R. P. ARCHAMBAULT, S. J
Les Forteresses du Catholicisme 75 sous, 80 sous franco.
Vient de paraître Semaine sociale du Canada .$1.50, $1.60 franco.
VILLA SAINT-MARTIN Abord-à-Plouffe, (Laval), P. Q.
Cum permissu superiorum
Nihil obstat: ; E. HÉBERT, Censor librorum Imprimatur:
+ GEORGES, évêque de Philippopolis
16 mars 1919.
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Dès les premiers temps de la colonie, saint Joseph fut choisi pour son Patron spécial et son Protecteur. Le Canada devançait ainsi la sainte Église elle-même, qui ne devait se le donner comme Patron qu'en 1870. Pouvait-on faire un choix plus excellent ?
M. l'abbé Charles Sauvé, S. S., dans son admirable livre sur le Culte de saint Joseph, nous fait pénétrer dans cet Éden religieux que fut à | Nazareth la sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. De là, remontant au sein de la Divinité, il crayonne en traits magnifiques les grandes lignes du plan divin relatif au mystère de l’Incarnation: Jésus prédestiné au-dessus de tous les hommes et de tous les anges, de tous les mondes, en tête du « Livre de vie », livre de grâce, de gloire, d’amour et de bonheur éternels. Après Jésus, pour Jésus, avec Jésus, Marie prédestinée au-dessus de toutes les créatures, Mère du Dieu vivant, dont le nom ne fut jamais séparé dans la pensée de Dieu du nom de Celui qui devait être la Vie du monde. Au-dessus des anges et des autres saints, Joseph après Marie est choisi, préfére, prédestiné pour elle et pour Jésus; par son mariage virginal avec Marie,
Représentant de l'éternelle paternité du Père qui est dans les cieux, il préparera au monde en union avec la Vierge Mère, le souverain Prêtre et la divine Victime, et par sa sainteté sera digne de ce rôle incomparable à l'égard de Jésus et de Marie.
C'est en effet dans ce rôle que l’on trouve l'explication de toutes les grandeurs qui font de Joseph un saint unique, sans rival après l’auguste Mère de Dieu.
Saint Joseph devait avoir sa part au mystère de l’Incarnation, part discrète sans doute, mais déjà si pleine de beauté et d'harmonie. Ainsi Dieu le voulut digne du Verbe rédempteur et de sa Mère; veillant dans sa providence spéciale sur l’ordre hypostatique, il le fit pour le service et le charme céleste des deux personnes qui lui étaient le plus chères; et peut-être n'irons-nous pas trop loin, si nous conjecturons avec de graves théologiens que la ressemblance physique, que l'on se plaît à reconnaître entre Jésus et Marie, se retrouvait encore à un certain degré en Joseph, sorti comme la Vierge de la même tige de Jessé, issu de la même famille royale de David.
Mais que ‘dirons-nous des dons de l'âme, dons naturels d’abord: intelligence, bonté, tact, distinction, prudence, qui rapprochaient Joseph de Marie, selon cet aphorisme que l'amour, l’amitié trouve l'égalité entre deux âmes ou la fait? Plus
encore, les dons surnaturels devaient rendre l'âme de l'époux de Marie et du père nourricier de Jésus capable d'entrer comme de plain-pied dans la merveilleuse région des mystères divins et d'y évoluer à l'aise. Rôle à la fois sublime et effacé: afin de couvrir de son ombre, pendant trente années, contre les regards indiscrets des contemporains, le double éclat, inconnu jusqu'alors, de la virginité d'une mère et plus encore de la divinité d'un fils, il s'interposa entre eux et la foule, semblable à l'un de ces beaux nuages lumineux qui, arrêtant les rayons de l’astre du jour en les absorbant, ne laissent plus venir jusqu'à nous qu'une lumière voilée et une douce fraîcheur. Pour être préparé de longue main à pareille fonction, saint Joseph fut, nous pouvons le croire, sanctifié dès le sein de sa mère, orné des vertus divines et des dons de l’Esprit-Saint, et même tellement libéré de toute concupiscence que, par respect pour la plus pure des vierges et pour son Fils infiniment saint, Dieu ne laissa peut-être jamais s'élever dans son âme le moindre de ces mouvements dont les plus grands saints, d'ordinaire, ne sont pas exempts. — Pour marquer d'un seul trait les grâces suréminentes que Dieu avait départies à Joseph en vue de sa suréminente dignité, les théologiens disent avec Suarez qu’il « appartient à l’ordre hypostatique ». L'Église, voulant dans sa liturgie se mettre
plus à la portée des fidèles, emploie l'expression plus accessible, mais non moins profonde que saint Joseph « appartient à la sainte Famille », qu'il est « le chef de la sainte Famille ».
Après un tel rôle, et rempli si magnifiquement, il ne faut point s'étonner de voir Joseph occuper dans le ciel yne place à part, au-dessous sans doute de la Reine Mère, mais au-dessus de tous les anges et les saints. La sainte Famille s’est reconstituée au ciel: Jésus, Marie et Joseph ne se séparent pas plus là-haut qu’ici-bas. En instituant la fête de la sainte Famille, l’Église n’a pas voulu seulement nous rappeler un souvenir, mais proposer à notre culte une réalité, une actualité. Après la Trinité trois fois sainte, ce groupe incomparable fera le ravissement des élus pendant l'éternité.
La gloire de Joseph dans le ciel n’a eu son reflet sur la terre que longtemps après les splendeurs du culte prodiguées à Jésus et à Marie. On eût dit que le père nourricier de Jésus et l’époux virginal de Mari:, cessant son rôle d'ombre tout en gardant celui de personnage discret et silencieux, se retirait à l'écart pour permettre désormais au Verbe incarné et à sa Mère de briller sans voile et de s’imposer ainsi plus rapidement aux hommages de l'univers.
Le culte du saint Patriarche apparut d’abord en Orient, notamment chez les Coptes; de là il
passa en Occident où l'on vit, au XIIe siècle, s’élever une église en son honneur, et bientôt surgir des âmes saintes vouées au culte nouveau, un saint Bernard, un saint Thomas d'Aquin, une sainte Gertrude, le chancelier Gerson, mais surtout la grande réformatrice du Carmel, sainte Thérèse qui, dans une page célèbre, rendit à saint Joseph un témoignage dont l’extraordinaire influence se fait encore sentir. — C’est sous le pontificat de Sixte IV vers la fin du XVe siècle, que fut instituée, le 19 mars, la fête de saint Joseph. Grégoire XV, en 1621, la déclara fête d'obligation. Sainte Thérèse avait su inspirer à ses filles la dévotion qui lui tenait tant au cœur: une fête nouvelle y prit naissance qui peu à peu se propagea d'un diocèse à l’autre, à mesure que les évêques la demandeaient, c'était la fête du patronage de saint Joseph. Pie IX, très dévot au Patriarche, se chargea, en 1847, de l'étendre à toute l'Église, Ce fut lui encore qui, le 8 décembre 1870, alors que sous un ciel chargé d'orages l’effroi étreignant tous les cœurs, proclama saint Joseph patron de l’Église universelle.
Nous n'avons encore parlé que de l’Europe.
— Le Père Faber, dans son livre si pieux, Le saint Sacrement, racontant la naissance et les progrès de la dévotion au saint Patriarche, trace en quelques lignes graphiques ce qu’elle fut à l’origine du Canada: « Puis, lorsqu'elle eut rempli toute l’Europe
de ses suaves parfums, elle traversa l'Atlantique, s'enfonca dans les forêts vierges, embrassa tout le Canada, devint pour les missionnaires un auxiliaire puissant; et des milliers de sauvages firent retentir, au coucher du soleil, les bois et les prairies du Nouveau-Monde des hymnes en l’honneur de saint Joseph et des louanges au Père nourricier : de Notre-Seigneur. » !
Il est certain que le Canada s’est de tout temps distingué par sa dévotion à saint Joseph. Il eut la bonne fortune de recevoir pour premiers missionnaires des religieux de deux Ordres qui professaient une particulière dévotion au saint Patriarche.
Dès 1624, saint Joseph était choisi comme Patron spécial de la Nouvelle-France: « Nous avons fait une grande solennité, écrivait le Père Le Caron, récollet, où tous les habitants se sont trouvés et plusieurs sauvages, par un vœu que nous avons fait à saint Joseph, que nous avons choisi pour patron du pays et protecteur de cette Église naissante. »
En 1637, le Père Le Jeune, de la Compagnie de Jésus, pouvait écrire de Québec: « La Feste du glorieux Patriarche Sainct Joseph, Père, Patron et Protecteur de la Nouvelle-France, est l’une des