‹ Le premier moteur et la nature dans système d'Aristote;Chapitre 7 sur 11 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Db ii ntture comidérae «omme cause «lu andavcneiil «Taliénlimi dam Vuûma,

Le mouvement d'altération a lieu lorsque, la subsUnce persistant la même, la qualité seule cliange, c'est-à-dire, passe d'un contraire à l'autre (i).

Être altéré se dit et de 1 être inanimé et de l'être animé. Ce qui altère les choses inanimées altère aussi les êtres animés; mais la réciproque n'est pas vraie. Dans la chose inanimée, ce n'est pas un sens qui est altéré, et cette chose ignore qu'elle est affecttej tandis que l'animal ne l'igaore pas (a), à moins que ce qui est altéré en lui soit, non un sens, mais une partie insensible, telle que l'os, le nerf, les cheveux (3)..

L'altération, dans l'animal, c'est la sensation. £n effet, la sensation en acte est tÉn mouvement d'altération (4) qui a lieu au moyen du corps quand un des sens de l'animal est affecté (5). Néanmoins, c'est ici un mouvement d'une espèce particulière; car le mouvement en générai, nous l'avons dit, est un acte mcomplet:ce n'est que l'acheminement à l'acte. L'acte est bien différent : l'acte, c'est la fin et Tachèvemeat (6). Et la sensation est l'acte de ce qui est par&it (7). Tout animal est doué de la sensibilité, et il est nécessaire qu'il le soit, parce que, sans cette faculté, tout corps qui peut se déplacer périrait mfailliblement et n'arriverait pas à sa fin qui est le grand but de la nature (8).

Sentir, c'est donc être en acte; mais ç'est en même temps

(i) Piqpa., Vm, 6 — (») IbM., vn, a... Koi t« |ièv tatfSdhiu, t^VtA XttvOdbrM

«dUTXOV... X.T.X.

(3) De l'âme, 1, 5, g y- - (4) Ibid., H, 5, § i. -(5) Physique, VU, a. — (6) MéUiph., XI, 6. 9; De l'ârae, lli, ^,$u^ (7) Ibid,, U, 5,$ 7. - (8) Ibid., III.

pâtir et être inû(i). Q', le patient suppose l'agent, l'être mû suppose le moteur (a). Dans le mouvement d'altération qu^on nomme sensation^ <{uel est le patient ou Têtre mû? quel est l'agent ou le moteur? se oonfondent-ik avec la nature ou s'en distîngaent-ils?

Sans Tobjet senti, la sensibilité n'est pas en acte; elle est seulement en puissance. C'est ainsi que le combustible ne brûle pas si rien ne le vient enflammer (3). Pour qu'il y ait réelle* ment sensatloni il est nécessaire que l'objet sensible extérieur agisse sur l'être sentant* Alors se produisent l'acte de l'objet sensible et l'acte de l'objet senti , qui sont un seul et même acte (4)) 6^ dans la chose mue que sont à la fois et le mouvement^ et l'action de mouvoir, et la modification subie (5).

Il y a par conséquent à considérer dans la sensation, d'abord l'être sensible qui pâtit et est mû; puis l'objet senti qui est agent et moteur par rapport à Tobjet sensible. Il y a de plus un intermédiaire mis en mouvement par l'objet senti et qui meut ensuite l'objet sensible (6).

Parlons d'abord de l'être sensible.

I/âme est le principe de la sensibilité (7). Mab sentir se dit de l'âme et du corps, et est bien en quelque sorte une chose corporelle (8). La sensation se produit dans l'âme au moyen du corps doué de cinq sens (9), dont chacun a un organe extérieur double et un orj^ane premier, qui est pour le toucber et le goût dans le voisinage du cœur, et au cerveau pour les autres sens (10).

Quelle est la cause qui a constitué Fanimal en vue de la sensation? Qui lui a donné son âme sensible, son corps, ses organes?

L'être sensible tient la sensibilité de l'être même qui l'cn-

(i) De l'âme, II, 5, § I. 'H iS' a'<j^tTi<; èv tû xtveTffOaC te xal itàoxetv <TV|i6aivei.

(«) Génér. et cornipt , T. 6 ; Phys., VIII, 5. — (3) De l'.ime, II, 5, § — (4) Ibid., III, a, S 4. — (5) Ibid., ibid.. ^ 5. — (6) Ibid., UI, la, § 8, — (7) Ibid., III, a, $ 6. — (S) l\Aà, ni, 3, S a. — (9) Ibid., lU, i, S ' — (10) De la sensation, II, % iS; FhrUc* tnÎÉi., Il, 10.

gendre» et quand il est engendré « il a déjà comme la sensibilité sinon en acte, au moins en puissance (i). Or Tétre qui engendre un animal, eVsl un animal semblable à lui que la nature porte à se reproduire dans un autre lui-même (a). C'est la nature qui donne à l'atiinial ses organes, différents pour les objets différents (3). C'est la nature qui a placé plusieurs sens dans ia téte, parce que le sang y est d'upe chaleur tempérée et propre en mémè temps à échauffer modérément le cérveau, et à assurer l'exactitude des perceptions sensibles, tandis que le cœur est le centre des organes et Torgane même de la sensibilité. Les organes sont disposés d'une manière excellente, et cet ordre est l'œuvre de la nature (4).

L'intermédiaire entre l'être sentant et l'objet senti, est la chair elle-rmême pour le toucher et le goût ; c'est l*air et Teau pour les trois autres sens (5). La chair n'est autre chose que Le sang bien digéré et élaboré par l'âme nutritive avec le concours de la chaleur vitale (6). L'air et Teau sont des corps naturels formés, le premier de chaud et d'humide, le second de froid et d'humide (7).

Il nous reste k étudier l'objet senti.

Les sensations ont pour objet les quabtés sensibles des corps : la saveur, Podeur, le son, le pesanteur, la légèreté, le froid, le chaud, le dur, le mou, le sec et l'humide (8). Comment l'être sentant perroit-il ces qualités? En devenant semblable à l'objet senti, car tout principe actif rend semblable à lui-même l'être sur lequel il agit. Pour quil j ait altération, le patient doit changer, et il change en devenant semblable à Tagent (9). Or, cela n'est possible que parce que l'être qui

(») LHîi àme, li, 5, § 6. — (a) PoiiUq., I, 1. 4»uaixûv xà éçUaôai. (3) GnndM BonIe»« 1, 3Sm« *QinAtmç ml tài «M^mn Ixiçai «ârfiw ^ fdmç AniSiMttv. Bckk., iigS.

(0 PluriMB des wmÉUHOi, n, 10. ThoMTott 81 tAv t^itm toOiov tk «ta«i)«4f w liji

(5) De l'âme, II, 11, §9. — (6) Parties des animaux, II, 5; UI, 5; Géaér. el corrup!., I, 5. — (7) Phys., II, 1 ; Génér. et coriupt., II, 3 ; Méléor., IV, i. — (8) De la 'tanution, VI , 1 ; Mcléor., IV, 8. — (g) Génér. et corrupt., I, 7 ; De Time, II, 5, 7.

sent est en puissance l'être senti, de sorte qu'après avoir subi l'action, il est camni^ . l'objet même qui Taffecte (i). Toutes les qualités 8ensibks..n*agismt: pas, sur les êtres inanimés; ce n'est là le propre que' des qualités tangibles et dessaVeurs^

mais toutes les qualités sensibles agi:>seut sur letre animé et produisent en lui U sensation (a).

L'objet unique du toucher n'est pas clairement connu (3). Toutefois, ce sens perçoit surtout les qualitésr qui font qu'un objet est un corps; car les dioses tangibles sont les différences des corps en tant que corps (4). Ces difBérences ou contraires tangibles sont le chaud et le froid, le sec et l'humide, le dut et le mou, le visqueux et le dessëoho, l'épais et le mince. Mais toules ces oppositions se peuvent ramener à deux : celle du chaud et du^ froid||||t celle du sec et de l'humide (5). Ces quatre éléments oonWpnt donc4*objet senti par le toucher, auquel ils sont ce que l'agent ou le moteur est au patient ott au mobile (6).

L'objet du goût, c'est ce qui est sapide.Ce qui est sapiclo a pour matière Thumide. L'objet sapide est l'agent, la cause, qui produit réellement et en acte la sensation du goût (7).

Quelle est la nature de l'objet odorant ?£st-oe une fumée, de l'air, une vapeur (8)? L^odeur n*est pas un corps; niais elle n'existerait pas sans la présence de quelque corps 'dont elle est soit un mode, soit un mouvement (9). Au demeurant, l'odorat se rapporte au sec, comme le goût s'applique à l'humide (10).

L'objet pvopre de l'ouïe est. le son {i i ). Le son est un jnouvement de l'air mû par deus. corps lisses qui s'entrensho* quent (12). Le corps sonore met l'air en mouvement, et l'air à

son tour meut l organe (i3), lequel est approprié à Taudition

(i) De l'âme, II, 5, § 7. — (a) Ibid., II, 11, § 5, 6. — (3) Ibid., II, 11, S — (4) Ibid., II, ii,§ioi Géaér. et corrupt.,II, a. — (5) Ibid.; ibid. — (6) Ibid., I, 7- — (7) De rine. II, 10, $ i. r«tiavftw 8à t& iKuqtot^ ivtiXixt^t »&to9. — ><S) Pro* blêmes, XII, so. —(9) De la Mnsatton, irl.— (io)De fAvie, II, 9, $ S.— (11) Ibid., 6, $ a. ~(») Ibid., S, $$ S, 7. ~ (1^3) Ibni:, 7, S

par Tah* qui y est oonteou (i). L*oiiîe so rapporte dooc a Tair. Ga «em est passifi oomme les autres^ ii eal m& par Tobjel so« nore, et Touîe en acte est semblable au son en aete, parce

(qu elle lui était déjà semblable en puissance (2).

La vue a pour objet propre la couleur (3). Trois choses SQOt aécessaires à la vision en dehors de l'être «finsible, savoir la couleur, le diaphane et la lumièie. hà couleur est ce qui est sur la chose' visible eu soi^ et toute couleur est Tagent qui * met en mouvement le diaphane en acte. Tappctte dtaphane ce qui Càt visible par une couleur étrangère : ainsi Fair et Teau f|ui sont fbapbanes, non en tant qu'ils sont air et eau, mais en Yerttt de la nature qui est en eux et qui est la même que celle du corps étemel<sup4rieur (4)> Ce en quoi le diaphane est seu-* lemeut en puissance peut être 1 obscurité. Mais ia lumière est h couleur et Pacte du diaphane, et le diaphane est en acte par la présence d*uae nature toute semblable à Téthcr. En sorte que le diaphane et Ja lumière ne sont ni le ieu, ni absolument un corps (5).

La couleur du corps visible veut le diaphane en acte, par etemple Tair, et Tair à son tour meut Torgane sensible. Or, la couleur ment le diaphane, parce que son. essence et sa natureest de le mouvoir (6).

Chacun de nos sens s'appln[iie à son objet particulier. Mais nous jugeons que le blanc n'est pas le doux; nous sentons que les choses sensibles différent, et ce ne peut être par des sens sépiirés. 11 faut que lea deux qualités comparées et distinguées apparaissent à un seul et unique sens (7). 11 y a, en effet, un sensorinm commun où se rencontrent les impressions de tons les sens en acte (8). Ce sens juge des différences et perçoit les qualités communes des corps, telles que le repos et le mouvement, Tétendue, la tigure, le nombre et Tunité (9). Ce sens, c'est le cœur, ou premier acnsitif chez les animaux san-

(1) De l'âme, II, 8, § 6; Parlips des anim.,11, lo. — (a)D« Yhmc, III, a, S 4, 5.— (3) Ibid,, 11, f>. ^ 3;:,^ I. — (Olbiil., r. — (5) Ibid., 7, S 5. - (C.) Ibid., ibid. ' — (7) ibid., lil, a, § 10, II. — (8) Jeunesse, i. — (9) Dc l'ânic, III, i, ^ 7,

guins (i)* Il est affecté par les impi'essioiis mêmes des sens particuliers dont il perçoit et les objets communs et les objets

propres (2).

La raison voulait qu'il y eût un centre et un principp unique de toutes nos sensations (3j, et comme ie cœur est ce principe, la nature qui, à moins d'obstacle invincible, met les organes les plus nobles à Tendroit le plus noble^ a placé le cœur dans le Heu principal du corps, au milieu, plutôt en haut qu'en bas, vers la partie antérieure plutôt que vers la postérieure (4)y parce que le milieu est le point le plus rapproché de toutes les extrémités à la fois, dont il est à égale distance (5).

Par la sensibilité* Ja nature a rendu tout être qui se déplace capable de se conserver et d'arriver à sa fin. Sans cetlie £iculté, il ne pourrait éviter certains obstacles,'ni rechercher certains objets qui lui sont nécessaires (6). Elle a donné à l'animal le goût et le toucher pour se nourrir, pour être, et les autres sens, non pas pour être simplement, mais pour être bien (7). Telle est la prévoyance de la nature. Toutes ses œuvres ont un but ou sont la condition des choses qui ont un but (8).

Et, comme on vient de le voir, l'être sentant, son corps, son âme, ses. organes, l'être sensible et ses éléments, l'intermédiaire entre le sujet et 1 objet, tout, dans le mouvement d'altération subi par Tanimal^ tout est ou la nature eMe-même, ou Touvrage de ia nature.

Mais il faut rapporter encore à la sensibilité un certam nombre de mouvements qui la supposent soit comme principe, soit comme condition nécessaire, eft démêler la part de la nature

dans la production de ces mouvements.

La sensibilité est le principe du sommeil et de la veille, des défaillances, de révanouissement et du déhre (9), de Timaginan

(i) Jeunesse et vieill., III. — (a) Du sommeil, Il ; Des songes, III. (3) Partiu des anim., III, 4* K«l toGto tdXÔYox.

ti X(d>.uet iieïi^ov.

(5) Ibid., ibid. — (6) De Tàme, III, », S 6. — (7) Ibid., ilM(L,«3, % 3.^ (S)llii(l., ibid., la, %». — (9) Du sommeil, i ; De la sensation, r.

tion et de la mémoire, qui sont la coaséqueDce de la sensation et des songes que l'imagination enfante (i). Le plaisir, la peine,

le désir, l'appétit (a), les vertus et les vices auxquels donnent naissance les peines et les plaisirs du corps (3), les mouvements de la respiration, la jeunesse et la vieillesse, enfin la vie et la mort, dépendent de la sensibilité (4).

Cett parce qu'ils sont doués de la sensibilité, que Jes ani* . maux dorment et Teillent (5); aussi les plantes, qui sont insensibles, nVprouvent-elles m ïunv m l'autre affection. Le sommeil est Timmobilité de la sensibilité enchaînée; la veille en est le libre mouvement. Mais comme le sommeil n'appartient ni au corps seulement, ni à Tâme seulement, de même le sommeil et la veille se rapportent a la fois à l'âme et au corps (6). Chez les animaux sanguins, le sommeil a lieu lorsque la chaleur vitale, quittant les parties supérieures où elle avait afflué, redescend vers le cœur, y accumule le sang, et produit une catalepsie du sensorium commun (7). Le sommeil et la veille sont donc des affections du premier aensitif. Le sommeil engourdit le tact, cl tous les antres sens qui dépendent de celui-là deviennent aussitôt incapables de sentir (8). Alors l'animal se repose. La nature agit toujours en vue du bien; les êtres qui se meuvent ne pourraient toujours se mouvoir avec plaisir; il est bon, il est nécessaire qu'ils se reposent. Or, le sommeil est un repos, et voilà pourquoi la nature a accordé le sommeil à ces êtres en vue de leur conservation (9)* Quant à l'évanouissement et au délire, ces états se distinguent du sommeil en ce qu'ils n'affectent pas le premier sensitif, mais seulement tel ou tel sens (10).

L'imagination est un mouvement (i 1}; ce mouvement a pour principe l'âme sensitive (ta).ti se produit lorsque, le premier sensittf ayant été modifié par un objet extérieur, la sensation

(i)Derâne« UI, 3, $ 11, $ i3/- (a) IlwL, II, «» $ 8 ; m, 1 1, S t. ~ (3) Ph|s., THI, 3. — (4) De !■ «eniibililé» i. — (5) Hist. des aiiiiii.,IT, 10.— (6) Sommeil, i.

— (7) Ibid., 3. — (8) Ibid., i, — (9) Ibid., 3. — (10) Du sonupcil, ». — (il) Pbj».^ Vm»3^Del'lB«>, UI, 3,$ii.-(ia)Der«me, W, 3, ^u.

se cootiaue après réloigoemcot de ï^yA (i). D'où Ton peut définir l'inwgiaatioii : le moQvemeiit qui suit Jasepsatimi et qui en procède (a). Qmftit à rimagination mêlée de raisonnement,

ç^est liue iuauière de penser (3).

Le songe est une vision, une repi cseutalion de la fantaisie, qui nous apparaît pendant le sommeil. C'est une allectiou çle l'âme sensitivei c'est un mouvement de la sensibilité considérée non en tant que sensibilité, mais en tant que puissance ima** ginative (4).

La mémoire n'est ni la sensation ni la pensée: c'est plutôt une habitude qui résulte de la persistance de Tune et de 1 autre. Cependant la mémoire ne se rapporte à la pensée que par acci^ dent. Proprement| elle appartient à la sensibilité. Le souvenir est un mouTevnent de la sensibilité dans le preifier sensitif et qui suppose l'imagination (5).

Le plaisir et la peine se rencontrent partout où il y a sensation (6). Le plaisir est un niouvement de Vàme qui nous place d'une façon soudaine et sensible dans les conditions de notre nature; la douleur est lé mouvement conti aire (7). Le principe de ces deux jnouvements est la sensibilité, qui est Tâme, sans doute, mais qui est aussi le corps. Aussi,ie plaisir et la peine afTectent-ils et l'âme et le corps, comme l'indiquent le froid et le chaud dont ces impressions sont accompagnées (8). Les causes du plaisir et de la peine sont ou la pensée, ou les altérations diverses que subit le corps de la part des objets, la nourriture, le commerce des sexes, et les sensations du toucher et du gpût, de l'odorat, de l'ouïe et de la vue (9). Tous les plaisirs qui ont pour cause des objets sensibles sont évidemment des allcr ations de la sensibilité ( i o).

Le plaisir a un but : il nous.Êiit aimer le bien, que la. pcme rendrait insupportable (11).

(OSonges, a; De laMçin., i. — (î) SongMi i.— (3) De l'âme, III, 3, § 5. — (4) Dm songes, I, sub fin. — (5)1 De la Mémoire, t, — (6) De l'àiiu', II, a, §§ 8 « i l, g-a. — (7) Rhétor., 1, 11. — (8) Mouvem. des aniii»., VIII, §§ i, a i De la sen&alion, i. — (y) Morale à Nie., VII, 6. — (10) Phy»., V^I, 3. — (t«) Moiale à Nie, IX, 9.

Lies vertus et les vices ont leur point de départ daus les ptaiairs et les peines dont elles «ont oa la recherche ou la fuite (i). Ib ont pour principe un exercice antérieur (a) et aussi les qualités de notre nature qui modi6ent à la fob le oorpe et

l'âme (3).

L'appétit est de deux espèces : celui qui appartient à la raison et qui s'appelle volonté, et celui qui appartient à la partie non rciisonnablOf et qui est ou le désir on la passion (4).

L'appétity en général, ne fiiit qu'un avee la sensibilité : c*esl un mouvement dont le principe est dans Time et dont la cause, Fobjet ou le but, est le désirable, c'est-îhdîre le bien (5).

Les désirs sont des mouvements d(> la nalure (6) qui se produisent sans réflexion et sans choix (7). Il y a dans le désir quelque chose d'essentiellement inné. C'est un penchant de leur nature qui porte lesr animaux au plaisir ou à ragréable(8), et l'agréable est ce qui est selon la nature (9).

La passion, cette antre ferme de l'appétit senisitif, est un changement ou mouveraent(io) de l'âme qui nous trouble, et qu'accompagnent ou suivent le plaisir ou la douleur (11).

La respiration se rattache à la sensibilité (la). Cet acte est nécessaire à l'animal comme la nourriturei non pas cependant à tous les animaux, car ràrtaîns insectes vivent encore une fois divisés, et il est évident qu'en cet état tb ne peuvent respirer (i3).

Mais la plupart des animaux respirent , et il n'en saurait être autrement. Ën efifet, la chaleur est nécessaire à 1 ame et à la vie. La digestion, par laquelle les animaux s'assimilent les aliments, n'est possible qu'au moyen de la chaleur. Cest pour-

(i) Morale à Eod., II, 4. — (») MéU^., IX, 5 ; Morale à Nie, III, 7. — (3) Pr©tùtn analyL, U, a;, § la. — (4) De Vàme, llî, 9, § 3. — (5) Ibid., 10, a, 3, A. y (<Q Vnm. anaL, II, 97» % n. Kal MrsyAn tôv fùn% xvHtnm, ^ (7) Morale k Nie., va, S.

(8) Ibid. AÙTOt p-sXXov iKfC%a.y.t^ npi^ t&ç ijfivt&ç.

(g) Rbétor., I, 11. Tà xatà çûcriv i^v.

(10) Éihiq. à Nicom,, IF, 4. Katà [ùv tà r.iHrt /tvcîaOfl» XeyétitOa.

(11) Ibid., ibid.; Rhcloi. il* i. — (n) DeU seiuibililc, i. — (i3) De la respir., 3.

c|uoi, dans le heu principal du corps, cVst-à-dire dans le cœur et daas la partie principale de ce lieu, résident ensemble et la chaleur et l'aroe outrittve qui s en sert. La chaleur naturelle est pour ranimai une condition d'existence. Il importe que cette chaleur ne périsse pas. Elle périt ou en s'éteignant ou en se des* séchant. L'extinction du chaud se produit par la venue du froid, qui est son contraire. Ou;mt au dessèchement, il a lieu lorsque Tair ambiant, étant trop chaud, dissipe et anéantit rhumidité propre du corps, sans laquelle il n'y a plus de chaleur vitale. Aussi, cette chaleur ne se conaerv^-elie que si elle est convenablement rafraîchie. Deun choses sont donc nécessaires à l'existence de l'animal, la nourriture et le rafraîchisseiiicnt ( i).

La nature a pourvu à ce double besoin par un seul et même organe. De même que, dans certains animaux, la langue perçoit les saveurs et forme les sons du discours, de même, chez ceux qui ont un poumon, la bouche sert à la fois à recevoir la nourriture et à l'acte de la respiration. Les animaux dépoui'vud de poumon, et qui ne respiteiit pas, ont la bouche pour recevoir l'aliment, et le rafraîchissement leur vient par les branchies. Ainsi se trouve tempérée et rafraîchie la grande chaleur que l'âme nutritive entretient dans le cœur (a).

Les degrés divers de la chaleur yitale et du rafraîchissement de cette chaleur marquent diez Tanimal les époque» de la vie. La naissance est l'union première de 1 ame nutritive et de la chaleur vitale; la vie est la durée de cette union ; la jeunesse est raccroissemeat de l'élément qui reçoit et garde la fraîcheur; la vietUesse en est le décvoissement, l'âge mûr en est l'état moyen. La mort ou destruction de l'animal n'est que l'extinction ou le dessèchement de k chaleur vitale. La mort produite par la vieillesse nest (jue le dessèchement graduel de la partie que l'animal ne peut plus rafraîchir à cause de son grand

(t) D€ ia re»pii.. 8, u , Du »oiiuucii, a.

(s) De l'âme, U, 8, § lo. "HSi) yàf xif à\amto\uyt^> %a-cix)ifi^xoii "h fW9tc âici« 8m« lpY«. De k Kspifilk», 1 1. Tîjp- Bidtîp h^x^ntf jifi^xai npo; «(iç w YÉOrfi f^ic*

âge. Ce que nous appelons dessécliemeut, dans les plantes, se nomme mort chez les animaux (i).

Telles sont la naissance^ la jeunesse, la vieillesse, la vie^ la mort, et les causes qui font que les animaux y sont sujets.

CHAPITRË VUL

De b nfttuve comidéfée comiii» cmim do imafeamit de tniuliilkHi dut les eninem.

La cause du mouvement et du repos dans les êtres qui se déplacent, c*est la nature (a)^ c^est Tâme. C'est l'âme qui est le principe de la faculté de locomotion (3). Toutefois, Tàme ne se meut pas elle-même, et ne peut être mue par un objet extérieur, SI ce n'est accidentellement (4).

Mais est-ce l'ame tout entièi'e, ou bien eu est-ce une faculté spéciale qui meut 1 animal?

Le nkouvement de la marche tend toujours à un but; il est toujours précédé d'imagination et de désir. L'être qai n*est capable ni de désirer ni de craindre » n*est mû que par une force extérieure. Les plantes sont dépourvues de sensibilité et ne se déplacent pas (5).

Cependant la sensibilité n'est pas U faculté qui meut ranimai. On voit des animaux doués de sensation demeurer immobiles. La nature qui ne hit rien en vain, et qui n'omet jamais le nécessaire , n*a pas donné la marche à ces animaux quoiqu'ils soient complets , parce que la locomotion n^est pas une conséquence nécessaire de la sensibilité (6). Ce n'est pas non plus la partie raisonnable qui meut l'animal. L'intelligence connaît ce qui est à fuir ou à rechercher; mais elle n'ordonne pas de le rechercher ou de le fuir ; et d'ailleurs cet ordre, si elle le

(x) De h mpinitkin, iS. — (a) Phyi., U, <. — (S) De rime, n» $ S ; 3, $ i. - (4) Tbid., I, 3, S 8 ; 1, 4, S i5. * (5) Ibid., III, S 5> — (^) S ^-

donnait , ne serait suivi d'aucun mouvement. Connaître le moyen de guérir, et guérir en effet, sont deux < ]ios( s dislinctes (f ). Enfin , ce n'est pas le seul appétit sensitit qui cause le mouvement, puisque l'être tempérant obéit, non à son appétit, mais à sa raison (a). C'est à la foia dans rintdligence et dans 1 appétit qu'il fiiut dieroher le principe moteur de l'animal, si toutefois Ton admet que Timagination soit une sorte de pensée intellectuelle; car, dans les animaux inférieurs à l'homme, c'est l'imagination qui remplace l'intelligence et le raisonnement (3).

Mais dans la production du mouvement, la part de l'intel-* ligence n'est pas la même que celle de Tappétît Le rôle de rintelligence et de l'imagination se borne à nous montrer un

objet qui est en lui-même une fin et le but d'une action. La connaissance de cet objet qui nous semble bon éveille 1 appétit, et nous désirons cet objet. La pensée précède bien ici le désir : ce n'est pas parce que nous désirons une chose qu'elle nous semble bonne , mais c'est parce qu'elle nous semble bonne que nous la désirons (4). Une ibis excité par la pensée ou par rimagiiiation, l'appétit meut lanimal. En ce sens, le mouvement est produit par la pensée. Mais l'intelligence n'est pas une cause indépendante et capable de mouvoir par elle-même, si l'appétit ne s'y vient ajouter. Ainsi, la volonté elle-même, qui est un appétit raisonnable, meut l'être, non en tant qu'elle est raison, maïs en tant qu'elle est appétit. Obéir à sa raison, c'est obéir à Tappétit i^aisonnable. T.'uppetit meut souvent contrairement à la raison ; la raison ne meut ni contre l'appétit ni sans l'appétit. Lorsque la raison et la passion sont en lutte, au fond te combat a lieu entre deux appétits, l'appétit sensitif qui exige une satisfaction prochaine, immédiate, faute de pré* voir l'avenir, et Ta p petit raisonnable qui invite l'être à s'abstenir, à cause des conséquences futures de l'acte (5).

Il est donc évident que la cause réelle du mouvement, c'est

(ODe llM, ltU9, S 7- — («)IlNd.. <. --(3) Ibil, to, S t. — (4) Ibid., $9 s HêL, m, 7. — (5) De IW, m, lo, SS •« h 4» S, 6.

cette fiiculté de Tâme qu*on noihine â'appëtit, Spécifiqueaiettty le principe moteur de ranimai eet unique : c est la partie ap*

pélitive de râme en tant qu'elle est appétitive (i).

Ainsi, en premier lieu , c'est en tant quelle se confond avec i*tae capable d'appétit que la nature est le principe du moa* vnnent dans le même animal en tant que mène.

Mais numériquement , l'appétit nW pat le seul moteur de ranimai. Il faut compter ici trois termes : le moteur d'afiord , ce par quoi il meut, et le mobile. I^e moteur est ou immobile, ou moteur et mû tout à la fois. Le moteur immobile, c'est le bien (2). Le be%u étemel , le bien véritable et absolu est d'une nature trop digne ^ trop divine pour que rien lui soit supérieur et le puisse mouvoir* Il meut donc en tant que moteur pre* mter et immobile (3). L'appétit «it mû par le moteur immo* bile; car ce qui appèteest mû en tant qu'il appelé (4). T /objet de l'appétit et du désir, éternel et immobile, et distinct dos êtres sensibles (5), est donc le principe extérieur du mouvement (6). Mais dans l'être mû lui-même, c'est l'appétit qui est cause du mottvmnent, et ce qu'il ment, c'est le mobile , c'est* à*dtre l'animal att moyen des organes. Ces organes sont corporels. Cherchons donc dans le corps lui-même de quelle manière l'ame meut le corps (7).

Toutes les fois qu un mouvement a lieu chet les animaux , iPest nécessaire qu'une partie fixe et immobile serve de point d'appui à la partie qui est mue (8)^ de même que, dans un gond» la mortaise pivote snr le tenon ^ ou qu'un cercle tourne anioar de soii centre (9). Voilà pourquoi les animaux ont des articulations. Cliaque articulation est un centre autour duquel s'opère ie mouvement du membre tout entier, selon que l'animai le plie ou le tend. Le membre et sou articulation forment un tout à la fois un et double , un si le membre est immo-

(t)Derâiin^III»M»,S0- — (*) IlMd.,$7.— (3)Danoiifeneal dMaiiiB.,6.—

(4) De lime, lH, lO, S 7* — (5) Mél«ph.,Xir, 7. — (6) De l'àme, lU, 10, § 3. — (7) Ibid.,$7;Ihi nttuv.dct miBi.,6. (S) Ibid., i. — (9) Ibid.; De l'âme, UI, II, S 8.

bile, double si .le membre est mû| puisque, dans ce dernier cas, deux parties 8<mt à distinguer ; Tune qui est fixe, et Tautre qui est en mouvement. C'est la partie supérieure qui reste en

repos, tandis que la partie inférieure se déplace. Ainsi, pour Tavant-bras , le point d*appui est au coude ; pour ie bras tout entier, à rhumérus ; pour ia jambe , au genou ; pour la cuisse, à Ja bancbe; pour la main, au poignet (i).

Blàis les artîcuUtions ne sont pas de véritables' points d'appui, car elles ne sont fixes que par rapport à la partie inférieure des membres. Le coude est immobile par rapport à Favant-bras; mais il est mu quand le bras tout entier est en mouvement. Or, pour produire l'effort, Tâme^ le moteur a besoin d'un point fixe. Ce n*est donc à aucune des extrémités que se peut trouver le principal organe du mouvement, mais bien au milieu même du corps > qui est l'extrémité commune de toutes les extrémités. Un en puissance, cet organe est multiple en acte : là, en eiïet, il y a, chaque fois que le mouvement se réalise, un point fixe , et autant de points mobiles que de membres en mouvement. Par conséquent , cet organe central n'est pas un point madiématique ; c'est une étendue on l'âme rénde comme en son siège, mais dont elle demeure distincte (a).

Cet organe principal, nous disons que c'est le cœur chez les animaux sanguins , et chez les autres animaux , la partie qui en tient lieu (3). Voici comment Tâme agit sur le cœur. Le principe extérieur de l'action est l'objet à fuir ou à rechercher. La pensée ou .l'image de cet objet est inévitablement suivie d'une sensation de chaud ou de froid. Il est iadle de reconnaître que nos émotions diverses , les joies , les douleurs , la confiance, la crainte, tantôt glacent nos membres, tantôt y font circuler la chaleur. Le souvenir ou Tespérance de ces impressions nous agitent comme ces impressions elles-mêmes. Or,

(i) Mouvem. des aDin., 1^ S. — (a) Ibûl., 8, 9. — (3) Ibid., 10; Du sommeil» a; De l'âme, III, 9, S 7-

ia sagesse, qui a présidé à rorganisation du corps, a fait que les parties intérieures et les ëlémeots qui envdoppent les extrémités communes des membres^ se figent et se liquéfient, deviennent durs et mous tour à tour. Et aussUdt, ce qui est actif agît et meut, ce qui est passif pâtit et est mû, avec une telle promptitude que, si rien ne s v o|)pnsp, le mouvement suit immédiatement la pensée. Les passions, qui toutes se ramènent à l'appétit, préparent les membres au mouvement; Tappétit est excité par Timagination qui résulte de la pensée ou de la sensation, et, grâce à l'intime relation des éléments aetifii et passife, tous ces faits s'accomplissent simultanément (i).

Toutes les passions sont des altérations. L'altération a pour effet de produire, dans le cœur,, de la chaleiii ou du froid. La dialeur et le froid dilatent ou contractent les ner&, .qui, à leur tour, poussent ou tirent les os et causent par là le niouve* ment (a); car mouvoir se réduit à pousser ou à tirer (3). Ainsi, les animaux se meuvent à Taide d'organes comparables aux ressorts et aux rouages des automates, c'est-à-dire en vertu de la nature et de l'agencement des nerfs et des os; en effet, ce que sont les ressorts à l'égard du bois et du fer dans les automates, les' nerfs le sont à l'égard des os dans l'animal, avec cette différence seulement que les macbines ne subissent dans le mouvement aucune modification, tandis que les membres de l'animal s'allongent ou se raccourcissent par l'action de la chaleur ou du froid naturels. Au reste, un léger changement au centre suffit pour causer aux extrémités un grand déplacement: de même que le gouvernail, à peine poussé, détermine à la proue un mouvement considérable (4)*

Ce n'est |Mis tout. Le raisonnement qui nous dit qiie l'appétit est le moteur intermédiaire entre le moteur immobile et ce qui est mu, veut aussi que, dans les aniniaux, il y ait entre le moteur et les organes une substance corporelle intermédiaire. Le mobile, n'étant pas destiné par la nature à mouvoir, peut rece-

(i) Mouvem. des animaux, â. — (3) ibid., 7. — (3) Ibid., lo ; De 1 ime, 111, lo, 5 A. (4)ll«in.u g

voir riinpulsion d*un autre principe. Mais ie moteur doit po»-

s^der en lui-même la force uioUicti. ( , tous les animaux paraissent avoir reçu un souffle inné, où ils puisent cette force de mouvoir. Ce souffle, plus lourd que le feu, plus léger que les autres éléments, semble être, à l'égard de i'àme^ ce que, dans rarticulatioD, le point à la fois moteur et mû est à l'égard de l'organe immobile. £t comme Tâme est dans le cœur, ou dans ce qui en tient lieu, le houtïle inné y doit légalement lésiclcr. De là, comme d'un centre, ce souffle, par son énergie naturelle, pousse et tire tour à tour et raccourcit au)si ou allonge les organes de la locomotion. Tel est le moteur mû dont l'âme se sert pour déplacer Canimal (i).

Le corps animé est semblable à tm état régi par de sages luis, où Tordre une fois établi se maintient sans que le chef, désormais étranger aux détails, intervienne en personne. Là chacun remplit les devoirs de sa charge et tout s'enchaîne régulièrement par la seule force dt l'habitude. La nature a constitué ranimai d'une façon analogue. £lle a formé chacun des organes en vue d*une fonction particulière qu'il accomplit sans une intervention spéciale de l'âme. Il sufBt que l'âme réside au centre du corps : les autres parties du corps vivent parce qu'elle» y sont annexées^ et cliacun fait son œuvre en vertu de sa na« ture (a).

Outre les mouvements volontaires, il y «n a d'involontaires «t de forcés. Les mouvements involontaires sont le tommeil, la

veille, la respiration, déjà rapportés à la sensibilité. J'appelle mouvements forcés ceux du cœur et des parties génitales. Les causes en sont naturelles et semblables à celles des autres mouvements. L'imagination et la pensée excitent les affections sensiblesy en représentant à l'âme les dbjets de ces affoctions;età son tour, TafTection provoque le mouvement. Les choses se passent certainement ainsi dans les parties dont il s'agit, car le cœur et l'organe de la génération semblent être des animaux

(i) Mottvcm. de»«DÎ9i.,io. — (•) Ibid., ibid.

^Kttiaets et capables d*être affectés et de sentir, le cœur parce quMi est le principe même de la sensation, et l'autre organe parce qu'un animal en provient en quelque sorte avec ia seniMice. L'un et Fautre tiennent, en outre, leur forée propre de lliumidité vitale qui y est accumulée (i)*

On le voit donc : l'âme, en tant que douée d'appétit, meut le corps de l'animal au moyen du cœur, du chaud et du froid, du souffle, des nerfs et des os. L àine se confond avec la nature. Le froid, le chaud et le souffle sont des cléments uatu* rels, actifs ou passifs en vertu de leur nature. Enfin, le cesur, les nerfs et les os sont, dans Tanimal, Toeuvre de la nature qui l'a engendré et de sa nature propre qui le nourrit et le conserve. Ainsi, le. mouvement de tnmdation, considéré en lui-même et dans ses organes, n'a qu'une seule cause : la nature de Faniinal.

La pensée est immobile (a) ; elle ne meut pas sans l'appétic qui est, comme on Ta dit, le seuj principe du mouvement (3), Quant au moteur immobile tel que le conçoit Âristote, il est eatérieur à i'étre mu ; il le meut sans le savoir, sans le vouloir,

et nous montrerons bientôt qu i! ua aucun des caractères de la cause véritable et etiiciente.

CHAPlTRb: IX. .

D» rapports «ntre I» n^iwe et l'iaieUigeM» dtns 1'

La nature est le principe du mouvement dans le même être

en tant que même. C'est en vertu de leur nature que se meuvent les êtres qui se meuvent ; c'est en vertu de leur nature que sont mus les êtres qui sont mus par un être extérieur ou une nature extérieure ; c'est encore en vertu de leur nature

(t)llMmn.d«saiiiB.,ii.--(a)0«riiM,IU,iiJ i.— (3) Ontaia^ nèm duipitre.

que les êtres meuvent et sont mus à la fois. La nature du sec et de l'humide est de subir le mouvement; la nature ,du cbaud

et du froid est de le produire ; la nature de l'appétit dans Fêtre animé est à la fois de subir le mouvement, en tant que mobile^ et de le produire en tant que moteur.

Diaprés Aristote, l'âme, considérée en tant qu'intelligente, produit-elle le mouvement en dehors d'elle-même, se meut-elle ell^même, est-elle mue? Et dans chacun de ces cas, se confond-elle avec la nature, ou s^en distingue>t-elle? C'est ce que nous allons examiner.

I/âme raisonnable comprend deux puissances : Tune qui s'adresse à ce qui ne peut pas ne pas être : c'est la puissance scientifique; l'autre dont l'objet est contingent et tombe sous l'actioto : c^est la puissance dëlibérative on logistique.

Dans la partie scientifique de l'âme sont l'entendement pur, ou intellect, et la science. L'un et l'autre ont un objet éternel ; mais rinteliect le contemple directement, tandis que la science ne Tat teint qu'au moyen de la démonstration.

Dans l'autre partie sont Topinion,» la délibération et la volonté.

Parlons d'abord de l'intellect ou entendement pur.

Les objets de l'intellect sont les principes et les causes, et toutes les causes sont des principes (i). Les principes et les causes sont ou en puissance ou en acte (2). En acte, ils sont séparés, indépendants, éternels (3). Mais, en puissance, les principes sont dans les fmts particuliers (4)f et les objets intelligibles sont dans les choses matérielles (5). En efifet, la pensée n'arrive aux principes et aux causes que par l'universel. Or, l'universel n*exprime que les manières d'être ou les attributs des individus, et n'a, en dehors de ces individus, aucune existence réelle (6). Les intelligibles sont, de cette sorte, dans les choses matérielles, mais seulement en puissance, jus-

(0 Met , V, I ; Mot. Nie, VI, fi. — (0) Mé!., V, a. — (3)lbid., VI, i; XI. i. — (4) Élh. à N ic, I, a. ~ (5) De l'âme, Ilï, 4, $ la. — (6) Mét., I, 7 ; VU, 10 ; XI, i, a ; 0«rD. analyt., 1, t.

qu*au moment où Vintellect actif, s'en emparant, les fiiit paM«T

à racte(i). L'objet matériel n'est point dans Tâme; mais son ima^e, son idée y est (2), et s y comporte comme la réalité ellemême. L'intelligence est donc en puissance dana Tidée sensible, dans Fimage que produit la fantaisie et'i|ue retient là më* moire (5).

Far là| l'idée sensible, c'est-â-dire la sensation, est la eondition sans laquelle l'intelligible ne saurait passer de la puissance à Tacte.

Les principes conçus par lenteudement ont pour matière Tuniversel (4)* Nous montons, par Tinduction, de la sensation à l'unUrersel, et par la pensée de Tuniversel à TinteUigible oiiauz principes (5). L'intelligible est tout autre chose que les' iinages; maïs il les suppose; sans elles il ne serait pas (6), et quiconque ti aurait pas la sensation ne pourrait rien apprendre, rien compremlre (-y).

Donc la pensée de l'intelligible présuppose l'induction , et l'induction présuppose la sensation.

Mais, nous l'avons montré précédemment, tout dans la sensation est l'œuvre de la nature. Ainsi la nature est la condition de Texercice de Tintellect et la cause qui, par une excitation extérieure, le fait passer de la puissance à l'acte (8}.

Toutefois, il s'en iaut bien que Tiuteilect se meuve de sa nature, ou qu'il soit inû par une nature extérieure. Sans doute, il passe de la puissance à l'acte, et cala sous l'action de quelque chose qui existe en acte. Biais ce n'est là ni un mouvenent dans le lieu, ni une altération, ni une génération. Le mouve» ment est l'acte de l'incomplet, tandis que la pensée de i iiiLelligible est l'acte de ce qui a atteint sn perfection (9) : c'est un effet produit dans le repos etdaus l'immobilité (10). L'intellect n'a point d'organes dans le corps, comme la sensibilité (t 1) : il

(i) De l'âme, III, 5, § »• — (a) 3, $ ». —(3) iLid., 7, § 3. —(4) McUpli., X,,

3. — {5) Premiers anal., II, a3 ; Dern. ana!., U, 19. — (6) De l'âme, IIT, 8, § S ; I)e U mém., I, S 4. — (7) De l'âme, III, 8, § 3. (8) Phy»., VU, 3. — (9) De Vàat, lU,. 7»$ 1. — (10) Phyi., VU, 3. — (11) De l'âme, lU, 4, S 4-

n'est donc fins altéré comme elle, et est impassible d^une réelle

impassibilité (i). Il ne va point d'un lieu à un autre, parce que son acte est un et continu, et qu'il ne pense que des concepts qui ont runité du nombre, et noa l'unité de l'étendue (a). Donc l'inteUect n*est pas mû. La pensée est un état de repos et de» calme, et la puissance qui l'enfante est immobile (3).

D'un autre côté, l'intellect ne meut pas. Ce n*est pas Hn* tellect, même pratique, qui met le corps en mouvement : c'est l'appétit. L'appétit est la cause réelle, la cause unique du mouvement (4).

L'intellect n'est pas mû; l'intellect ne meut pas^ C'est là une première et considérable différence qui le sépare de la nature. Mais il s'en distingue, non moins profondément,, par d'autres caractères qui en font un principe à part, supérieur et eicel* lent.

En effet, la nature, c'est la réunion de la forme et de la matière. Néanmoins, dans cet ensemble, c'est la forme qui détermine la nature de l'être bien plus que sa matière (5). Or, la forme de l'être, son essence, c'est son âme (6). La nature n'est donc autre chose que l'âme même de l'être, et nous savons que l'âme est l'entéléchie du corps (y). La nature est donc l'entéléchie du corps; un être ne possède sa nature que lorsqu'il est devenu une entélécbie (8). L'intellect n'est l'entéléchie ni du corps, ni d'aucune des parties du corps. L'acte de ce qui est capable de savoir, n'est pas l'acte de ce qui est capable d'avoir la* santé (9). — L'intellect patient ou passif et les autres puis* sances de l'âme qui sont l'acte du corps, telles que l'âme nutritive, l'âme sensible et l'âme en tant qu'elle meut le corps; les parties de l'âme qui sont notre nature, qui sont tel animal, car l'âme ne se confond pas tout entière avec la nature, ces parlies existent en germe dans l'animal dès le premier moment de

(ODerinM^III»4tS5*— («)Ibid.,I,3,Si3.'-.(3)Jbiil,, s i7;Pbji.»Tn, 3f

Probl.,XXX,4. — (4) Voir le chap. précédent. — (5) Pbyi.»II, i. -—(S^'Voir ci-des» SOS, ch. II. —(7) De réme, II, 4, $ 4- — (8) Polit.» I, r, $ S; De ïêÊÊt, tt, t, $4. (») De l'âme, I, 5, S a* î li. h S »»•

sap exUteiH i', cl se developjieiit aver le lenips (i ). I/iulellect seul vientdu dehors (2). — La nature, l'âme, n'est pas plus septfthU du corps que la forme n'est sëparable de la matière (S). Au contraire, rinlellect n*est attaché à aucun organe; il semble être un autre genre d*âme, et le seul qui puisse être séparé du reste de 1 être comme l'éternel s*isole du périssa* ble (4)> L'intellect est, par essence, séparé et en acte, et quand il estdans l'homme, il y est comme une substance à part (5). — La nature de l'animal est un ensemble composé d'une matière et d'une forme. Lorsque Tenseroble se dissout, la nature de ranimai est détruite, et il est peut-être impossible que les autres parUt'S de l'ànie survivent à cette dissolution, qui eiiHaiiu' ranoantissenient de rintellcct patient lui-niênie. Mais l'inteilept actif survit à la nature (6). La passion, les maladies, ie sommeil, le peuvent parfois obscurcir (7). Il s'af&iblit et s edipse quand les organes viennent à se détruire; mais il n'est 8ujc|t ni à la corruption, ni à la mort (8). — La nature est sujette à l'erreur. Elle se trompe ; elle veut créer un animal, et elle produit un monstre (9); tandis que l'intellect est éternellement vrai et éternellement juste, parce qu'il contemple des objets sans matière (10). — IjA nature de l'homme, c'est son essence, c'est l'homme même. L'intellect est plus qu'hunuiin(if), il est au-dessus delà nature(fa); en un mot, il est divin (1 3), puisque, par essence^ Dieu est Tintelligence pure et l'intelligible lui-même (i4)-

En résumé, la nature est la condition sans laquelle l'intellect dans l'homme n'arriverait pas à l'acte. Mais elle ne le meut pas, elle ne le produit pas, elle n'est pas la source de ses pensées; elle en dilSkv comme ce qui est impariait, engagé dans la ma-

(0 VirtiM des min», I, i ; Oiuh, des anim., II, 3. — (a) Ibid. — (3) De l'Ame, I, I, § 10; II, », S 10 ; Phys., II, 1. — (4) ne l'âme, H, a, S 9 ; HI, 4, S 5. — (5) Ibid., m,5,S i; I, 4, § i3. — (6)Métaph., XII, 3; De l'Ame, HT, .*», § i. —(7) De l'Ame, m, 3, S i5, — (8) Ibid., U, 2, § 9. — (9) Phys., II, 8. — (lu) De l'âme, DI, 3, S • ; 6»SS 7 » J"»» S 4; Dern. aualyL, II, 19, § 8. — (11) Mémoire, I, 5 ; Mor. à Mie, X, 7. — (la) Parties des ■«im., I, t. — (t3) Gnér, de» anin.. Il, 3 ; Mor. i Tfic., X, — (f4) Mélaph., Xlf, 7.

tière, périssable diffère du par£iit, de Timpérissable, du divin, de Dieu.

Quels sontf en leoood lieu, las rapports qui existent entre la scifcnce et la nature?

La science^ proprement dite, a pour objet les choses dont

il y a dtiiiouâlriiiion. La scieuce et lit denionstratiou sont inséparables (ï).

Toute démonstration suppose des connaissances antérieures (a). Ces connaissances antérieures, ce sont les principes propres ou communs, indémontrables, et éternellement vrais, que fournit rintellect(3). La science va, de ces principes indémontrables et éternellement vrais, à des conclusions également nécessaires (4), au moyen de la démonstiation, c'est-àdire du syllogisme scientifique ou raisonnement, car toute science est la conséquence d'un raisonnement (S).

Mais, comme on Fa déjà vu, les principes qui sont en più»* sançe dans Tâme ne se déterminent et ne passent à Facte qu'au moyen de l'universel, dont la formation est due à l'induction, laquelle s appuie sur la sensatkoii ou connaissance du particulier (6). Donc la science, considérée dans ses priiitipes, a pour condition première la sensation, qui, tout entière, relève de la nature (7).

La sensation n'atteint que le fait et ne va pas jusqu'à la cause (8) ; mais elle est le point de départ du savant, La science est en puissance dans l'objet sensible et dans la sensation (9).

La nature le dit à l'homme, par le désir de savoir qu'elle excite en iui et par le plaisir qu elle attache à la connaissance sensible (10). £n sorte que la science doit à la nature son premier branle, et c'est la nature qui lui offre la première occasion de s'exercer.

Mais il ne s'ensuit pas de là que la science soit un moave«

(i) Moral, à Nie., VI, 6. — (») Dcrn. analyt, I, i, S i. — (3) Ibid., II, ir,, S 8. >- (4) De l'âme, UI, 8, § 8 ; Dem. analyt., I, 8, $ i. — (5) Il>id., 11, 19, S 8 ; I» f S. — (S) Und., II, 19, SS S, 7. — (7) Voir ci-dcsitM, chap. VII. (S) Dcm. méfi » ï, Zif S 4» — (9) G4iiér. el cornipt.t I, 3. — (lo) Blctoph.» 1, 1.

ment. Non, la partie de l'âme qai sait, ne meut pas; elle a'ctl jamais mise eu mouvement : elle demeure en place (i). La pensée' scientifique ressemble, on peut le dire, au repos, à

l'immobilité, Lieu plutôt qu'au mouveiiiciit ; et il en t;6tde même pour le syllogisme (2 ), pour la démonstration dont procède toute science (3)*

DonC| nul mouvement dans la puissance scientifique de Tâme. £Ue est essentiellement immobile, et immobile aussi est son ëtemei objet; car les dioses particulières et en mouvànent sont étrangères à la démonstration et à la science (4). Ainsi, la science n'est pas plus la nature que rintellect ou eoteadement pur, qui| du reste, est le principe même de la science (5).

La partie déUbërative ou logistique de Tâme répond aux dioses contingentes, c'est-à-dire à celles qui peuvent être ou ne pas être, et que nous sommes libres de fiiire ou de ne fiiire pas (6). Les objets, de cette sorte, forment le domaine de l'opinion, espèce Je couception [jj qui c6l tantôt vraie et taiitàt fausse (8).

L'opinion, qui est du même genre que la science et la sa-* gesse (9), et qui est conception, c'est-à-dire pensée^ semble a|K partenir en propre à l'âme. Par là, die se distingue de la sensation, affection commune à l'âme et au corps (10). Biais elle porte sur les choses parl iculières; et, dans ce cas, elle a besoin du concours de la sensation (i i). Ijyvs rririne qu'elle s'attache à l'universel^ die suppose encore la sensation qui contient l'universel en puissance (la). L'opinion a donc toujours pour condition la nature, cause unique de ce mouvement d'aliéra* tion qui constitue la sensation sous toutes ses formes. Les objets de l'opinion sont mobiles; elle est mobile comme ses ob*

(1) DeTime, m,iz, $ 4.

xtv^tf «èv «Mv tt tpimv 6 ovJAttrwv^c* Voir Pcomileiile dqI« d0ll.B. Saàiil-

Hilaire, p. i3a de sa traduction.

(3) D«rn. analyt, II, 19,8 8. — (^) Métsph,, VI, i. —(5) D«rn. analyt., I, 33, § 1.

— (6) Grandet œor., I, 35. — (-) De l àmi, lU, 3, $ 5. — (8) Ibid., ibid., § 4. — (9) Ibid., S $^(10) ibid., IJ, a, ^ 10.- (i i) ibid., UI, 3, § 9. — (laj Mor. à Nie, VU, 3.

jets (i). Cependant, semblable à Ja science et à la sagesse (a), l'opinion n'est pas en mouvement comme Timagination. Elle est supérieure à l'imagination, puisqu'elle la juge et la redresse (3). Elle agit dans Tétat de rêve, alors que, les sens ne fonctionnant plus, tout mouvement d'altération a cessé (4). Elle ne subit pas, comme la fantaisie, le joug et les impulsions de la volonté (5). D'ailleurs elle s'appuie souvent sur le syllogisme (6), qui est, on le sait, semblable non au mouvement, mais à la stabilité et au repos. L'opinion est donc en debors de tous les mouvements qui procèdent de la sensation et de l'appétit, et par consequciil <le hi nature comme cause. Mais si la nature ne la produit pas, elle en est du moins la condition nécessaire.

A la partie logistique se rattache le syllogisme du vraisemblable ou du contingent, qui se nomme syllogisme dialectique (7). Dialectique ou scientifique, le syllogisme a les mêmes éléments et la même essence (8). Et, comme par essence, le syllogisme est un arrêt et un repos, s'il suppose la sensation et la natut c est en tant que condition, et non en tant que cause motrice.

La réminiscence appartient également à la puissance délibérative. £lle s'appuie sur le raisonnement (9), et lait un syllogisme qui consiste à tirer une conclusion de ce que l'âme a autrefois vu, entendu, ou éprouvé ( i o). La réminiscence présuppose donc

l'exercice antérieur de la sensation. De plus, elle implique le souvenir (i i), bien qu'elle en soit distincte, et exige un effort volontaire qui, avec le secours de l'habitude, retiv>uve la science oubliée (la). Mais l'effort volontaire n'est que l'appétit éclairé par la raison, et l'appétit est éminemment le principe, la nature qui nous ment nous-mêmes (i3).

La réminiscence a donc pour condition la nature, en tant que sensible et en tant qu appétitive.

(i) Phys., VUl, 3. — (2) De l'âme, III, 3, § 5. — (3) Ibid., § 10. ~ (4) D« «m g«s, I. — (5) De l'ime, III, 3, § 4. — (6) ibid., i r, § 2. — (7) Topiq., I, i,§ 5. — (8) Prem. aoalyt, I, i, S 6. —(9) Topiq., I, ii, § a; Mcm., II. (lo) Ibid. — (u) Ibid. — (««) Ibid. — (i3) "V. chap. précédent.

La puiaiance détlbératÎTe, propranent dite, agit-die, s*exem« t-elle «ans le conoonra de la nature? Dâtbérar et raisonner sont

un même acte, s*appHquanL au ^;ontinge^t, aux choses sensibles et en mouvement, à tout ce qui naît et périt (i). L'inlellect pratique raisoDDe toujours en vue d'une fin, et cette fin, cest un bien réel ou un bien apparent : ce nVst pas le bien abstrait, le bien en général ; c'est le bien qni est à dire, et à faire signifie qui n'est pas et qui pourrait ne pas être (2). L'intellect pratique suppose donc la pensée excitée par la sensation, ou la connaissance sensible de l'objet à poursuivre ou à fuir, et ainsi la délibération n'est possible qu'après la sensation (3). Mais Tintellect pratique et le raisonnement qui forment ensemble la puissance délibérative, ne meuvent pas et sont, par essence y immobiles (4). Cette puissance n'est donc pas un mouvement produit par la nature; elle n'est pas davantage la nature ellemême.,, que nous (]éi]iussons le principe du monvement tiaiis le même être. La délibération se sépare de la nature, comme s*en distingue Tintellect lui-même^ et n'en dépend que dans la même mesure.

Il nous reste à examiner la volonté dans ses rapports avec la nature. La volonté est-elle la nature? Ce que meut la volonté,

est-ce la nature qui le meut ?

L'acte le plu> volontaire de Fâme, c'est la détermination, ou choix, ou préférence raisonnée. Cependant, la détermination n'est ni le volontaire que possèdent les êtres incapables de choisir, ni la volonté qui veut quelquefois des choses auxquelles nul ne se détermine à moins d'être insensé, et qui d'ailleurs vise au but, tandis que la détermination s'attache aux moyens (5). La détermination se définit par la pensée et l appétit (6) : la pensée est au-dessus de la nature; mais l'appétit, principe du mouvement dans l'homme^ se confond et s'identifie avec la nature elle-même.

(i) Gnindei mor., I, 35. — (a) De Vkam, TD, le, S 4. — (3^ Grandes mon, I, 35. — (4) V. pliu baot, même chapilM et chqk prèoédcat. — (5) Honle à Hk,, III, 4*' (6)Mor«ieiEud.,n,io.

La détennination une fois priafi, la volonté meut auiritdt, A ce moment, fa raison et la pens^ont déjà fait leur choix, et c'est Tappétit qui meut. Or, si Tappétit prend le nom de

volonté, c'est que la raison i*a éclairé d'avance (i). Irréfléchi et sans raison, il descendrait au niveau de Tappétit purement sensitif, et ne serait plus que désir ou pawion (a). Mais cet acte intellectuel <|tti précède la volonté appartient à la détermination et doit lui être rapporté. Par conséquent, en tant que purement motrice, la volonté se rédint à 1 appétit (3), et ne se distingue plus de la nature.

Au reste, toutes les causes de nos actions se ramènent à la nature et à la pensée. £n effet, à compter les causes de nos actions, on en trouve sept : le hasard, la nécessité, la nature, la coatume, le raisonnement volontaire, la passion et le désir (4)> Le hasard, c'est toute action accidentelle, soit de la nature^ soit de la pensée (5). nécessité, ce sont en nous les conditions de la vie et de l'être, comme la nourriture et la respiration, c'est-à-dire les fonctions et les lois de la nature qui ne sauraient être autrement qu'elles ne sont (6). La nécessité, c'est encore Tobstade extérieur qui. s'oppose à notre désir (7). La coutume est, ou bien un état de l'intellect agent lui •«même arrivé à l'acte, c'est-à*dire un état de la pensée (8), ou bien un penchant à l'acte produit par un exercice antérieur dont notre volonté était la cause (9), et nous savons que notre volonté est appétit (c'est-à-dire nature) et pensée. Le raisonnement volontaire, c'est l'action réunie de la pensée et de l'appétit (lo)* Enfin, la passion et le désir sont des mouvements înn^s de notre nature (it).

Ces deux causes, la pensée et la nature, se retrouvent à l'origine de toutes nos vertus. Certaines qualités morales sont en nous un don de la nature (la). Mais ces qualités nous devien-

(x) De râme, m, 10, $ 3 ; 9, § 7. — (a) Mor. à Nie., VU» 8. — (5) De Ykavt, JU, 9» S 7- — C() ahéliir., I, m. — (5) Mét., XI, 8 ; Fliyi., U, 4» 5> (S) Uétaph.»

5. — (?) Ibid., Uiid. — (8) Phy»„ VH, 3. — (9) Mmie à Wic, UI, 7. — (lo) Voir plus haut, même chapitre. (ii) Monte «Nie., VII, S. Gnnda im-

nlm, l, 35 i Morale à Nicoai., VI, i3.

draient nutsiblcs sans la raison, sana lâ pensée qui nous conduit à la vertu par la pradence. Il nous appartient de développer DOS dispositions innées, et de les ciianger en habitude, par un choix hbre et par l'exercice de i appétit raisonnable (i). Nous sommes toujours responsables de nos fautes (2), car c'est da nons qu'il dépend de soumettre l'appétit à la Faisou, la nature à la pensée.

Ainsi, notre vie morale a deux principes ; la pensée et la

nature. La pensée élève l'homme au-dessus de la nature, audessus de lui-même ; elle est la partie immortelle de son être (3), le prix de ses vertus, son bien, son bonheur (4); elle est Tintellect divin lui-même descendu dans Thumanité (5). Mais, tout excellente, toute divine qu'elle est, la pensée ne peut, sans I* nature, ni s'exercer, ni se développer sous aucune de ses formes. Cest la nature qui Texcite, qui Péveîlle au moyen du corps qu'elle a formé, des organes qu'elle a placés dans le corps, et de la sensation qu'elle produit en ces organes. C'est la nature qui, dans les images de la fantaisie, fruit de la sensation, foup* nit à la pensée la matière de Tuniversel, lequel devient à son tour la matière des intelligibles (6). Éternelle^ impérissable, indépendante, ayant en elle-même son objet (7) , l'intelligence penserait, rintclligence serait sans la nature. Mais, sans la nature, elle ne serait pas réellement dans 1 homme, car elle y demeurerait à Tétat de pure puissance ; et l'essence, la vie, Tétre de l'intelligence, c'est l'acte^ l'acte éternel et parfiiit (8). • •

(f) Honle à Nîc, Yl, i3, — (a) Ibid., lU, 7. ^ (3) Da lime, U, a, $ 9 ; III, 4, S 'l . — f',) Poîit., ÎV, I ; Mor. à Nie, X, 6. — (5) Part, desanim., IV, ro. — (fl) C'est le résumé de tout ce qui précède. — (7) MéUpb., XII, 7,9, 11. — (8) Ibid., ihid., 7,9.

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