CHAPITRE IV
De ta natine eoiwdMa oomme principe du montmait dans k» eorp* conpoié»
inMÎiWiii
JLes Qorps Cûm{i08& ont-ils pour principe un seul ooips simple^ ou biea deui; on bien fiiut-il peaier que tout les corps simplet entrent comme éléments dims tous les' corps oompo»
ses ?
Et, d'abord, tel corps simple ne saurait, a lui seul, constituer la matière de tous les corps composés. £n effet, la génélation • toujours lieu d'un contraire à l'autre. Or, si Ton suppose que l'air est la matière universeUe, le changement se produira toujours du même au même, Fair froid deviendra l'air chaud et non le feu, et il n'y aura plus génération, mais seulement altération. La matière coiuiuune à tous les corps composés ne pourra pas non plus être ibrmée de i'air et du feu réunis. Ces deux corps simples ont un élément contraire : le feu est sec, l'air est humide. Par conséquent, ou ib ne coemsteront pas, car les contraires s'excluent, ou l'un ne sera qu'un mode de l'autre; le feu ne sera, par exemple, que de l'air sec, et si Tair se change en feu, au lieu d'une génération véritable, on n'aura cette fois encore qu'une simple altération. Enfin, la matière des corps composés n'est pas un mélange de tous les corps simples, quelque chose d'intermédiaire à la fois entre l'eau et l'air, on entre l'air et le feu, plus épais que l'air et le lieu, plus subtil que Teau et la terre. Qui ne voit en effet que cette dernière hypothèse exigerait la coexistence de principes contraires qui s excluent réciproquement, et dont l'un est la privation de l'antre (i)?
(i) Gcnér. et conrtipt., U, 5. *
])*aill6iirs, si l'on prétend qae la matière commune amc
corps composé e^t à l'uDe des extrémités du lieu , ce sera le feu ou la terre; mais nous répondons que, dans ce cas, tout sera feu ou terre , si c'est au milieu que 1 on place la matière commune; et si Ton ajoute, comme ou le fait, que les extrêmes, comme le feu et la teA«, ne peuvent subif de transformation réciproque y on nie la transformation réciproque des âéments, et nous l'avons démontrée (i).
La matière des corps composés est un principe essentiellement indéterminé, inséparable des modes et que les sens n'atteignent pas. Mais les corps composés frappent nos sens. Ils ont donc, outre cette matière iiidéterminée^ des modes qui les rendent sensibles; et tous ces modes, nous l'avons dit, se réduisent à quatre, ni plus ni moins, et les quatre combinaisons possibles de ces modes opposés lormeut les covy^ simples, le feu, l'air, Teau et la terre.
Or, si nul de ces corps simples n'est à lui seul la matière des corps .composés; si la réunion de deux ou trob de ces corps simples n'est pas davantage cette matière, cependant tons les corps simples concourent à la formation de tout corps composé et by rencontrent en tant que principeâ. Voici pourquoi.
Tons les corps autres que les corps simples sont au centre du monde, sur la terre : la terre doit donc entrer comme élévnml dans la constitution de chacun d'entre eux. liais l'eau y est aussi nécessaire pour donner à la terre des limites déter-
. minées, de là consistance et de la cohésion dans toutes les parties ; car ou voit se réduire en poudre la terre qui est complètement sans eau. De plus, là où se trouvent Teau et la terre, là aussi seront Tair et le feu^ qui sont des contraires par rsp-
. port à rean^et à la terre, autant qu'une substance peut être le contraire d'une autre. En efifet, toMe génération a lieu d'un contraire à l'autre; ainsi la génération ne se produira dans les
(<) Géaér. et comipt.» 5.
corps composés que si les contraires se rencontrent. 11 est donc vrai de dire que tous les corps simples sont à titre d'éléments dans tout corps composé ( i j.
- Mais que sont le feu, l'air, l'eau et la terre dans tout corps imposé, soit par rapport au corps composé lui-même, soit les " uns par rapport auK autres?
Toute substance est nécessairement matière et formé*. Des
corps élémentaires qui constituent les corps mixtes, les uns par conséquent répondront à la matière, les autres à la forme.
La matière est ce qui est par soi-même indéterminé, imparfiiit, n'existant pas s'il n'a une forme, et impuissant à se la donner lui-même. La matière est donc le principe passif des choses. C'est pourquoi l'imperfection des êtres doit être attribuée aux éléments contraires passifs, donl la nature a fait la matière des corps (a). Entre les éiements passifs des corps composés et leur matière, il y a identité; et ces éléments passifii, ce sont le sec et l'humide, qui, selon les formes qu'ils affectent, deviennent les corps composés^ et causent la diversité de ces corps en ce que c'est tantôt le sec, tantôt au contraire l'humide qui y prédomine (5). Ce qui est passif est toujours humide ou sec, ou à la fois sec et humide (/j). Or, de tous les éiémerjts, le plus propre à la terre, c'est le sec, le plus propre à l'eau, c'est l'humide. Le sec prédomine dans la terre; l'humide prédomine dans l'eau, et c'est par son élément prédominant qu'un corps est lui-même (5). La terre et l'eau, dont l'élément prédominant est passif, ont, à un plus haut degré que tous les autres, le caractère de passivité qui distingue la matière (6). Aussi la terre et l'eau sont-ils la matière de tous les corps sensibles (7). La.matière suppose la forme qui la détermine en triomphant ce q[u'il 7 a en elle d'indéterminé ; car nulle cause ne donne la fbnne et n'impose la limite , qu'à la condition de triompher de la matière (8). Le chaud et le froid sont essentiellement ao-
(i) Génér. et corrupt., 1,8. — (a) Météor., IV, a. — (3) Ibid., 4 ; Geoér. et corrupU, U , 8. — (4) Météor., IV, 5. — (5) Ibid., IV, 4. — (6) Ibid., IV, 5. — (7) Ibid.
nr,4 (s)iiMii.,i^,3.
tifs. C'est à ces deux élémento qu*îl a|>|Nirtîeiit «le séparer et de rauDÎr f d'humecter et de diessécher ( i ). Bien qu'il réside surtout dans les corps de nature passive, le froid est actif (ti). On voit cet élément détruire quelquefois les corps, au mojns accicleuteiieuient, et quelquefois aussi brûler et eciiauder, non pa» coinm^ la chaleur elle-même^ mais en accumulant et condensant à Fintérieur la chaleur naturelle qui ne peut plus dès lors rayonner à Textérieur (3). Le chaud est, de son coté^ plus actif encore que le froid. La chaleur intérieure est, dans tous les êtres, un principe de mouvement et de vie. Il suit de là que le ehaud et le froid sont la forme des corps. Mais le rliaiidest dans le feu et dans l'air. L'air et le feu seront donc dans tous les corps composés. Ils y seront pour cette seconde raison, qu'ib sont contraires k Teau et à la terre : la terre est le contraire de Pair^ et Teau est le contraire du feu. Or, toute génération se produit quand un clément est vaincu et Lraiisfonné par Télénient contraire. Ainsi la génération ne sera possible que si tous les principes contraires se rencontrent dans tous les corps. Voilà pourquoi tous les corps élémentaires » le feu, Tair, l'eau et la terre; entrent comme principes constitutifs dans tous les corps, les uns à titre de matière, les autres à titre de forme ou de cause active et iiioti lce (4/
L'action du chaud et du froid sur les éléments passifs a pour effet la génération simple ou la destruction simple des corps sensibles homogènes, c'est-à-dire la production ou la destruction de la forme de ces corps, que ce soient des minéraux comme For, l'airain, Targent, l'étain, le fer, les pierres, oh bien certaines parties des aiiininux et des plantes, telles que la chair, les os, les nerfs, le bois, Tccot ce, les feuilles (5). Voici comment . s'opèrent cette génération et cette destruction.
Dans les corps composés, il y a du sec ou de la terres pôur qu'ils soient solides, et de l'eau ou de l'hamide, pour qu'il» seieot consistants. £n vertu de leur énergie active, le chaud et le froid
(0 Génér. et coirupl., II, 8. — (a) Méléor., IV, 5. —(3) Ibîd., ibid. — (4) Génér. «t corrupt.y U, S. — (5) Mcléor., tV, i, to.
triomphent du sec et de l'humide^ niais sans les détruire; car la chaleur intérieure et naturelle des corps, loin de les dessécher^ y entretient et y fait circuler Thumidité. Grâce à cet équilibre de ses éléments constitutif, le corps composé prend sa forme,
revêt sa nature, et la conserve (^i). Que si, au cf)iitiaire, le sec €t l'humide, qui avaient été vaincus et déternntiés par le froid et le chaud, l'emportent sur les éléments actifs, le corps se dis* flOlit et perd sa forme. Et cette prédominance des principes |iassift a lieu lorsque les éléments actifs sont combattus par la «dmlenr ou par le froid de l'air environnant. Qu'esta en effet que la dissolution ou la putréfaction? Rien autre chose que le dessèchement qui résulte de la rhalenr extérieure de l'air, laquelle Ta emporté sur le froid du corps et sur sa chaleur intérieure, et en a dissipé Thumidité. Tout ce qui pourrit devient plut sec, se réduit d'abord en fumier, puis en poudre; tandis <fUe ce qui est froid , ou ce qui n'est chaud que de sa chaleur propre et intérieure, échappe à la pourriture et demeure dans ses limites
L'observation constate cette puissance du cliaud et froid naturels sur le sec et l'humide de la terre et de Teau, dans la solidification et la liqué&ction des corps, la maturation des Iruîts et la digestion des aliments.
Tout corps qui a par lui-même des limites, doit être dur ou mou, et il ne sera l'un ou l'autre que s'il est solide. La dureté et la mollesse des corps n'ont évidemment d'autre cause que leur plus ou moins de solidité. Voyons donc comment an corps devient solide. La solidité est un mode sensible que la matière acquiert, mais seulement quand un agent ou un moteur le produit en elle. Cet agent, c'est la nature qui meut au moyen du froid ou du chaud. En effet, nul corps humide n'a de limites par lUi-méme, qu'à la condition de cesser d'être hu* inide. Maïs cesser d'être humide, c'est se dessécher. Ainsi devenir solide, c'est se dessécber. Or, ce qui se dessèche perd son
(t) Mèùor., IV, i. — (a) Ibid., ibid.
humidité sous l'action tlu chaud ou sous l lion du li oicl ; soui laction du chaud, quand la chaleur intérieure triomphe de rhuroidité et la réduit en vapeur; sous Tactiou du froid, quand» faute de cette chaleur inlérieure qui maintient l'humidité propre du corps, cette humidité est détruite par la chaleur extérieure. On voit donc que la solidification qui se ramène au dessèchement ou à la destruc tion dr l'iiumidité, a pour cause, soit la chaleur propre, soit le froid intérieur du corps qui devient solide (i).
La liquéfaction a lieu d'une seule manière» quand un corps dont réiément principal est Teau ou lliumide,'et qui était devenu solide sons l'action d'un principe, subit Faction du principe contraire et redevient Hquidc. Les corps que le froid a solidifies, sont liquéfiés par le chaud, et ceux que le chaud a solidifiés reprennent, par le froid, la forme liquide. Un corps que le feu ou la chaleur sèche a rendu solide» se dissout dans Teau^ qui est de rbumidité froide. Le feu ou le chaud fond la glace que le froid avait produite. La liquéûiction ou génération simple d'un corps liquide a donc son principe tantôt dans le chaud, tantôt dans le froid (2').
Il y a dans les arbres un aliment qui compose la substance des fruits. Cet aliment est parfait et achevé a l'époque oii k semence renfermée dans le fruit a assez de puissance pour donner naissance à un arbre nouveau, et la maturation est le travail naturel qui porte Taliment à ce point de perfection. C'est une sorte de digestion qui cuit et épaissit l'éli meiii liquide de Tarbre. Les choses qui mûrissent sont d'abord aériormes, puis aqueuses; enfin elles passent à Tétat de tem en prenant de la consistance et en s'épaississant. La chaleur est l'agent dont se sert la nature pour parfaire ainsi certains éléments quVIle mène à un juste degré de maturité, tandis qu'elle laisse les autres à l'état de verdeur (3). La verdeur ou la crudité est le contraire de la maturité. Elle est causée par une
(0 Météoi., IV, 3, 5. — (a)Ibid.,6.
^) Iby., s. K«l t& lUv «te odt^ 1i f 0«ç «Mt& toSm» xà d' CuMOiXcu
fuisson imparfaite <!t comme par une fuiisfie (lige»tioii de lali" ment des arbres. Cet aliment non digéré, c*est de riiumiditë
qui n'a pas reçu de forme. Ija maturité est perfection, achève* ment et forme déterminée; la verdeur est imperfection, et cette imperfection vient de ce que la chaleur naturelle n'a pas éti* assez forte pour sécher, épaissir et bien déterminer Téiément humide qui prédominait dans Tarbre. Ouvrez un fruit vert, il coDtient de la vapeur ou de Teau, souvent fun et Tautre. I^a substance n*est ni épaisse ni formée. La chaleur a manqué; ce fruit n'est pas iiiùr j.
Il uous reste encore à parler des corps composés homogènes, qui sont la substance des animaux.- Us se forment de ralimeut bien 4ligéré. La digestion est un- état parfait, achevé, résultant de Faction de la chaleur naturelle et intérieure sur les éléments passifs qui sont la matière de tous les corps. L*aliment digéré est parfait, et le principe de cette perfection, c'est la cliuleur naturelle, non que cette chaleur, tout intérieure et propre à chaque corps, ne soit parfois heureusement secondée par la chaleur de certains corps eUérieiirs : les bains chauds, par exemple, et d'autres, moyens.analogues ne laissent pas que d*ai der à la digestion ; mais la chaleur intérieure et naturelle est l'agent et le moteur principal de la digestion, dont le but est lanature en tant qu'essence et forme. Or, la digestion et les phénomènes semblables ont lieu quand la chaleur, triomphe de rhomidité intérieure. Les choses digérées deviennent plus épaisses et ont, par conséquent, besoin de chaleur parce que c*es& la chaleur qui épaissit en desséchant. L'indigestion, qui s'oppose* .a la digestion, est un état imparfait causé |iaj le défaut de clialeur. Ce défaut, c'est le froid qui se rencontre surtout dans les éléments passifs dont la nature a fait la matière de^corps, et qui ne sauraient prendre d'eux-mêmes une. forme .déterminée (a). Ainsi, le chaud et le froid sont les principes de la- bonne et.de la mauvaise digestion dans les animaux. £t il importe de bien
(i) Miléor., IV, 3. — (a) 'H ô' àtÙMi iaxi twv àv^ixeiiuviov Kati)«tx«!iv, Ijucp iartv ixOTTu fûoet Méléor., IV, a; ]k'lkk..3Su.
ctifiCioguer la chaUnir aoimale de tout ce qui n'est pas elle. Il ne fiiut pas la confondra avec la chaleur de Tair extérieur qui est fatale à la vie et engendre la corruption, si la dudeur propre et intérieure des êtres ne Tient balancer sa dangereuse influence. Tout ce qui se mt^ul a dù, d'abord, triompher du feu, de la chaleur de Tair extérieur (i) causée par le frottement des astres sur le» couches supérieures de l'atmosphère (a). Cette «haleur n*est cause d'aucun mouvement (3). La chaleur animale n'est pas non plus celle dont est formée la substance des astres et du soleil, lesquels d'ailleurs sont chauds, mais ne sont pas de feuj niais elle est semblable à cette substance des astres, c'est-à-dire à l'éther lui-même (4). C'est un esprit répandu dans la substance séminale comme dans tout corps écumeuX) et qui n'a rien de commun avec le feu d'oii ne provient aucun ani* mal, ni aucune autre substance analogue (5). C'est à la fois la chaleur solaire et l'esprit contenu dans la substance séminale, 4Ui composent le principe vital chez les animau>^ et les plantes (6). Ce principe est la cause de la fécondité et de raocroi»> sèment (7).
Ce qui précède montre que la science doit considérer, dans les corps composés, la matière, la forme et le double mouve» ment de génération et de destruction qui réunit la forme à la
matière ou l'en sépare. La nature elle-même donne pour matière, aux corps composés, les corps simples passifs, l'eau et la terre. Les éléments actifs, le chaud et le froid, triomphent de cette matière indéterminée en vertu de leur force naturelle, et lui imposent la forme solide ou liquide qui les fait être ce qu'ila sent, de sorte que ces éléments jouent à la fois le rôle de forme et de moteur. On peut dire par conséquent que la matière, la forme, et le mouvement de réunion ou de séparation de la matière et de la forme dans les corps composés, ont un principe unique, et que ce principe, c'est la nature.
(1) Météor., IV, i. — (a) Dncwl»!!, 7- - (3) Méléor., rv, i. — (4) Géilér. d» «liai., U, 3. — (5) Itiid. — (S) liiid. — (7) Ibtd. ; Pari. doKiniai., II, S.
CHAPllttE V.
De la MluK oonndéréc «mm ciiub du nouvenieiil daiu les plâolcs.
L'être animé se distinguo de l'êlre inanimé parce *ja il vit. Pour qu'un cire vive, il suffit qu'il ait une seule des choses suivantes : l*iateliigeuce, la sensibilité, le mouvement dans l'espace, et aussi ce mouvement qui se rapporte à la nutrition, k l'accroissement et au dépérissement (i). Ce qui fiiit que de toutes les plantes on peut dire qu'elles sont vivantes, c*est qu'elles semblent avoir en elles-mêmes une force et un principe d'où elles tirent leur acciuissement et leur dépérissement en sens contraires (a). Mais si les plantes ont la faculté de se nourrir, elles n*ont que celle-là (3); elles ne possèdent ni la sensation ni la locomotion (4).
Pourquoi les plantes ne sentent-elles pas, bien qu*elles aient une âme, et qu'elles soient affectées par les choses du loucher, et que, par exemple, elles se re{n>Klissent et s'échauffent? La cause eu est premièrement qu'elles ne possèdent pas de principe capable de recevoir les formes des objets sans recevoir la matière (5). En second lieu, elles ne sauraient avoir des sens parce que le'touclier leur manque, et que, sans le toucher, un être n'a aucun autre sens et n'est pas an animal. En effet, le corps des plantes est simple, car il est formé seulement de terre (6). Mais nul corps simple n'a le sens du toucher ; en voici la raison : le toucher doit s'appliquer à toutes les choses tangibles comme une sorte de moyenne; son organe doit recevoir non-seulement toutes les différences dont la terre est sus* ceptible, mais encore celles du chaud et du froid et de toutes>
(i> De râiM, II, ft, s 9. — («) Ibid., ibid., $ S. — (3) Ibid., iliid., $ 4. (4) Ibid.,. 1, 5, S i5 ; Dn tommeil, I. — (5) D« l'àme, II, n, $ 4 ; IH* i«> S «* — <6) IWd., 1%
les qualités perceptibles au toucher (i)> 11 se peut* par conséquent, que cet organe soit tel ou tel élément en particu* lier (a). D'aillenrs» le toucher, c'est l'animal lui-même; ce qui n'est pas animal, ne l'a pas (3). Mais l'animal est on. corps
anime el un corps ne se compose pas seulement d'air ou d'eau ; il s*y trouve toujours quelque chose de solide. Donc, tout animal, et par conséquent le toucher qui constitue Tanimaly est nécessairement un mélange de terre et d'autres éléments analogues (4)« C'est pourquoi la plante, où il n'entre que de la terre, n'a ni le toucher ni aucun autre sens. Elle n'est donc pas affectée, altérée en tant que plante, mais en tant que terre et corps passif, et nous savons que la terre et les corps passifs sont atféctés par ceux d'entre les éléments dont la nature est active (5).
Dépourvues de sensibilité, les plantes sont, par conséquent, immobiles dans l'espace : nul être, s'il n'a désir ou crainte, ne se meut, si ce n'est par une force étrangère (6). Eussent-elles la sensibilité, les plantes ne seraient pas pour cela nécessairement douées de mouvement, puisque certams animaux trèscomplets n'ont pas les organes de la marche (7). La plante est fixée au sol (8); il n'y a donc pas lieu de chercher si la nature est en elle le principe du mouvement de translation.
Mais la plante se nourrit, croît et se reproduit; quelle est la puissance qui la fait grandir et la conserve ?
Il y a dans toute plante une humidité et une chaleur naturelies (9). C'est cette chaleur naturelle qui, en agissant sur l'aliment dont le principe est dans la terre, l'épaissit et en nourrit le végétal (lo). Le secours de la chaleur solaire est, il est vrai, nécessaire à la chaleur intérieure (11); mais celle-ci est l'agent principal de la digestion et de l'accroissement (i a).
Toutefois, même dans les plantes, où la vie n'éclate pas
(i) De l'âme, III, i3, § i. — {*)pAi., ibid.— (3) Ibid., UI, i3, a. — (4) Ibid.,
II, II, — (5) Voir les deux chapitres précédent'! —(6) De l'âme, III, <}, ^ 5. — (7) Ibid., ibid., § 6. — (8) Ibid., III, 11, § 3. — (9) Des plantes, 1, 2. — (10) Météorol., IV, a. (11) Des plantes, I, a. Aeïxai yàp ^Xîov... — (la) Météor., IV, a.
comme dans ranimai, mais se cache et s'enveloppe de mystère (i), ce n*eit: pas le feo, ce n*est pal la chaleur «jui est la cause première de la nutrition et de la reproduction. U estpostible, sans doute, que le feu contribue avec d'autres éléments à raccroissement des êtres; niais il n'en est ni la vraie ni la seule cause : cette cause^ c'est bien plutôt 1 ame, la nature (a). Quelle âme ? L'âme végétative dont les actes sont d'engendrer et, d'employer la nourriture. Ët d'ailieursy les plantes n*ont que celle-là.
C'est donc la nature végétative qui fait croître et propagie les plantes. Mais comment? par quels actes particuliers?
La nutrition est une fonction de la nature qui se rencontre dans l'animal et dans la plante (3). La plante a une bouche comme l'animal : cette bouche^ c'est la racine (4)* La racioe est, dans les plantes» ce que la tâte est dans les animaux (5). L'éme se sert de la radne comme d'un intermédiaire entre Taliment et la plante, comme d'un canal par ou pénètre la vie (6). Elle puise d'abord dans le sol, par les racines, le froid et le chaud; puis elle réunit le feu et la terre portés en sens inverse et produit ainsi l'accroissement (j). Tant que la chaleur et Thumidité naturelles circulent dans la plante, elle aspire les sucs de la terre, elle est jeune, elle est forte; si cette chaleur s'éteint, si
cetto scve se dessèche, la planlc vieillit, se (ietrit et meurt (8). Telle est l'action de la nature dans raccroissement des plantes. C'est donc à la natiire, comme à sa cause, qu'il faut rapporter ce mouvement.
Mais la nutrition a pour but la reproduction. Aussi la nature donne-t-elle à la plante une énergie qui la lait se reproduire. Les deux sexes se rencontrent dans le règne végétal ; on y distingue le mâle et la femelle à des caractères évidents : la plante
(i)D<i phmai» I» I. nEvtoIc futolc ««i^|â|ivi| ttà oO» ^dnH$< (4 CM)$Mk.| BxS.
(a) De rime, II, 4, $ 8; Météor., FV, a. — (3) Des plantes, I, a. — (4) Ibid., ibid.; Be la marche des anim,, 4. — (5) De Vamp, II , 4, § 7. — Des j^antflt, I, a. — (7) De l'Ane, U, 4, S 7i Ut S De» piaules, I, a.
mâle est dure, rude et forlo; la feueile, «u coiiU*aire, est plus cMlicate et plui féconde (t). En outi», dans la &niillo des pal* mwr$f par example, les feuiUts du mâle pousseat plus t6t que
celles de la femelle, et elles sont plus petites. Quand un palmier mâle est voisin d'un palmier femelle, en sorte que les érorce«, I9 pollen et les .feuilles de Tun se répandent sur le second, s'ils SQiit eDtr«iac}és pour ainsi dire, lei fruits de la £emelle mûri^ient pluff vite et ne tombent pas avant le temps. Bien plus^ le parfum du*mâle, emporté par les vents, va hâter la maturité des fruits de la femelle (a).
Cependant, on ne voll pas qu'il y ait dans les planLts un véritable rapprociiement des principes générateurs. Ces principe» ne sont pas tour à tour réunis et séparés comme chez les animant. Ib sont toujours rrvnu et sur la même plante (S), et en ce sens seulement que la graine du végétal renferme un mélange des deux principes, et que chaque plante suffit à sa graine, comme la poule suffit à sou œuf une fois conçu jnsqu au moment de la ponte. Dépourvues de la faculté de iocomotioQy las plantes seraient toujours séparées et ne se féconderaient pas comme les animaux, si la nature n'eût réuni les deux sexes snr .la même tige. En quoi la nature a sagement procédé (4). Mais les plantes ne produisent qu'un fruit et ne vont pas au delà, et elles n'ont pas crautio foiu tion que celle-là (5). Il est vrai que la nature a grand som de ce fruit, qu elle lui envoie, au printemps, le surcroît de chaleur dont il a besoin (6)^ et qu'elle étend au-dessus de lui les feuilles de Tarbre pour le protéger (7).
. Toutefois, la plante n'est pas absolument déterminée dans sa forme, quoiqu'elle ait une âme. Il si Tiible que l'unité parfaite ne soit pas en elle, car elle vit encore quand on la divisée, comme si elle avait plusieurs âmes, sinon en acte, du moins en puimnce (8). £lle est donc indéfinie (9), et par là, comme au^si
(i) Des plantes, I, 3. — (i) Ibid., 5. — (3) Gcnér. de» «ditn., I, ai.
De»pl«iitM|Ita. *H fiSaïc xoXwc «po^Sq. B«àk., S 17. (5) Ilnd. — (<t) IlMd. (7) Pbji., II, S; llekk., 199.— (S) De râme, H, a,S 8 ; I, 4, $ ja. — (9) De* pliâtes, t, 3.
en ce que les deux sexei ne sont pet réellement en elle, ni réunie ni téjpnéêf elle eat' moins perfsîte ^e ranimai (i), en Tue dnqnely d'aîUears, elle est eréée parla nature (a).
Mus la nature ne fait pas toujours naître une plante d^une
autre plante de même espèce et de même forme. Il en est qui proviennent, soit de la pourriture de la boue ou du limon , soit des éléments corrompus d'une autre plante. Ainsi, il y a des plantes qui ne vivent jamais isolément et par elles-mêmes, mais qui naissent sur d^autres plantes, comme la glu (3).
Or, voici comment s'opère la génération de ces végétaux. Les plantes qui naissi^iit sur la surface de l'eau n'ont pas d'autre principe que l élément épais et limoneux de ce liquide. Lorsque la chaleur agit sur la couche supérieure d'une eau stagnante , une vapeur s'y forme semblable à un nuage. Grtte vapeur contient peu d'air; bientôt elle entre en pntré&ction; la chaleur accumulée à la surface de Peau dessèche cette vapeur putréfiée^
et, à sa place, naît une piaule qui n a pas de racines (4j.
Quand une plante pousse sur une autre plante d'espèce et de forme différentes, elle est toujours sans racines, et la plante sur laquelle elle s'élève est épineuse, et plonge dans noe eau grasse et limoneuse. Les pores de la seconde plante s'ouvrent, et le soleil y lait monter les éléments putréfiés de la tige, dont la chaleur active Tabcension , avec TaiclL' de la c haleur naturelle (le la [jlaLite, plus intense au sein de la putréfaction de la terre. £t c'est ainsi que croît la plante parasite avec une telle éner« gie, nue l'arbre qui la porte semble se couvrir tout entier de filameots (5).
Telle est l'origine des plantes qui naissent spontanément de
la putréiaction de la terre ou d'une autre plante.
Mais, de quelque manière que (poissent ou naissent les plantes, c'est toujours la nature qui est la cause de leur mouve^
(t) Des plmiM, I, ft. — e») Ibid.; Polî^., I. »t, | S.
(3) Hist. des uémum» Tt ' * Géaér. des aniMiiXy I, i. lt<pot< V iffxitnm M^^i
(4) De» phnlcs, tl, 4. — Ibid., U, S.
ment fàccromemeni^ 4^ dôcroiiisement et de reproduction. Et cette. nature puissante n*a pas commencé un- jour marqué à . créer les plantes et les animaux. EI4e ne cessera jamais d*en
créer. Le inonde est éternel, et éternellement il sera comme ilest(ij.