CHAPITRE IX
Des rapports entre la nature et rinteUigeace daas Thomme.
La nature est le principe du mouvement dans le même être en tant que même. C'est en vertu de leur nature que se meuvent les êtres qui se meuvent ; c'est en vertu de leur nature que sont mus les êtres qui sont mus par un être extérieur ou une nature extérieure ; c'est encore en vertu de leur nature
(i) Mouvem. des anim., xi. — (a) De TAme, III, n, $ i. •— (3) G-dessus, même chapitre.
que les êtres meuvent et sont mus à la fois. La nature du sec et de l'humide est de subir le mouvement; la nature du chaud et du froid est de le produire ; la nature de l'appétit dans l'êtrei animé est à la fois de subir le mouvement, en tant que mobile^ et de le produire en tant que moteur.
D'après Aristote, l'âme, considérée en tant qu'intelligente^ produit-elle lé mouvement en dehors d'elle-même, se meut^lle elle-même, est-elle mue? Et dans chacun de ces cas, se confond-elle avec la nature^ ou s^en distingue-t-elle? C'est ce que nous allons examiner.
L'âme raisonnable comprend deux puissances : l'une qui s'adresse à ce qui ne peut pas ne pas être : c'est la puissance scientifique ; l'autre dont l'objet est contingent et tombe soua l'action : c^est la puissance délibérative ou logistique.
Dans la partie scientifique de l'âme sont l'entendement pur, ou intellect, et la science. L'un et l'autre ont un objet éternel ; mais l'intellect le contemple directement, tandis que la science ne l'atteint qu'au moyen de la démonstration.
* Dans l'autre partie sont Topinion, la délibération et la volonté.
Parlons d'abord de l'intellect ou entendement pur.
Les objets de l'intellect sont les principes et les causes, et toutes les causes sont des principes (i). Les principes et les causes sont ou en puissance ou en acte (o). En acte, ils sont séparés, indépendants, éternels (3). Mais, en puissance, les principes sont dans les faits particuliers (4), et les objets intelligibles sont dans les choses matérielles (5). En effets la pensée n^arrive aux principes et aux causes que par l'universel. Or, l'universel n'exprime que les manières d'être ou les attributs des individus, et n'a, en dehors de ces individus, aucune existence réelle (6). Les intelligibles sont, de cette sorte, dans les choses matérielles, mais seulement en puissance, jus- Ci) Met., V, f ; Mor. Nie, VI, 6. — (a) Met., V, a. — (3)Ibîd., VI, i; XI, 9. — (4) Éth. à Nie, I, a. — (5) De Vime, m, 4, S "• — (^) Met., I, 7 ; VII, 10 ; XI, r, 1 ; JDerB. analyt., 1, x.
c|ti'àu moment où Tintellect actif, s'en emparant, les fait passer à l'acte (i). L'objet matériel n'est point dans l'âme; mais son image, son idiée y est (s), et s'y comporte comme la réalité ellemême. L'intelligence est donc en puissance dans Fidée sensible, dans l'image que produit la fantaisie et que retient la mémoire (3).
Par là, l'idée sensible, c'est-à-dire la sensation, est la condition sans laquelle l'intelligible ne saurait passer de la puissance à l'acte.
Les principes conçus par l'entendement ont pour matière l'universel (4)- Nous montons, par l'induction, de la sensation à l'universel, et par la pensée de l'universel à l'intelligible ou aux principes (5). L'intelligible est tout autre chose que les images; mais il les suppose; sans elles il ne serait pas (6), et quiconque n'aurait pas la sensation ne pourrait rien apprendre, rien comprendre (7).
Donc la pensée de l'intelligible présuppose l'induction, et l'induction présuppose la sensation.
Mais, nous l'avons montré précédemment, tout dans la sensation est Tceuvre de la nature. Ainsi la nature est la condition de l'exercice de l'intellect et la cause qui, par une excitation extérieure, le fait passer de la puissance à l'acte (8).
Toutefois, il s'en faut bien que l'intellect se meuve de sa na«ture, ou qu'il soit mû par une nature extérieure. Sans doute, il passe de la puissance à l'acte, et cela sous l'action de quelque chose qui existe en acte. Mais ce n'est là ni un mouvement dans le lieu, ni une altération, ni une génération. Le mouvement est l'acte de l'incomplet, tandis que la pensée de l'intelli"^ gible est l'acte de ce qui a atteint sa perfection (9) : c'est un effet produit dans le repos et dans l'immobilité (10). L'intellect n'a point d'organes dans le corps, comme la sensibilité (i 1) : il
(i) De l'Ame, IH, 6, § i. — (a) Ibkl., 3, S * — (3) Ibid., 7, § 3.— (4) Mélaph., X, 3. — (5) Premiers anal., n, a3 ; Dem. anal., II, 19. —(6) De Tâme, III, 8, § 3 ; De la mém.,. ï, S 4- — (7) De l'Ame, IH, 8, J 3. — (8) Phys., VU, 3. — (9) De l'àmc, UI, 7, S I. ■— (to) Phys., VII, 3. — (11) De l'âme, III, 4, S 4-
B^est donc pas altéré comme elle, et est impassible d'une réelle impassibilité (i). Il ne va point d'un lieu à un autre^ parce que son acte est un et continu, et qu'il ne pense que des concepts qui ont l'unité du nombre, et non l'unité de l'étendue (2). Donc l'intellect n'est pas mû. La pensée est un état de repos et de calme, et la puissance qui l'enfante est immobile (3).
D'un autre côté, l'intellect ne meut pas. Ce n'est pas l'intellect, même pratique, qui met le corps en mouvement : c'est l'appétit. L'appétit est la cause réelle, la cause unique du mouvement (4).
L'intellect n'est pas mû; l'intellect ne meut pas. C'est là une première et considérable différence qui le sépare de la nature. Mais il s'en distingue, non moins profondément, par d'autres caractères qui en font un principe à part, supérieur et excellent.
En effet, la nature, c'est la réunion de la forme et de la ma* tière. Néanmoins, dans cet ensemble, c'est la forme qui détermine la nature de Tétre bien plus que sa matière (5). Or, la forme de l'être, son essence, c'est son âme (6). La nature n'est donc autre chose que l'âme même de l'être, et nous savons que l'âme est l'entéléchie du corps (7). La nature est donc l'entéléchie du corps; un être ne possède sa nature que lorsqu'il est devenu une entéléchie (8). L'intellect n'est l'entéléchie ni du corps, ni d'aucune des parties du corps. L'acte de ce qui est capable de savoir, n'est pas l'acte de ce qui est capable d'avoir la santé (9). — L'intellect patient ou passif et les autres puissances de rame qui sont l'acte du corps, telles que l'âme nutritive, l'âme sensible et l'âme en tant qu'elle meut le corps ; les parties de l'âme qui sont notre nature, qui sont tel animal, car l'âme ne se confond pas tout entière avec la nature, ces parlies existent en germe dans Fanimal dès le premier moment de
(i) De rame, m, 4, S ^-— M I^id., 1, 3, § i3. — (3) Ibid., g 17 ; Phys., VH, 3 ; Probl., XXX, 4. — (4) Voir le chap. précédent. — (5) Phys., H, i. — (6) Voir ci-des- 808, ch. n. —(7) De l'âme, H, 4, S 4. — (8) Polrt., I, r, § 8 ; De Fâme, II, i, S 4- — (9) De rame, I, 5, $25; II, i, $ la.
son existence, et se développent avec le temps (i). L'intellect seul vient du dehors (2). — La nature, Tâme, n'est pas plusséparable du corps que la forme n'est séparable de la matière (3). Au contraire, l'intellect n'est attaché à aucun organe; il semble être un autre genre d'âme, et le seul qui puisse être séparé du reste de l'être comme l'éternel s'isole du périssable (4). L'intellect est, par essence, séparé et en acte, et quand il est dans l'homme, il y est comme une substance à part (5). — La nature de l'animal est un ensemble composé d'une matière et d'une forme. Lorsque l'ensemble se dissout, la nature de l'animal est détruite, et il est peut-être impossible que les autres parties de l'âme survivent à cette dissolution, qui entraîne l'anéantissement de l'intellect patient lui-même. Mais l'intellect actif survit à la nature (6). La passion, les maladies, le sommeil, le peuvent parfois obscurcir (7). Il s'affaiblit et s'éclipse quand les organes viennent à se détruire; mais il n'est sujet ni à la corruption, ni à la mort (8). — La nature est sujette à l'erreur. Elle se trompe ; elle veut créer un animal, et elle produit un monstre (9); tandis que l'intellect est éternellement vrai et éternellement juste, parce qu'il contemple des objets sans matière (10). — La nature de l'homme, c'est son essence, c'est l'homme même. L'intellect est plus qu'humain(ii), il est au-dessus de la nature(i2}; en un mot, il est ^ivin(i3), puisque, par essence, Dieu est l'intelligence pure et l'intelligible lui-même 04).
En résumé, la nature est la condition sans laquelle l'intellect dans l'homme n'arriverait pas à l'acte. Mais elle ne le meut pas, elle ne le produit pas, elle n'est pas la source de ses pensées ; elle en diffère comme ce qui est imparfait, engagé dans la ma-
(x) Parties des anim,, I, x ; Géoér. des anim., II, 3. — (a) Ibid. — (3) De rame, l, 1, S 10; II, a, § 10 ; Phys., II, 1. -. (4) De l'âme, II, a, § 9 ; HI, 4, S 5^. — (5) Ibid., ni, 5, S I ; I, 4, S ï3. — (6) Mélaph., XII, 3 ; De Vkme, III, 5, § i. — (7) De l'Ame, ni, 3, S i5. — (8) Ibid., n, a, S 9. — (9) Pbys., II, 8. — (10) De Vkme, lU, 3, S ^ ; ^>SS '> 7 ; 'o> S 4; Dern. aualyt, n, 19, § 8. — (ii) Mémoire, I, 5 ; Mor. à ^ic.» X, 7. — (xa) Parties des aoim., I, r. — (i3) Génér. des anim., II, 3 ; Mor. à Nie, X, 7* — (14) Mélaph., XI r, 7.
tière, périssable, diffère du parfiût, de l'impérissable, du divin, de Dieu.
Quels sont, en second lieu, les rapports qui existent entre la science et la nature ?
La science, proprement dite, a pour objet les choses dont il y a démonstration. La science et la démonstration sont inséparables (i).
Toute démonstration suppose des connaissances antérieures (2). Ces connaissances antérieures, ce sont les principes propres ou communs, indémontrables, et éternellement vrais, que fournit rintellect(3). La science va, de ces principes indémontrables et éternellement vrais, à des conclusions égale^ ment nécessaires (4)9 au moyen de la démonstration, c'est-àdire du syllogisme scientifique ou raisonnement, car toute science est la conséquence d'un raisonnement (5).
Mais, comme on l'a déjà vu, les principes qui sont en puissance dans l'âme ne se déterminent et ne passent à l'acte qu'au moyen de l'universel, dont la formation est due à l'induction, laquelle s'appuie sur la sensation ou connaissance du particulier (6). Donc la science, considérée dans ses principes, a pour condition première la sensation, qui, tout entière, relève de la nature (7).
La sensation n'atteint que le fait et ne va pas jusqu'à la cause (8); mais elle est le point de départ du savant La science est en puissance dans l'objet sensible et dans la sensation (9). La nature le dit à l'homme, par le désir de savoir qu'elle excite en lui et par le plaisir qu'elle attache à la connaissance sensible (10). En sorte que la science doit à la nature son premier branle, et c'est la nature qui lui offre la première occasion de s'exercer.
Mais il ne s'ensuit pas de là que la science soit un mouve*
(i) Moral, à Nie, VI, 6. — (a) Dcm. analyt, I, 1, Si.— (5) Ibid., II, tg, S 8. — (4) De rime, ni, 8, $ 8 ; Dern. analyt., I, 8, $ i. — (5) Ibid., U, 19» S S ; I, a, J 5. — (6) Ibid., n, 19, SS 6, 7. — (7) Voir ci-dessus, chap. VU. — (8) Dcm. analyl , h 3r, S 4. — (9) Génér. el corrupt., I, 3. — (10) Métaph., 1, 1.
ment. Non, là partie de Tâme qui sait, ne meut pas; eli^ n'est jamais mise en mouvement : elle demeure en place (i), La pensée scientifique ressemble, on peut le dire, au repos, à l'immobilité, bien plutôt qu'au mouvement ; et il en est de même pour le syllogisme (2), pour la démonstration dont procède toute science (3).
Donc, nul mouvement dans la puissance scientifique de l'âme. Elle est essentiellement immobile, et immobile aussi est son étemel objet; car les choses particulières et en mouvement sont étrangères à la démonstration et à la science (4). Ainsi, la science n'est pas plus la nature que l'intellect ou entendement pur, qui, du reste, est le principe même de la science (5).
La partie délibérative ou logistique de l'âme répond aux choses ccmtingentes, c'est-à-dire à celles qui peuvent être ou ne pas être, et que nous sommes libres de faire ou de ne faire pas (6). Les objets, de cette sorte, forment le domaine de l'opinion, espèce de conception (7) qui est tantôt vraie et tantôt fausse (8).
L'opinion, qui eât du même genre que la science et la sagesse (9), et qui est conception, c'est-à-dire pensée, semble appartenir en propre à l'âme. Par là, elle se distingue de la sensation, affection commune à l'âme et au corps (10). Mais elle porte sur les choses particulières; et, dans ce cas, elle a besoin «du concours de la sensation (11). Lors même qu'elle s'attache à l'universel, elle suppose encore la sensation qui contient l'universel en puissance (12). L'opinion a donc toujours pour condition la nature, cause unique de ce mouvement d'altération qui constitue la sensation sous toutes ses formes. Les objets de l'opinion sont mobiles; elle est mobile comme ses ob«
(i)DerAme, m,ti, S 4-
(a) Ibid., I, 3y S 17. *^t( 8* Vj v6y)atc £otxev ^pe(iViaet Ttvl %cà imo'càati (mcXXov ^ xtvi$mi* TÀv aOTàv Sk Tp6icov xal 6 avXXoY(a(&6c. Voir Texcellente note de M. B. Saiat- .Hikire, p. xSa de sa traduction.
(3) Dem. analyt, II, 19, J 8. — (4)Métaph.,VI, i. -- (5) Dem.analyt., I, 33, $ i. — (6) Grandes mor., 1, 35. — (7) De Fàrae, m, 3, g 5. — (8) Ibid., ibid., S 4. — (9) Ibid., 3 5.— (10) Ibid., H, a, $ io.--(i i) Ibid., UI, 3, $ 9. ~ (xa) Mor. à Nie, VU, 3.
jets (i). Cependant, semblable à la science et a la sag^sé'(2),' l'opinion n'est pas en mouvement comme Timagination. Elle est supérieure à l'imagination, puisqu'elle la juge et la redresse (3). Elle agit dans l'état de rêve, alors que, les sens ne fonctionnant plus, tout mouvement d'altération a cessé (4). Elle ne subit pas, comme la fantaisie, le joug et les impulsions de la volonté (5), D'ailleurs elle s'appuie souvent sur le syllogisme (6), qui est, on le sait, semblable non au mouvement, mais à la stabilité et au repos. L'opinion est donc en dehors de tous les mouvements qui procèdent de la sensation et de l'appétit, et par conséquent de la nature comme cause. Mais si la nature ne la produit pas, elle en est du moins la condition nécessaire.
A la partie logistique se rattache le syllogisme du vraisemblable ou du contingent, qui se nomme syllogisme dialectique (7). Dialectique ou scientifique, le syllogisme a les mêmes éléments et la même essence (8). Et, comme par essence, le syllogisme est un arrêt et un repos, s'il suppose la sensation et la nature, c'est en tant que condition, et non en tant que cause motrice.
La réminiscence appartient également à la puissance déltbérative. Elle s'appuie sur le raisonnement (9), et fait un syllogisme qui consiste à tirer une conclusion de ce que l'âme a autrefois vu, entendu, ou éprouvé (10). La réminiscence présuppose donc l'exercice antérieur de la sensation. De plus, elle implique le souvenir (11), bien qu'elle en soit distincte, et exige un effort volontaire qui, avec le secours de l'habitude, retrouve la science oubliée (i a); Mais l'effort volontaire n'est que l'appétit éclairé par la raison, et l'appétit est éminemment le principe, la nature qui nous meut nous-mêmes (i3).
La réminiscence a donc pour condition la nature, en tant que sensible et en tant qu'appétitive.
(i) Wiy»., Vm, 3. — (a) De Tâme, lU, 3, § 5. — (3) Ibid., § 10. — (4) Des son ges, I. — (5) De râmc, m, 3, § 4. — (6) Ibid., ir, § a. — (7) Tepiq., I, i, § 5. — (8) Prem. analyt., I, i, S 6. — (9) Topfq., I, i3, S a ; Mém., H. -— (10) Ibid. — (11] Ibid. — (la) Ibid. •— (i3) V. cbap. précédent.
La puissance délibérative, proprement dite, agit-elle, s*exercet-elle sans le concours de la nature? Délibérer et raisonner sont on même acte, s'apptiquant au contingent, aux choses sensibles et en mouvement, à tout ce qui naît et périt (i). L'intellect pratique raisonne toujours en vue d'une fin, et cette fin, c'est un bien réel ou un bien apparent : ce n'est pas le bien abstrait, le bien en général; c'est le bien qui est à faire, et à faire signifie qui n'est pas et qui pourrait ne pas être (2). L'intellect pratique suppose donc la pensée excitée par la sensation, ou la connaissance sensible de l'objet à poursuivre ou à fuir« et ainsi la délibération n'est possible qu'après la sensation (3). Mais l'intellect pratique et le raisonnement qui forment ensemble la puissance délibérative, ne meuvent pas et sont, par essence , immobiles (4)* Cette puissance n'est donc pas un mouvement produit par la nature; elle n'est pas davantage la nature ellemême, que nous définissons le principe du mouvement dans le même être. La délibération se sépare de la nature, comme s'en distingue l'intellect lui-même, et n'en dépend que dans la même mesure.
Il nous reste à examiner la volonté dans ses rapports avec la nature. La volonté est-elle la nature? Ce que meut la volonté, est-ce la nature qui le meut ?
L'acte le plus volontaire de l'âme, c'est la détermination, ou choix, ou préférence raisonnée. Cependant, la détermination n'est ni le volontaire que possèdent les êtres incapables de choisir, ni la volonté qui veut quelquefois des choses auxquelles nul ne se détermine à moins d'être insensé, et qui d'ailleurs vise au but, tandis que la détermination s'attache aux moyens (5). La détermination se définit par la pensée et l'appétit (6) : la pensée est au-dessus de la nature ; mais l'appétit^ principe du mouvement dans l'homme^ se confond et s'identifie avec la nature elle-même.
(i) Grandes mor., I, 35. — (a) De Tâme, ni, 10, S 4. — (3) Grandes mor., I, 3 S. — (4) Y. pins haot, même chapitre et cfaap. précédent. — (5) Morale à Nie., III, 4. — (6)MoraIeàEud., II,xo.
La détermination une fois prise, la volonté meut aussitôt. A ce moment, la raison et la pensée ont déjà fait leur choix, et c'est l'appétit qui meut. Or, si l'appétit prend le nom de volonté, c'est que la raison Ta éclairé d'avance (i). Irréfléchi et sans raison, il descendrait au niveau de l'appétit purement sensitif, et ne serait plus que désir ou passion (2). Mais cet acte intellectuel qui précède la volonté appartient h la détermination et doit lui être rapporté. Par conséquent, en tant que purement motrice; la volonté se réduit à l'appétit (3), et ne se distingue plus de la nature.
Au reste, toutes les causes de nos actions se ramènent à la nature et à la pensée. En effet, à compter les causes de nos actions, on en trouve sept : le hasard, la nécessité, la nature, la coutume, le raisonnement volontaire, la passion et le désir (4)* Le hasard, c'est toute action accidentelle, soit de la nature, soit de la pensée (5). La nécessité, ce sont en nous les conditions de la vie et de l'être, comme la nourriture et la respiration, c'est-à-dire les fonctions et les lois de la nature qui ne sauraient être autrement qu'elles ne sont (6). La nécessité, c'est encore l'obstacle extérieur qui s'oppose à notre désir (7). La coutume est, ou bien un état de l'intellect agent lui -même arrivé à l'acte, c'est-à-dire un état de la pensée (8), ou bien un penchant à l'acte produit par un exercice antérieur dont notre volonté était la cause (9), et nous savons que notre volonté est appétit (c'est-à-dire nature) et pensée. Le raisonnement volontaire, c'est l'action réunie de la pensée et de l'appétit (10). Enfin, la passion et le désir sont des mouvements innés de notre nature (11).
Ces deux causes, la pensée et la nature, se retrouvent à l'origine de toutes nos vertus. Certaines qualités morales sont en nous un don de la nature (12). Mais ces qualités nous devien-
(i) De rame, ffl, zo, $ 3 ; 9, $ 7. — (a) Mor. à Nie, VH, 8. — (3) De FAme, III, 9> S 7- — (4) Rbétor., 1, 10. — (5) Met., XI, 8; Fhys., H, 4, 5, 6. — (6) MéUph., V» 5. — (7) Ibid., ibid. — (8) Phyi., VU, 3. — (9) Monde à Nie, HI, 7. — (lo) Voir plus haut, même chapitre. — (11) Morale à Nie, VH, 8. — (12) Grandes morales, 1, 35 ; Morale à Ni<»m., VI, i3.
draient nuisibles sans la raison, sans la pensée qui nous conduit à la vertu par la prudence. Il nous appartient de développer nos dispositions innées, et de les changer en habitude, par un choix libre et par l'exercice de Tappétit raisonnable (i). Nous sommes toujours responsables de nos fautes (2), car c'est de nous qu'il dépend de soumettre l'appétit à la raison, la nature à la pensée.
Ainsi, notre vie morale a deux principes : la pensée et la nature. La pensée élève l'homme au-dessus de la nature, audessus de lui-même ; elle est la partie immortelle de son être (3), le prix de ses vertus, son bien, son bonheur (4); elle est l'intellect divin lui-même descendu dans l'humanité (5). Ma:is, tout excellente, toute divine qu'elle est, la pensée ne peut, sans la nature, ni s'exercer, ni se développer sous aucune de ses formes.' C'est la nature qui l'excite, qui l'éveille au moyen du corps qu'elle a formé, des organes qu'elle a placés dans le corps, et de la sensation qu'elle produit en ces organes. C'est la nature qui, dans les images de la fantaisie, fruit de la sensation, fournit à la pensée la matière de l'universel, lequel devient à son tour la matière des intelligibles (6). Éternelle, impérissable, indépendante, ayant en elle-même son objet (7) , l'intelligence penserait, l'intelligence serait sans la nature. Mais, sans la nature, elle ne serait pas réellement dans l'homme, car elle y demeurerait à l'état de pure puissance ; et l'essence, la vie, Têtrè de l'intelligence, c'est l'acte, l'acte éternel et parfait (8).
(x) Morale à Nie, VI, x3. — (a) Ibid., UI, 7. — (3) De rAme, U, a, $ 9 ; III, 4, S 4. — (4) Polit., rv, I ; Mor. à Nie, X, 6. — (5) Part des anim., FV, 10. —(6) C'est le résumé de loot ce qui précède. — (7) Métaph., XII, 7, 9, 1 1. — (8) Ibid., ibid., 7,9.»