‹ Le premier moteur et la nature dans système d'Aristote;Chapitre 4 sur 11 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De II OÉluM «N taiH que cayiede mmiTeisciit dans lei onrps «impto oit premiers.

La génération et la destruction des êtres naturels a pour condition l'existence de certains corps sensibles élémentaires, qui servent de anjet ou de matière au changement (a). Cette matière n'aurait aucune réalité, si elle était sans modes et séparée des êtres eux-mêmes. Aussi devons-nous admettre dans tout étî c natiirt l une matière toujours revêtue d'un des modes de la qualité sensible, tels que le froid et le chaud, et rigou-

(i) Génér. de» «nim., IV, i; Met., XU, 4. — (a) Oénér. et comipU, II» 1.

reusement inséparable des êtres dont elle est le sujet. îious diroBS donc qae tout corps coiqposë a, pour principes et pour élémenisy la matière in jétenninée, c'est-à-dire» ce qui n'est tel corps qu'en puissance; a** les modes contraires de la qualité sensible, comme le chaud et le froid ; 3** enfin, le feu, Peau, Fair et la terre, corps simples et premiers, qui n*ont pour principes que la matière et les contrairesy et dont sont composes tous les corps (i).

£ti disons d'abord en quoi la nature contribue à la fonnation et à l'existence des corps simples ou premiers.

Ce qui constitue ces corps, c'est d'une part, on vi«it de le voir, la matière indéterminée, qui n'est point créée, qui préexiste à tout de par sa nature, et qui est à un certain point de vue la nature elle-même (â). Ce qui constitue d'autre part les corps simples, ce sont les contraireS| non pis les contraires quels qu'ik soient, mais cena qui font, qu'une chose est sensible, c'est-à-dire, tangible. H est certaines qualités corporelles qui ne sauraient former un élément, parce qu'elles n'éta- * blissent pas entre les corps de différences fondamentales. Tels sont le blanc et le noir, lamer et la doux. Bien que lexercice de la vue précède celui du tact, les qualités visibles ne sont pas des qualité premières^ des modes du corps tangible en tant que tangible : elles ne «ont tangibles que parce qu'elles résident en une chose qui l'est (3). Or, les contraires tangibles comprennent le chaud et le froid, le sec et l'humide, le lourd et le léger, le dur et le moU| le visqueux et le desséché, l'épais et le mince (4). Mais on montrerait tellement que toutes ces oppositions se ramènent à deux : celle du chaud et du froid, et celle du sec et de Thumide. Par conséquent, les contraires^ qui, avec la usatîère indéterminée dont ils sont la forme, constituent les corps simples, sont le chaud et le froid d'une part, le sec et l'humide de l'autre (5). De là, quatre élé-

(i) Gén. et corr., Il, i. — (a) Voir le chapitre précëdenl. — (3) Géovr. et rorrupt., Il , a. — (4) Géuér. et conru|it., II, a; De l'àme, II , ii, § lo. — (5) Géaér. et corr.» II, 2.

ments en tout. Ët Ton n*en peut compter moins : le chauci, en effet, n'est ni l'humifie ni le sec; Phumide n'est éridemment ni le chaud ni le froid; enfin, le froid et le sec ne sont miUement des espèces réductibles à des genres supérîenn* tels, |iar

eierople, que le chaud et l'humide ( i).

Ces quatre éléments, en s'imissant deux à deux, produisent six combinaisons. Mais, de ces combinaisons, deux sont impossibles, savoir : celle du froid avec le chaud et celle du sec avec rhumide, parce <|ae, de deux contraires qui se rapprochent, Fun détruit l'autre. Restent donc les quatre comhinaisons du diaud et du sec, du chaud et de l'humide, du froid et de l'humide, et enfin du froid et du sec, qui, dans la réalité, donnent naissance à quatre corps simples et à quatre seulement : le feu, l'air, l'eau et la terre. En effet, le feu est chaud et sec; l'air est chaud et humide, c'est une sorte de vapeur ; l'eau est froide et humide, et la terre est froide et sèche (a).

Ainsi il y a quatre corps simples ou premiérs : le feu^ l'air, l'eau et la terre. Nous venons de voir quels en sont les principes. Ajoutons que dans la terre il y a plus de sec que de froid, dans Teau plus de froid que d'humide, dans Tair plus d'humide que de chaud, et dans le feu plus de chaud que de sec (3).

Quel est le principe des élémivts? Qndle came en a formé les corps simples?

Les éléments n'ont pas leur principe dans un élément antérieur; on ne peut aller à l'iiifini dans la poursuite des causes, et d'ailleurs les quatre contraires suffisent à expliquer tous les modes sennhles des coips (4). La cause de la constitution intérieure et de l'existence des corps simples, c'est la nature. Le fru, l'air, Peau et la terre, sont des étrâs naturels qui ont en eux-mêmes le principe de leur existence (5).

Mais ies corps simples se meuvent- ils, et la cause de leurs mouvements est-elle aussi leur nature?

(i) Gtn. flt OMT.,11, a. — (a) Géoér. d oorrupL, II » 3 ; Météorologiques, rv, i. — (3)Gm. «icomipt., II , 3. ^ (4}Da Coà», lit, 4; Uél^ II, (5) Pbysiqu«| H, i.

Ce qui précède montre que les eorps simples ne soot pas . créés. Il» se naîsf ent pts : ils sont.. Toutefois ils sont somni» k une sorte de géBération «jui leur est propVe et qui consiste en ee qu*ils nussent tous les uns des eolresy par une tranfonn*-

tion continuelle et réciproque (i).

Pour comprendre ce inouvemeut, il faut remarquer que les quatre éléments des corps simples sont les uns actifs, les autces pas«fs« Le cbend et le i^id sont essentidlunent actifs : en elfet, si nous obserrons ces deux étôneiits soit en eujMntees, soit dan» les corps simples, nous les voyons donner la Ibnne^ réunir, séparer, humecter, dessécliec, durcir, ramollir. Au contraire, le sec etThumide reçoivent d'un jiouvoir extérieur toutes ces modifications; ils subissent la Ibrme et ne la donnent pas; ib sont déterminés et ne déterminent pas (a). Or, oomne chaque corps simpU;a deux élén^ents^runactil^ l'autce passif « il agit par son élément actif, il {>â^ par son élémentjpasiiÇ et delà il s'ensuit que les quatre co^s simples sont tous réciproquement actifs et passifs.

Cette action réciproq^ue et cootimielle produit en eux de coniinnelles translbnnations , dont il est aisé dé se rendre compte dans chaque cas partieulier (3). Gommft'la géaéniièiiy la transformation est un passage d'un contraire à l'autre, et elle n'ofifre pas toujours les mêmes caractères. Elle est tantôt prompte et facile, tantôt difficile et lente. Enti o deux corps simples qui ont un élément semblable, elle s opère promptement, et lentement entre ceux dont les deux éléments sont contraires, parce qu'un seul âément changé plus funlement que deux. Par eareuH pie, la trans&rmatioa du feu en air est fiidle : dans ce cas, en effet, le fini et l'air ayant un élément semblable, le chaude il suffît, pour que l'air naisse, qu'un seul élément du feu, le sec, soit vaincu par Télément humide de l'air. De même, dans la transformation de l'air en eau, un seul élément est changé;

(i) r.énér. et corrapt, 11 , 4. — (a) Génér. Pt corrupl., II , a, 8 ; Météorol., IV, i, a, 3, 4 ; Mélaph., XUj 4. — (3) Génét . et coirii|)t., II, 4 ; Métaph., II, a.

Je Ik'oid de Teau triomphe de le chaleur de i'air. Le change* ment n'est pas moins simple quand la terre naît de Feao et quand le feu naft de la terre. En effet, la terre et Feau ont un

élément semblable, qui est le froid, et d'un autre côté, le sec se rencontre également dans le feu et dans la terre. Que rhumîdité de l'eau soit vaincue, Teau devient terre. Que le froid de la terre soit détruit^ la terre devient feo. Bltds si Fou prend les éléments dans nn autre ordre, U tilrnsfermoion n^est plus aussi prompte. Sans doute le feu se transforme en eau, Tair en terre, Tean en feu, et la terre en aîr, mais plus difficilement, parce que ici deux éléments au lieu d'un doivent subir le changement. 11 arrive même que deux corps simples réunis se transforment en deux autres corps simples; que, par exemple^ le terre et l'eau deviennent air et feu. Alors il est évi* dent que la transformation est encore ou lente on prompte, et d'autant plus lente ou prouiplc qu ulle porte sur uu plus ou moins grand nombrr dVIrments iV

Ainsi sopère la transformation des corps simples. Or, ce mouvement ne se confond ni avec l'accroissement ni avec Tal» tération. En premier lieu, la transformation n'est pas raccfois* sèment. On se le rappelle, dans tout accroissement, il y a trois choses à considérer :1a partie qui s*accroît, l'aliment qui s'y ajoute, et une substance sujet de Faccroissemcnt. La substance persiste la même après le changement, et l'alimeut dont elle s'est accrue n'est pmnt détruit^ il est seulement assimilé à la substance et coexiste avec die sous cette nouvelle forme. Mais dans la transformation de Feau en air, par exemple, il n'y a pas de sujet qui persiste, puisque l'air remplace l'eau, et l'aliment ne coexiste pas avec la substance, piiisqiie feau est détruire (a). £n second lieu, la transformation n'est pas une altération. Il y a altération lorsqu'un sujet sensible persistant le même est afifècté seulement dans ses modes ou qualités. Mais quand la transformation de Feau en air ou de

(i) Gén. et coi-rupl., II, 4. — (2) Ibid., I, 5.

l'air en eau est acbevéei plus rieD ne reste de Téiéineiit transformé (i).

Donc la transformation n'est ni l'accroissement ni Taltéra-

tion. Cest une génération, et une génération véritable, puisquelle fait passer tel élément, soit le feu, de la puissance à Tacte, et puisque le feu, existant en puissance dans un autre élément, est mis en mouvement vers l'acte par un moteur de même es» pèccy à savoir le feu qui existait déjà en acte. Biais ce qui ca* ractërise cette génération et la distingue de tonte autre, c'est qu elle se produit en cercle et revient sans cesse sur ses pas; c'est que l'air naît de l'eau et que Peau naît ensuite de l'air, tandis que, dans les êtres vivants, rien de tel ne se passe et . d'homme on ne devient pas enfiint(3).

Quant à la cause premikv de la transformation ou génération réciproque des corps simples, comme ni ces corps ni leurs principes ne proviennent d'éléments antérieurs f /fj, il est évident que la puissance active et passive qui réside eu eux et les transforme n'est autre que leur nature même (5). C'est donc à la nature que doit être rapporté, comme à sa cause, le premier mouvement des corps simples.

Biais ce mouvement n'est pas le seul auquel ib soient soumis. Bien que la transformation ne soit ni raccroissement ni TaltératioD, les corps premiet s sont cependant, à certains égards, susceptibles d'accroissement et d^aitération. 11 est. vrai que lorsque Cair se forme de Teau, par exemple, il n'y a pas ifaccroissement de l'un des deux corps nmples, puisque l'eau est entièrement détruite (6). Biais le feu, du moins, qui est aux trois autres corps ce que la forme est à la matière (7), le feu semble pouvoir s'accroître. Que rou jette du bois dans le feu déjà allumé, l'air et la terre donneront une fumée qui, devenue ar-

(i) Génér. et corrupt., Il, 4 ; Métaph., II, a. — (a) Génér. et corrupt, II, 10. — (3) Métaph., II, a. —{4) De Cœlo, III, 4 ; MéHph., ÏI, a ; Météorol., IV, 2.

(5) Genér. et corrupt.. Il, 4. *OTt \^ oSv &iionT« nifUMV Siùa^A \uxa£âXXtift, favepôv. Bekk., 33i.

(6) Génér. et corrupt., 1,5. —(7) Mêléor.tIV, Génér. et corrupU, II, 8.

dente, se changera en flamme (i), et cette flamme fournira au feu un véritable ac rroissement. Cependant, le bois une fois consumé, le feu seul restera. L'alimeDt aura péri tout entier, et œt accroissement d*un instant n'aura réellement abouti qu*à vue géDération (a). Quoi qu'il eu soit, dans sa courte dui^, raccFoissement dulfeu aura eu pour cause le feu lui-même, qui a brûlé le bois, et qui Ta brûlé parce que telle est sa nature (3).

Tous les corps simples sont susceptibles d'être altérés. C'est la conséquence même de ieur essence et la condition de leur transformation. Us sont tous, avons-nous dit, réciproquement actifs et passife. Or, agir, c'est mouvoir en altérant, et pfttir, c'est être alt^ par le mouvement (4). L'élément actif de tel corps simple altère l'élément passif de tel autre,' et tant que celui ci n'est pas détruit, tant que la transformation commencée mais non achevée lui lai-,se encore une partie de ses modes essentiels, il n est qu'altéré (5). C'est ainsi que le feu, qui est passif par la matièië7|Ui est en lui, subit une sorte de modification de la part de ce qu'il brûle (6). L'air est afiecté par les odeurs qu'il nous transmet, avec cette différence cepen* dant que nous sentons l'odeur et que l'air ne la sent pas ( -y). D'ailleurs, tous les corps simples sont constamment mêlés entre eux. Nul n'est pur, quoique les uns le soient plus, les autres moins. Placés dans l'espace intermédiaire, Teau et l'air sont plus mêlés que le feu et la terre, qui occupent les extrémités contraires du li^ (8). Mais dès là que le mélange est l'état de ' tous les corps simples, ils subissent une perpétuelle altération, car la mixtion se définit : l'union de fîeux corps altérés l'un par l'autre (9). Mais c'est de leur nature à la fois active et passive que résultent ces altérations et ce mélange des corps premiers» Donc, c'est la nature qui, dans les substances élémentaires, produit le mouvement d'altération. f

(1) Gêuk. «t camipi.»n , 4 ; I» 5. — (a) Ibid., ibid. — (S) thf»,, U, 9 ; Gèair, «I eOCTupt., II , 4 ; Météorol., rv, ». — (4) Géoèr. et corrupt, F, 6. — (5) mâ^ I, 4. — (6) Ibid., h 5.— (7) De Vàm n, $ S. - (S) Génér. «t 'oomi|it., II, 3.—

(9) Ibid., I, to.

Cette même nature active et passive des corps simples est aussi le- principe de leur translation, c'est-à-dire de leur mouvement dans l'espace. Ces corps tendent par eux-mêmes, sans que rien d'extérieur les v porte, pourvu seulement que rien ne les arrête, chacua vers le lieu qui lui est propre ; le feu en haut, la terre au centre du monde oii elle est immobile, Tair et Veau entre le feu et la terre. Ils demeureraient donc étomellement séparas les uns des autres en vertu de la puissance naturelle qui les fait légers ou lourds (i), si quelque autre cause ne venait les déplacer. Cette canse e^it en eux : ils sont actifs et pa^ifs les uns par 1 apport aux auties, ils se traoslormeut, et le corps trans£M^ë quitte position pour prendre celle que loi assigne sa foMpe nouvelle ; la terre, devenue feu, monte; le feu, devenu tenoQfdescend; aucune, enfin, de ces substances ne reste dans le même lieu (2).

Telle est la conséquence de leur transfonnatioa réciproque: elles se meuvent circulairement. La nature, qui vise toujours au mieux, et qui s'efforce de réaliser autant que possible dans les choaes Tétemel et le divin, veut que le mouvement des corps simples soit circulaire, parce que le mouvement de cette espèce est le seul qui possède la continuité. Ainsi les corps premiers imitent et reproduisent Tëternel mouvement du ciel. Cependant, comme ils appartiennent à la sphère de la génération, leur mouvement devait être divers afin de produire, au sein de la continuité^ la naissance et la destruction ; et voilà pourquoi la nature, par un élan double et contraire, porte les corps simples, à mesure qulls se transforment, les uns en haut, les autres en bas, à la circonférence le feu léger, au centre la terre pesante (3).

£n résumé, la matière déterminée, la forme sensible, les mouvements de transformation, d^ccroisseroent, d'altération et de translation, tout, dans les corps premiers et simples, a pour cause la nature, ou plus exactement leur nature.

(i) Phyg., VIII, 4. — (2) Génér. et corrupt., II, 10 ; II, 3. — (3) Ibid., II, 10.

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