Naples, pourrait bien n'avoir consisté que dans les côtes enlevées dont nous venons de parler; mais ce que nous n'accordons pas aussi bénévolement, c'est que cette relique fût, comme l'affirme le Père Cormier, « une partie du corps de saint Tharcise, protomartyr de l'Eucharistie. »
1 Quod ego non aestimo. Cum enim Dominus de
Le savant Papebrockius, traitant la même question, observe que V objet principal de la dévotion envers les reliques des saints n'est pas ce qui jadis fut leur corps, mais leur mémoire à laquelle ces honneurs et ce culte sont rendus. D'où il conclut que ce but est toujours atteint, alors même que les reliques que l'on vénère ne sont pas celles du saint qu'on a en vue d'honorer: Ea (videlicet réliquias venerantium réligio) tendit in primarium suum objectum, id est sanctorum honorent, etsi fortassis eorum ipsae non essent, quae ut taies proponunhir. l
IV. Pour compléter cette étude sur le premier martyr de l'Eucharistie, il nous reste à parler sommairement du culte rendu, de nos jours surtout, à sa mémoire.
eis dicat (Joan., XVII) : Ut sint unum sicut et nos unum sumus; cum ipsorum universitas sub Cbristo capite sit, quasi quaedam identitas corporis, et unus cum Dec- sit spiritus, ipsi adhaerentes ; inter eorum ossa, qui sancti sunt, non est error, si alia pro aliis excolantur, qui commembres in sui auctoris corpore dignoscuntur. (Abb. Guib. De Pignore SS., Lib. I, Cap. IV, § 2).
1 Papebr. Respons. ad exbibit. error., ad artic. XIX, n° 12.
La ville de Naples qui, selon que nous l'avons dit, s'honore de posséder, depuis plus de deux siècles, ses glorieux restes, a toujours eu envers lui, depuis cette époque, une dévotion particulière. Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit relativement à cette prétention. Qu' il nous suffise de relater, à la gloire de l'acolyte martyr, les hommages dont il est l'objet dans l'antique église de San Domenico de Naples. Sous -l'autel qui lui est dédié, dans la chapelle de 1' " Angelo Custode, „ on aperçoit une statue, partie en cire et partie en bois, représentant une jeune clerc revêtu d'une soutane noire et d'une cotta ou surplis romain. Il est couché, la tête appuyée sur deux oreillers et ceinte d'une couronne de laurier; ses bras sont ramenés sur sa poitrine, et ses mains jointes tiennent une palme et un petit ciboire recouvert de son pavillon. A ses pieds se voit une urne de cristal dans laquelle se trouvent des cendres mêlées à de menus ossements. On a ménagé, au milieu de la poitrine et aux jambes, des ouvertures protégées par un verre, à travers lequel on distingue les ossements correspondant à ces parties du corps. Tel qu'il est représenté là, saint Tharsicius paraît avoir l'âge et la taille d'un enfant d'une douzaine d'années.... La chapelle où on le vénère est continuellement vi-
sitée des fidèles qui, par un de ces touchants instincts dont la piété populaire a le secret, l'invoquent tout spécialement en faveur des personnes atteintes de maladies de poitrine. Mais c'est surtout pour obtenir l'amour dont son cœur fut embrasé envers le Dieu de l'Eucharistie que l'on recourt à son intercession. x
La dévotion envers saint Tharsicius commence à se propager en France. Depuis quelques années, des associations ont été placées sous son patronage ; c'est principalement dans les maisons d'éducation chrétienne que son culte est en honneur. Mais nulle part, à notre connaissance du moins, il ne Test davantage qu'au Petit Séminaire de Versailles. La dévotion envers le saint Martyr entretient dans cette maison un parfum de piété, dont on se sent pénétré, dès la première fois qu'on la visite, et qui pousse comme instinctivement vers l'adorable Eucharistie.
La chapelle du Petit Séminaire de Versailles possède sous l'entablement du maître-autel une statue de l'acolyte martyr en marbre blanc d'un fini merveilleux. On l'a représenté dans son vrai
1 Singularis apud Deum patronus pro quibuscumque sanandis pectoris morbis, sed maxime pro charitatis fervore acquh-endo. (Légende d'une image de saint Tharsicius, gravée à Naples en 1837).
costume, non de clerc, mais de citoyen romain; ' non point couché sur des oreillers, mais gisant parmi les pierres dont ses meurtriers l'ont accablé: représentation bien autrement naturelle et émouvante que celle de Xaples. Ses mains, ramenées sur sa poitrine, étreignent d'un geste énergique le sacré dépôt de l'Eucharistie à demi caché sous les plis de son manteau. Son visage sourit aux divines réalités que son regard a déjà entrevues à travers les ombres de la mort.... Sur le socle du soubassement, on lit ces paroles qui, dans leur laconique simplicité, sont un saisissant résumé de son martyre et une prédication permanente : Hostia pro Hostia, hostie pour l'Hostie. Le reste de l'autel est digne du tombeau et témoigne autant d'érudition hagiographique que de science archéologique. Deux statuettes en marbre
1 Le Pape saint Etienne, dont saint Tharsicius était le disciple, avait fait une ordonnance d'après laquelle il était interdit aux prêtres et aux lévites de se servir, pour les usages quotidiens, des vêtements de leur ordre, qu'ils ne devaient employer que dans les cérémonies de l'église. « Hic constitua ut sacerdotes e^LEViTAE vestes in quotidiano usu non haberent nisi tantuni in Ecclesia. » (Martyr. Adonis, IIII Non. August.) — Yid. Lib. pontif. S. Steph. — Act. Sanct. T. I Aug.
blanc, l'une de saint Etienne, le pape-martyr dont saint Tharsicius était le disciple ; l'autre de saint Damase, le pape-poëte qui a célébré dans d'admirables vers le martyre du glorieux acolyte ; se dressent sur des pilastres également en marbre de chaque côté de cet autel, dont les lignes harmonieuses forment un ensemble des mieux achevés. 1
1 Du reste, il fallait que l'art chrétien déployât sa magnificence dans ce sanctuaire doublement vénérable. Le 14 avril 1845, un jeune élève aveugle recouvra subitement la vue, dans cette même chapelle, au moment où il recevait la sainte Communion. Les détails de cet événement, d'un caractère miraculeux, ont été relatés dans un opuscule que l'on peut se procurer au Petit Séminaire de Versailles.
En 1887 le Petit Séminaire de Versailles offrit à Sa Sainteté Léon XIII, à l'occasion de son Jubilé Sacerdotal, une belle statue en marbre blanc de saint Tharsicius, qui est l'exacte reproduction de celle qu'on admire dans la chapelle de cet établissement. Sur le socle, en marbre noir, on fit graver en caractères d'or l'inscription suivante:
MAXIMO ET ILLVSTRISSIMO LEONI XIII MINVS SEMINARIVM VERSAL1ENSE.
Cette statue a figuré à l'Exposition Vaticane. On peut s'en procurer des fac-similé chez Casciani 72 rue Bonaparte, et 137 rue de Pennes à Paris.
Citons aussi, parmi les centres de dévotion envers l'aimable Saint euchaiùstique, le sanctuaire du patronage de Notre-Dame de Nazareth, a Paris, ' dirigé par les Frères de Saint- Vincent de Paul. Là, en effet, depuis 1858, le culte de saint Tharsicius a commencé à être en honneur. Une chapelle, récemment décorée de peintures qui retracent les différents symboles des Catacombes, lui fut dédiée, ainsi quhin autel enrichi de sa statue. Les effets de sa protection se sont fait sentir d'année en année d'une façon admirable, et la dévotion envers la sainte Eucharistie a fait dans l'Œuvre de Nazareth des progrès toujours croisants. En 1854, aux principales solennités, trente jeunes gens à peine sur plusieurs centaines, s'approchaient de le Table sainte. " Nous ne savions comment faire pour donner à ces pauvres et chères âmes un peu de piété, nous disait naguère le vénérable directeur de cette Œuvre, M. l'abbé Hello; mais du jour où saint Tharsicius eut sa chapelle et son autel, les choses changèrent de face ; nous pûmes compter une dizaine de communions par dimanche , et le nombre alla en augmentant, toujours plus dans la suite: actuellement nous
1 Boulevard Montparnasse, et rue Stanislas, 11.
avons une cinquantaine de communions chaque dimanche. „ 1
Enfin, tout récemment, un vénérable ecclésiastique de France, le directeur de 1' Archiconfrérie de Notre-Dame d'Espérance, à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), voulant offrir un modèle et un patron aux enfants de la première communion de cette ville, faisait l'inauguration solennelle d'un autel et d'une statue du protomartyr eucharistique. Cette cérémonie, présidée par le premier Vicaire Capitulaire, eut lieu le 30 mai 1889, fête de l'Ascension. " Tous les enfants des deux paroisses et
1 La fête du martyr eucharistique est célébré chaque année, dans la chapelle de N. D. de Nazareth, le dimanche qui suit la fête de l'Assomption. De plus, durant tout le mois de mai, diverses maisons d'éducation, orphelinats et patronages de Paris et de la banlieue, se rendent en pèlerinage à l'oratoire de saint Tharsicius, où l'on expose et fait vénérer sa relique. D'ordinaire on y dit la sainte Messe, à laquelle ces enfants communient. — La chapelle du Petit Séminaire de Versailles, dont nous avons parlé plus haut, commence aussi à devenir un lieu de pèlerinages eucharistiques: « Cette année, nous écrivait naguère le vénéré Supérieur de cet établissement, notre chapelle a vu plusieurs pèlerinages de premiers communiants, attirés par le charme eucharistique de notre cher Martyr. »
des maisons d'éducation de la ville, qui devaient faire leur première communion ou la renouveler, avaient été convoqués. Bien avant l'heure de la cérémonie, le vaste sanctuaire de Notre-Dame d'Espérance était envahi, et l'on fut même obligé d'interdire l'entrée de l'église aux pieux fidèles qui se pressaient nombreux autour des portes. Après le chant d'une hymne en l'honneur du saint Martyr, l on bénit sa statue, exécutée sur le modèle de celle de Versailles, et placée au milieu du chœur sur un lit de roses naturelles. Le R. P. Jenner, de la Compagnie de Jésus, adressa une allocution chaleureuse et toute de circonstance à son jeune auditoire. Ensuite, la procession se mit en marche pour conduire la statue à l'autel qui lui était réservé. Chaque enfant, au lieu de cierge, tenait une rose à la main. Pendant le défilé,
1 On peut se procurer cette hymne latine d'une très-facile exécution, au Petit Séminaire de Versailles, auprès de M. l'abbé Poivet, qui en est l'auteur.
On trouve aussi à Versailles, chez Vernède, éditeur, rue Hoche, 12, deux beaux cantiques français en l'honneur de saint Tharsicius et dédiés aux Petits Séminaires; l'un est intitulé: Avant la communion, l'autre: Après la communion (chœur et soli), et ont également pour auteur M. l'abbé Poivet. Nous nous faisons un plaisir de recommander ces deux excellentes compositions. — Prix net, l'unité : 0 fr. 50 cent.
le chœur des élèves des Frères faisait entendre l'hymne de saint Tharsicius, et, après chaque verset, toute la troupe enfantine invoquait le Martyr de l'Eucharistie: Sancte Tharsici, ora pro nobis. La procession s'arrêta à la chapelle de saint Joseph, sous l'autel duquel la statue devait être placée. Chaque enfant, avant de se retirer, vint déposer sa fleur de rose aux pieds du saint acolytes. On évalue à plus de quatre cents le nombre des enfants qui assistaient à cette cérémonie. „ l
Le zélé directeur, à qui nous devons ces détails, ajoute que le succès de cette cérémonie lui a fait prendre la résolution de la renouveler tous les ans en faveur des enfants de la première communion.
" Je veux, dit-il, que cet autel de saint Tharsicius devienne comme le lieu préféré de pèlerinage de tous nos enfants. „
A notre tour, nous exprimerons, en terminant cette étude, un vœu que nous adressons plus spé-
1 Une cérémonie semblable, et qu'on nous dit avoir dépassé en solennité, en pieux concours d'enfants et de fidèles, celle de l'année dernière, a eu lieu, cette année, à N. D. d'Espérance, à la date du 18 Mai, qui était aussi le jour de l'Ascension.
cialemeut aux directeurs de maisons d'éducation, de patronages et de catéchismes ; c'est qu'ils s'efforcent d'inspirer la dévotion envers le saint Martyr de l'Eucharistie à la jeunesse « chrétienne, et qu'ils le proposent comme modèle et comme patron aux enfants de la première communion.
Saint Tharsicius, — écrivions-nous naguère dans un opuscule populaire destiné à propager la dévotion envers cet aimable Martyr 1 — saint Tharsicius apparaît en effet comme le type du chrétien généreux et vaillant qui défend sa foi, sa pureté, ses bons désirs, contre les atteintes du démon, du monde et de la chair, au prix de tous les efforts et de tous les sacrifices, soutenu, fortifié par la vertu de Jésus- Christ qu'il porte en son cœur.
N'est-il pas opportun, à l'heure actuelle où, plus que jamais, tant de causes perverses conspirent contre la vie morale de la jeunesse chrétienne, d'offrir à celle-ci tous les secours capables de l'aider à se prémunir et à se défendre contre les malignes influences qui l'environnent? N'est-il pas nécessaire d'opposer aux pernicieux exemples
1 Fleurs eucharistiques de la Vie des Saints. Saint Tharcisius, premier martiyr de V Eucharistie et patron des enfants de la persévérance.
de l' impiété contemporaine les salutaires exemples de la vertu et de la sainteté?
Or, il nous semble qu'il y a dans la douce et glorieuse figure de l'acolyte-martyr quelque chose de particulièrement symphatique et propre à enthousiasmer un cœur de douze à quatorze ans. Aussi croyons-nous qu'il serait très avantageux de le proposer comme patron, et comme modèle de persévérance aux enfants de la première communion...
Nous ne pouvons pas nous le dissimuler, quelle qu'ait pu être l'innocence d'un enfant chrétien, jusqu'à sa première communion ; il n'en est pas moins exposé à la perdre dans la suite... Cet enfant est un ange aujourd'hui: mais demain des passions inconnues jusque là s'éveilleront dans son cœur ; demain l'attraction du plaisir commencera à exercer son charme sur son imagination et sur ses sens ; demain le démon lui livrera mille attaques ; le monde cherchera à l'attirer, à le séduire, à le captiver : de faux amis tendront des pièges à son âme candide, multiplieront les occasions de péril pour sa vertu et essaieront de l'entraîner au mal!...
Hélas! combien de pauvres enfants se sont perdus presque au lendemain d'une première communion bien faite ! Imprudentes victimes de la légèreté, sans défiance d'eux-mêmes, sans crainte
pour leur faiblesse, ils se sont exposés à tous les dangers, ils ont présumé de leurs forces, ils ont abandonné leurs bonnes résolutions.., ils ont bientôt perdu le trésor de la grâce, et peu à peu ils se sont laissés aller à l'entraînement des plus honteuses passions!... Que faire, pour prévenir un si grand malheur, pour assurer leur persévérance, pour les prémunir contre les dangers de l'adolescence et les fatales • illusions de la jeunesse ? Où puiseront-ils la force nécessaire à la lutte? Qui les fera triompher des tentations dont leurs jeunes cœurs seront assiégés? Qui les rendra capables de défendre tous les divins trésors qu'ils portent au fond de leur âme, contre les attaques dont ils ne tarderont pas à être les objets? Un mot sera notre réponse: La Communion.
De même que ce fut dans l'adorable Eucharistie que saint Tharsicius puisa la force de résister jusqu'au martyre aux efforts des païens qui voulaient lui arracher ce céleste dépôt : de même est-ce dans la Sainte Eucharistie, fréquemment et dignement reçue, que l'enfant, que le jeune homme chrétiens pourront seulement trouver la grâce d'une courageuse résistance contre les entreprises du mal, du triomphe sur leurs passions et de leur persévérance dans le bien.
Or, pour leur faire aimer la Sainte Commu-
nion, pour les rendre fidèles à en tirer tout le profit qu'elle offre à leurs jeunes âmes, et à conserver avec soin les trésors de grâces, les semences de vertus que chaque communion vient déposer , en elles, il serait très utile de placer ces chers enfants, soit le jour, soit le lendemain de leur première communion, sous les auspices du martyr eucharistique, et de leur montrer dans ses exemples un motif permanent de zèle en vue de leur conservation et de leur persévérance.
Nous avons la conviction qu'une Association placée sous son patronage et ayant comme base la fréquente communion, ne pourrait que donner d'excellents résultats. Si l'on en juge par les essais que, à notre instigation, l'on en a déjà faits, soit dans des maisons d'éducation, soit dans des patronages, on peut augurer d'une telle Association la conservation, et par conséquent le salut d'un grand nombre de jeunes âmes, que la protection du martyr eucharistique et la sainte pratique de la communion auront préservées d'une perte inévitable...
Qu'on nous pardonne ces réflexions, dont le caractère tranche, nous l'avouons, avec celui du travail que nous avions entrepris. Mais y a-t-il
lieu de s'étonner que, rapportant les développements successifs du culte rendu au Martyr de l'Eucharistie, nous ayons insisté quelque peu sur l'une des formes les plus pratiques et, peut-être aussi, les moins répandues de ce culte ? Au surplus, si notre appel trouve un écho sympathique dans ceux à qui il s'adresse, et si, en leur inspirant une dévotion particulière envers Saint Tharsicius, ces lignes peuvent contribuer à leur faire puiser dans cette dévotion un plus grand zèle pour la Communion fréquente ; nous ne nous serons pas écarté de notre sujet, car, nous aurons préparé pour l'avenir des matériaux fort intéressants qui serviront à compléter l'histoire contemporaine du culte de saint Tharsicius.
Au moment où nous terminons cette étude, nous recevons du Supérieur d'un Petit Séminaire où ce culte est en grand honneur, une lettre dans laquelle il nous dit: " Il se fait à cette heure un grand mouvement autour de ce cher martyr. Il semble sortir des Catacombes pour prêcher le Dieu de V Eucharistie et pour lui gagner les âmes, surtout les âmes d'enfants. „
Telle est bien en effet, croyons-nous, la mission du saint acolyte... Puisse-t-il être vraiment l'apôtre de la dévotion eucharistique, l'apôtre de la fréquente communion.
Puissent les âmes, toutes les âmes chrétiennes, puisse surtout cette chère jeunesse si menacée et si exposée aux traits mortels de Satan ; groupées sous le patronage du glorieux martyr, être attirées par lui de plus en plus vers cette Eucharistie, si justement appelée le Pain des forts, le Pain de vie et d' immortalité, et dont la vertu toute puissante les soutiendra au milieu des luttes de la vie, et les conduira de victoire en victoire, jusqu'au lieu de l'éternel repos et de l'immuable félicité.