‹ Le premier pas de son altesse; vaudeville en un acte. Par MM. De Leuven et DeforgesChapitre 3 sur 26 · LA COMTESSE , SIR JOHN PILBURY · texte numérisé non relu

LA COMTESSE , SIR JOHN PILBURY

Air : Accourez tous, venez m'entendre. (philtre )

De vous revoir, chère comtesse.

Combien mon cœur est enchanté !..

Aux doux instans de ma verte jeunesse

Près de vous je suis transporté.

Je vous retrouve aussi fraîche, aussi belle.

Qu'aux jours des premières amours;

Le temps qui vole à tire d'aile ,

Pour vous a ralenti son cours.

De vous revoir, chère comtesse ,

Combien etc., etc. (ll lui baise la maiu.)

LA COMTESSE

De revoir bientôt son altesse .

Combien mon cœur est enchanté : etc.

LA COMTESSE

Eh bien! sir John Pilbury, vous arrivez seul?..

PILBURY.

Oh! une fantaisie de son altesse... monseigneur à quitté la voiture à deux mille de Richmond et a voulu continuer sa route a cheval... j'ai pris les devants pour causer un instant avec vous de nos projets. LA COMTESSE , étonnée.

De nos projets?

% MUSÉE DRAMATIQUE

Oui, Comtesse. (Examinani la toilette d'Arabella.) Je crois que je puis dire de nos projets...

LA COMTESSE

Je ne comprends pas.

PILBURY.

Patience !.. je vais m'expliquer... il s'agit d'une affaire majeure; d'une œuvre de haute morale...

LA COMTESSE , riant.

Ah! mon Dieu! sir John... que peut-il y avoir de commun entre la morale et vous ?

PILBURY.

Ah ! que c'est méchant ! vous croyez peut-être que je n'en ai pas de morale... j'en ai une... à moi... fort agréable... attaché à la personne du prince, je me suis fait une loi d'étudier ses goûts... de me mettre en quatre pour les prévenir... Dans son enfance, il aimait le jeu... j'ai joué avec lui au bilboquet, à la corde, au cheval fondu... en grandissant, il a montré du penchant pour les arts... je suis devenu artiste, poète, musicien... maintenant, il est probable que d'autres idées vont se faire jour dans sa tête... alors...

LA COMTESSE, riant.

J'entends... Le seigneur Pilbury , déjà secrétaire intime, maître des cérémonies, et directeur de la musique de son altesse , ne serait pas fâché d'agrandir encore le cercle de ses attributions.

PILBURY.

Moi... Eh! mon Dieu!.. Je veux être l'ami du prince , pas autre chose...

(Examinant la comtesse.) Savez-vous, comtesse, que vous rajeunissez tous les jours!..

LA COMTESSE

Flatteur!..

Non... parole d'honneur... je suis sûr qu'en vous voyant, monseigneur en sera frappé... et cela lui fera plaisir, car il a vraiment beaucoup d'affection pour vous.

LA COMTESSE , minaudant.

Jel'ai VU si enfant!..

PILBURY.

Oui , je sais... je sais.,, il vous appelait sa petite maman... oh ! il s'en souvient toujours... c'est un jeune homme plein de bons sentimens, et avouez que ce serait dommage qu'un si heureux naturel fût perverti.

LA COMTESSE

Il est vrai qu'un prince, à son entrée dans le monde, est entouré de pièges.

PILBURY.

D'énormément de pièges!

Air : Soldai français.

L'adroit flatteur est là pour essayer De captiver sa jeune confiance ; L'ambitieux voudrait bien le premier.

Du noble enfant diriger la puissance. . . Autour d'un prince adolescent , L'intrigue s'agite et conspire...

Et pourtant, hélas! bien souvent.

C'est du premier pas d'un enfant Que dépend le sort d'un empire ' LA COMTESSE.

Cela fait frémir!

PILBURY.

C'est à faire dresser les cheveux sur la tête!., heureusement, le péril a cessé pour notre jeune prince... du moins, momentanément; il quitte l'air corrompu de la cour , et vient passer trois mois dans ce château où il doit

inciidro lo coiumaiidcnieiit du rôgimeiil royal Ecossais, dunl il est colonel; par pareullièse, j'aimerai autant un autre régiment...

LA COMTESSE

Pourquoi donc ? *

PILBURY.

Oh ! pour raison A mol connue... cela se rapiwrle à une circonstance de ma vie... Kulin . j*al l'Ecosse, les Ecossais, voire môme les Ecossaises en horreur!.. Pour en revenir à notre jeune prince , depuis quelques jours, seulement , il a atteint sa majorité... son cœur est neuret n'a pas encore parlé... mais l'éducation sévère qu'il a reçue, la contrainte dont on l'entourait , lui font goûter avec délices ses premiers instans de liberté... c'est le jeune oiseau qui essaye ses ailes... il est encore temps de diriger scm essor... mais, plus tard, ma foi... ah! il est bien éveillé... saleté travaille, il a quinze ans...

LA COMTESSE

Oui... l'instant est décisif!

PILBURY , regardant la comtesse.

N'est-ce pas, comtesse... auiwoins, si une personne sage, éclairée, ayant l'expérience du monde, voulait se dévouer pour le préserver des pièges tendus à sa jeunesse... la morale a tant de charmes dans la bouche d'une femme... encore jeune et belle...

LA COMTESSE

Orlainement... mais, où rencontrer cette personne? PILBURY , la regardant.

J'ai bon espoir... et je crois qu'elle est toute trouvée

LA COMTESSE

Vous pensez?..

PJLBURY.

Oui , oui... maintenant, deux mots sur l'entourage du Prince... Primo, lord Clarendon, premier aide-de-camp... général sexagénaire et goûteux , mentor peu gênant , ne s'occupant que de son diner et de sa bouteille de clairet... nous ne l'aurons pas avant huit jours... il est encore au lit, de sa dernière indigestion. ..Secundo, sir Georges Brummel, écuyer cavalcadour, dandy renforcé... connaisseur expert en chevaux... boxeur de première force... toujours courbé devant monseigneur... et bète à faire plaisir... le reste ne vaut pas l'honneurd'être nommé. Ainsi , vous le voyez , nous avons le champ libre. ..agissons de concert... confiance mutuelle, bien entière... surveillance active. ..persévéranceet tout ira bien. ..ratifiez-vous le traité?

LA COMTESSE

En vérité, je ne sais... (On entend battre aux champs.)

PILBURY.

Voici le Prince... allons , allons, milady, du courage... on se doit à son pays...

AiRde la Semaine des Amoars.

A nous deux.

En ces lieux , De son altesse Eclairons la jeunesse.

A nous deux En ces lieux , ■ Pour son bonheur Dirigeons monseigneur.

Comtesse, il vous rendra les armes.

Pour vous qud triomphe éclatant !

LA COMTESSE

Pour mon cœur aussi que d'alarmes !

PILBURY.

Allons , un peu de dévoûment !

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