CRITIQUE
GHAPITRË I.
BénmA géoénl de li doeiriiii «TAiislote Mr la Mlnn.
Avant d'apprécier la doctrine d'Aristote sur la nature, il importe d'en rappeler les traits principaux et essentieb dans un résumé suocincl.
Toute soliilaHMseanUe mppose quatre principes : une matière qui lui sert de sujet, une forme qui est son essence, un . principe moteur qui opère la réunion de la matière et de lu forme, enfin une cause finale qui est aussi motrice en ce sens que c'est pour atteindre cette fin dernière, ou du moins pour en approcher autant que possible, que s'opère le mouvement de réunion de la matière et de la forme.
Nous appelons du nom de nature chacim de ces quatre principes de l'être. A un premier point de vue, la nature est cette matière brute, impuissante par elle-même à s'organiser, dont sont faits les êtres naturels. — A un autre point de vue, la nature est la réunion de la matière et de la forme, et, dans cet ensemble, elle est surtout la forme, car tout être consiste bien plus dans sa forme que dans sa matière, se définit par sa forme, et ne possède sa nature que lorsqu'il a atteint sa forme. — Déplus, le but de l'être, c'est sa ferme achevée, et ainsi la nature est, en troisième lieu^ la fm, la cause linule do l'être, non
pas sa fin sujjitine, car celle fia c'est le bion tiii soi, mais sa fin particulièi^ en tant qu'essence. — Enfin, au point de vue de la vie et du mouvement oil se place la scieBce physique, la nature est le principe du aiouveomt et du repos dans les êtres, de ta. génératioii dans ceux qui naissent, de raocroissement ou du décroisseraent dans ceux <[OÎ croissent et décroissent, de Paltération dans ceux qui suut altérés, et de la translation dans ceux qui se déplacent.
Dans i&i êtres inanimés, la nature n'est qu'une disposition passive à subir le nouvement. Dans les êtres animés, au con» traire, k nature est un principe éminenment actif, un pnn* cipe de vie : eW l'âme même. L'âme est la nature des êtres animés, et c'est pourquoi il appartient au naturaliste d'étudier Tâme.
Inséparable de Têtre, Tâme, la nature ne se couiond pas avec rintelligence qui peut exister isolément. Mais, bien que distiaole de l'intelligence^ bien qu'emportée par un élan aveugle^ la nature a on but. Elle vise toujours au meilleur, c'est«à-dire à Fêtre. fille est la raison et Tordre dans les êtres. Elle établit de justes rapports cjui maintiennent partout réquiiibre. Elle gouverne avec sagesse et administre en quelque sorte l'univers tout rempli de sa vivifiante intlueuce. Mais elle n'est pas Dieu, car Dieu n'ordonne point les choses. Si elle réalise, dans la li* mite du possible, l'étemel et le divin, elle n'est cependant pas divine. Si elle a un but, comme l'art, comme l'art aussi elle est sujette k Terreur, elle se trompe et produit des monstres au lieu d'êtres complets qu'elle voulait crever. Elle ne délibère, ni ne choisit ; son énergie lui sert de guide, et ce guide serait infaillible ; mais la matière sur laquelle elle agit, tantôt est en eicès, tantôt fiiitdéfiiut, et par là contrarie la natureet la jette en dehors de ses lois constantes. Mais il n'y a pas de hasard, ou du moins le hasard n'est pas Utae cause à part et déterminée. Tout ce que l'on rapporte au hasard est l'œuvre soit de la nature, soit de la pensée.
On doit bien se garder de considérer la nature comme une
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force unique et générale. La nature est la fenne elle^néine, et
la forme n^a de réalité que dans son i^pport avec la matière. L'universel, quel qu'il soit, n'existe que logiquement. En sorte que, pour bien connaître la nature, c'est dans les êtres particuliers qu'il la ùuai étudier.
Les corps sîmplesi qui sont le fea , Tair, Teau et la terre, ont pour principes quatre éléments : le chaud et le froid, le sec et l*huniide. Chacun des corps simples comprend deux de ces éléments, dont l'un coiibLitue sa matière et est passif, et l'autre constitue sa forme et est actif. Jjd feu, par exemple, se compose de chaud et de sec. Le sec est sa matière ; le chaud est sa forme et . son principe actif, soit qu'il agisse sur le fieu lui-aiâme pour lui, conserver sa légèreté et le mouvoir de bas en haut, soit qu'il agisse sur les autres corps simples pour les transformer en feu. Le chaud et Tliuiiiide dans i'air, le froid et Thumide dans l'eau, le froid et le sec dans la terre, présentent les mêmes caractères, sont dans le même rapport, et jouent le même rôle. Or sa matière, sa forme, sa puissance active ou passive, sont dans chacun des corps simples, non par la vertu d'un principe étranger, antérieur ou extérieur, mais en vertu de sa nature. Le feu est ce qu'il est, parce que telle est sa nature, et il en est de même de l'air, de l eau et de la terre. Que l'on ne s y trompe pas : si le soleil, emporté par le mouvement de I ether, lequel est mû par le moteur immobile, si le soleil, en passant sur la couche extrême de l'air, y détermine par k frottement une certaine dudeuri celte chaleur est tout à fuit distincte du leo lui-même et de la chaleur intérieure et naturelle des corps. La clialeur de l'air seconde ou contrarie, en s'y ajoutant, le feu naturel, la chaleur naturelle; mais elle ne la crée pas : bien plus, elle ne crée rien, tandis que la chaleur naturelle est le principe fécond par excellence. Ainsi le feu, comme Peau, l'air et la terre, est un corps naturel, incréé, possédant en luimême et par lui-même le principe matériel, le principe fonnel et le principe du mouvement.
Les corps composés,'minéraux, végétaux, animaux, out pour
éléments les corps simples. Ils tiennent uniquement de ces corps, et par conséquent de la nature, leur matière ou élément ptflsif et le principe actif et formel qui les rend solides ou liquides et qui produit en eux les pbéooniènes relatif à la maturité ou à la digestion. Ici encore la chaleur de Tair fikvorise ou contrarie Faction de la chaleur intérieure ou naturelle ; mais elle s*en distingue en ce qu'elle est par elle-même absolument impropre à la génération, tandis que la chaleur laténeure, de même nature que le feu sidéral, est, dans chaque ètre^ le prin-cipe de la fécondité*
La plante provient d'une autre plante de même espèce et qui est, comme elle, un être naturel, une nature. Elle en reçoit, avec la vie, un commencement de forme et un commencement de matière qui n*est autre chose qu'un corps coii]pos(> d't lénieiits naturels. Une fois née, la plante croît et se conserve eu se nourrissant. L'acte de la nutrition lui donne peu à peu toute sa matière et sa .forme achevée. Quelle est donc la puissance qui nourrit la plante? Cest Pâme végétative, c'est la nature. C'est encore sa nature qui la pousse à se reproduire dans une autre plante semblable à clle-mcme, qui lui fait porter des fleurs et des fruits, etqui étend sur ces fruits l'ombre protectrice de son feuillage. C'«îst elle qui développe la nouvelle plante et qui la constitue en vue de sa croissance, de sa conservation et de sa reproduction. Et non-seulement la nature tire une plante d'une autre plante semblable , mais encore elle en lait sortir de la putréfaction, de la boue et du limon, et des éléments corrompus des autres plantes. De là les plantes aquatiques et parasites. Or, cette puissante fécondité de la nature ne s'épuisera jamais.* Elle a toujours créé des plantes; elle ne cessera jamais d*en créer, afin de participer autant que possible de Tétemel et du divin.
Dans cet oeuvre de conservation et de reproduction périodique, la nature se sert de la chaleur de l'air causée par l'inclinaison du soleil; mais ce a est là pour elle qu'un secours: sa force principale réside dans la chaleur interne de chaque
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COI pi>, laquelle existe par elle-même, et e&t elle-même une nature.
Les corps simples» les corps composés inanimés et les plantes, ioni dcpoorvos de sensibilité et de pentéa^AiMi, dans ces âtres, k nataro tend an bien absolu, qm crt mm bot, et la ciwwht»
mais sans le désirer et sans le oonnaitre, par une énergie sp€»>
tanée et aveugle qui ignore sa fin et s^ignore ett^même.
L'animal naît d'un autre animal de même espèce, et qui est, comme lui, un être naturel, une nature. 11 en reçoit, avec la vie, une matière susceptible d'accroissement et une £Dnne encore incomplète. Une fois né^ Tanimai croit et se conserve en se nourrissant L*acte de la nutrition complète peu à peu et achève son corps. Or, quelle est la force qui nourrit Tanimal? C'est son âme nutritive, c'est sa nature, qui, prenant le feu et la terre, les transfornie par la digestion et eu compose le sang. C*est encore la nature qui porte Tanimal à se reproduire dans un autre lui-même. C'est elle qui, dans le sein de la mère, constitue le nouvel animal en vue de la vie, de telle sorte qu'il puisse plus tard se nourrir, se conserver luinnême et se reproduire à son tour. El non-seulement la nature tire un animal d'un au»
tre animal de même espèce, mais encore elle en fait naître de la putréfaction de la terre, du buis vermoulu, et des parties mortes, corrompues, ou excrétées des autres animaux. De là les animaux dont la génération est spontanée. Or, cette fécondité de la nature animale ne 8*épuisera jamais. Elle a toujours produit des animaux; elle ne cessera jamais d'en produire, afin de participer autant que possible de l'étemel et du divin.
Dans cet œuvre de conservation et de reproduction de lani- .mal, la nature nutritive ou l'âme végétative se sert de la chaleur de Tair ; mais ce n'est là pour elle qu'un secours qui parfois devient un obstacle. Sa force principale réside dans la chaleur animale inteme^qui existe par elle-même et est elle*inème une nature, la nature active du feu.
Soit qu'elle conserve ou reproduise la plante et Tanimal, la nature tend toujours à changer la puissance en acte; elle vise
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toujours au meilleur, a rordre, à la perfection, mais sous rimpuision spontanée d'un désir aveugle qui exclut la pensée, la délibéFation et le choix.
Ifon-senleiiieiit Fanimal se conserve et se reproduit, nais il est sensible^ et cela était nécessaire pour «pi'il se pût conserver. Sentir, c'est être altéré par un être et devenir semblable à cet être. 11 y a donc dans le mouvement qui aboutit à l'altération deux termes : l'être sentant et l'être senti, l'être altérant et l*étre altéré. Dans l'être sentant, le principe qui sent, c'est son âme sensitive, c'est sa nature. Cette nature^ il la tient d'une nature antérieure en tont semblable à la stenne^ «pn lui a donné, en le produisant, un corps doué d'orpaei eo vne de la sensation. Sa nature propre a achevé elle-mlm ton corps, qui était incomplel, Ta rendu de plus eu plus apte à ia sensation, et, à chaque instant, elle fait passer sa faculté de sensation de la puissance à l'acte, sous riniiueuce des objets extérieurs. L'objet extérieur lui-même est ou la nature, ou l'eenvre de la nature; car c'est ou bien nn eorpt simple, ou un corps composé inanimé, ou un corpe animé, agissant sur l'être sentant en vertu d'une des qualités sensibles que lui communiquent les éléments dont il est formé. En sorte que, dans le mouvement d'altération, tout est l'œuvre de la nature.
Cause de sensation, la nature produit par là même tous les mouvements qui s'y rattachent et en procèdent, tels que le sommeil^ la veille, l'imagination, la mémoire, le plaisir et la prâe, l'appétit, les désirs, les passions, la respiration, la vie et la' mort. £lle a même sa part dans les vertus et dans les vices.
En tant que sensitive, la nature vise au bien et y tend par l'imagination et le désir; mais elle ne le pense pas, elle ne le connaît pas nettement, elle ne peut que l'imaginer d'une manière confuse et indéterminée.
La plupart des animaux se meuvent dans F espace. La loco* motion suppose la sensibilité , mais ce n'est pas la sensibilité qui meut l'animal , puisque l'on voit des animaux doués de sensation demeurer immobiles. Ce qui meut i animal, ce n'est pas
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non plus l'intelligence, qui indique seulement à Tétre le but
dti mouvement. puissance motrice dans Tanimal, c'est esseutiellement Tappélit, 1 ame en tant qu'appétitive, la nature. Pour moiivoir ranimai, Tâme se sert du cœur et des membres. Voici comment. La pensée de l'objet à fuir ou à rechercher est im* médiatement suivie d*une sensation ou altération. L'altëratioa a pour effet de produire dans le cceur de la dudeur ou du froid. La chaleur et le froid dilatent ou contractent les nerfs, qui^ à leur tour, poussent et tirent les os, et causent par là le mouvement. Ce n*est pas tout : le raisonnement nous dit qu'il doit y avoir entre le cœur et 1^ organes un intermédiaire qui donne l'impulsion. Cette substance .existe : c'est le souffle naturel ou inné que tous les animaux ont reçu y et ou ils puisent leur puissance de mouvoir. Mais Tâme «pii meut l'animal se confond avec sa nature ; le froid, le chaud, le souffie inné , dont se sert Fâme comme d'intermédiaires, sont des éléments naturels actifs ou passifs , en vertu de leur nature. £nfin , le cœur, les nerfs et les os qui composent le mécanisme de la locomotioil , sont l'œuvre de la nature. Ainsi , la nature est, dans l'animal» la cause du mouvement et de tout ce qui concourt à le produire. La pensée ne fait qu'indiquer le but, qui est le bien. Le bien meut comme cause finale, mais il est extérieur à l'être et immobile. L'appétit, au contraire, ou la nature, est le principe du mouvement dans Têtre même, en tant que même.
Bien que la pensée soit étrangère au mouvement 9 tandis que la nature en est le principe, cependant la nature a sa part dans l'exercice de la pensés. Si elle n'en est pas le principe, elle en est la condition , condition nécessaire sans laquelle la pensée ne passerait jamais de la puissance à l'acte. La pure pensée, la science, l'opiDion , l imagiualion , le syllogisme, soit dialectiquci soit scientifique, la réminiscence , la délibération y tous les actes de 1 ame intelligente, présupposent la sensation y et, nous l'avons vu, tout dans la sensation est l'cBUvre de la nature. L'action et la vertu en dépendent aussi, puisque le principe de l'action , c'est la nature , et qtie la
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nature met eu uous des dispositions innées à la vertu. Notre irie morale a deux principes, la pensée et la nature; et si le premier est supérieur au second, il est vrai de dire que, sans lui 9 il serait à jamais impuissant*
Mais le pouvoir de la nature ne s*arrête pas à la limite du monde sublunaire. Il s'étend plus haut et plus loin. Le raouveraent éternel est imprimé au monde tout entier par un corps naturel et sensible. Ce corpsy qui se nomme l'éther, a en lui-même le principe de son mouvement. £n effet , quoique le bien absolu, qui est son but^ le meuve à titre de cause finale, cependant l'éther se meut en vertu de Pamour dont il est plein pour la beauté du premier moteur; il se meut en vertu do son désir, et ce désir n'est autre chose que sa nature même. C est donc la nature qui est la cause intérieure du mouvement éternel du monde. C'est elle qui est la cause de l'immo* bilité des étoiles fixes et des mouvements variés des planètes. C'est elle qui a compensé l'immobilité des premières par -leur nombre, et la rareté des planètes par la variété de leurs mouvements. C*est elle qui incline le soleil sur Técliptique, afin de produire les alternatives de îa naissance et de la niui t. Cest la nature enfin qui met dans le monde entier Tordre, la vie et l'équilibre , qui meut étemeliement les substances éternelles, et qui crée sans s'arrêter jamais et fiût naître les unes des autres les substances périssables, afin que l'être soumis à bt naissance et & k' mort puisse, autant que possible, participer k l'éternel et au diviu.