CHAPITRE IL
De la nature en général.
Essayer de prouver que la nature existe, est une tentative ridicule. L'existence des êtres naturels est évidente, et quiconque démontre ce qui est évident, au moyen de ce qui ne l'est pas, témoigne par là qu'il est incapable de reconnaître la vérité immédiate (4).
Mais qu'est-ce que la nature considérée sôit dans ses effets, soit en elle-même?
Les êtres dont le monde est rempli doivent leur existence les uns à l'art, les autres à la nature. Les œuvres de l'art n'ont en elles-mêmes aucun principe de changement. Au contraire, les êtres naturels, tels que les animaux et leurs parties et les plantes, ont en eux-mêmes le principe du mouvement et du repos ; et ce principe, c'est la nature qui produit la translation dans ceux qui se déplacent, l'accroissement et le décroissement dans ceux qui croissent et décroissent, et l'altération dans ceux
(i) Mélaph., VIII , 8 ; Phys., II, i; VIII, 4, 5; De l'âme, III, 11, § 9. — (a) Phya., II, I ; Métaph., V, 4.
(3) De Cœlo, I, 4. *0 6è fteèç xol i\ çO<n; ûù5èv (iàTy,v itoioutriv."^-"^
(4) Phys., II, I.
qui sont altt'i es. Donc, en picmicr iit;u, la nature est un principe de mouvement, de translation, d'accroissement ou d'altération dans un sujet qui est ce qu'il est par lui-même et noa acddentellement (i).
Biais il est des êtres naturels, tels que les corps simples, à savoir, la terre, le feu, Tair et Feau (a), qui se déplacent sans avoir en eux-mêmes le principe de leur mouvement (3). La nature ne sera donc |)as, dans de tels êtres, le principe du mouvement. On voit néanmoins que, lorsque ces corps sont abandonnés à eux-mêmes, ils se portent, si rien ne 8*y vient oppo« ser, les uns en haut, les autres en bas. Une outre pleine d*air est retenue par une pierre au fond de l'eau, vous otez la picn e, l'outre monte d'elle-même jusqu'à ce qu'elle surnage (4). Ce qui fait que l'air tend non vers le bas, mais vers le haut, c'est une puissance naturelle non de se mouvoir, mais detre mû dans cette direction. Cette puissance, cette disposition passive^ il est vrai, mais dont un obstacle peut seul empêcher l'effet, c'est là nature même du corps (5). Aussi, quand le corps est mû dans un sens opposé, on dit que c'est violemment et conti airement à sa nature. Il est conforme à la nature du feu d'aller de bas en baut ; il est contraire à sa nature d'aller de haut en bas (6). Donc, et en second lieu, la nature est la cause ou la disposition passive en vertu de laquelle un corps simple est mû en ligne droite de bas en baut ou de haut en bas (7).
Considérée dans sou rapport avec la génération, la nature est la puissance qui opère la reproduction des êtres. INul être ne se crée lui-même; car créer, cest mouvoir, et avant de mouvoir il Êiut être (8). La cause productrice doit être extérieure à l'être produit Cette cause, c'est un être naturel, une nature semblable à l'être produit, existant antérieurement et déjà en acte (9). Je dis une nature, parce que la cause qui produit
(i) Phjs., II, I ; Métaph., IX, 8 ; V, 4. — (a) Phys., Il, i. — (3) Ibid., VIII, 4- — (4) IbkL — (5) Ibid. — (6}Ibid., n, t. — (7) Ibid., VZD, 4. — (S) Ibid., Vm, 9. ^ (9) Méla|ib., vn, 7 ; IX, S ; XI^ 3.
s'appelle en général nature, comme la substance produite ellemême. L'homme produit un homme, le cheval un ( iieviii, et c'est leur nature qui les y porte et qui leur en douue le pouvoir (i). Donc, en troisième lieu, la nature est le principe du mouvement par lequel un être vivant produit en dehors de luimême un être semblable à liû* Ici, la nature est principe de mouvement à la fois dans le même être et dans un autre être : dans le même être, en tant que c'est 1 animal qui se meut luimême pour produire un autre animal (2); dans un autre être, en tant que c'est un nouvel animal qui a, dans le premier^ sa cause productrice (S).
Nous avons dit en quoi consiste la nature envisagiée par rap- 'port à ses effets. Étudions-la présentement en elle-même.
Et d'ahûrtl, considérée comme piiacipe du mouvement dans le même être en tant que même, la nature est-elle matière, ou réunion de la matière et de la forme f ou bien est-elle principalement essence et forme ?
A tm premier point de vue, la nature est cette matière brute/ impuissante par elle-même à s*organiser et à changer, dont sont faits les êtres naturels, que cette matière soit première relativement, comme l'airain par rapport à la statue, ou absolument, comme Veau qui, avant d'être la matière de la statue, est d'abord la matière de Tairain, de Tor et de tous les corps fusibles. Cette matière demeure la même sous les modifications diverses qu'elle subit, et chacun dit qu'elle constitue la nature même de l'objet. C'est pour cette raison que, parmi les philosophes, on a nommé nature tantôt la terre, tantôt l'eau, tantôt tous les éléments ensemble (4)*
A un autre point de vue, la nature des êtres est la réunion de la forme et de la matière (5). En effet, la matière sans la
(r) MéUph., Vn, 7 ; IX, 8; XII, 3.
(a) Mét., XJi, Brandis, 341, t. 3o. *U SI fV9%i àpx a\^%^^' âv6(MiiiO( yàp avQpomov Yevvâ.
(3) Hét., VII, 7. Aû-n) i* iv fiÛ^ji* AiSpfamo; yàp avOpwitov ^ewS. Brandis, 139, I. i5.
(4) Métapli., V» 4; thyu n, i. -- (S) ]lcta|ih., V, 4ï XU, 3.
forme n'est rieu; la lonne sans la matière !i exisie pas davantage. Cependant, dans cette union, c'est la forme qui fait et détermine la nature de Tétrebien plutôt que sanutîib^ (i). Tout être se définit par sa forme. Celui-là seul qui connaît la forme ou Tessence d*un être, connaît vraiment «i nature (2). Enfin, aucun être ne nous paraît posséder sa nature que lorsqu'il a revêtu sa forme vu passant de la puissance à l'acte. T>a cliair et l'os en puissance ne sont pas eucore la chose dont la nature consiste à être un os ou de la chair. D'où Ton voit que c^est surtout dans la forme et dans l'acte que réside la nature des êtres (3).
lia nature est encore le but et la fin des êtres. Ce qu'est devenu un être quand il a atteint son parfait (K vi loppement, quand il est devenu une substance, une réalité, une entéléchie, on dit que c'est là sa nature propre, qu'il s'agisse d'un cheval, d'un homme ou d'une CumiUe (4)-
Âinsi la nature est la forme ou TeBsenoey l'acle, le but, la fin et le principe du mouvement. Biais l'âmê est, elle aussi, la forme et l'essence des êtres (5), leur fin (6) et le principe du mouvement qui se produit en eux (nX L'Ame et la nature des êtres ne sont donc qu'une seule et même chose, et par là on voit que la nature d'un être animé n'est autre chose que son âme.
Si nous envisageons la nature comme cause de génération ou de reproduction, nous verirons cpi'elle se confond avec un être producteur du même genre et de la même espèce que l'être qu'il produit (8). L'homme est une a;nvrf de la nature, un être naturel, une nature (9), et c'est I homme qui eugendre rhomme. Donc la nature, en tant que puissance productrice, est constituée par un être semblable à l'être produit. Chaque essence proyient d'une essence portant le même nom (10), et
(0 FirtMBdcianÎB.,!,!; Mijn,!], 1. ILgAiM>Xa«aSni9â4ncTiic83la)C.Bdtlt. io3;
Génér. et comipt., II , g ; Mélaph., XII , 3.
(a) Métaph., VII, 6. — (3) Phys., II, i ; Métaph., V, 4. — (4) Politiq., I, t, $ 8 ; De i'àme, n, I, S 4. — (5) Ibid., II, 4. S 4. — (6) Ibid., II, 4, g 6; Métaph., VII, 10. — <7) De râme^n, 4, § d. — (8) Génér. et comipt., 1,5. — (9) MéUph., XH, 4; VII, 7. — (xo) Ibid., XII, 3.
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l'être qui engendre suffit oomine cause à la production (i). C'est lui qui donne la forme à la matière, et qui, par consëquent, produit vraiment la génération ; car la génération^ c'est la matière revêtant une fonne. Telle forme s'uniBttnt à té» M, k teUcs chairsy voilà Socrate etICailias (a).
*is quMl 86 te9iiin« à 1*$tré luî-mâm^ , oa que aon «Ifcl de à un être différent, le pouvoir de te lliouwr soi-même ii'appartient qu'aux êtres qui ont la vie. Cette faculté est la vie elle-même (ÇwTtxdv ) et ne se trouve que chez les êtres animés (3). La nature créatrice, la nature qui ii*esl pas une diapolitièn passive à subir un mouvement^ ne se rencontre que là diïesirâme(4}.
Voilà pourquoi la eonnaissanoe de Vime contribue beaucoup à faire comprench e la nature. L'âme est, eti efiel, eu quelque sorte comme la nature, le principe des êtres animés (5). Aussi est-ce au naturaliste detudiei* Tàme (6). Le vrai uaturaiis&e n'est paa celui qui ne parle que de la matière et qui ignore la notion* Ce n'est pas non plus celui qui ne «onnait que cette notion. C'est celui qui réunit les deux conditions (7)^ et qui étudie le corps en tant que susceptible de inouvemeut (8). Or, l'âme et la nature sont principes de mouvement (9).
Toute] ois, quoique dans les êtres animés la nature soit iden» tique à l'âme en tant que principe de mouvement, elle se distingue profoiMiément de l'âme intelligente. Les nodificatîonf de la matière qui sont l'oeuvre de la nature, les actions de inl corps spécial, la nature elle-même, objet de l'étude du naturaliste, ne sont pas separables de l'être (10): tandis que Tintelligenceest séparable de l'être, vient du dehors et lui survit (11)» La nature n'est séparable de l'être que rationnelkment et par abstraction (la).
(i) Mélaph., VII, 7- — (a)lbid., ibid.. — (3) Phys., VIII, 4; Bekker, 455. — (4) Ibid. — (5) De Vime, I, i, S i. — (6) Ibid., ibid., §11.— (7) Ibid., ibid., ibid.
(8) Métaphjrs., XJ, 3. — (9) Ci-destiu, même chapitre. — (10) Phys., II, i. — (il) D» l'âne, î,hS II ; Ibid., II, a, S 9 ; Ibid., I, 4, S i3»i4; lUdi» m« S, $ a; Hélapb.» Xn, 3 ; Moiak à Nkov., X, 7 $ Génér. dci an»., n, 3. ^ (ift) Vhyi., Ht >.; Bekk., 193. Oô xMpMtiii 8v, dOX* ^ itmk tin X6tov.
Mais, distincte de l'intelligence, la nature a cependant un but (i). Elle ne fait nen en vain; toutes ses dihiiarches tendent à une fin ou soot la condition de l'existence et du mouve* ment des choses qui ont un but (a). £Ue fait effort pour s'ébigner de rindétenDiné et pour se rapprocher oontinuelle* ment de la forme, tie la fia, du ipèilleur en un mot, et l'être est meilleur que le non-étre (3). Elle engendre pour ajouter Tétre à l'être, et la génération qu'elle opère ajoute la nature à la nature (4)» Thomme à l'homme, la plaote à la plante, sans s'arrêter jamais (5).
Mais en mdme temps qu'elle vise au^meillenr et qu^eUe mnU tiplie l'être, die met dana ses productions la symétrie et la proportion. Semblable à Fart, il y a dans ses œuvres un dessein
marqué (6). Elle est elle-même la raison et 1 oïdte dans l'ensemble des êtres (7). Entre les parties qui précèdent et celtes qui suivent, elle établit des rapports constants. On le peut voir chez les animaux, qui agissent pourtant sans art, sans étudey sans calcul. Aussi quelques-uns se sont»ils demandé si ce n'est pas l'intelligence, ou quelque lumt^ semblable qui préside aux travaux des araignées, des fourmis et des autres animaux industrieux. En allant du grand au petit, le même fait a lieu dans les plantes, dont tous les mouvements conspirent à une seule et même fin : ainsi les feuilles servent k protéger les fruits. Mais si c'est à la fois par un mouyement naturel et en vue d'une fin que l'hirondelle bâtit son nid, que l'araignée tisse sa toile et (|uc les plantes étendent les feuilles au-dessus des fruits afin de les protéger, et poussent leurs racines non point en haut, mais en bas et dans le sol, pour y puiser ia nourriture, il est manifeste que, dans les êtres que la nature produit et conserve,
(x) Phyi., S. %f mytCTau «te ti tAo&
(a) De l ime, III, la, $ 3 ; PoUtiq., I, 8 ; De oœlo, I, 4. *0 81 OcAc H fitu «à-
8èv (i,âTT)v itoioûcriv; De la marchede'? animaux, 2,*p. 704.
(3) Phys., VIII, 9 ; Géoér. et corrupt., II , 10 ; De la marche des animaux, 1.
(4) Physique, II, 1. Tti 8' ift çyaiç n ^«Y0|*^1 &C Y^ve^K ÔÔôç iativ ei; çûatv.
(5) Des piaule*, I, ». — (6) Géaér. deianim., IV, a.
(7) Phys. , TIII, I. *H Y«p f^vtc îw« tijc «dftMC. — T4ttc Si nom Xâyoc
il y a une cause semblable à celle qui crée les œuvra de Tart (i). Cette cause^ c'est la nature elle-même qui dispose tout comme par uue sage prévoyance de Tavenir (a), qui met dans le ciel Tordre et Thannonie, refuse le mouvement aux. étoiles fixes plus nombreuses et plufe voisines du premier moteur, raccorde aux planètes plus "lyres et plus éloignées de la dernière sphère, et maintient ainsi dans le monde un parfiiit équilibre (3); c'est elle qui, ici-baé, crée les plantes pour les animaux et les aniiiiaux pour l'homme (4). C'est elle aussi qui entretient la vie et qui porte tout être à se reproduire dans un être semblable à lui, afin qu'il participe autant que possible de rétemel et du divin, et que, si son existence est bornée, elle recommence du moins dans un autre lui-même (5) ; c'est elle qui répare les pertes et qui rétablit d'un coté ce qui périt de l'autre (6), (le telle sorte que ce qui ne se peut perpétuel en nombre, se continue du moins dans Fespèce («7^5 c'est elle, enfin, qui , gouverne avec sagesse et administre eu quelque sorte l'univers tout rempli et tout animé de sa divine influence (8).
Mais la nature n'est pas INeu. La nature ordonne; elle est l'ordre lui-même (9). Dieu ne descend pas à ordonner les choses (lo). Non-seulement la nature n*est pas Dieu^ mais elle n'est pas même divine; elle n'est que démoniaque (1 1). Sans doute elle agit dans une fin, comme l'art. Mais, comme l'art aussi, elle est irréfléchie et ne sait pas délibérer. Les animaux qu'elle ment et qu'elle inspire, procèdent sans dessein prémédité^ sans étude, sans choix, ^le ressemble à l'art en ce qu'elle poursuit un but certain , mais elle lui ressemble aussi en ce qu'elle est imparfaite et se trompe. Le grammairien viole les
(0 Phys., n, 8 ; Bekk., 199. — (a) Du ciel, II , 9. — (3) Ibid,, ibid., n. ci-de»* sous, ch. X.) — (4) Politique, I, a», § 6. — (5) De l'âme, II, 4, § 2.
(6) Génér. des anim., III, i. *0 yàp Ixctdev àfot^cï ii fvmc, npootiOiiatv iv- TOùOa. — (7} Écoiiouiiq, I, 3.
(8) ÉcoD.» I, 3; Phys., VUI, s. OCov (««4 Ti« oSov toîc fvottovvMt&otilHVtv.
(9) On Ta VII un peii plut hmit, mène chapilie.
(10) Eth. à Eudème, VU, iS. Où èfciTaxxixû; £px*'^ ^ 6e6c.
(11) Oe la diviiml. par le» longe», s. *li Yàp fteic Sru|iov{«» deU' où <k<«.
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règles de la langue; parfois le m^eciii administre mal à propos les médicaments. Ainsi iait la iialure, qui produit ua monstre au lieu d'un animal. Quoiqu'il ensuit, et bien que la nature ne délibère pas, elle n'en a pas moins une fia déterminée. Il est absurde de nier qu'il y ait une fin poursuivie , pam que Ton n'a pas yu le moteur délibérer avant de mou* voir. La nature n*a pas besoin de délibérer. Elle agit par son énergie propre, qui lui sert en même temps de guide. Ce qui arrive dans son dotiiairie, arrive parce qu'il est dans sa nature de se produire ainsi. Si les maisons étaient au nombre des choses naturelles, il naîtrait des maisons comme il naît des animaux ou des arbres; s'il était dans la nature du bois de produire spontanément des navires sans le secours de l'ouvriery les navires naîtraient du sein des madriers (i).
Aussi, quand la nature se trompe, ce n'est point parce qu'elle n'a pas de route tracée, c'est parce qu'un obstacle l 'eu fait dévier. Si rien ne l'en empêchait, elle marcherait droit à son but (a). £Ue s'arrête ou se-foumoie, parce que des difficultés inteiTompent ou changent son cours» Dans le même être, la nature est à la fois matérielle et formelle (3). La nature, en tant que f jime, est unie à la nature en tant que matière. La forme, qui est un principe d unité et de détermination, d'ordre et de symétrie, en un mot» de perfection^ tend à maîtriser et à vaincre, la luatièrei qui est, au contraire^ un principe indéterminé et impar&it. C'est la matière qui entrave la nature. La matière est, chez les animaux, la cause qui produit les êtres dégénérés et les monstres, soit qu'elle sinal)onde, soit qu'elle fasse défaut. Les monstruosités ont cssentielieineut pour cause le défaut ou l'excès de matière (4). Par exemple, un fils qui ne ressemble pas à ses parents est un commencement de monstre;, en efifet, en lui la nature a dévié, est sortie des limites et des caractères propres à respèce, et a commencé à dég^érer. Quand .
(t) fhyê^ 1^ a. Get alinéa «ttwimiaaiMom ou une Iradaclian ou une paraphn» du ctefiln «lé.— («) Uiîd — <3) Pbyi., Il, i ; Wtepli^ V, 4. — («) Oinér. des aaim..
une femelle natt âu lieu d'un mâle, c'est que l'espèce commence à dégénérer par quelque vice de matière. Cependant cette dernière déviation est nécessaire à la propagation de Tespèce , et comme elle a un but déterminé, elle est moins monstrueuse qu'une autre (i). Au reste, dans ces enfantements qu'on nomme monstmeux, la nature sort non pas absolument de ses voies, mais seulement de ses voies constantes. A la rigueur, rien ne se fiiit contre nature, mais seulement contre une des habitudes de la nature (a). On a tort d'attribuer au hasard les productions plus ou moins monstrueuses qui se voient dans le monde, si par le hasard on entend autre chose que la nature ou la pensée mêmes. Tout ce que l'on rapporte au hasard estrosuvre soit de la nature» soit de la pensée (3); et les phénomènes de ce genre appartenant, non à l'ordre des choses qui arrivent toujours, mais seulement à Tordre de celles qui arrivent quelquefois, la science ne les peut déterminera l'avance ni en indiquer la véritable cause (4) , de sorte que la cause des événements que Ton attribue au hasard demeure indéterminée et impénétrable à U raison humaine (5). Néanmoins, comme l'action de cette cause aboutit à une fin, les monstres ne sont, en réalité, que Terreur d'une cause qui vise à un but et qui le manque, que cette eaase soit la nature ou la pensée ('6). La nature est donc toujours une puissance qui s'exerce en vue d'une ûn; maïs cette puissance est bornée dans son action par la matière qui lui est fatalement unie, lui résiste et U fait errer.
D'ailleurs, il ne faut point entendre par le mot natui« une force générale, unique, et la même partout. La nature est la forme elle-même, et la forme n'existe que dans son union avec la matière (7). Chaque être a sa nature comme il a sa matière et sa forme, et ainsi il n'y a pas d'autre nature que la nature particulière (8). La nature, en général, n'a pas d'existence réelle; l'universel, quel qu'il soit, n'existe que logiquement. Ce
(c) GcD. «t corr^ IV, 3 — (a) Ibid., ibid.» 4. — (3) Méiq>lt, XI, 8; Vhj»,, II, 4> 5, S. — (4) Phyc.» II. 5. — (S) Phys.» U, 5; Mét, XI, S. — (6) Mél., XI, S ; Php., Il, S. — (7) Phys., IIi t. ^ (S) Méi«ph., Xtl, 4.
n'est pas le mile en général qui procrée, c'est tél ou tel mâle :
Socrate ou Coriscus. Coriscus est à la fois animal et bomme; mais c'est en tant ([u'iiomme qu'il pr()crpe,et non en tant qu'animal, parce que la qualité dlionmie est bien plus propre à Tindividii qoe celle d'animal. Ce qui produit appartient bien à la fois au genre et à Fespèce^ mais c'est en tant qu'espèce qu'il produit et qu'il est cause du mouvement dont la nature est en lui le principe. Donc, il n'y a pas de nature universelle (i).
D'où il suit que, pour connaître à fond la nature telle que l'a conçue Artstote, et lui faire sa juste part comme cause du mouvement et de la vie^ ce n'est pas assez de l'avoir étudiée de haut et dans ses caractères généraux, mab qu'il iaut encore pénétrer dans la réalité où elle s'enferme et réside, la poursuivre sous ses formes diverses à tons les degr^ de l'existence,
et aller sui-preridre son action dans l'élément d abord et dans le corps simple, puis dans la plante et dans l'anunal, et enfin dans ces substances sensibles encore, mais impérissables^ dont l'ensemble compose le ciel.