‹ Le premier martyr de l'eucharistieChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du lieu de la^sépulture de saint Tharsicius.

Que devint le corps du saint martyr après qu'il eut été abandonné par ses lâches meurtriers? Les Actes nous apprennent que, dans leur fuite ceux-ci rencontrèrent, sur la même voie Appienne? et se dirigeant sans doute vers le Cimetière de Calliste pour vénérer la dépouille sacrée de leur Pontife et procéder à son inhumation, une multitude considérable de chrétiens. 1 Nombreux euxmêmes, 2 c'eût été le cas de faire, sinon un car-

1 Venientes autem ad portam Appiae, invenerunt (milites) Christianorum multitudiuem copiosam. (Act S. Steph., c. II, 21).

2 « ... Missi sunt plurimi prioribus militum ... » Il avait été dit auparavant : « ... Misit Valerianus multitudinem militum. » (Ibid., c. II, 14).

nage, du moins une capture abondante et de conduire aux empereurs tous les chrétiens qu'ils auraient pu saisir. Mais ils n'en firent rien. Lâches jusqu'au bout, ou plutôt sous Faction de la terreur mystérieuse qui s'était soudainement emparé d'eux, ils continuèrent leur course affolée vers Rome et vinrent rapporter à Valérien tout ce qui s'était passé. *

Pendant ce temps, les chrétiens s'acheminaient vers le Cimetière de Lucine, tristement absorbés par la pensée du Pontife bien-aimé qu'ils venaient de perdre. Quelle ne dut pas être leur stupeur et leur affliction en apercevant, gisant sur la route, le corps sanglant de l'acolyte Tharsicius! Bien que les Actes se taisent sur ce point, il y a toute apparence que les choses durent se passer ainsi, et cette présomption se dégage comme naturellement du texte que nous avons cité plus haut. Dans tous les cas, les Actes nous apprennent formellement que, " ce même jour, les chrétiens recueillirent le corps du saint martyr et le transportèrent au Cimetière de Calliste situé sur la voie Appienne „. 2 Là ils lui firent, est-il dit

1 Et veuientes ad Valerianum, omnia intimarunt, et quidquid actuin fuerat, per ordinem pandunt. (Ibid.).

2 Eadem die collegerunt Cliristiani sanctum corpus Tliarsicii et sepelierunt in coenieterio Callisti,

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dans le Martyrologe , des funérailles honorables. '

En quoi consistèrent les honneurs particuliers décernés à sa dépouille sacrée ?

Faut-il ne voir dans l'expression Jionorifice que la simple désignation d'un concours plus nombreux de chrétiens ou d'un plus grand déploiement de solennité extérieure dans la cérémonie de la " tumulation du saint martyr? „ A la rigueur, cette interprétation pourrait suffire, car on sait par quels rites solennels et touchants les premiers chrétiens honoraient la sépulture de leurs frères, surtout de ceux qui avaient donné leur sang et leur vie pour la foi. 2 Mais, si l'on tient compte de l'extrême concision du texte des Martyrologes,

via Appia. (Act. S. Steph., II Aug.) — Quod (corpus S. Tbarsicii) a Cbristianis sublatum et via Appia, in coemeterio Calixti sepultum XVIII kalend. septembris. (Petr.de Natal. Catal. Sanctor. Lib.VII, c. LXVI).

1 Cbristiani autem corpus martyris collegerunt et in cimiterio Calixti via Appia honorip.ee illud sepelierunt. (Martyr, secund. morem Roman. Curiae. Paris, apud Petr. Viart. Bibl. Sanctae Genovef.) — Corpus illius a Cbristianis collatum in coemeterio Callisti via Appia honorifice sepultum est. (Pbilipp. Ferrari, Catalog. Sanct. Italiae, XV Aug.).

2 V. Nortet, Les Catacombes romaines. Le Cimetière de Calixte, tom. I, ch. VI.

on sera, comme nous, amené à donner un sens plus particulier à une expression en apparence insignifiante. Nous pensons donc que les honneurs accordés à saint Tharsicius ne consistèrent pas seulement dans la solennité extérieure de ses funérailles, mais encore et surtout dans le chois qui fut fait du lieu de sa sépulture.

En quel lieu particulièrement honorable du Cimetière de Calliste fut-il donc déposé?

S'il faut s'en rapporter au texte d'un antique Ménologe grec, dit de l'empereur Basile, cité dans les Acta Sanctorum, * l'acolyte martyr aurait été déposé dans le même tumulus que le pape saint Etienne. 2

Cette opinion serait facile à admettre si elle

1 Ce manuscrit célèbre est conservé à Borne, dans la bibliothèque Vaticane. Au témoignage de M. de Rossi (Boni. sott. T. II, p. 87), le texte complet résumé dans le Ménologe de Basile, se trouve à Paris, dans un manuscrit byzantin du IXe siècle qui, de la Bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, a dû passer à la Bibliothèque nationale. Il ne nous a pas été possible de nous le procurer.

a'jTYÏ Tri ^aôs'opv) aùv tw u.aÔYiTfî aCiToù. Stephanus ad aras f aciens capite truncatus est, et in eadem sede depositus una cum discipulo suo (nempe Tharsicio). Elog.

Menol. Basil. Urbini, 1727, tom. III, p. 190-191.

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n'avait pas un caractère trop isolé, trop distinct des autres. On comprend, en effet, que la piété des chrétiens ait voulu réunir dans une commune sépulture le Pontife et son digne disciple. Leurs martyres n'étant séparés que par l'intervalle d'un jour, il est vraisemblable que leur inhumation, faite au même Cimetière de Calliste, dut avoir lieu à la même heure. Or, dans ce cas, il était si naturel de ne point séparer dans le repos de la mort ceux qui avaient combattu pour la même cause durant leur vie ! D'après le témoignage cité plus haut, il paraîtrait que, pour honorer davantage leur martyre, les chrétiens auraient déposé auprès de saint Etienne la chaire ou plutôt le siège encore teint de son sang, sur lequel il avait été décapité; tandis que, d'autre part, ils auraient enseveli saint Tharsicius avec la sainte Eucharistie qu'il tenait encore entre ses mains. '

1 vj-i -rô tiaôïiTÎi ajTiî, l~i y^stpa; xparoûv-rt t; -r,;

maTEcoç iftm aûpflotav ; cum discipulo suo sacrum fidei synibolum (id est Eucbaristiam) manibus continente. (Ibid. Y. Acta Sanct., S. Steph., II Aug.). — En suivant cette opinion, on doit, pour expliquer la disparition des saintes espèces dont saint Tharsicius était porteur au moment de son martyre, admettre qu'elles furent miraculeusement rendues invisibles aux yeux de ses sacrilèges meurtriers.

Les hagiographes d'époques diverses sont généralement d'accord en ce qui concerne cette circonstance de l'inhumation de saint Etienne. 1 Nous ne pouvons en dire autant de l'opinion relative au protomartyr de l'Eucharistie ; nous ne. l'avons rencontrée nulle part ailleurs que dans les actes résumés dans le Ménologe cité plus haut. Son caractère isolé permet donc de lui refuser un entier crédit. 2

Quoi qu'il en soit, il ne faudrait pas s'étonner ni prendre scandale de l'usage qui fut en vigueur durant un certain temps, sinon dans toute l'Eglise,

1 Corpus cum eadem sede sanguine conspersa a clericis... sepultum est. (Metaphrast. cit. a Ferrari in Catal. Sanct. Ital., II Aug.). — Cujus corpus Christiani populi sepelierunt cum ipsa sede, ubi adstans, sanguis ejus effusus est. (Martyr. Adonis Arch. Vienn., III Non. Aug.). — In sua decollatus est sede: sepultusque cum eadem ipsa sede sanguine ejus aspersa. (Baron. Annal. Eccles., ann. 260).

2 M. de Rossi estime que l'auteur byzantin de la rédaction des Actes de saint Etienne a vraisemblablement fait un quiproquo , en prenant le nom du diacre saint Etienne, inscrit sur l'épitapbe que le pape Damase fit graver, au IVe siècle, sur le tombeau de saint Tbarsicius, pour celui du pape saint Etienne, et en concluant de ce rapprochement de noms à une communauté de sépulture. (V. Rom. sotter., tom. II, Lib. I, c. XIV, p. 87).

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du moins dans certaines Eglises particulières, aux premiers siècles, d'enterrer les chrétiens avec la sainte Eucharistie.1 La réalité de ce fait ressort manifestement des défenses formelles faites, à une époque ultérieure, par divers conciles2, d'en maintenir l'usage, encore crue cet usage eût été et abliet conservé durant plusieurs siècles par un motif de foi. D'après une autre opinion, le corps de saint Tharsicius aurait été déposé dans le tombeau du

1 V. Martène, De antiquis Ecclesiae ritibus, lib. I, cap. V, art. IV, n. 5. — L'abbé Corblet, dans son Histoire de l'Eucharistie, soutient que ce n'était pas l'Eucbaristie, mais des bosties non consacrées que l'on enterrait originairement avec les morts, pour symboliser l'union des défunts avec l'Eglise. « Par la suite des temps f ajoute-t-il, cet usage primitif se dénatura dans cer" taines localités, et ce furent des bosties consacrées qu'on déposa dans les tombeaux. » (Hist. dogmatique) liturgique et arcbéologique du Sacrement de l'Eucba" ristie, tom. I, Liv. XII, art. V). — D'après cette opinion, le « t^; T.'\a-it3>ç, â-".3v aû^^oXpv, Sacrum fidei symbolum » du Ménologe de Basile devrait s'entendre d'une bostie non consacrée que l'on aurait déposée sur la poitrine du saint martyr comme un symbole de son invincible fidélité.

2 Le IIIe Concile de Cartbage (397) : celui d'Auxerre (578); et celui de Constantinople (693).

3 Gabriel Albaspini, De veteribus Eccles. ritibus , lib. I, obser. IX et X.

pape saint Zéphyrin. Cette opinion s'appuie sur l'autorité du texte d'un itinéraire du VIIe siècle, dans lequel il est dit que saint Tharsicius et saint Zéphyrin reposent dans un même tombeau : Sanctus Tharsicius et sanctns Geferinus in uno tumttlo jacent. 1 Dans une savante dissertation de son monumental ouvrage sur Rome souterraine, M. de Rossi a démontré ce qu' il y a d'erroné dans l'opinion selon laquelle la déposition du corps du saint acolyte dans le tombeau de ce pontife aurait eu lieu au temps même des persécutions. Voici deux des principaux arguments qu'il y oppose. L'itinéraire de Saltzbourg (c'est le nom d'un autre itinéraire de la même époque) parle d'un grand nombre de martyrs dont la sépulture était auprès de sainte Cécile sous terre, deorsum, et dit que Zéphyrin, pape et confesseur, avait sa sépulture sur terre, sursuni. Or, en supposant que ce Pontife eût été déposé immédiatement après sa mort, arrivée en 217, dans cette sépulture extérieure, 2 il est peu probable, conclut

1 Epitome de locis sanctis martyruni.

2 M. de Eossi incline vers cette opinion, fondé sur ce fait, que saint Zéphyrin, pape et confesseur, mourut dans une période de paix, et non en temps de persécution; dès lors, sa sépulture primitive aurait pu être extérieure et par conséquent, être celle-là même

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l'éminent archéologue, que l'on eût rouvert, quarante ans après, sa tombe pour y déposer l'acolyte-rnartyr, et cela au fort de la ■persécution. l

Du reste, ajoute-t-il, si l'on admet que le Pape et l'acolyte furent originairement ensevelis ensemble, comment expliquer que le Pape saint Damase n'ait pas fait mention de cette communauté de sépulture dans l'éloge qu'il fit graver au IVe siècle sur le tombeau de saint Tharsicius?

Au lieu de joindre, dans cette inscription, le nom de saint Etienne à celui du martyr eucharistique, n'est-il pas évident qu'il aurait plutôt joint celui de Zéphyrin, son prédécesseur sur la chaire pontificale, d'autant que la mémoire du

que désigne l'itinéraire de Saltzbourg. « Zefirino è chiamato confessor, perche mori in pace confessore e non martire ; . . . Saremmo facilmente indotti a sospettare che il primitivo sepolcro di lui « in coemeterio suo juxta coemeteriam Callisti » sia quelle- medesimo che l'anonimo di Salisburgo, nel settimo secolo vide sopra terra (sursum) presso le scale délie cripte callistiane, e del quale noi vediamo tuttora le nude parieti. (Roma sott., T. II, p. 7).

1 Essendo poco probabile che dopo quaranta anni sia stata riaperta la tomba di questo papa per deporre in essa l'acolito-martire, e ciô in un sepolcro posto sopra terra, mentre era forte la persecuzione. (Roma sotterr., tom. II, L. II, c. II).

diacre protomartyr n'avait ici aucun droit spécial à être évoquée ? 1

La conclusion tirée par M. de Rossi est que, tout en admettant la communauté de sépulture entre saint Zéphyrin et saint Tharsicius, au VIIe siècle, on doit en placer l'événement à une époque postérieure au mart}'re du saint acolyte. 2

Mais alors, quelle interprétation donner à Yhonorifice sepelierunt ? Avant de formuler notre opinion, faisons connaître le fait historique sur lequel il nous a semblé légitime de la baser par déduction analogique.

Nous lisons au Livre IX des Philosophumena que le pape saint Zéphyrin, à peine monté sur la Chaire de saint Pierre (vers l'an 200), 3 prit auprès de lui le diacre Calliste 4 comme coadju-

1 Se allora Tarsicio avesse avuto Zefirino per compagno di sepoltura, parmi che Damaso non avrebbe taciuto il nome del suo antecessore, mentre parla del protomartire (Stefano), che quivi non aveva alcun diritto spéciale ad essere ricordato. (Rom. sott., loc. cit. sup.).

2 Nous aurons occasion plus loin, en parlant des diverses translations des restes de saint Tharsicius, d'indiquer la date et les raisons probables de la réunion de ces précieux restes à ceux de saint Zépbyrin.

3 D'après les computations les plus probables, saint Zépb3'rin aurait succédé à saint Victor Ier en 197.

4 C'est ainsi que ce nom se trouve écrit dans le

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teur dans la constitution du clergé, et le préposa en outre au cimetière. 1 Le Liber Pontificalis nous apprend que ce cimetière était situé sur la voie Appienne. 2 Déjà diverses cryptes et galeries souterraines, affectées soit à des sépultures particulières, soit à la sépulture commune des chrétiens, existaient en cet endroit. Calliste y fit exécuter d'importants travaux d'agrandis-

Missel, le Martyrologe actuel et le Bréviaire romain. Les autres formes graphiques sont défectueuses.

«TTaaiv toS x.Xvipsu ÈTtar.oc... xac et; ts %o(p.vrrnoioN wwîe'ffTyiaêy. (Philosophum., lib. IX, 12). — Dom Guéranger fait remarquer, après M. de Rossi, que « ce titre de cimetière, sans autre dénomination secondaire, a fait généralement supposer qu'il s'agissait de l'hypogée principal, celui dans lequel reposaient les Pontifes. Or, jusqu'au IIIe siècle, ajoute le docte bénédictin, c'est au cimetière Vatican, que les Pontifes étaient ensevelis. Mais, à partir du IIIe siècle jusqu'à la paix de l'Eglise, c'est sur la voie Appienne que fut leur sépulture. » (Sainte Cécile, chap. XXIX). — Voir dans la Borna sotterranea. tom. II, lib. II, cap. ultim. p. 369 et suiv., les raisons de cette dérogation à une coutume deux fois séculaire.

2 Fecit coemeterium via Appia, ubi multi sacerdotes et martyres requiescunt, quod appellatur in hodiernum diem coemeterium Callisti. (Lib. pontif. in CalL, § III).

sèment, creuser des areœ et des galeries nouvelles, de façon à faire de ces vastes excavations le cimetière principal de Rome. C'est à lui qu'on attribue la création d'un hypogée destiné à la sépulture des pontifes ; véritable sanctuaire, qu'il fit orner de peintures, * et rendit digne en tous points des illustres défunts qui devaient y reposer. Zéphyrin y fut le premier déposé par les soins mêmes de Calliste. 2 Après lui vinrent prendre place dans ce " collège sépulcral „ dix de ses successeurs sur la Chaire apostolique. Dans cette même crypte, un certain nombre d'évêques furent également déposés à côté des Pontifes.

Une inscription du pape saint Damase, et une autre, postérieure, du pape Sixte III, témoignent qu'elle reçut aussi les restes d'une multitude de martyrs de toute condition et de tout âge dont, la mort glorieuse leur mérita le glorieux privilège de reposer dans l'hypogée pontifical.

HIC CONIESTA IACET QVAEEIS SI TURBA PIORDM CORPORA SANCTORVM RETINENT VENERANDA SEPVLCRA, etc. 3

1 Le revêtement de marbres qui couvrit plus tard les peintures fut exécuté sous le pontificat de Sixte III.

2 M. de Rossi l'a savamment démontré dans l'ouvrage déjà cité, Tom. II, liv. I, ch. VII, p. BO.

3 Cod. Pal. Vat. 833, f. 64. Faisons observer toutefois que cette inscription du pape saint Damase ne

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C'est au génie investigateur de M. de Rossi que l'on doit la découverte de cette crypte fameuse et celle du Cimetière oublié de Calliste que, depuis le XIIe siècle, on plaçait à Saint-Sébastien. Grâce aux persévérantes recherches de l' illustre archéologue, les débris épars des inscriptions de la crypte papale, recueillis et rassemblés avec une admirable précision, sont venus, après tant de siècles, rendre témoignage à l'histoire, et permettre de reconstituer dans son état primitif cette crypte célèbre entre toutes.

u Une fosse profonde, ouverte sous une niche à gauche de l'autel, dans la chapelle papale, paraît être le polyandre auquel saint Damase fait allusion dans les vers cités plus haut. 1 „ Indépendamment de cette sépulture commune, on voit encore en cet endroit des niches à fleur de terre et des loculi disposés sous le pavé de la crypte, qui pourraient bien avoir eu pour destination de

désigne pas exclusivement les martyrs enterrés dans la crypte des papes : elle s'applique également à ceux qui reposèrent dans le voisinage de cette crypte.

1 Les Catacombes romaines, par l'abbé Nortet IIe Part., ch. V, p. 163. Cet ouvrage, qui est un résumé très exact du travail monumental de M. de Rossi sur le Cimetière de Calliste, se vend cbez les PP. Trappistes, Via Appia antica, 28, Rome.

servir de sépulture privée à quelques chrétiens ou martyrs plus illustres.

Revenons maintenant à la question qui fait l'objet de nos recherches. Nous savons par les Actes que les chrétiens déposèrent le corps de saint Tharsicius dans le Cimetière de Calliste, sur la voie Appienne; certains martyrologes nous apprennent qu'ils l'ensevelirent honorablement, honorifice sepelierunt; mais nous ne trouvons ni dans les Actes, ni nulle part ailleurs aucune indication précise sur le lieu exact de sa sépulture, pas plus que sur la nature des honneurs qui furent rendus au saint martyr.

Or, ne pourrait-on pas, pour donner au mot Jionorifice une interprétation qui rende toute la force de ce mot, et en se fondant sur les données historiques et monumentales que nous venons de rappeler, conjecturer que saint Tharsicius fut déposé dans la crypte papale et partagea les honneurs de la sépulture des Pontifes?

Du reste, cette conjecture se fortifie d'une autre donnée historique à laquelle se réfère ce que nous avons dit relativement à la connexion des martyres de saint Etienne et de saint Tharsicius.

Il est hors de doute, en eifet, que saint Etienne fut déposé dans la crypte pontificale, à côté de

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ses prédécesseurs. 1 Longtemps on a cru qu'une chaire de marbre, teinte de sang, que l'on pouvait encore voir au VIP siècle auprès de son sépulcre, était celle sur laquelle il avait été décapité. C'est également à lui et aux circonstances de son martyre dont on a lu plus haut le récit, que l'on avait cru se rapporter une épigraphe du pape saint Damase, dont le texte uons a été transmis intégralement par des copies anciennes, et dont quelques fragments ont été retrouvées de nos jours dans cette même crypte. Une étude comparative des versions les plus anciennes et l'examen attentif des monuments ont fait conclure à une erreur historique et attribuer à saint Sixte, successeur de saint Etienne, et martyrisé dans les mêmes circonstances que lui, l'éloge damasien et la chaire en question. 2 Quant au fait de la sépulture de saint Etienne dans la crypte des Papes, il ressort manifestement des Actes de ce Pontife et de l'accord à peu près unanime des auteurs anciens.

1 V. De Eossi, Borna sott. T. II, liv. II, c. XIV, pag. 81.

2 Ibid., p. 82 et suiv. ■ — Comme on le voit, nous admettons la possibilité d'une confusion partielle et accidentelle, sans aller toutefois jusqu'à embrasser l'opinion, si respectable soit-elle, qui conclut à une confusion substantielle, et par conséquent à la fausseté des Actes de saint Etienne.

Or, si nous rattachons ce fait historique à ce que nous avons déjà dit, en suivant la version des Bollandistes touchant la date et la connexion des martyres du Pape saint Etienne et de saint Tharsicius, ne pouvons-nous pas supposer que les corps des deux martyrs furent ensevelis, sinon ensemble, du moins dans la même crypte, et que, pour honorer dignement l'intrépide acolyte, les chrétiens déposèrent sa dépouille glorieuse dans la chapelle même des Pontifes, où ils déposèrent celle d'Etienne?

Ce n'est là qu'une opinion, personnelle il est vrai, et que nous formulons avec toute la réserve réclamée en matière aussi incertaine. Toutefois, si l'on prend la peine d'examiner les analogies sur lesquelles reposent nos conjectures, on verra qu'elles autorisent suffisamment ces dernières, tout en leur laissant leur caractère problématique. De plus, cette opinion se concilie avec celle dont nous avons déjà parlé en citant le texte de la version byzantine, ' qu'elle rendrait en partie véridique. Au lieu de traduire aùv tû f/.àÔ7)TÎi aÛToO par una cum discipido suo, on pourrait, en laissant au mot cùv sa signification littérale, traduire par cum discipulo suo; ce qui permettrait de dire que saint Etienne et son disciple furent déposés dans

Voir page 76-77.

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la même crypte, sans être pour cela dans le même sépulcre. l

1 Avant que le pape Léon XIII eût confié aux Pères Trappistes la garde du cimetière de Calliste, on montrait aux visiteurs de ce cimetière, dans la chapelle des Papes, un sarcophage en marbre, placé à fleur de terre, devant la niche de droite la plus rapprochée de l'entrée. Ce sarcophage, qu'on 'y voit encore, parait encastré dans la base de l'une des deux colonnes en spirale qui se dressent, de chaque côté de la crypte, à l'endroit où se trouvait jadis l'autel. On le désignait comme ayant été le tombeau primitif de saint Tharsicius. Mais les dimensions en sont si exiguës, que l'on ne saurait, même en n'attribuant à l'acolyte-martyr que l'âge d'un enfant, admettre qu'il ait reposé là. Le sarcophage mesure à peine à l'intérieur une longueur d'un mètre, sur une largeur de 0,33 cent. Il est plus vraisemblable qu'il aura servi à la sépulture d'un enfant au-dessous de dix ans. L'inscription damasienne, placée jadis en ce lieu vénérable, et reconstituée de nos jours par les soins de M. de Rossi, nous autorise à le croire. On y lit en effet l'hémistiche suivant:

HIC IVVENES PVERIQVE.

D'après M. de Eossi, ce tombeau est de ceux qui ont été ajoutés au IVe siècle.

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