Cité par l'abbé Ch. SAUVÉ, op. cit.: p
grandes solemnités de ce pays; la veille de ce jour, qui nous est si cher, on arbora le Drapeau, et fit-on jouër le canon. M. le Gouverneur fit faire des feux de réjouissance, aussi pleins d'artifices que j'en aie guère vus en France. D'un costé on avait dressé un pau, sur lequel paraissait le nom de Sainct Joseph en lumières; au-dessus de ce nom sacré brillaient quantité de chandelles à feu, d’où partirent dix-huict ou vingt petits serpenteaux qui firent merveille. Le jour de la Feste, nostre Église fut remplie de monde et de dévotion, quasi comme en un jour de Pasques, chacun bénissant Dieu de nous avoir donné pour protecteur le protecteur et l'Ange Gardien (pour ainsi dire) de Jésus-Christ son Fils. C’est, à mon advis, par sa faveur et par ses mérites, que les habitants de la Nouvelle-France demeurans sur les rives du grand fleuve Sainct Laurens, ont résolu de recevoir toutes les bonnes coustumes de l’Ancienne, et de refuser l'entrée aux mauvaises. »
Les Hurons, qui avaient été mis plus spécialement sous l'égide de saint Joseph, en conçurent bientôt une si vive dévotion qu’elle leur mérite d’Urbain VIII, en 1644, un Bref dont l'original se garde aux archives du collège Sainte-Marie. Le pape leur accordait une indulgence plénière pour la visite de la chapelle de Saint-Joseph au fort © .inte-Marie, le jour de la fête du Saint ‘et pendant l’octave.
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Le 16 mars 1649, le bourg de Saint-Ignace et le bourg de Saint-Louis tombaient successivement aux mrins des Iroquois. Ce jour-là même, le Père de Brébeuf rendait sa grande âme à Dieu dans d'’indicibles tourments. Le lendemain, le Père Lalemant expirait à son tour, après de plus longues souffrances. Restait le fort Sainte-Marie, dernier rempart des Français et des Hurons. Il allait subir, le 18 mars, l’assaut des Iroquois victorieux.
« Nous redoublons de dévotions, écrit le Père Ragueneau, nostre secours ne pouvant venir que du ciel Nous voyans à la veille de la feste du glorieux sainct Joseph, patron de ce pays, nous nous sentismes obligés d’avoir recours à un Protecteur si puissant. Nous fismes vœu de dire tous les mois chacun une messe -en son honneur, l’espace d’un an entier, pour ceux qui seraient prestres; et tous tant qu’il y avait de monde icy, y joignirent par vœu diverses pénitences.
« Tout le jour se passa dans un profond silence de part et d'autre, le pays estant dans l’effroy et dans l’attente de quelque nouveau malheur.
« Le dix-neuvième, jour du grand sainct Joseph, une espouvante subite se jetta dans le camp ennemy, les uns se retirans avec désordre, les autres ne songeans qu’à la fuite. Leurs capitaines furent contraints d’obéyr à la terreur qui les avait saisis; ils précipitent leur retraite. »
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Singulièrement belle encore est la relation du départ du fort Sainte-Marie, l’année suivante, pour se réfugier dans « l’île de Saint-Joseph » et y constituer « la mission de Saint-Joseph ».
Les missionnaires aimaient ainsi à donner le nom du Patriurche aux lacs, aux îles et aux baies qu’ils découvraient, aux églises et aux bourgs qu’ils fondaient.
Dans une lettre de 1668, le premier évêque de Québec parle avec affection du « bienheureux saint Joseph, patron spécial de cette église rzissante ». Son successeur dresse en 1693 un acte par lequel il établit une «confrérie en l'honneur de saint Joseph à Ville-Marie et lieux circonvoisins », et rappelant le choix de ce saint comme « premier protecteur et patron de cette colonie » il exhorte les prêtres à « inspirer et augmenter autant qu’il sera en eux l'amour et la dévotion envers ce grand Saint ».
Ville-Marie était depuis trente-six ans sous la houlette des messieurs de Saint-Sulpice. Ils avaient hérité de leur saint fondateur un amour très tendre pour saint Joseph. Le Père Faber, un peu avant le passage déjà cité et après avoir dit ce que les maisons du Carmel et les collèges des Jésuites firent pour cette dévotion, ajoute: « Saint-Sulpice M l'adopta, et elle devint l'esprit du clergé séculier. »
| — Le Canada participa notoirement à cette belle
émulation du clergé séculier et des communautés religieuses pour promouvoir le culte de notre premier patron. Dans tous les diocèses, d’un océan à l’autre, que d’églises, de chapelles, d’oratoires, de coilèges, de couvents, d’académies, d'écoles, érigés sous le vocable du virginal époux de la Mère de Dieu! Véritable floraison de lis qui se mélent à ceux de l’auguste Vierge Marie pour embaumer la terre canadienne: Flores apparuerunt in lerra nostra!
Parmi toutes les sociétés religieuses dont s’honore le Canada, il en est une qui, dès son berceau en France, s’est signalée au service du saint Patriarche par un amour des plus vifs et des plus entreprenants, je veux dire la Congrégation de Sainte-Croix. L'amour de prédilection de cette société pour saint Joseph passa naturellement au Canada avec ses premiers apôtres en 1847, et depuis ce temps n’a fait que s’accroïtre. L'on s'explique alors que Dieu, voulant ménager au Patron du pays et de la sainte Église une glorification nouvelle, destinée peut-être à devenir mondiale, ait choisi de préférence pour cette œuvre la pieuse Con- | grégation de Sainte-Croix.
Qui ne sait l’origine très humble de l’Oratoire Saint-Joseph au Mont-Royal, et l'extraordinaire allure de la dévotion des fidèles qui en fait déjà un but de pèlerinage prodigieux: c’est d’abord
une médaille de saint Joseph déposée en 1896, par un religieux de Sainte-Croix, sous les racines d'un vieux pin; c'est ensuite, comme résultat, l'achat du terrain convoité; puis c’est un petit belvédère juché près du sommet de la montagne; puis une toute petite chapelle qui, peu à peu, sous la poussée des foules accourant de tous côtés, s'élargit, s’allonge, s'élève, et prend enfin les-broportions de la crypte monumentale, au-dessus de laquelle se dressera bientôt, nous l’espérons, la basilique définitive, consacrée à la gloire de saint Joseph, père, patron et protecteur du Canada
N'est-ce pas un coup de la Providence que la ville de Marie ait été élue pour théâtre de ces merveilles, et plus spécialement cette partie privilégiée du Mont-Royal que le peuple appelle Côte-des-Neiges et que l'Église avait depuis longtemps dédiée à la Vierge très pure, sous le beau nom de Notre-Dame des Neiges? Comme si l’Épouse vierge du Patriarche de N » Sans craindre de diminuer l'élan des âmes vers sa sainte mère « la bonne sainte Anne *, nous invitait elle-même à nous rendre en foule auprès de son virginal Époux, en nous disant: Lie ad Ioseph, allez à Joseph! .
Il est évident que la pensée de Dieu est de répandre à flots ses grâces dans les cœurs par la médiation du saint Patriarche, et que s’il est
prêt à guérir les corps des maladies, des infirmités qui les torturent, il veut plus encore le renouveau des âmes, le Sursum corda qui les rapproche, par l'imitation des vertus si chères au cœur de Joseph, comme aux Cœurs de Jésus et de Marie: l'humilité et la douceur, la pureté, la justice et la charité, l’obéissance au souverain Maître et à ses représentants sur la terre.
Tel doit être — surtout en ce beau mois qui lui est consacré, — le caractère essentiel de notre culte au premier Patron du Canada.