‹ Le premier moteur et la nature dans le système d'AristoteChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Dieu, moteur immobile de TuBivers ; ses rapports avec la nature, ses attributs,

sei caractères.

Il y a, nous l'avons vu, un être éternellement mû d'un mouvement continu, et ce mouvement est le mouvement circulaire ; le raisonnement le prouve, l'observation le proclame. Cet être, c'est le premier ciel, l'éther. Le premier ciel est donc éternel, et il communique son piouvement à tout le reste (a). . Le premier ciel meut ; c'est un moteur. Mais il est mû. Or^ dans le mouvement, il y a nécessairement trois sortes d'êtres, le mobile, le moteur mû et le ^loteur qui meut sans être mû. Ainsi, au-dessus du premier ciel il y a une substance éternelle, toujours en acte et immobile (3).

(i) Métaph., XII, a. — (a) Ibid., 7. — (3) Ibid., ibid. ; De Tàme , III » 10, S 6 ; Phys., VIII, 8.

Cette substance est en acte. Qu'il y ait, en effet, une cause motrice ou efficiente, mais que cette cause ne soit pas en acte, il n'y aura pas de mouvement, car ce qui est en puissance peut n'agir pas. C^est pourquoi il est inutile d'admettre des essences éternelles, comme font les partisans des idées, parce que, outre ces idées, il faut un principe capable d'opérer le changement. Bien plus : que la substance étemelle soit en acte, mais que son essence soit la puissance, le mouvement n'aura pas lieu. En effet, le mouvement est éternel, ou il n'est pas (i). Si l'essence du principe moteur est la puissance, ou bien il ne passera à l'acte qu'à un certain moment, ou il n'y passera pas : dans le premier cas le mouvement commencera, ce qui est impossible ; dans le second , il n'aura pas lieu. Mais la puissance n'est-elle donc pas antérieure à l'acte? N'est-il pas vrai que l'acte pré-* suppose toujours la puissance, tandis que la puissance ne passe pas nécessairement à l'acte (2)? Sans doute, la puissance est antérieure à l'acte pour un seul individu : l'individu a la science en puissance avant de la posséder réellement (3). Mais il n'en est pas de même pour les principes. Si tout est en puissance, rien n'est; et si rien n*est, rien ne sera. Ce qui est en puissance peut rester en puissance et ne se réaliser jamais. Ce n'est donc qu'en un sens, en ce qui touche les individus, que la puissance précède l'acte. Mais, dans la sphère des principes, l'acte est antérieur. Il est donc nécessaire d'admettre un principe du mouvement dont l'essence soit l'acte même, l'acte pur, l'acte éternel (4).

Ce principe est immobile; il ne saurait être mû ni par un autre ni par lui-même. Supposons qu'il soit mû par un autre : cet autre, s'il n'est pas immobile, sera à son tour mû par un autre, et la chaîne des moteurs se déroulera indéfiniment sans que l'esprit en trouve le premier anneau. Or, voilà qui est absurde : dans une série infinie^ il n'y a pas de premier terme où l'on se puisse arrêter (5), et s'il n'y a rien de premier, il n'y a

(i) Voir le chapitre précédent — (2) Métaph., XI!, 7. — (3) De l'âme, III, 7. § 1. — (4) Métaph., XII, 7. — (5) Phys., VIII, 5.

vraiment pas de cause (i). Que si le premier moteur se meut lui-même, voyez ce qui en résultera. Tout ce qiii se meut est continu. Si le premier moteur se meut, il se meut tout entier, d-un mouvement total, continu^ indivisible, de sorte qu'en lui tout meut et tout est mû, et qu'il est au même instant altérant et altéré, actif et passif : première contradiction (a). — Si lé premier moteur se meut, il est en mouvement. Le mouvement, avons-nous dit (3), n'est pas l'acte ; c'est un acte imparfait, un simple acheminement à l'acte ; c'est l'actualité du possible en tant que possible. Si le premier moteur se meut, il est donc en puissance. Mais un moteur doit être en acte : ce qui ré^ chauffe, c'est ce qui est chaud en acte : ce qui engendre, c'est ce qui possède déjà la forme. Par conséquent, si le premier moteur est mû, il est au même instant en puissance et en acte ; or, nous avons vu qu'il est par essence l'acte pur : seconde contradiction (4). — Enfin , si le premier moteur se meut luimême, toutes ses parties meuvent toutes ses parties. Mais alors aucune de ces parties n'est la première, il n'y a pas en lui de premier moteiu*, et par conséquent pas de cause de mouvement; car ce qui est cause doit toujours être premier, et ce qui meut le premier est cause à un plus haut degré que ce qui meut après lui; si donc le premier moteur se meut lui-même, il n'y a pas en lui de premier moteur : troisième contradiction. Par où l'on voit quey ne pouvant ni être mû par une cause étrangère, ni se mouvoir lui-même, le premier moteur est essentiellement immobile (5).

Mais de quelle manière le moteur immobile imprime-t-il le mouvement? Et d'abord, entre un moteur absolument immobile et ce qui est mû , nul contact n'est possible. 11 n'y a proprement contact qu'entre deux objets qui occupent une position dans le lieu .et qui, distincts quant à l'étendue, ont cependant certaines extrémités communes (6). Or, de tels objets

(i) Méteph., II, a. — (2) Phys., VIII, 6. —(3) Ci-dessus, chap. I. — (4) Phys., Vin, 5; Métoph., XIÏ, 7. — (5) Phys., VIII, 5 ; Métaph., XII, passim. —(6) Génér. et corrupt., I, 6.

agissent forcément Tun sur l'autre; ils sont réciproquement acti& et passifs. Mais agir, c'est mouvoir; pâtir, c'est être mû. n s'ensuit de là que le premier moteur n'exerce sur le mobile aucune action au contact, aucune action mécanique. Que l'on y songe : toute action au contact ou mécanique se produit de matière à matière, et tout moteur qui meut de matière à mar tière agit et pâtit. En effet, toute action de ce genre implique une réaction de la part du mobile : le trancbant de l'outil est émoussé par le corps coupé; le feu est refiroidi par l'objet qu'il réchauffe; le médicament et l'aliment sont modifiés par les organes qu'ils modifi^ent. Mais c'est que de tels moteurs sont des moteurs derniers ou intermédiaires, qui présupposent toujours un moteur premier ou un principe. Or, dans toute série, le principe, le premier moteur n'agit jamais de matière à matière et ne saurait pâtir : l'homme coupe ou réchauffe sans être coupé ni réchauffé, le médecin guérit sans être guéri. Ainsi le premier moteur immobile ne meut pas le moteur mu par im* pulsion mécanique (i). D'ailleurs, une ^utre raison s'y oppose. Il y a dans les êtres une puissance, une force d'inertie et d'immobilité, comQie il y a une force, une puissance de mouvement. Deux objets doués d'une égale force d'inertie et d'immobilité se font équilibre et demeurent iI|l^lobilçs. Pour que le mou* veroent commence par impulsion, il faut donc que le moteur immobile se meuve le premier. Biea plus, (Jeux puissances de mouvoir, égales entre elles, se feraient équilibre. Le mo^ teur premier ne peut donc mouvoir qu'à la condition qu'il y ait en lui plus de mouvement que dans le mobile. Mais sa nature veut qu'il soit immobile; il ne meut don^ pas par impulsion (a).

11 meut le monde et le touche sans en être touché, comme la cause d'une affection éoieut notre âme. Ne disons-nous pas quelquefois que celui qui nous afQige nous touche, et qu'il n'est

(i) Génér. etcorrupt., I» 6, 7.

(a) De Anim. motion., III. J*ai (l.à parapl^raser et intierpréter ce passage, ot)^ la coopi-r sion va jusqu'à robscurité.

9^ ni ému, ni touché (i)? Ainsi fait Tétre immobile; il meut comme objet de l'amour. L'objet de Tamoury c'est le désirable et l'intelligible. C'est l'intelligible, parce que nous ne dési* rons.une chose qu'après avoir connu sa beauté : c'est le désirable, parce que le beau que cherche l'amour est l'objet premier du désir et de la volonté. L'intelligible est conçu par l'intelligence; le désirable est désiré parce qu'il est conçu. Ce qui est dans l'ordre du désirable est donc intelligible en soi, et le premier désirable, forme, avec le premier intelligible,^ un seul et même principe, essence simple, actuelle, première (2).

Or, le désirable et l'intelligible meuvent sans être mus (3). L'intelligible meut d'abord l'intelligence, et par intelligence on n'entend ici ni la sensation incapable de dépasser le fait et d'aller jusqu^à la cause (4) 9 ni l'imagination qui est tantôt vraie, tantôt fausse, tandis que l'intelligence est toujours droite, toujours vraie (5). L'intelligence subit la première l'action du moteur immobile ; elle est donc, après lui, le premier prin^ cipe (6). Toutefois, il n'est pa& dans sa nature de produire le mouvement : elle ne peut que montrer à l'âme l'objet beau et bon, digne de désir et d'amour. Mais par là elle éveille l'appétit qui, à son tour, excite et meut le mobile (7). Et cet appétit n'est pas un élan désordonné^ un mouvement instinctif de la nature, sans réflexion et sans choix. L'appétit aveugle n'a rien de commun avec l'intelligence, contre laquelle il est en révolte(8j. Non : l'appétit quia son objet premier dans la beauté intelligible est essentiellement intelligent et sage; il obéit à la raison; il se nomme volonté (9). Cette volonté éclairée porte le monde vers son principe(io). Pour mouvoir, il suffit àcelui-ci d'être conçu, désiré, aimé; il lui suffit d'être beau. Voilà comment il est à la fois éternellement immobile et cause de l'éternel

(i)Gaiér. et corrupl., 1,6. — (a) Métaph., XJI, 7. t- (3) Ibid. —(4) Den». analyt, I, 3i, S 4. — (5) I)e rame, HI, 3, S 8 •- (6) Mélaph., XJI, 7. — (?) De rame, lU. 10, S a, 3. ^(8) Ibid,, ibid., 3. —(9) Ibid., 9,; § 3; 10, S 3. - (10) Mé^ taph., XII, 7.

9^ mouvement. Tel est le principe auquel sont suspendus le ciel et toute la nature (i).

Sans ce principe, point de mouvement, el par conséquent ni génération, ni destruction, nulle existence, nulle vie dans le monde. Il est la cause par qui tout se meut, sans qui rien ne serait mû. D'une telle cause on dit qu'elle est nécessaire (o). Le premier moteur est nécessaire, en tant qu'absolue condition du bien : à ce titre, il est le bien (3). 11 est encore le bien parce qu'il est premier, et que ce qui est premier est toujours excellent (4). S'il y a un être qui soit premier, étemel, indépendant, il serait surprenant en vérité que ces perfections ne lui vinssent pas de ce qu'il est le bien lui-même (5). Ce qui est principe en toute chose, c'est, par excellence, le bien (6). Mais tout ce qui est bien en soi-même et par essence.» est un but, car c'est en vue du bien que tout se produit ou existe (7). Le moteur premier est le bien; il est donc le but du monde, il est la vraie cause finale qui ne se peut trouver que parmi les êtres immobiles (8).

Le [HÎucipe du mouvement, le but ou la fin du mouvement, et l'essence on la forme de l'être, ne sont qu'une seule et même chose. Le but, c'est l'acte, et l'acte c'est la forme de l'être (9). 11 se meut vers un but, et ce but, c'est son essence même; il s'efforce alors de devenir une forme achevée, une réalité parfaite, une entéléchie. Dans la réalité parfaite, dans l'entéléchie réside la raison de ce qui est en puissance (10). A ce point de vue, l'être immobile qui est le principe moteur et la cause finale ou le but du monde, est aussi la forme, l'essence même, en un mot, la suprême entéléchie à laquelle tendent et aspirent tous les êtres. Participer de l'éternel et du divin, tel est le désir dont toute la nature est agitée (11). La pure actualité de l'être qui se sufiSt à lui-même (lïi), et qui possède par lui-même

(i) Métaph., XII, 7. — (a) Ibid, V, 5. — (3) Ibid., XII, 7. — (4) Ibid., ibid. — (5) Ib., XrV, 4.— (6) Ib., 1, 3 ; XII , lo. KaiTOi Iv Smwi rà (AdXurca àyaOèv àpx»i. (7) Ibid., m, 2. —(8) IbiA, XH, 7. —(9) Ibid., 5. — (io)De rame, U, 4,

S 3 ; ibid. ; ibid., 2, $ i3. — (i i) De l'Ame, III, 4, S ^ î Mélaph., XII, 7. — (la) Mé-

taph., XIV, 4*

le bien parce qu^il est le biçn lui-même, voilà la forme dernière, Tesseiice que voudrait revêtir tout ce qui naît, tout ce qui est, tout ce qui se meut. Mais ce terme de leur mouvement,, les êtres y marchent sans l'atteindre jamais. Ils en approchent seulement les uns plus, les autres moins (i). Le premier ciel imite au plus haut degré l'acte étemel et immobile par l'éternelle continuité de son mouvement autour de la terre, son centre fixe (2). Mais dès là qu'il est en mouvement, il change, sinon quant à l'essence, au moins quant au lieu (3). Il y a donc en lui de la puissance (4)9 car si le mouvement est un acte, ce n'est que l'acte imparfait de ce qui est en puissance (5), et qui a de la matière (6), tandis que l'être premier est absolument en acte «tsans matière (7). £n sorte que le premier ciel qui vise à l'éternité, n'arrive qu'à la parfaite continuité et demeure en deçà de son but et de sa forme suprêmes. Le ciel des planètes revêt à un degré moindre encore la forme de l'acte pur ; il la réalise non plus par l'uniforme continuité, mais par cette uniformité variée qui est la périodicité (8). Enfin, les êtres périssables, non moins épris que les substances sensibles éternelles de la beauté de l'être immobile, non moins désireux de goûter le bonheur dont il jouit, les êtres périssables essayent de se perpétuer dans un autre être semblable à eux ; mais s'il les continue, cet être ne leur est cependant identique que par l'espèce seulement et non par la substance, et d'ailleurs, il doit périr à son tour (9).

Le mobile, il est vrai, conçoit l'intelligible au moyen de l'intelligence. L'intelligence, en saisissant l'intelligible, se pense elle-même. Il y a identité entre l'intelligence et l'intelligible. Ainsi, en tant que le mobile pense le moteur, il se confond avec lui comme l'intelligence se confond avec l'intelligible (fo). N'y a-t-il donc, en ce sens, aucune différence entre le moteur et le mobile? Ne le croyons pas. Si l'identité était parfaite, en

(i) De rame, lU, 4, S a.— (a) Du ciel, H, 11, 14.— (3) Mélh., XU, 7. — (4) Ibid., ibid. — (5) Mélaph., XIÏ, 9; Phys., III, i. — (6) Mélaph., XI , 5. — (7) Ibid., ibid., 8. — (8) Voir chapitre précédent. — (9) De l'âme, II, 4. S ^' — (10) Mélaph., XII, 7.

même temps que le mobile pense la moteur, le moteur, de sou coté, penserait le mobile; or, il ne le connaît pas; il ne doit pas le connaître ; sa dignité le lui défend : à connaître le monde, l'être premier dérogerait (i). Si l'identité était parfaite, le moteur serait l'acte, l'essence même du mobile, c'est-à-dire, son âme; car l'essence d'un être, son acte, sa réalité achevée, c'est son âme (2). Mais l'âme est quelque chose du corps, inséparable du corps, comme la forme est inséparable de la matière. L'intelligence, au contraire, est par essence séparée de l'être, et quand elle est dans l'homme, elle y yientdu dehors, comme une substance à part, comme un autre genre d'âme. Pour comble de différence, tandis que l'âme est l'entéléchie du corps, l'intelligence n'est l'entéléchie ni du corps ni d'aucune de ses parties (3). Il n'appartient qu'à l'intelligence de posséder éternellement l'intelligible. Ce suprême bonheur, nous n'y atteignons que par instants (4)« L'éternelle poursuite du mobile le laisse éternellement suspendu à la beauté du moteur (5), et toujours séparé de lui (6). Sans doute, le bien est pour le monde une fin excellente, une forme parfaite, mais une forme connue, désirée, aimée, cherchée (7), encore plus que conquise et réellement possédée.

Le bien est intelligible; il est l'objet de la pensée du mobile. Est-ce à dire pour cela qu'il n'ait d'autre realité que celle d'une idée, d'un universel ? Mais l'idée n'est qu'une forme, et le bien est une substance ; il est la première de toutes les substances (8), et le bien ne fait qu'une seule et même chose avec la substance du bien (9). Comment le bien, substance première, serait-il l'universel simple attribut commun à plusieurs êtres et destitué de toute réalité propre (10)? Le bien, c'est le moteur, la cause éternelle du mouvement ; mais l'idée n'est pas une cause, et s'il n'y a que les idées, rien ne se produira (i i).

(i) Mélaph., XII, 9. — (a) De Tâme, II, 4, S 4. — (3) Voir ci-dessus, chap. IX. — (4) Métaph., XII, 7, 9. — (5) Ibid., 7.

(6) Ibid., 9. 'Ov «XXo Ti (tô e5).

(7) Ibid., 7. Ta 6pext6v.... xb voy)t6v.... êpco^iievov.

(8) Mélb., Xir, 7. — (9) Ib., VII, 6. — (10) Ib., III, 6. — (11) Ib., I, 7; Xin, 5.

Le bien n'est donc pas Yièée abstraite du bien. Il n*ést pas davantage l'idée de Têtre ou IMdée de Tun^ autres universaux, sans existence substantielle, quand on les considère au-dessus et en dehors des êtres particuliers (i). Il n'est pas non plus l'unité, si l'on entend par là une meéure commune à plusieurs êtres; cette espèce d'unité est jH^fondément distincte de la simplicité qui se rencontre dans la substance première, en tant qu'elle est identique à elle-même (2). Le bien est intelligible comme l'idée ; niai^, de plus que l'idée, il est une cause, un principe. L'idée est conçue, pensée : le bien se fait penser. Par sa beauté, il sollidte l'intelligence, il l'éveille, il l'attire à lui, il la meut, et, par l'intelligence, il éveille, attire et meut la volonté ou appétit raisonnable (3). Nul ne pense à penser sa première pensée; nul ne veut vouloir sa première volonté ; ce qui donne à l'intelligence son premier élan, à la volonté son premier branle, ce n'est ni l'intelligence, ni la volonté : c'est un principe meilleur, plus élevé. Or, au-dessus de la science et de la pensée, il n'y a que le bien, il n'y a que Dieu (4). Entre le bien et l'idée abstraite du bien, il y a donc toute la différence qui sépare un attribut d'une substance, une forme d'un être, un objet d'une cause.

L'homme fait partie du monde. Lui aussi, il conçoit le bien en tant qu'intelligible; il le désire, il l'aime, il y tend (5). 11 parvient quelquefois à en jouir au sein de la contemplation et par le pur exercice de la pensée (6). Mais le bien intelligible, le bien objet et but de Tintelligence, ne se confond pas avec le bien que réalisent nos actions (7). Le bien se rencontire dans les diverses catégories; on le doit entendre de diverses fa« çons(8). Le bien, substance première, identique à lui-même et identique au beau, le bien, séparé des choses sensibles, nécessaire, immuable, éternel, ce bien est absolument immobile (9).

(x)Métaph., YU, x6. — '^{1) Ibid., XU, 7. — (3) Ci-dessus, même chapitre. — (4) Morale à Eudème, YH, 14.— (5) Métaph., XII, 7, 9.*-- (6) Ibid. — C?) Grandes morales, I, 35. — (8) Ibid., I, i; Morale à Eud., I, 4, 8. — (9) Métaph., XII, 7 et passim.

L'intelligence humaine ne le pense pas toujours; mais quand elle s'élève jusqu'à lui, quand elle le saisit, elle le saisit dans un instant indivisible (i); elle le contemple alors et le possède. A ce moment, et tant qu'il dure, elle est en acte, elle est parfaite; mais elle est immobile comme son immobile objet (2). Dans les régions de l'intelligible, nulle délibération, nulle action, nul mouvement. Là, l'intelligence s'arrête dans son objet et dans sa fin suprêmes. Elle y demeurerait si elle était l'intelligible lui-même ; elle y serait éternellement en acte comme l'acte étemel, si les passions, les maladies, la Êitigue, le sommeil ne l'en faisaient descendre (3). Mais, éprise de l'immobile qui seul est éternel, l'intelligence spéculative est étrangère au monde de la pratique et de l'action (4). Elle laisse à l'intelligence pratique le soin d'y poursuivre, discerner et choisir à l'aide du raisonnement dialectique et de l'opinion, et sous ses formes contingentes, l'utile, ce bien d'aujourd'hui, qui sera un mal demain (5). L'utile réside dans les choses en mouvement; il se présente tantôt comme un objet à fuir, tantôt comme une fin à poursuivre, et, dans ce cas, il s'achète par le mouvement (6). L'intelligence spéculative ne pense pas un tel objet. Le bien en soi qu'elle conçoit n'est donc pas l'utile. Il n'est pas non plus ce bien que l'on nomme bien moral ou vertu. Le bien en soi est au-dessus de la vertu, et il est immobile (7), tandis que la vertu naît et se manifeste par le mouvement et par l'action (8). Enfin, le bien en soi n'est ni le type ni la mesure du bien moral : ce type, cette mesure, c'est la droite raison du sage entrant en acte et s'exerçant selon la nature à l'heure où abdiquent et se taisent les passions (9).

Le bien en soi n'est conçu que par l'intelligence. Les animaux inférieurs sont dépourvus d'intelligence (10) : ils n'aspirent donc pas directement au bien en soi. Ils ne sauraient

(i) MétyXn, 7,etpassim. — (2) De l'âme, I, 4, § 14 ; 3, $ 17 (V. ci-dessiis, chap.IX).

— (3) Ibid., m, 3, S i5. — (4) Ibid., ibid., 9, S 7- — (5) Ibid. ; Grandes mor., 1 , 35.

— (6) Ibid.; De l'âme, III, 9, § 7. — (7) Grandes mor. , II, 5 ; Mor. à Nie., VII, i. — (8) Grandes mor., I, 35.— (y) Mor. à Nie, IIF, 6 ; IX, 4. — (10) De l'âme, lU, 10, S i.

non plus tendre au bien oioral connu des êtres raisonnables capables de choisir^ mais non des puissances sans raison qui ne peuvent qu'un seul contraire (i). Us n'ont que le désir, et^ avec le désir, l'iniagination qu'il présuppose. Encore la sensation, l'imagination et le désir ne sont'-ils, chez certains animaux, que d'une manière indéterminée (a). Guidés par ces vagues lueurs de l'instinct, ils vont où les pousse la nature, c'est-à-dire à leur forme achevée, à leur activité parfaite (3), à cet état de chaque espèce où il ne lui manque aucune des parties qui constituent naturellement sa force et sa grandeur (4). Cette forme est leur bien , mais elle n'est pas le bien en soi. Chacune des formes inférieures de la vie animale n'est le bien qu'en tant qu'elle ébauche d'abord imparfaitement, puis réalise de mieux en mieux et par degrés (5) Tessence de l'homme, l'homme mâle, but dernier de la nature ici-bas (6), Tous les animaux sont, par rapport à l'homme, comme des enfants , comme des nains (7). Seul l'homme connaît et aime le bien en soi; seul sur la terre il participe du divin par l'intel* ligence (8); seul, par conséquent, il est parfait ici-bas, et c'est pour lui qu'a tout fait la nature, qui ne fait rien en vain (9). La perfection et la fin sont le bien en toute chose. L'homme est perfection et fin. Il est donc réellement le bien où tendent les êtres inférieurs, et qui les attire, mais indirectement, vers le bien absolu où il aspire lui-même.

Mais, quoi qu'il en soit, de près ou de loin, directement ou non , les êtres , à tous les degrés de la vie , subissent l'influence du premier moteur. Par là, en ce sens. Dieu est dans nos âmes qu'il met en mouvement; par là. Dieu est dans l'univert ou dans le tout, et c'est en quelque sorte une force divine qui meut et l'univers et l'âme (lo).

(i) De râmc, III, 10, § » 5 Mélaph., XI, a. — (2) Ibid., III, x i, J x. — (3) Ibid., Il , 4» $S 4t ^- — (4) Métaph., Y, 16. •— (5) Parties des anim., IV, 5. — (6) Génér. des anim., IV, 3. — (7) Parties des anim., IV, 10. — (8) Ibid., II, xo. — (9) Polit., I, 3.

(xo) Morale à Eudème, IV, x4. AîiXov 59j &9icep èv xH^ 6X{}) 8cà; xal nôv êxeCv(i> . xivsî Y«P '^^^Ç itàvxa xà èv -f^kh Oeïov.

Ainsi , le bien , le souverain bien est dans l'univers. Il y est de deux manières, comme un être indépendant, existant en soi et par soi, et comme Tordre du monde; de même que, dans une armée, le bien c'est à la fois l'ordre qui y règne et son général. En effet, ce n'est pas Tordre qui fait le général, c'est bien plutôt le général qui est la cause de Tordre. Tout dans le monde a sa place, poissons, oiseaux, plantes; et les rangs sont distincts, mais non cependant de telle sorte qu'il n'y ait rien de commun entre les genres. Loin de là : un lien les unit; tous sont coordonnés par rapport à une seule et suprême existence. L'univers est semblable à une famille oii les hommes libres agissent, non au hasard, mais pour remplir des fonctions ordinairement réglées d'avance , tandis que les esclaves et les bêtes de somme concourent pour une faible part à la fin commune , et ne sont employés le plus souvent que selon l'occasion. Sa nature distincte assigne à chaque être un rôle distinct : par là, ils se séparent les uns des autres; mais quoique différents, ils se rapprochent et conspirent tous en commun à l'harmonie de l'ensemble. Or, un tel accord est impossible dans l'hypothèse d'une succession infinie d'essences dont chacune suppose elle-même un principe particulier. Ceux qui admettent ces essences font du monde une collection d'épisodes, car alors l'existence d'une essence n'importe nullement à Texistence d'une autre. De plus, c'est là multiplier les principes. Mais les êtres ne veulent pas être mal gouvernés :

a Le gouvernement de plusieurs ne vaut rien ; il ne faut a qu'un chef» (i).

Un principe unique suffit à un mouvement unique (s). Une

cause unique est ce qu'il y a de meilleur ; et dans les choses de

la nature, c'est le meilleur qui doit toujours être admis comme

cause (3). Le moteur immobile est donc un, non d'une abs-

• traite et rationnelle unité , mais d'une unité substantielle. De

(i) Mctaph., XII, 10. — (a) Ibid., ibid., 8. — (3)Phys., VUI, 6.

même, il est simple dans sa substance , parce que le simple l'emporte sur le compose (i).

Le premier moteur est immobile : il ne peut donc changer en aucune manière. Le changement qui ressemble le plus à l'acte pur, qui ne produit aucune altération dans la substance , c'est le changement de lieu, la translation, dont la foiroe la plus parfaite est le mouvement circulaire (2). Mais, bien que le premier de tous, ce changement est un mouvement encore , et le moteur premier est immobile. Il n'a donc pas même le mouvement dans l'espace. Or, comme tous les autres changements présupposent celui-là, il en résulte que le moteur premier n'en saurait subir aucun (3). Ainsi, il n'est ni modifié ni altéré (4) ; il n'est soumis ni à la génération ni à la destruction (5). Il est ce qu'il est , et n'est pas susceptible d'être autrement (6). Il est donc, par essence, immuable. En quoi il se sépare absolument de la substance sensible, qui est condamnée par sa nature au changement, à la naissance, à la mort (7).

Toutefois , l'immobilité et l'immutabilité du premier moteur ne sont pas le repos. Qu'est-ce que le repos? Rien autre chose que l'absence, le contraire, la privation du mouvement. Cela seul est en repos qui peut être ma. Le premier moteur n'est donc pas en repos (8).

De ce que le premier moteur meut éternellement, il suit qu'il est indivisible, sans parties, sans étendue. £n effet, une étendue est infinie ou finie. Une étendue infinie n'existe pas. Une étendue finie n'a pas de pouvoir infini, et ne saurait par conséquent mouvoir pendant un temps infini. Le moteur premier et éternel est donc sans étendue (9).

Ainsi, il n'est pas un corps. Mais l'espace est la limite de ce qui est limité ( 1 o). Semblable à un vase et à un vase immobile (1 1), l'espace est la limite non du corps contenu, mais du corps contenant en tant que le corps contenu est susceptible

(1) Métaph., XII, 8. — (a) Ibid., 7.— (3) Ibid. — (4) Ibid. — (5) Ibid., IV, 5. — (6) Ibid., Xn, 7. — (7) Ibid. — (8) Phys., IV, xa; V, 2 ; VIII, i. — (9) Métapb.. XII; 7. — (10) Phys., IV, 5. — (1 1) Ibid., ibid., 4.

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de mouvement local (i). De sorte que ce qui est dans Tespaçe est une chose limitée, étendue, corporelle et mdbile. Le moteur immobile, sans parties, inétendu, sans limites, n*est donc pas dans l'espace. Il réside, il est vrai, au-dessus de la sphère du ciel la plus rapide et la plus éloignée du centre. Cest là, en effet, qu'est le moteur (2). Toutefois, il n'est pas pour cela dans l'espace. L'espace n'est pas le ciel, mais il est quelque chose du ciel qu'il touche ; il en est la limite extrême et immobile (3). Au delà de cette limite, il n*y a pas d'espace. S'il y en avait, le ciel serait dans l'espace. Or, cela est impossible , car tout est dans le ciel^ la terre est dans l'eau, l'eau dans l'air, l'air dans l'éther ou le ciel; mais le ciel n'est pas dans autre chose (4). Hors du ciel, il n'y a pas d'espace. L'espace est un lieu oit il est possible de mettre un corps, et aucun corps ne peut exister hors du ciel (5). Donc, bien que le premier moteur réside à la limite du ciel, il n'est pas dans l'espace.

Il n'est pas non plus dans le temps. Qu'est-ce que le temps? Un mode du mouvement (6), le nombre, la mesure du mouvement (7). Le temps est uni au mouvement; il ne se rencontre en réalité que là oii est le mouvement. Le moteur premier est immobile ; comment serait* il dans le temps qui est le mode, le nombre, la mesure du mouvement ? D'ailleurs, le moteur premier est séparé de toute substance sensible, de tout corp$. Il est séparé du ciel, en dehors du ciel. Or, au delà du ciel, il n'y a ni mobile, ni mouvement, ni temps (8). Le moteur est éternel : le temps ne peut envelopper, ni mesurer, ni modifier son être. Il n'y a rien de commun entre le mouvement et l'immobile, entre le temps et l'éternel (9).

Mais en quoi consiste l'éternité du premier principe ? C'est l'éternité d'un bonheur parfait et d'une vie parfaite. Le bonheur, c'est l'action, c'est l'acte. Voilà pourquoi veiller, sentir, penser, sont les plus vives jouissances de l'homme, et le char- Ci) Phys.. IV, 4. — (a) Ibid., VUI, 10. — (3) Ibid., FV, 5. — (4) U)id., ibid., 1. — (5) Du ciel, I, 9. — (6) Pbys., VUI, i. — (7) Ibid., rv, 1 1. — (8) Du cid, I, 9. — (9) Pbys., IV, la.

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ment même quand il n'en a que l'espérance ou que le souvenir. Mais ce bonheur, nous n'en jouissons que par instants. Le premier principe le goûte éternellement au sein de son action. Et cette action, c'est l'acte le plus parfait, c'est la pensée. Mais quelle pensée ? La pensée en soi, la pensée de ce qui est en soi le meilleur, la pensée de ce qui est le bien par excellence. Or, une telle pensée se pense elle-même en saisissant l'intelligible ; car elle devient elle-même intelligible en se déterminant dans l'objet qu'elle pense et qui la réfléchit. C'est donc une même chose que l'intelligence et Imtelligible. L'intelligence, c'est la force de penser l'intelligible et l'essence, et la possession de l'intelligible, c'est cette force en acte. Cette possession, c'est ce que l'intelligence a de plus divin. La pure pensée est donc dans l'action divine, dans l'acte divin: elle est donc aussi le bonheur par excellence, le bonheur divin (i).

Si Dieu jouit éternellement de ce bonheur dont nous n'avons que des éclairs, il est digne de notre admiration. Mais il en est bien plus digne encore s'il possède un bien plus grand. Or, il le possède. Comment? La vie est en lui, car l'action de l'intelligence est la vie même, et Dieu est l'intelligence en acte. Cet acte pris en soi, voilà sa vie parfaite et éternelle. Aussi, disonsnous que Dieu est un animal éternel, parfait. La vie et la durée éternelle et continue sont en Dieu, et cela même, c'est Dieu (a).

L'intelligence paraît donc bien ce qu'il y a de plus divin. Mais pour être vraiment divine, comment doit-elle s'exercer? Si elle né pense rien, si elle est semblable à un homme endormi, où sera sa dignité (3) ? Elle ne dort pas comme Endymion (4) ; elle pense. Mais si sa pensée dépend d'un principe supérieur, son essence alors n'étant plus la pensée en acte, mais seulement le pouvoir de penser, elle ne sera pas l'essence la meilleure, l'essence par excellence; car ce qui constitue cette essence^ c'est le penser. Ensuite, si elle n'était pas la pensée en acte, mais un

(i) Mélaph., XII, 7. — (a) Ihid-, ibid, -— (3) Ibid., 9. — (4) Morale à Nie, X, 8.

simple pouvoir de penser, il y ^ Heu de croire que la continuité de la pensée serait pour elle une fatigue. L'intelligence est donc la pensée en acte (i).

Mais encore, que pense-t-elle? Si son objet n'est pas ellemême, de deux choses Tune : ou bien cet objet varie, ou Inen il demeure le même. Dans le premier cas, la pensée change elle-même avec son objet, elle est soumise au mouvement, elle passe du meilleur au pire, elle déchoit. Supposons, au contraire, que son objet demeure le même ; importe-t-il ou non que cet objet soit la première chose venue? Mais qu'elle pensât un objet moindre qu'elle-même, un objet vil, voilà qui serait absurde. Non : ignorer certaines choses vaut mieux que de les connaître; car les connaître, c'est tomber au-dessous de ce qu'il y a de plus excellent. D'autre part, se peut-il que lobjet de Téternelle pensée soit meilleur qu'elle-même? Pas davantage: elle est ce qu'il y a de plus excellent; son objet sera, comme elle, ce qu'il y a de plus excellent (a).

Mais alors, comment, par quel coté la pensée dififérerait-elle de son objet? La science, créatrice ou spéculative, la sensation, l'opinion, le raisonnement, ont un objet différent d'eux-mêmes (3j. En effet, l'objet que pensent ces facultés a forme et matière, et elles ne reçoivent que la forme (4). En second lieu , tant qu'elles n'ont pas encore connu leur objet , elles ne sont cet objet qu'en puissance, au lieu que cet objet est en acte (5). Enfin, la science, l'opinion, le raisonnement peuvent être faux parce qu'ils combinent des termes, et que l'erreur vient essentiellement de la combinaison des indivisibles, et en tant que faux, ils sont différents de leur objet (6). En est-il ainsi de la pensée pure? Peut-elle penser un objet différent d^elle-même? Mais elle est sans matière, et son objet est sans matière comme elle (7). Elle est toujours en acte, et son objet est toujours en acte (8). Elle est toujours vraie, toujours exacte, parce qu'elle

(x) Métapb.,XII, 9. — (a) Ibid., ibid. — (3) Ibid., ibid. — (4) Voir ci-dessus, cb.

VU et IX. — (5) De l'âme, HI, 4, S "• — (6) Il>>d-» ^. S », î»- — (?) Mélaph,., XII, 9. — (8) Ibid., ibid., 9, 7.

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i)e coinbiae rieoi et ainsi entre elle et son objet il n'y a aucune différence quant à la vérité. Enfin , comme elle est la S|:|b8|ta|ice première et que ce qui est premier n'a pas de contraire (i); pomme, en outrie, ce qui connaît est son objet en t£mt qu'il }e connaît, la pensée en pensant son objet est ce qu'elle pensée, et son objet n'est pas son contraire (12); il est elleinei^e. Inimatférielle, la pensée pense l'immatériel ; indivisible ^ elle piçnse l'indivisible dans un instant indivisible; simple, elle pense le simple ; immobile , elle pense l'immobile. Ainsi en elle l'objet n'est pas distinct du sujet, et il n'y a pas lieu de se demander lequel de l'objet ou du sujet est au-dessus de l'autre. E41 elle, Qbjet et sujet ne font qu'un. C'est ellermême qu'elle p^nse pendant toute l'éternité, et la pensée est la pensée de la piensée (3)^

Si Dieu trouve éternellement son objet en lui-même, il n'a pas à délibérer sur cet objet; il n'a pas à chercher où il est (4); il n'a pas à le conquérir par le combat et au prix des fatigues qui y sont attachées (5); sa pensée ne ressemble donc nullement à la prudence , dont le propre est de délibérer; elle est mieux que la prudence : elle est la sagesse; elle ne ressemble nullement k la vertu qui lutte dans les régions de la contingence et du ippmvemeqt : Dieu est supérieur à la vertu et meilleur qu'elle (6). Ainsi, |U>ut ce qui est ici-bas la condition de la vertu, lui est inutile. La vertu de l'homme ne se développerait pas au sein d'une existence individqelle et solitaire (7). La vertu est ou «mîtié ou justice, et l'amitié aussi bien que la justice ne naissent que dans la famille, dans la société, dans l'État, où se rencon- Uimt des objets d'affection, des amis, des concitoyens (8). C'est qn^ l'homme ne se suffît pas à lui-même. Dieu, au contraire, a &a luirmêma tout son bien, toute sa vie. Sans sortir de luimême, il trouve dans son essence toutes les conditions de son

(i) Métaph., XJI, 10. — (1) Ibid., XI, i. — (3) Ibid., XU, 9. — (4) De l'âme, UI, xi; Morale à Nie, VI, a ; Grandes mor., I, 35. — (5) Morale à Nie, X, 7. — (6) Ibid., VII, I. — (7) Ibid., IX, i. — (8) Ibid., VIII, 14.

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